Archive for December 11th, 2015

Abdelilah Ziyad a été condamné en 1997 en France à huit ans de prison pour avoir commandité un attentat au Maroc, son pays d’origine. Il pourrait avoir été le mentor d’Omar Ismaïl Mostefaï, l’un des kamikazes du Bataclan.

Son nom n’a pas fait la une des journaux et pour cause : c’est sous la fausse identité d’Abdelkrim qu’Abdelilah Ziyad prêchait comme imam de la mosquée des Bas-Trévois de Troyes depuis deux ans. L’émission de France 2 “Complément d’enquête”, diffusée le 10 décembre, a en effet retrouvé sa trace et diffusé un extrait d’un de ses récents prêches. L’homme a également répondu aux questions du magazine, niant avoir été proche d’Omar Ismaïl Mostefaï, l’un des tueurs du Bataclan.

Mediapart avait révélé le 24 novembre que Mostefaï avait rencontré Abdelilah Ziyad lorsque ce dernier officiait comme imam à la mosquée Anoussra de Chartres. Cet islamiste de 57 ans a été condamné en 1997 par le tribunal correctionnel de Paris à huit ans de prison pour avoir commandité l’attentat de Marrakech du 24 août 1994. C’est un militant islamiste de longue date, présenté comme l’émir du Mouvement de la jeunesse islamiste marocaine (MJIM), un mouvement d’opposition au régime marocain.

Libéré en 2001, et interdit de séjour en France pendant dix ans, il reste malgré tout sur le territoire français, selon “Le Figaro”, en utilisant une fausse identité.

Des braquages pour financer des actions jihadistes

Ce n’est qu’en 2010 qu’il réapparaît, lorsque le juge antiterroriste Marc Trévidic le met en examen pour complicité et recel de vols avec arme en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste. Marc Trévidic le soupçonne alors d’avoir demandé à des recrues d’Île-de-France et des environs d’Orléans de commettre des braquages en région parisienne dans la première moitié des années 1990. Ces attaques auraient eu pour objet de financer des actions jihadistes. L’enquête est toujours en cours.

Libre sous contrôle judiciaire, il n’est pas assigné à résidence après les attentats du 13 novembre.

Selon son avocat, Vincent Courcelle-Labrousse, Abdelilah Ziyad “dément totalement être le mentor de Mostefaï”. “Il a peut-être animé des prières à cette époque” dans cette mosquée de Chartres, “il dit qu’il a peut-être croisé ce monsieur, mais, en aucun cas comme animateur d’un groupe dans un cercle fermé où il aurait eu un rôle d’enseignement”, a insisté l’avocat dans un entretien à l’AFP.

“[S’]il a évolué dans ses convictions”, Ziyad est “un militant islamiste assumé, qui a lutté contre Hassan II”, le roi du Maroc décédé en 1999. Son action politique “se restreignait au Maroc et à la problématique de la lutte contre Hassan II et contre le régime marocain”, a expliqué Me Courcelle-Labrousse. Abdelilah Ziyad “n’a jamais été dans une démarche de jihadisme global”.

Selon le journal “L’Est Éclair”, le responsable de l’Association culturelle des musulmans de Troyes, qui gère la mosquée de Bas-Trévois, s’est séparé de l’imam, vendredi 4 décembre.

Avec AFP

Première publication : 12/12/2015

Le service historique de la Défense situé dans le château de Vincennes expose ses archives pour mieux faire connaître ses collections. Des documents précieux pour mieux faire connaître le parcours des soldats pendant la Grande Guerre.

Franchir les murs des archives du ministère de la Défense, c’est un peu comme entrer dans l’Histoire. Ce service est situé au cœur même d’une ancienne résidence royale, dans le château de Vincennes, dont les premières pierres ont été érigées au XIVe siècle par Charles V. Au milieu trône un imposant donjon. “Les gens sont parfois intimidés à l’idée de venir ici. De l’extérieur, ils voient un château avec une enceinte siglée ‘Ministère de la Défense’. Ils pensent qu’il n’y a que les militaires qui y ont accès et qu’il faut être habilité au secret défense pour y entrer”, explique à France 24 Jean-François Dubos, chef du département de la Bibliothèque du service historique de la Défense (SHD).

Toucher du doigt l’histoire de France

Pour casser cette image de forteresse imprenable, le SHD organise jusqu’au 23 décembre une exposition pour mieux faire connaître ses richesses au grand public. À quelques pas de l’impressionnante salle des emblèmes, qui contient plus de 200 drapeaux et étendards de régiments dissous, plusieurs documents historiques sont ainsi exposés au public : une lettre signée de la main de Napoléon, des photos de poilus dans un camp de prisonniers durant la Grande Guerre, un historique d’un régiment de tirailleurs somalis ou encore le dossier individuel du résistant et historien Jean-Louis Crémieux-Brilhac, décédé en avril dernier.

L’exposition est modeste au regard des trésors que recèlent des kilomètres de rayonnages, mais elle a surtout pour but de donner envie aux visiteurs de franchir la porte de la salle de lecture toute proche. C’est dans cette pièce à l’allure très solennelle que les lecteurs d’un jour peuvent venir consulter librement et gratuitement les archives de l’armée française. Des chercheurs, des étudiants, des généalogistes ou tout simplement des particuliers touchent chaque jour du doigt l’histoire de France en lisant des documents originaux parfois vieux de plusieurs siècles. Des collections qui remontent à Louis XIV : “C’est lui qui a lancé ces institutions avec le dépôt de la guerre et de la marine. Cela a été une collecte immédiate. On a encore acheté récemment deux documents du XVIIIe siècle en salle des ventes. On alimente en permanence les fonds”, décrit Jean-François Dubos.

En cette période de centenaire de 14-18, beaucoup de demandes d’information concernent la période de la Grande Guerre. Le SHD est le point de départ de tous ceux qui veulent en savoir plus sur le parcours des poilus de leur famille. Sur son site baptisé “Mémoire des Hommes“, les chercheurs d’histoire peuvent ainsi consulter tranquillement devant leur ordinateur les fiches des soldats Morts pour la France, les lieux de leur sépulture ou encore les journaux de marche de leur régiment. Pour ceux qui désirent aller plus loin, ils peuvent avoir accès sur place, à Vincennes, aux dossiers des officiers : “Ceux de Joffre ou de Foch sont ici. On a aussi tous les documents qui concernent l’administration du ministère de la Guerre”. À Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort ou Toulon, d’autres centres d’archives dépendant du SHD, ce sont les documents sur les marins ou sur les forces navales durant la Première Guerre mondiale qui sont disponibles.

Le service historique de la Défense
  • © Martin Bureau, AFP

    Le service historique de la Défense est situé dans l’enceinte du château de Vincennes. Cette ancienne demeure royale a été érigée au XIVe siècle par Charles V.

  • © Service historique de la Défense, D.Viola

    La salle de lecture ne se trouve pas dans le donjon du château de Vincennes mais dans le pavillon du roi, un bâtiment situé juste à côté. C’est ici que les visiteurs consultent le fonds d’archives du ministère de la Défense.

  • © Service historique de la Défense, D.Viola

    L’une des missions du service historique est aussi d’assurer la conservation de ses collections, comme ici dans l’atelier de reliure et de restauration.

  • © Service historique de la Défense, D.Viola

    Pour protéger les documents, le service historique procède aussi à la numérisation des collections d’archives et de bibliothèque. Des milliers de documents sont déjà en ligne sur le site Mémoire des hommes.

  • © Service historique de la Défense, D.Viola

    Le service historique de la Défense a également une mission de gestion de la symbolique. À ce titre, il conserve plus de 60 000 objets comme des insignes, des étendards ou encore des drapeaux.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Utilisée par Louis XIV comme salle du trône de 1660 à 1664, la salle des emblèmes, située dans le pavillon du roi du château de Vincennes, rassemble ainsi près de 200 emblèmes de régiments dissous.

  • © Service historique de la Défense, D.Viola

    Le service historique compte plusieurs centres d’archives en province, comme ici à Cherbourg. Celui-ci est spécialisé dans l’histoire de la marine en Manche et en mer du Nord.



“Un solde familial à régler”

La période de l’histoire de France qui intéresse le plus les visiteurs est toutefois celle de la Seconde Guerre mondiale assure Sylvie Yeomans, chef du bureau communication et valorisation du SHD : “En ce moment, on constate qu’il y a beaucoup de gens qui vident leur maison de campagne. Ils trouvent des documents datant d’il y a 70 ans et ils veulent comprendre ce qu’il s’est passé, car on ne leur en a jamais parlé”. Pour orienter ces personnes en quête de leurs racines, le service historique propose un accueil en salle de lecture. Des archivistes et des chercheurs répondent aux questions des visiteurs sur des dossiers du régime de Vichy, des Forces Françaises libres ou des FFI.

Quotidiennement, Jean-François Dubos croise ces familles qui veulent briser des années de silence. À travers son travail, il a l’impression de leur être utile, à sa façon : “C’est souvent la génération des petits-enfants qui vient à notre rencontre. Ils ont un recul historique et une mémoire apaisée. Mais parfois, les questions sont douloureuses, ils veulent savoir si leur ancêtre a été résistant ou s’il a collaboré. On sent qu’il y a un solde familial à régler”. À Caen, un autre centre du SHD , le bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC) conserve également les dossiers des prisonniers de guerre, des déportés, des fusillés, des internés, des travailleurs forcés, des victimes civiles ou encore des “Malgré nous”, ces Alsaciens et Lorrains incorporés de force dans l’armée allemande. Il répond gratuitement à toutes les demandes de recherches sur place ou par courrier.

Au-delà de cette mission de renseignement, le service historique de la Défense se charge aussi préserver ces collections inestimables. Ce patrimoine, qui compte des milliers d’objets comme des insignes, des drapeaux ou des étendards, passe régulièrement entre les mains de plusieurs ateliers de reliure et de restauration. Mais pour conserver ces documents souvent fragiles, le SHD a surtout décidé de miser sur la duplication. “Cela permet de faciliter le travail de recherches en rendant les infos accessibles sur Internet et cela protège les documents”, estime le responsable de la bibliothèque de Vincennes. “Mais on ne pourra jamais tout numériser. Les fonds sont considérables. Un million de documents, cela représente des centaines de millions de pages. Avant qu’on termine, je serai parti à la retraite, et mon successeur aussi”.

Même si la numérisation progresse peu à peu, les agents du SHD cherchent surtout à attirer les civils dans les différentes salles de lecture. C’est, pour eux, le cœur de leur mission de service public. En 2014, près de 90 000 personnes sont venus à la rencontre de leur passé. “C’est un patrimoine commun. On est tous copropriétaire de ces archives”, insiste Jean-François Dubois.

Les trésors du service historique de la Défense sur la Grande Guerre
  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Le service historique de la Défense vient d’acquérir cette copie de “La passion de Roland Garros” écrite par son ami Jean Ajalbert. La couverture a été reliée avec la toile du premier avion allemand abattu par l’aviateur français.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    “La passion de Roland Garros”, publiée en 1926, est une biographie de l’aviateur français. Le pilote est mort lors de la Première Guerre mondiale dans un combat aérien, le 5 octobre 1918 à Vouziers, dans les Ardennes.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Le service historique de la Défense possède de nombreux livres d’or de la Première Guerre mondiale dont celui-ci, remarquablement travaillé, sur le 37e régiment d’infanterie.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Le livre d’or du 37e régiment d’infanterie regroupe le nom de tous les soldats de ce régiment lorrain morts pour la France durant le conflit.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Ce livre d’or du 79e régiment d’infanterie est aussi particulièrement exceptionnel. Il a une reliure intégralement en argent qui a été réalisé par deux graveurs appartennant à ce régiment. Il pèse au total près de 15 kilos.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Le travail a l’intérieur de ce livre d’or est également unique. Il comprend de nombreuses gravures correspondant à des combats auxquels le 79e régiment d’infanterie a participé.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Comme dans le livre d’or du 37e régiment d’infanterie, on retrouve la liste des soldats du régiment tombés au cours de la Grande Guerre.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Le service historique de la Défense a aussi dans ses collections des Mémoires de soldats de la Grande Guerre. Ceux-ci ont été écrits par le sergent Gabriel Jean du 92e régiment d’infanterie.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    À la retraite, cet ancien soldat a consacré tout son temps à la rédaction de son parcours lors de la Première Guerre mondiale. Il a écrit à la main sur près de 300 pages ses Mémoires de guerre.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Instituteur de métier, Gabriel Jean a dessiné à la main avec une grande précision des illustrations comme cette arme. Le service historique de la Défense a acquis ses Mémoires auprès d’un libraire qui avait acheté ce document à la famille du poilu.


Première publication : 12/12/2015