Archive for December 28th, 2015

Deux hommes soupçonnés d’être impliqués dans les violences commises contre des pompiers le soir de Noël à Ajaccio ont été mis en examen mardi. L’un d’eux a été écroué. Ces incidents avaient provoqué des débordements racistes.

Deux hommes soupçonnés d’être impliqués dans des violences le soir de Noël aux Jardins de l’Empereur, un quartier populaire d’Ajaccio, en Corse, ont été mis en examen et l’un d’eux a été écroué, mardi 29 décembre. L’un des suspect, âgé de 18 ans et connu des services judiciaires, a été mis en examen pour “dégradations par un moyen dangereux”, et écroué pour avoir mis feu à des palettes dans l’après-midi du 24 décembre, a indiqué à l’AFP le procureur d’Ajaccio, Éric Bouillard.

Le second suspect, âgé de 19 ans et inconnu des services de police, a été mis en examen pour “complicité de dégradations” et placé sous contrôle judiciaire. Tous deux ont été mis en examen pour “intrusion dans un établissement public”, une école ayant été visitée.

En théorie, ces délits sont passibles de dix ans de prison. Mais, à ce stade, les enquêteurs n’ont pas relié directement ces deux hommes à l’agression de pompiers, appelés pour des feux de palettes dans la nuit du 24 au 25 décembre, dans le même quartier des Jardins de l’Empereur.

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Plus tôt mardi, quelques centaines de personnes se sont réunies dans le calme dans la cour de la caserne d’Ajaccio pour assister à une conférence de presse de Jean-Guy Talamoni, nouveau président de l’Assemblée de Corse, au cours de laquelle les représentants des pompiers ont appelé une nouvelle fois au calme, tout en se montrant fermes sur les violences. “S’en prendre aux pompiers, c’est se mettre en dehors de la civilisation”, a lancé l’indépendantiste.

“Nous pensons que le message d’un meilleur vivre-ensemble a été entendu et que le temps de l’apaisement et des actions concrètes est venu, a déclaré à la tribune l’adjudant-chef Jean-François Suzini. “Nous ne pouvons nous résoudre à devoir nous adapter à des violences urbaines telles que peuvent les subir nos collègues continentaux […] Nous ne tolèrerons plus d’autres agressions” et “nous refusons catégoriquement d’intervenir sous escorte policière”, a-t-il ajouté.

“Peur que ça recommence”

Mardi, le calme régnait et aucun membre des forces de l’ordre n’était visible aux Jardins de l’Empereur. Pendant trois jours, le quartier a été le théâtre des protestations et des manifestations déclenchées par les violences commises contre les pompiers. Vendredi, une salle de prière musulmane avait été saccagée, en marge de la première marche et celle-ci avait été émaillée de propos racistes, comme “Arabi fora” (“les Arabes dehors”), des propos également repris lors de la manifestation de samedi.

>> À voir sur France 24 : “Ajaccio, la haine dans l’indifférence”

Ces dérapages avaient conduit le préfet de Corse, Christophe Mirmand, à prendre un arrêté d’interdiction de manifester dans le quartier. “C’est calme, même trop calme. Maintenant les gens ont peur que ça recommence”, a témoigné, mardi, un commerçant, qui souhaitait que “les gens qui ont fait ça” soient “attrapés” par la police.

Lundi, les policiers ont tenté d’interpeller un troisième homme, soupçonné d’avoir participé aux incidents de l’après-midi du 24, selon une source judiciaire. Mais lorsqu’ils sont arrivés, celui-ci avait déjà pris la fuite et aurait quitté la Corse, a-t-on précisé de même source. Un proche de cette personne aurait été conduit au commissariat pour y être entendu en tant que témoin.

Avec AFP

Première publication : 29/12/2015

Charaffe al-Mouadan a été tué le 24 décembre en Syrie par la coalition menée par les États-Unis, a annoncé mardi le Pentagone. Ce combattant français de l’EI, originaire de Drancy, était lié à Sami Amimour, l’un des kamikazes du Bataclan. Portrait.

Qui était Charaffe al-Mouadan ? Ce combattant français de l’organisation État islamique dont les Américains ont annoncé la mort en Syrie mardi 29 décembre était, selon les informations du Pentagone, “lié directement” aux attentats de Paris. Une source française est moins affirmative : “En l’état, rien ne permet d’affirmer son implication” dans ces attaques terroristes. Il compte parmi les 10 responsables de l’EI tués en Syrie et en Irak au mois de décembre.

Charaffe al-Mouadan, alias “Aba Souleymane”, a été abattu le 24 décembre par la coalition conduite par les États-Unis alors qu’il “préparait activement d’autres attaques”, a indiqué mardi 29 décembre le colonel américain Steve Warren, porte-parole de la coalition anti-EI.

L’homme de 26 ans, dernier d’une fratrie de huit enfants, né le 15 octobre 1989 de deux parents marocains à Bondy, dans la banlieue nord-est de Paris, était un proche du jihadiste belge Abdelhamid Abaaoud, coordonnateur présumé des attentats de Paris. Il était aussi ami de l’un des kamikazes du Bataclan, Samy Amimour.

“Association de malfaiteurs”

C’est à Drancy qu’il passe sa jeunesse. Selon un proche entendu par les services antiterroristes, Charaffe al-Mouadan, qui a grandi dans une famille pratiquante, n’était “au départ, pas trop religion” avant d’en adopter une “vision extrémiste”. Il ne fréquentait pas de mosquée particulière, selon ce témoignage rapporté à l’AFP par une source proche du dossier.

Mais le jeune homme semble peu à peu basculer dans l’islamisme radical, en “surfant” sur Internet. Un mode d’initiation “virtuel” qui semble avoir été celui d’Amimour et de Bouabout. À partir de mars 2012, Charaffe al-Mouadan prend des cours de tir sportif dans un club de la police du XVIIIe arrondissement de Paris.

Figure de la jihadosphère depuis + de 2 ans, Aba Souleymane était encore actif sur Twitter il y a quelques semaines pic.twitter.com/uCAn68LpQm

— David Thomson (@_DavidThomson) 29 Décembre 2015

En octobre 2012 il est arrêté à Drancy et mis en examen pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme, mais laissé libre sous contrôle judiciaire. Il s’apprêtait à partir avec deux amis de son quartier – Samy Amimour et Samir Bouabout, eux aussi mis en examen – au Yémen ou en Afghanistan via la Somalie.

Équipement paramilitaire

En 2013, il s’équipe de matériel paramilitaire, et contracte un prêt à la consommation de 20 000 euros, selon une source proche du dossier, tout en affirmant aux policiers avoir abandonné tout projet de départ en zone de jihad. Il séjourne brièvement au Maroc avec Bouabout.

En août 2013, le jeune homme se rend en Syrie, alors qu’il est toujours sous le coup d’une procédure judiciaire mais laissé libre sous contrôle judiciaire. Auprès de ses proches, Charaffe al-Mouadan invoque la dimension “humanitaire” de son séjour syrien.

Quel rôle a joué Charaffe al-Mouadan ? Selon un témoin, au Bataclan, avant l’assaut policier, l’un des assassins a demandé à son comparse s’il comptait appeler “Souleymane”. Agacé, son complice lui aurait répondu qu’ils allaient terminer l’opération “à leur sauce”.

Mardi, les volets du pavillon familial étaient baissés et la famille refusait de s’exprimer devant la presse. “On l’a connu enfant, c’est trop dur”, dit une voisine. “Il avait l’air très calme”, ajoute une autre habitante du quartier, Rosa, 23 ans, qui parle d’une famille “discrète, sans histoire” et sans “signe apparent de radicalisation”.

Avec AFP

Première publication : 29/12/2015

La situation reste tendue à Ajaccio où des manifestations ont été le théâtre de dérapages islamophobes la semaine dernière. Pour comprendre ce qui se joue en Corse, France 24 a interrogé la sociologue Liza Terrazzoni.

Alors que l’enquête sur l’agression de deux pompiers et d’un policier dans le quartier populaire des Jardins de l’Empereur le soir de Noël se poursuit, la situation reste tendue à Ajaccio où plusieurs manifestations ont été le théâtre d’incidents islamophobes la semaine dernière. Des marches ont été émaillées de slogans racistes, comme “Arabi fora” (Les arabes dehors) et une salle de prière musulmane a notamment été saccagée lors d’un rassemblement de quelques centaines de personnes le 25 décembre.

Pour comprendre ce qui se joue en Corse, France 24 a interrogé Liza Terrazzoni, sociologue attachée au Centre d’analyse et d’intervention sociologiques (Cadis-EHESS), qui s’est penchée sur les relations interethniques en Corse, et qui a notamment travaillé par le passé dans ce quartier désormais au cœur des tensions. Décryptage.

France 24 – Pouvez-vous nous décrire, d’un point de vue sociologique, la situation du quartier des Jardins de l’Empereur, au cœur de toutes les tensions à Ajaccio depuis plusieurs jours ?

Liza Terrazzoni – Il s’agit d’un quartier de copropriétaires très enclavé et difficile d’accès, situé sur les hauteurs de la ville d’Ajaccio. Il compte entre 1 500 et 2 000 habitants dont la moitié est d’origine étrangère. D’un point de vue social, ce secteur a plutôt été laissé à l’abandon par les autorités locales et nationales depuis au moins une quinzaine d’années. On ne peut pas affirmer qu’il s’agit d’un ghetto déshérité ou d’un quartier marginalisé qui ne regroupe que des exclus, même si le taux de chômage dépasse les 25 % dans ce territoire. Sa situation est assez représentative de la situation sociale d’autres régions françaises. En revanche, il s’agit bien d’un lieu de tensions. Les gens qui y vivent se sentent stigmatisés, et cela est vrai, à cause de leurs origines ou de leurs conditions sociales. Au point que les Jardins de l’Empereur ont acquis une mauvaise réputation à Ajaccio. Cette ville est par ailleurs très clivée d’un point de vue social : une partie d’Ajaccio est aisée, l’autre est plus pauvre. Et cette dernière, qui compte les Jardins de l’Empereur, a très peu d’échanges avec le reste de la ville, notamment le centre. Ce qui permet à ceux qui ne vont pas dans ces quartiers d’alimenter des fantasmes de toutes natures, parfois caricaturaux liés à l’immigration et à des questions d’insécurité, qui ne sont pas toujours justifiés. Ainsi le secteur des Jardins de l’Empereur est souvent associé à l’image d’un ghetto qui serait un lieu d’islamisation, de radicalisation et de trafic. Les événements violents qui ont eu lieu ces derniers jours doivent être resitués dans ce contexte-là.

À la suite de ces événements et des dérapages islamophobes qui ont eu lieu, l’idée qu’il existe un “racisme corse”, bien spécifique, a été avancée dans certains médias. Est-ce une réalité ou est-ce caricatural ?

Il faut toujours éviter le piège de la généralisation. Pointer un certain racisme corse est en effet caricatural, car il y a du racisme en Corse, mais comme partout en France. De plus, il est dangereux de regarder et de parler du racisme en Corse uniquement par le prisme de sa spécificité. C’est s’empêcher de voir un glissement de la société française dans un contexte plus large, qui est celui des tensions identitaires dans le pays. C’est pour cela qu’il faut recontextualiser les évènements qui ont eu lieu à Ajaccio, sans pour autant occulter la forme qu’ont pris ces manifestations, indéniablement spectaculaires et inacceptables même si à l’origine il s’agissait d’une initiative citoyenne qui a été noyautée par des éléments extrémistes. Bien sûr, on ne peut pas ignorer qu’il y a des spécificités en Corse. La violence y est par exemple un moyen de résoudre un certain nombre de conflits. Cette violence est devenue banale et incontrôlable quand il s’agit des questions d’identité. Ce n’est pas nouveau, ce phénomène est ancré dans la société. En revanche, sur le fond, ces évènements s’inscrivent dans un climat qui traverse la société française : cristallisation sur les questions identitaires, sur les appartenances religieuses, rejet de l’immigration et de l’islam. Il ne faut pas oublier que, notamment depuis les attentats de Paris, plusieurs lieux de cultes musulmans ont aussi été pris pour cible sur le continent. Ces évènements n’ont cependant pas eu le même retentissement médiatique que ceux d’Ajaccio. En tant que sociologue je pose la question de savoir pourquoi d’un point de vue national ? S’indigne-t-on autant des dérapages racistes locaux comme en Corse, alors qu’on débat depuis des années des thèmes chers au Front national et que ce parti arrive en tête des dernières élections en France ? Certes, la forme y est pour quelque chose, mais sur le fond ? Je m’interroge de la même sur une contradiction qui traverse la Corse où l’on s’indigne autant devant la petite délinquance et si peu devant la criminalité organisée.

D’aucuns ont fait le rapprochement entre les évènements d’Ajaccio, la récente victoire des nationalistes corses lors des élections régionales et la percée de l’extrême-droite en France. Que pensez-vous de la justesse de cette analyse ?

Parler d’une telle corrélation serait erroné. Dans les revendications des manifestants des Jardins de l’Empereur, il existe trois registres qui se croisent et s’agrègent. Il y a d’abord la crainte d’une “banlieurisation” de la Corse, ensuite la peur d’une islamisation et enfin une inquiétude concernant une mise en danger de l’identité locale. Par conséquent, on ne peut pas affirmer que c’est l’arrivée au pouvoir à l’échelle régionale des nationalistes – qui ont, il faut le souligner, dénoncé les dérapages de certains manifestants – qui explique les incidents d’Ajaccio. Il faut aussi rappeler que le FN a réalisé une percée en Corse lors des dernières élections. Il n’a jamais été aussi présent qu’aujourd’hui sur l’île, même si son score reste marginal par rapport à celui qu’il réalise à l’échelle nationale. En revanche, évoquer et essayer de comprendre les articulations entre racisme et nationalisme semble plus judicieux. Car tout projet nationaliste contient une potentialité oppressive et une logique d’exclusion, surtout quand il s’agit de défendre une vision identitaire, culturelle voire religieuse de la notion de peuple. C’est un processus historique dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui avec la percée actuelle des idéologies ethnico-nationales, en France et en Europe. À ce titre-là, la Corse n’est pas une exception.

Première publication : 29/12/2015

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Au grand dam d’Hollywood, des pirates informatiques ont devancé la sortie en salle d’une série de films à gros budget en les publiant sur Internet.

Pour Hollywood, le père Noël a vraiment été une ordure, cette année. Le démarrage en fanfare du dernier “Star Wars” a quelque peu occulté le côté obscur de la Force qui, depuis le 20 décembre, donne des sueurs froides aux grands studios de cinéma. Un groupe de pirates informatiques, qui se fait appeler Hive-CM8 ou parfois seulement CM8, affirme détenir des copies d’une quarantaine de films américains à gros budgets qui doivent être diffusé cette fin d’année ou au premier trimestre 2016. Il les met en ligne les uns après les autres sur Internet où n’importe qui peut les télécharger en toute illégalité.

Le prochain Quentin Tarantino, “Les huit salopards” et “The Revenant“, le western avec Leonardo DiCaprio, ont été les premiers de cette série à être mis à la disposition des internautes, et ce, dès le 21 décembre. Point commun entre ces deux films : aucun des deux n’est encore disponible en salle. La majorité des long-métrages que Hive-CM8 distribue ainsi illégalement sont d’ailleurs des exclusivités que les spectateurs ne sont pas censés visionner avant plusieurs jours, voire même parfois mois.

Steve Jobs, Will Smith et Rocky

Hollywood a déjà eu affaire à des films mis en ligne illégalement avant leur sortie officielle (comme le film d’action “Expandable 3” en 2014) mais jamais autant en si peu de temps. La liste des œuvres ainsi piratés comprend “Creed” (le spin-off de Rocky), “Steve Jobs”, le film britannique de gangsters “Legend” ou encore “Seul contre tous” qui marque le retour de Will Smith sur grand-écran. Hive-CM8 a également distribué quelques films à gros budgets déjà en salle depuis quelques semaines comme le nouveau James Bond “Spectre” et le dernier Steven Spielberg “Le pont des espions”.

Comment ce groupe a-t-il pu mettre la main sur un tel trésor cinématographique ? Hive-CM8 semble avoir profité de la fin d’année, souvent propice à ce type de fuites car elle marque le début de la saison des prix, tel que les Oscars. De ce fait, raconte le site “Business Insider“, les studios envoient des copies de leurs films aux jurys, à des producteurs en vue ou encore à certains journalistes triés sur le volet. Les pirates ont intercepté ces envois, affirme le site spécialisé dans la scène du partage de fichiers Torrentfreak.

C’est en tout cas ce qui s’est passé avec “Les huit salopards”. Le film qui circule actuellement sur Internet provient d’un DVD envoyé à Andrew Kosove, l’un des producteurs les plus importants de la Côte Ouest, a établi l’enquête du FBI. Accusé d’être à l’origine de la fuite, ce ponte du cinéma américain a affirmé au journal “Hollywood Reporter” qu’il “n’avait jamais eu entre les mains le DVD” tout en reconnaissant qu’il a bien été envoyé à son bureau. Les pirates de Hive-CM8 semblent donc disposer d’un réseau de relais dans les antichambres de certains puissants d’Hollywood.

Arrêt brutal de la diffusion

Depuis cette fuite, le fichier illégal du film de Quentin Tarantino a été téléchargé plus d’un million de fois et des DVD “pirates” sont en vente en Chine, affirme “Hollywood Reporter”. Une mésaventure qui risque de coûter cher à la “Weinstein Company”, la société productrice de “Les huit salopards”.

Cette technique pour récupérer les films explique aussi pourquoi “Star Wars : le réveil de la Force” manque à l’appel de cette liste de blockbuster. Disney n’a envoyé absolument aucun DVD en avance de la sortie du septième épisode de la saga de la “Guerre des Étoiles”.

Reste à savoir quels sont les autres films que Hive-CM8 a encore dans sa hotte. Il est possible que les internautes ne l’apprennent jamais : le groupe de pirates a décidé, lundi 28 décembre, de ne pas mettre en ligne les autres long-métrages. Ils affirment devoir faire profil bas après la mise en ligne “par erreur” d’une image compromettante pour eux qui pourraient aider le FBI à les identifier. Quitte à revenir une fois la tempête médiatique passée ?

Première publication : 29/12/2015