Archive for January 5th, 2016

Le Premier ministre Manuel Valls a refusé, mercredi, l’idée d’étendre la déchéance de nationalité à tous les Français qui seraient condamnés pour terrorisme, arguant que “la France ne peut créer des apatrides”.

La question de la déchéance de nationalité continue de diviser la classe politque. Le Premier ministre Manuel Valls s’est dit, mercredi 6 janvier, opposé à l’idée d’étendre la déchéance de nationalité à tous les Français condamnés pour terrorisme, car la France “ne peut pas créer d’apatrides”.

“Il y a une condition qui doit être très claire : la France ne peut pas créer des apatrides, c’est-à-dire des personnes sans nationalité”, a-t-il déclaré, lors d’un entretien sur BFMTV. “Cela n’est pas possible. Cela ne serait pas conforme à l’image, ni aux valeurs ni surtout aux engagements internationaux de la France. C’est pour ça que nous n’avions pas retenu l’idée de pouvoir déchoir tous les Français de leur nationalité. Je veux être là-dessus extrêmement clair”, a-t-il poursuivi. “Nous ne pouvons pas créer des apatrides”, a-t-il insisté.

L’exécutif, conformément à une annonce de François Hollande trois jours après les tueries de Paris, entend inscrire dans la Constitution la possibilité de déchoir de leur nationalité les Français binationaux condamnés pour actes de terrorisme.

Face à une critique dénonçant une discrimination entre les Français avec une seule nationalité et les autres, l’idée était née chez certains, notamment au sein de la majorité, d’étendre cette déchéance à tous les Français condamnés pour terrorisme, quitte à contrevenir à des conventions internationales. Mais le Premier ministre a fermé, mercredi, la porte à cette piste.

Avec AFP

Première publication : 06/01/2016

La France commémore le 7 janvier les attentats perpétrés il y a un an exactement contre l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher. Retour sur les trois jours qui ont marqué le pays.

Du massacre de Charlie Hebdo à l’assaut contre l’Hyper Cacher, les attentats du 7 au 9 janvier ont fait basculer dans une nouvelle ère la France, confrontée à l’ampleur de la menace jihadiste. Ils ont également révélé certaines tensions au sein de la société. Un an après, l’enquête sur ces tueries laisse de nombreuses questions sans réponse, notamment sur les liens des trois assassins avec des groupes terroristes à l’étranger. Retour sur les faits.

7 JANVIER

“On a vengé le prophète Mohammed ! On a tué Charlie Hebdo !” C’est par ce cri que Saïd et Chérif Kouachi quittent le siège de l’hebdomadaire satirique, mercredi 7 janvier en fin de matinée. Ils laissent derrière eux 12 corps sans vie.

Un peu plus tôt, vers 11 h 30, les deux frères avaient pénétré les locaux du magazine situés au 10 rue Nicolas-Appert dans le XIe arrondissement. Le visage dissimulé par des cagoules, ces islamistes radicaux déjà fichés assassinent onze personnes dans les locaux de Charlie Hebdo, dont des figures du dessin de presse, Cabu, Wolinski, Tignous, Charb, Honoré, mais aussi un invité du journal, un agent d’entretien et un policier. Une douzième victime est abattue à l’extérieur, un second policier.

Les deux tueurs s’enfuient ensuite à bord d’une voiture vers le nord-est de Paris. À deux reprises, ils tombent sur une patrouille de police et le face-à-face donne lieu à de nouvelles fusillades. Ils changent de véhicule au cours de leur cavale en braquant un automobiliste. À ce dernier, ils disent : “Si on t’interroge, tu diras : c’est Al-Qaïda au Yémen”.

Dans le même temps, le plan Vigipirate est relevé au niveau le plus élevé, “alerte attentat”, en Île-de-France. Des perquisitions sont menées tout au long de l’après-midi à Strasbourg, en région parisienne, à Reims et Charleville-Mézières. Elles donnent lieu à des premières gardes à vue dans l’entourage des auteurs du massacre qui sont désormais identifiés par les enquêteurs et recherchés. On apprend également que Chérif Kouachi est un jihadiste déjà condamné en 2008.

Qui étaient les frères Kouachi ?

Très vite, l’émotion gagne la Toile et le slogan “Je suis Charlie” se répand. Les réactions d’officiels, de célébrités et d’anonymes se multiplient à travers le monde. Le soir même, des rassemblements sont organisés en France mais aussi dans des capitales européennes, à New York ou encore au Canada.

8 JANVIER

En début de journée, une policière municipale est tuée et un agent municipal grièvement blessé à Montrouge dans les Hauts-de-Seine près de Paris, lors d’une fusillade dont l’auteur présumé s’enfuit. Le parquet antiterroriste est saisi.

Les frères Kouachi sont reconnus par le gérant d’une station-service de Picardie, qu’ils ont agressé. Le Raid et le GIGN se déploient, pour la première fois conjointement, en Picardie, placée également sous “alerte attentat”. Neuf personnes au total sont en garde à vue. Une vaste zone rurale et boisée à quelque 80 km au nord-est de Paris, à cheval entre l’Aisne et l’Oise, est passée au peigne fin avec l’aide d’hélicoptères.

Pendant ce temps, l’hommage à Charlie Hebdo se poursuit : les journaux s’habillent de noir, des anonymes déposent fleurs, crayons, bougies ou messages près du siège de la publication. À midi, la France observe une minute de silence et le glas sonne à Notre-Dame de Paris. La tour Eiffel s’éteint quelques instants à 20 h.

9 JANVIER

Vers 8 h, la traque reprend et se déplace en Seine-et-Marne, à l’est de Paris quand éclate une fusillade nourrie à un barrage entre policiers et les frères Kouachi. Saïd Kouachi, le plus jeune frère, est légèrement blessé au cou à ce moment. Les fugitifs, lourdement armés, se retranchent avec une personne en otage dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële, une autre personne est présente dans le bâtiment et restera cachée jusqu’à l’assaut final. La petite ville de 8 000 habitants est bouclée par les forces de l’ordre soutenues par trois hélicoptères.

Le suspect de Montrouge est identifié à son tour et deux interpellations ont lieu dans son entourage. Vers midi, plusieurs sources policières affirment qu’une “connexion” a été établie entre le suspect et les frères Kouachi. Vers 13 h, une fusillade éclate porte de Vincennes, dans l’Est parisien, où une prise d’otages est en cours dans une épicerie casher. Le tireur de Montrouge est soupçonné d’être impliqué, selon des sources policières. L’homme est identifié comme étant Amedy Coulibaly, un délinquant multirécidiviste de 32 ans, qui avait rencontré Chérif Kouachi en détention. Il tue quatre personnes au début de la prise d’otages et piège le magasin. Il appelle aussi BFM pour joindre la police, dévoilant que son action était concertée avec celle des frères Kouachi. Il menace d’abattre tous les otages.

Quels liens entre Amédy Coulibaly et les frères Kouachi ?

Peu avant 17 h, après plusieurs heures de confrontation, les policiers et gendarmes d’élite donnent quasi-simultanément l’assaut à Dammartin-en-Goële et à l’Hyper Cacher. À Dammartin, les frères Kouachi sont tués en tentant de sortir en tirant sur les forces de l’ordre. L’otage, qui s’était caché dans une pièce de l’entreprise, au moment de la sortie des deux hommes, est libéré indemne et un membre du GIGN est blessé.

Le 9 janvier, les attentats ont été revendiqués par Nasser Ben Ali Al Anassi, porte-parole d’Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (Aqpa). Il a été tué par une frappe américaine mai 2015.

Première publication : 06/01/2016

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La France est la deuxième délégation représentée au CES, plus grand salon high-tech annuel. Forte de cette position, la “French Tech” espère faire rayonner l’image du secteur de l’innovation français aux États-Unis.

“Cocorico !” à Las Vegas. La France est, avec ses 190 start-up, le deuxième pays le mieux représenté – derrière les États-Unis – au Consumer Electronics Show (CES), le salon High Tech qui se tient jusqu’au 9 janvier à Las Vegas. Avec son nom accrocheur, un logo en forme de coq rouge, au design soigné, ses “goodies” et ses soirées, la “French Tech” a été créée en 2013 par le gouvernement pour fédérer l’écosystème des jeunes pousses françaises et se veut le label de l’excellence française en matière d’innovation technologique. Cette marque est-elle en train de s’imposer comme un symbole de l’excellence française en matière d’innovation numérique ou est-elle un simple gadget marketing ?

“Nous souhaitons valoriser l’image d’une France qui a longtemps été considérée comme ringarde et hostile à l’innovation sur le plan international”, explique Aurélien Pérol, conseiller de la secrétaire d’État chargée au numérique. Même si elle désigne aussi un dispositif ambitieux d’aides financières de l’État aux start-up françaises, la marque “French Tech” est avant tout un outil marketing destiné à apporter de la visibilité aux entrepreneurs nationaux. “À la différence des géants américains comme Apple ou Facebook, les start-up françaises sont des acteurs nouveaux qui ont besoin d’un coup de projecteur pour exister”, poursuit Aurélien Pérol. Cette année, la France entend jouer la carte des objets connectés. Une majorité des jeunes pousses ayant fait le déplacement à Las Vegas sont spécialisées dans ce créneau très à la mode qui englobe aussi bien les montres intelligentes que les parapluies reliés au Net.

Severin Marcombes, 28 ans, patron et fondateur de la start-up Lima, qui propose un boîtier de stockage de fichiers informatiques, en est à son deuxième CES. Pour lui, la “French Tech” a vraiment “changé l’image” de la France. Parmi les nombreux visiteurs venus jeter un œil à son stand l’année dernière, beaucoup vantaient un savoir-faire français. “J’ai eu pas mal de retours du genre : ‘Vous les Français, j’adore ce que vous faites, vous avez le don de faire des choses jolies !’”. Pour Severin Marcombes, afficher sa nationalité n’est pourtant pas la priorité : “On ne va pas mettre des drapeaux français pour attirer les gens, on montre avant tout un beau produit et les start-up françaises se fondent vraiment dans l’univers du CES !”. Même si l’engouement autour du concept “French Tech” est là, personne n’oblige les start-up françaises à s’en revendiquer, insiste-t-on du côté de la mission French Tech.


© CC FRENCH TECH

“Il y a 10 ans, dire ‘je fais de la Tech en France, ça faisait froncer les sourcils’”



Le ministre de l’Économie Emmanuel Macron et le président du Medef Pierre Gattaz ont fait le déplacement à Las Vegas. Ils espèrent rompre avec le “French bashing” et “montrer qu’il y a un cadre politique bienveillant et volontariste propice aux affaires”, souligne le conseiller d’Axelle Lemaire. Pour Severin Marcombes, la visite du ministre est un message symbolique fort pour les investisseurs étrangers sur place : “Les visiteurs se disent que si des personnalités aussi éminentes font le déplacement, c’est que la Tech doit vraiment être importante en France”.

En façonnant une image dynamique du secteur de l’innovation français, la “French Tech” entend séduire et rassurer. “La plupart des investisseurs du secteur Tech appartiennent au monde anglo-saxon. Ils partagent une culture juridique et des outils financiers communs. Ça a été très dur pour les entrepreneurs français de trouver leur place car le système français parait compliqué vu de l’étranger”, souligne Aurélien Perol. “Les Américains se rendent mieux compte que la France est un peu un paradis fiscal pour les start-up parce qu’il y a beaucoup d’aides de l’État et on apprécie la qualité de nos ingénieurs et nos design sophistiqués”, explique l’entrepreneur Severin Marcombes à France 24.

Si en sortant des ascenseurs et des chambres d’hôtel, “on entend parler français partout”, le patron de la start-up Lima est surtout là pour étoffer son réseau américain. Il reconnait que la marque “French Tech” attise les curiosités et crée une image positive mais au CES, chacun joue sa place. “On essaie de se faire juger d’abord sur notre produit plutôt que sur une ‘marque’ nationale !”

Première publication : 06/01/2016

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Exit les sacro-saints 140 caractères ? Jack Dorsey, le PDG de Twitter, a laissé croire, mardi, que le réseau social pouvait s’apprêter à laisser plus de place à ses membres pour s’exprimer.

La quête de Twitter pour croître plus vite peut-elle se résumer en 10 000 caractères ? Jack Dorsey, le PDG et co-fondateur du réseau social, qui peine à concquérir de nouveaux publics, semble y croire. À la suite de rumeurs dans la presse spécialisée, mardi 5 janvier, il a confirmé sur Twitter envisager de permettre aux utilisateurs d’écrire des messages plus longs que 140 caractères.

Jack Dorsey n’a pas évoqué un passage à 10 000 signes – c’est le site américain Re/Code qui l’affirme – mais parle simplement de la possibilité “d’avoir plus de texte”. Un sacré changement de mentalité pour celui qui a, à l’origine, institué la limite des 140 caractères afin que les Tweets puissent être envoyés par SMS (limité à 160 caractères).

Plus d’utilisateurs ou plus de publicité ?

Pour la plupart des commentateurs, l’abandon de cette contrainte proviendrait de la volonté de séduire des nouveaux utilisateurs habitués à pouvoir s’étendre davantage sur d’autres réseaux sociaux.

Mais cet argument ne tient pas la route selon le site Slate et le quotidien britannique The Guardian. La longueur moyenne d’un message sur Facebook, par exemple, est de 65 caractères, rappelle le journal anglais. Il n’y aurait donc nul besoin d’apâter l’internaute avec la promesse de laisser libre court à ses tendances de romanciers.

Slate fait remarquer que Jack Dorsey n’a jamais dit que les tweets eux-mêmes pourraient excéder les 140 caractères. En fait, les deux médias pensent que Jack Dorsey ne vise pas forcément à élargir sa base d’utilisateurs avec cette évolution, mais plutôt à garder les abonnés plus longtemps sur le site.

Twitter s’apprêterait, d’après “The Guardian” et Slate, à introduire un nouveau format comme un billet de blog permettant d’écrire des textes plus longs. Le tweet servira simplement à créer un lien vers le billet de blog, hébergé sur Twitter. En clair, au lieu d’insérer des liens dans les Tweets vers des sites externes (comme France24.com/ ou d’autres), qui incitent les internautes à quitter Twitter vers d’autres cieux digitaux, cette nouveauté permettrait au réseau social de le garder dans son univers plus longtemps. Et plus un internaute reste longtemps sur un site, plus il a de valeur aux yeux des publicitaires puisqu’il a plus de chances d’être exposé à une annonce.

Première publication : 06/01/2016

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Le casque de réalité virtuelle Oculus Rift débarque mercredi en précommande, 2016 s’annonçant déjà comme l’année de l’avènement de la réalité virtuelle. Mais dans les faits, la démocratisation de cette technologie sera difficile.

Chose promise, chose due. La société américaine Oculus VR, filiale de Facebook, avait promis son casque de réalité virtuel Rift pour 2016. Elle donne le coup d’envoi des précommandes mercredi 6 janvier, à l’occasion du CES de Las Vegas. Ce type d’appareil, couvrant tout le champ du regard à 360°, permet de s’immerger totalement dans un univers virtuel, en particulier les jeux vidéo.

Le prix, révélé au tout dernier moment, est de 600 dollars (558 euros) aux États-Unis, mais 700 euros pour la France, et cela hors frais de port ! Le pack inclut le casque, les capteurs, des câbles, une manette pour la console Xbox One, les jeux vidéo “Eve : Valkyrie” et “Lucky’s Tale” ainsi que la future manette Oculus.

Le constructeur promet des livraisons pour le premier trimestre de cette année sauf dans le cas de la manette Oculus pour laquelle il faudra être un peu plus patient.

>> À lire aussi sur France 24 : “Facebook investit dans la réalité virtuelle avec le rachat d’Oculus”

1 % des PC capable de le supporter

Sur le papier, la future offre de réalité virtuelle a de quoi faire rêver. Nous pourrions donc très bientôt tous faire l’expérience de nous immerger dans nos films et jeux vidéo préférés. Tous ? Dans les faits, cela risque d’être beaucoup plus compliqué.

Interrogé par Bloomberg, le fabricant de carte graphique haut de gamme Nvidia affirme que seuls 1 % des ordinateurs actuellement en circulation dans le monde ont le potentiel et la puissance pour faire tourner les logiciels nécessaires à l’utilisation de la réalité virtuelle. Mais Nvidia se veut aussi rassurant pour les casques destinés aux PC : 2016 ne sera qu’une première étape dans la démocratisation des casques de réalité virtuelle. Le fabricant de cartes graphiques prédit la vraie explosion du marché à l’horizon 2020, à la faveur de l’augmentation de la puissance des PC.

La guerre est déclarée

La concurrence acharnée que se livrent les fabricants de casques pourrait également accélérer la démocratisation du produit et son développement pour le grand public. Dans l’impasse mexicaine qu’est actuellement le marché du casque de réalité virtuelle, la filiale de Facebook Oculus Rift a frappé fort en dégainant si tôt. Seul Samsung a déjà sorti un produit sur le marché, le Gear VR. Mais, pour le moment, celui-ci reste bien moins ambitieux et moins puissant, se présentant comme une simple extension des smartphones de la marque sud-coréenne.

La réaction des concurrents ne devrait pas se faire attendre très longtemps. Samsung prépare déjà une nouvelle version du Gear VR, tandis que HTC doit lancer le RE Vive en avril cette année. Enfin, Sony a prévu d’annoncer dans les prochains jours la date de sortie de son propre casque, destiné aux utilisateurs de la Playstation 4. Une spécificité qui, en contournant les limitations matérielles des PC, pourrait permettre à l’éditeur de tirer son épingle du jeu.

Première publication : 06/01/2016

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Fin décembre, une gigantesque panne d’électricité a plongé l’ouest de de l’Ukraine dans le noir. Il pourrait s’agir d’une attaque informatique, la première réussie contre une installation industrielle vitale d’un pays.

Pourquoi 700 000 foyers ukrainiens ont-ils été privés d’électricité pendant plusieurs heures fin décembre ? Il pourrait bien s’agir du premier cyber-sabotage réussi contre le réseau électrique d’un pays. Plusieurs sociétés de sécurité ont rendu publiques, ces derniers jours, des études qui le laissent supposer.

Le 23 décembre 2015, les installations de la société Prykarpattyaoblenergo, qui alimente en énergie notamment une partie de la région d’Ivano-Frankivsk, n’ont plus répondu pendant plusieurs heures. La population alentour s’est alors retrouvée plongée dans le noir. Très rapidement, les autorités ukrainiennes ont pointé du doigt des pirates informatiques à la solde de la Russie, le géant voisin avec lequel Kiev se trouve en conflit ouvert.

L’ombre du “scénario catastrophe”

Les accusations contre Moscou ont gagné en crédibilité début janvier lorsque plusieurs sociétés de sécurité informatique ont obtenu un bout de code malicieux (similaire à un virus) qui avait été retrouvé dans le circuit informatique de Prykarpattyaoblenergo. “Cela confirme au moins qu’une attaque a été menée contre ces installations de production d’énergie”, assure à France 24 Loïc Guézo, expert du cercle des Assises de la sécurité.

Mais cette découverte ne prouve pas que les pirates ont pris le contrôle à distance du réseau électrique de cette partie du pays. L’hypothèse du sabotage informatique d’une infrastructure vitale est “le scénario catastrophe que tout le monde redoute, mais en l’occurrence on ne sait pas encore si les autorités ayant découvert la présence d’un virus n’ont pas préféré éteindre préventivement le courant pour s’occuper du problème”, explique Loïc Guézo.

Dans les deux cas, cependant, le logiciel malveillant a eu – directement ou non – l’effet escompté. Pour Tewfik Megherbi, consultant pour la société de sécurité informatique F5 Network, cette attaque est à mettre en parallèle avec le virus Stuxnet qui, en 2010, avait permis de ralentir le programme nucléaire iranien : c’est une nouvelle démonstration que les cyberassaillants “peuvent endommager des systèmes industriels sensibles”, affirme-t-il. La grande différence avec l’épisode Stuxnet est que l’opération contre les installations électriques ukrainiennes a eu un effet immédiat sur la population en la plongeant complètement dans le noir.

La piste russe

Reste à savoir qui se trouve à l’origine de cette panne géante. Certes, imputer une attaque informatique est un exercice délicat tant les moyens de se dissimuler ou de brouiller les pistes sont nombreux dans le cyberespace. Mais un faisceau d’indices accrédite la piste russe. Cette opération intervient en effet dans un contexte “de ‘cyber pressions’ contre l’Ukraine par des cyberpirates pro-russes identifiés”, rappelle Loïc Guézo.

Ainsi, le groupe de hackers russes Pawn Storm mène depuis plus d’un an des actions de cyberespionnage contre le personnel militaire et politique ukrainien, selon une étude de la société de sécurité informatique japonaise Trend Micro.

Les auteurs de l’opération du 23 décembre en Ukraine ont également utilisé une version modifiée d’un logiciel malveillant connu depuis 2007, appelé BlackEnergy, qui a déjà servi à des pirates informatiques russes. Le groupe pro-russe SandWorm est soupçonné d’avoir piraté les serveurs de l’Otan en octobre 2014 en utilisant ce même virus, rappelle la société slovaque de sécurité informatique Eset. “SandWorm est aussi connu pour s’attaquer aux installations industrielles”, ajoute Loïc Guézo.

La réussite de l’attaque contre le réseau électrique – si elle est avérée et son origine russe définitivement établie – marque un virage notable dans le conflit qui oppose les deux pays. Jusqu’à présent, les cyberassaillants se concentraient sur des cibles bien identifiées. L’opération du 23 décembre semble, elle, avoir eu pour but de semer le chaos.

Première publication : 06/01/2016

Lassana Bathily devenait, il y a un an, le “héros” du magasin Hyper Cacher. Employé de l’établissement, il avait caché des otages dans une chambre froide avant de s’échapper. Il publie un livre expliquant qu’il “n’a rien fait d’héroïque”.

Vendredi 9 janvier 2015, Lassana Bathily devient un héros malgré lui. Employé d’origine malienne du magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à Paris, il est pris au piège lorsque Amedy Coulibaly se retranche dans l’établissement avec 17 otages. Le manutentionnaire, au sous-sol pendant l’attaque, cache alors des otages dans une chambre froide et parvient à s’échapper. Une fois sorti, il livre de précieuses indications à la police pour son intervention.

Lorsque le journaliste de France 24 Nicolas Germain le rencontre, presqu’un an après la terrible attaque, le jeune homme affirme d’emblée : “Je ne veux pas qu’on dise que je suis un héros”. C’est en substance ce qu’il répète tout au long de son livre, publié mercredi 6 janvier 2016. Sobrement intitulé “Je ne suis pas un héros”, il y raconte sa nouvelle vie.

J’ai découvert plus tard, à la télévision, le rôle de héros qu’on lui attribuait. J’ai été surpris
Yohann Dorai, autre otage de l’Hyper Cacher

Pas héroïque Lassana Bathily ? La qualification de héros a aussi été contredite par un autre otage de l’Hyper Cacher, Yohann Dorai, dans son propre livre “Hyper Caché, quatre heures dans la tête d’un otage”. L’ancien otage écrit : “À aucun moment au sous-sol, je n’ai vu Lassana Bathily accomplir un acte héroïque […] J’ai découvert plus tard, à la télévision, le rôle de héros qu’on lui attribuait. J’en ai été plus que surpris”. Yohann Dorai reconnaît cependant devoir “une fière chandelle”, pour les indications que l’employé a données à la police.

Ces actes héroïques qui ont été prêtés au jeune homme, ce dont il se défend lui-même, ont eu des répercussions imprévues sur son quotidien. “J’ai eu beaucoup de mal à gérer les nombreuses sollicitations des médias, confesse-t-il au micro de France 24, c’était beaucoup trop d’un coup”.

Lassana Bathily n’a jamais retravaillé pour l’Hyper Cacher. Dans son livre, il explique que le magasin “ne lui a pas proposé de promotion” et qu’il a eu d’autres opportunités professionnelles.

Lassana Bathily lors de sa visite au Mali

Le gouvernement malien pas épargné

Le Malien de 25 ans, naturalisé français fin janvier 2015, raconte aussi qu’il s’est retrouvé le 7 mars 2015 à Bamako, le jour d’une fusillade dans le restaurant-boîte de nuit La Terrasse. “À ce moment, je me posais des questions, je me demandais si j’étais poursuivi. Je n’ai pas dormi pendant une semaine” confie-t-il. Un sentiment qui se répète le 13 novembre à Paris, alors que Lassana Bathily se trouve à quelques centaines de mètres du Bataclan. Il reste alors caché dans un café de la zone jusqu’à cinq heures du matin.

Dans son livre, Lassana Bathily ne parle pas seulement de lui : il égratigne le gouvernement malien. Lorsqu’il arrive au Mali le 29 janvier, il est accueilli en grande pompe par le président Ibrahim Boubacar Keita, qui déclare notamment “[Amedy] Coulibaly [lui aussi d’origine malienne] a jeté le drapeau malien par terre, tu l’as redressé”. Mais lorsque Lassana Bathily revient pour lancer dans un projet associatif d’aide aux habitants de Samba Dramané, son village natal, les autorités maliennes font la sourde oreille, les honneurs qui lui ont été réservés lors de sa première visite laissent vite place à l’oubli.

Aujourd’hui, Lassana Bathily est parvenu à créer son association – sans l’aide des autorités maliennes – et travaille dans un stade de la banlieue parisienne. Il veut désormais laisser les événements du 9 janvier 2015 derrière lui. Son livre est une forme de point final.

Première publication : 06/01/2016