Archive for January 11th, 2016

Le président du consistoire israélite de Marseille, Zvi Ammar, a “incité” mardi ses coreligionnaires à “enlever la kippa […], jusqu’à des jours meilleurs”. L’appel a vivement fait réagir au sein du gouvernement et des instances juives.

La décision lui fait “mal au ventre”, mais Zvi Ammar, président du consistoire israélite de Marseille, dit la prendre “en son âme et conscience”.

Ce responsable de l’une des plus importantes communautés juives d’Europe, forte de quelque 70 000 membres, a demandé aux fidèles de confession juive d’éviter de porter la kippa dans les lieux publics après l’agression d’un enseignant juif au couteau lundi.

Il a expliqué mardi devoir “prendre des décisions exceptionnelles […] On est obligé de se cacher un petit peu”, a-t-il déploré.

Un appel similaire à ôter la kippa avait déjà été lancé par l’enseignant victime de l’agression, via son épouse. “Aujourd’hui, il a mis sa casquette, et il encourage la communauté à faire comme lui”, avait-elle dit.

“Ne céder à rien” et “vivre normalement”

L’appel de Zvi Ammar ne fait pas l’unanimité dans la communauté juive. Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Roger Cukierman, a jugé qu’il ne s’agissait “certainement pas [d’une] bonne idée”. “Cela traduit une attitude défaitiste, de renoncement”, a-t-il déclaré à l’AFP.

Signe que la question divise, la présidente du Crif Marseille-Provence, Michèle Teboul, a estimé qu’il fallait “vivre normalement”, mais qu’elle ne pouvait que se “plier” à cette décision “si c’est pour assurer la sécurité des juifs”.

Le grand rabbin de France, Haïm Korsia, a estimé de son côté que l’appel du président du consistoire israélite de Marseille était “un cri d’émotion compréhensible”, mais “qu’il ne fallait céder à rien”.

Du côté de la garde des Sceaux, Christiane Taubira, on martèle que, “comme tout citoyen français, les juifs de France doivent se sentir en sécurité” et doivent “bien entendu” pouvoir porter la kippa dans la rue.

“Nous devons réaffirmer, nous devons garantir au quotidien, partout sur le territoire, la liberté de chaque citoyen, sa liberté, y compris de vivre sa croyance. C’est ça une République laïque”, a ajouté la ministre de la Justice, à sa sortie d’une réunion à Matignon.

L’auteur de l’agression transféré en banlieue parisienne

L’auteur présumé de l’agression antisémite contre l’enseignant, un lycéen turc d’origine kurde qui a revendiqué son geste au nom de l’organisation État islamique, a été transféré mardi à la sous-direction antiterroriste près de Paris.

Après son arrivée à Levallois dans les Hauts-de-Seine, le suspect, un lycéen turc d’origine kurde qui n’était pas dans les radars des services de renseignement, devait être présenté à un juge d’instruction antiterroriste, pour une possible mise en examen.

>> À relire sur France 24 : Agression antisémite à Marseille, le parquet antiterroriste saisi

Lors de ses auditions, l’adolescent a “revendiqué son geste et exprimé une certaine fierté”, affirmant “qu’il avait agi seul”, a précisé une source proche de l’enquête.

L’enquête se poursuit pour “tentative d’assassinat aggravé en raison d’une appartenance religieuse en lien avec une entreprise terroriste”. Dès son arrestation, l’adolescent avait précisé aux policiers avoir agi “au nom d’Allah” et du groupe État islamique. En raison de son âge, 15 ans pour quelques jours encore, sa garde à vue ne peut excéder 48 heures.

Sans antécédents judiciaires ni psychiatriques, il est issu d’un milieu “classique et normal”, a de bonnes notes au lycée et se serait radicalisé “via internet”, selon le parquet marseillais.

Avec AFP

Première publication : 12/01/2016

La France a enregistré 79 130 demandes d’asile en 2015, soit une hausse de 22 % par rapport à 2014. Un asile qui a été accordé à 31,5 % des demandeurs l’an dernier.

Confrontée comme plusieurs pays européens à la crise des migrants, la France a enregistré 79 130 demandes d’asile en 2015, soit une hausse de 22 % par rapport à 2014, selon des chiffres de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).

L’asile a été accordé à 31,5 % des demandeurs l’an dernier, contre 28 % en 2014, a indiqué mardi à l’AFP Pascal Brice, le directeur général de l’Ofpra, en précisant que les Syriens étaient désormais les premiers demandeurs.

Les demandes des Syriens acceptées à 97 %

Avec 5 200 demandes déposées (+ 66 %), les Syriens obtiennent presque tous l’asile (à 97 %), a confié Pascal Brice. En deuxième position, la demande soudanaise a quasiment triplé (+170 % à 5 060 dossiers), dans la foulée des demandes déposées à Calais par des candidats ayant abandonné l’idée de passer en Grande-Bretagne. Les Kosovars occupent eux la troisième position du classement (avec +92 % à 4 650 demandes).

Viennent ensuite des demandeurs originaires de la République démocratique du Congo (RDC), de l’Albanie, d’Haïti, du Bangladesh et de la Chine. Concernant le Kosovo et l’Albanie, ces deux pays ont pourtant été replacé sur la liste des pays d’origine sûrs. Le tableau de l’asile a donc sensiblement évolué d’une année sur l’autre puisque en 2014 c’étaient la RDC, la Chine et le Bangladesh qui venaient en tête du classement. “On assiste à une reprise de la demande d’asile et à un recentrage sur les pays en fort besoin de protection”, a précisé Pascal Brice

Une évolution qui est la conséquence de la crise des réfugiés, qui a jeté des centaines de milliers de personnes sur les routes de l’exil l’an dernier, avec pour la France la constitution de campements à Paris ou dans le Nord (Calais, Grande-Synthe) et pour l’Europe l’obligation d’innover, en mettant en place des processus de répartition des demandeurs arrivés en Grèce ou en Allemagne.

Des niveaux très éloignés de ceux de l’Allemagne

Dans ce contexte, le bilan marque logiquement une reprise de la demande adressée à la France, alors que l’année 2014 s’était soldée par un recul de 2 %, une évolution alors à contre-courant des autres grands pays européens. En 2015, et malgré l’augmentation à deux chiffres, on reste très loin des niveaux enregistrés par l’Allemagne, qui a accueilli 1,1 million de demandes d’asile à elle seule et qui reste en première ligne dans la crise des réfugiés.

Pour 2016, Pascal Brice s’attend à “une poursuite maîtrisée de la hausse de la demande en France”, du fait notamment de la mise en place attendue du processus de “relocalisation”, c’est-à-dire la prise en charge par la France de 30 000 réfugiés sur deux ans dans le cadre des accords européens.

Pour l’instant, le processus avance péniblement, puisque seules 19 personnes, des Erythréens, sont arrivées en France. L’un des points de blocage de l’asile en France reste l’engorgement du système, avec des délais de traitement pouvant atteindre deux ans au total. Et c’est désormais l’Ofpra qui accorde le plus souvent l’asile, dans les trois quarts des cas, alors qu’il y a quelques années c’était surtout en appel devant la cour nationale (CNDA) que les demandes étaient satisfaites.

L’organisme a traité 79 100 demandes l’an dernier, ce qui lui a permis de réduire son stock de dossiers en attente, une évolution nécessaire pour diminuer le délai d’instruction des dossiers, comme prévu par la réforme de l’asile.

Avec AFP

Première publication : 12/01/2016