Archive for January 14th, 2016

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Renault est depuis deux jours chahuté en Bourse après les révélations sur ses dépassements des normes anti-pollution. Mais la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, assure qu’il ne s’agit pas d’un cas de fraude. Comment est-ce possible ?

Après un jeudi noir, l’action en Bourse de Renault a continué de chuter de plus de 3 % en ce vendredi 15 janvier. Une baisse moins marquée, après avoir perdu plus de 10 % la veille. Les investisseurs ne semblent avoir été que modérément rassurés par les déclarations de la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, sur les dépassements des normes anti-pollution et les raisons d’une perquisition de la répression des fraudes au siège du constructeur français le 14 janvier.

Dans un entretien accordé au Parisien jeudi soir, la ministre assurait qu’aucun logiciel fraudeur n’avait été retrouvé dans les véhicules Renault, éloignant le spectre d’un scandale à la Volkswagen. Mais Ségolène Royal a reconnu que la marque au losange était le seul constructeur français dont les émissions testées dépassent les niveaux légaux.

Des conditions de test qui remontent à 1997

En l’absence de trucage, comment expliquer le carton rouge décerné à Renault par la commission indépendante voulue par le gouvernement pour contrôler les véhicules d’une dizaine de constructeurs ?

Les experts ont effectué des relevés dans des conditions réelles qui peuvent différer des contrôles en laboratoire. Les données affichées pour le public par les constructeurs sur la consommation de leur voitures reposent sur des tests d’homologation “qui essaient de prendre en compte un fonctionnement moyen d’un véhicule toute sa vie. Mais ils ne correspondent plus forcément à la réalité de la conduite aujourd’hui”, explique Christine Roussel, chercheuse en combustion moteur au CNRS.

>> À lire sur France 24 : “Après le scandale Volkswagen, Renault défend toujours sa bonne conduite”

En effet, ces tests simulent un certain nombre de cycles de conduite en campagne, d’autres en ville ou sur l’autoroute selon des critères fixés en 1997. Il suffit qu’un conducteur de 2015 passe davantage de temps en ville, où les accélérations et décélérations sont plus fréquentes, pour que la consommation de carburant – et donc la pollution – soit plus élevée que lors des tests d’homologation.

Reste à savoir à quel point Renault dépasse les seuils de pollution autorisés. Une différence trop élevée pourrait difficilement uniquement s’expliquer par un cycle d’homologation dépassé. La commission “Royal” ne précise pas cette donnée car il ne s’agit pas, pour l’instant, des résultats définitifs.

“Dépassements extrêmes techniquement” difficiles à expliquer

Mais Renault avait déjà été épinglé l’an dernier pour des dépassements des normes européennes sur certains de ces modèles. Les émissions d’oxydes d’azote (NOx, l’un des principaux polluants des voitures) de la Renault Espace 1.6 dCi avaient ainsi été jusqu’à 25 fois supérieures au seuil autorisé, selon une étude de l’Université de Berne pour le compte de l’association allemande de protection de l’environnement “Deutsche Umwelthilfe”. “Ces dépassements sont extrêmes et je ne peux pas me les expliquer techniquement”, affirme à France 24 Axel Friedrich, un expert automobile allemand indépendant qui a participé à l’élaboration de certains tests d’émissions européens.

Une explication pourrait venir de la Réduction catalytique sélective (RCS). Ce terme barbare désigne la technologie qui réduit pour les véhicules diesel la teneur en NOx des gaz lorsqu’ils passent dans le pot d’échappement afin qu’ils restent dans les clous réglementaires. “Renault n’a pas investi autant que d’autres, comme Citroën, dans le diesel et son procédé de RCS n’a peut-être pas fonctionné lors des tests de l’université de Berne”, explique Christine Roussel. Une défaillance qui pourrait expliquer des différences très importantes puisque la RCS peut capter jusqu’à 90 % des émissions d’oxydes d’azote.

Mais ce n’est qu’une hypothèse et le rapport de l’université technique de Berne liste une dizaine d’autres méthodes moins avouables que des constructeurs ont pu utiliser pour faire “comprendre” à la voiture qu’elle est en situation de contrôle technique et adapter sa consommation pour moins polluer. Le logiciel de bord peut ainsi déceler si le GPS n’enregistre pas de changement de position géographique, s’il n’y a que deux roues sur quatre qui tournent etc. Pour Axel Friedrich, le plus simple serait “que Renault ouvre son logiciel pour prouver qu’il n’y a rien de ce côté”.

Première publication : 15/01/2016

Entre 2 500 et 3 000 personnes en attente d’un passage pour l’Angleterre campent actuellement à Grande-Synthe, dans le nord de la France, à moins de 40 km de Calais. Ce sont très majoritairement des Kurdes, en provenance d’Irak. Depuis le début de l’hiver, ils survivent sous des bâches, dans le froid, la boue et l’indignité.

Pour consulter ce webdoc, cliquez ici


Première publication : 15/01/2016

Les enquêteurs ont enfin mis un nom sur le kamikaze qui s’est fait exploser cinq jours après les attentats du 13 novembre, dans un appartement de Saint-Denis. Il s’agit de Chakib Akrouh, un Belgo-Marocain de 25 ans.

Le Belgo-Marocain Chakib Akrouh, dont les restes ont été formellement identifiés deux mois après les attentats du 13 novembre à Paris et à Saint-Denis, est bien le troisième assaillant du commando dit “des terrasses”, a confirmé, vendredi 15 janvier, une source judiciaire.

Le kamikaze, qui s’est fait exploser le 18 novembre lors d’un assaut policier contre un appartement de Saint-Denis, en banlieue parisienne, a été identifié grâce au profil génétique extrait sur ses restes, comparés à l’ADN de sa mère.

Né le 27 août 1990 en Belgique, Chakib Akrouh était inconnu des services anti-terroristes belges. D’après une source citée par le journal Le Soir, le jeune homme était “effacé” et “introverti”. Lorsqu’il vivait en Belgique, il se rendait à la mosquée Loqman, à Molenbeek, également fréquentée par Ayoub El-Khazzani, l’auteur de l’attaque ratée du Thalys Amsterdam-Paris, en août 2015.

Originaire de Molenbeek

Selon une source proche du dossier, son nom avait été communiqué fin 2015 par la justice belge, sur la foi d’une photographie. Celui-ci était parti de Bruxelles début janvier 2015 en Syrie, en compagnie de six ou sept autres personnes.

Ce jeune originaire du quartier bruxellois de Molenbeek avait aussi été condamné en juillet par contumace à cinq ans d’emprisonnement lors du procès en Belgique d’une importante filière syrienne. Au cours de ce même procès, Abdelhamid Abaaoud, le coordinateur présumé des attentats de Paris, mort lui-aussi durant l’assaut de Saint-Denis, avait écopé d’une peine de 20 ans, selon des médias belges. Il était lui aussi absent au procès.

Son profil génétique absent des fichiers de police

Malgré sa condamnation, le profil génétique de Chakib Akrouh ne figurait dans aucun fichier de police. C’est uniquement grâce à la capture écran d’une caméra de vidéo-surveillance de la RATP, extraite le soir des attentats, que les enquêteurs ont pu lever le mystère sur son identité. Son identification formelle a été confirmée jeudi par la comparaison entre l’ADN prélevée sur son cadavre et celui de sa mère, avec un taux de certitude de 99,998 %.

L’ADN d’Akrouh a en outre été retrouvé sur l’une des trois Kalachnikov laissées dans la Seat abandonnée à Montreuil, au nord-est de Paris, après avoir été utilisée par le “commando des terrasses”, qui a assassiné 39 personnes dans des bars et restaurants de l’Est parisien. Les enquêteurs pensent donc qu’Akrouh est, avec Abaaoud et un autre Bruxellois, Brahim Abdeslam, le troisième membre de ce groupe.

Chakib Akrouh est aussi sans doute celui qui a été filmé avec Abaaoud dans le métro juste après les attaques, avant de se dissimuler dans un “buisson” en bord d’autoroute à Aubervilliers puis de mourir dans la planque de Saint-Denis. Brahim Abdeslam est, lui, mort en kamikaze au Comptoir Voltaire, tandis que son cadet, Salah, dont les enquêteurs pensent qu’il a convoyé les kamikazes du Stade de France, est toujours en fuite.

Avec AFP

Première publication : 15/01/2016

Une personne est état de mort cérébrale et cinq autres sont dans un état grave après un essai thérapeutique dans un centre médical à Rennes, dans l’ouest de la France. Celui-ci portait sur un produit analgésique à base de cannabis.

Une enquête a été ouverte par le pôle santé du parquet de Paris après l’annonce d’un accident grave survenu lors d’un essai thérapeutique mené sur un médicament pris par voie orale dans un centre de recherche médicale à Rennes, dans l’ouest de la France. Cet essai a entraîné l’hospitalisation de six patients, dont l’un est en état de mort cérébrale.

“Cet essai a été réalisé dans un établissement privé autorisé, spécialisé dans la réalisation d’essais cliniques, dans le but d’évaluer la sécurité d’emploi, la tolérance, les profils pharmacologiques de cette molécule, chez des volontaires sains”, a précisé le ministère de la santé dans un communiqué.

D’après la chaîne I-Télé, ces recherches porteraient sur un produit analgésique à base de cannabis. Une source proche du dossier a confirmé à l’AFP cette information, précisant que ce produit testé est une molécule contenant du “cannabinoïde”. Le Figaro ajoute pour sa part sur son site que le laboratoire incriminé est l’entreprise Biotrial, qui réalise depuis plus de 20 ans des études pharmaceutiques pour le développement de nouveaux médicaments.

La ministe de la santé Marisol Touraine doit se rendre sur place vendredi dans l’après-midi. Elle n’a pas souhaité donner plus d’informations dans l’immédiat au sujet de cet accident qui a eu lieu dans le cadre d’un essai clinique de phase 1, c’est-à-dire sur des volontaires sains.L’enquête a été confiée à la direction interrégionale de la police judiciaire (DIPJ) de Rennes et à un service de gendarmerie spécialisé dans la santé publique (OCLAESP), pour blessures involontaires provoquant une interruption totale de travail supérieure à trois mois.

Des accidents rares

Chaque année, des milliers de volontaires, souvent des étudiants qui veulent payer leurs études, participent à de tels essais cliniques, mais les accidents sont rares. Six hommes avaient été hospitalisés en 2006 en soins intensifs dans un hôpital de Londres après l’essai clinique d’un nouveau traitement contre la leucémie, la polyarthrite rhumatoïde et la sclérose en plaques.

Cinq ans plus tôt, une jeune femme en parfaite santé de 24 ans, Ellen Roche, était morte aux États-Unis alors qu’elle participait à un essai clinique d’un médicament expérimental contre l’asthme, l’hexamethonium, conduit par l’Université Johns Hopkins.

Avec AFP et Reuters

Première publication : 15/01/2016

Une personne est état de mort cérébrale et cinq autres sont dans un état grave après un essai thérapeutique dans un centre médical à Rennes, dans l’ouest de la France. Celui-ci portait sur un produit analgésique à base de cannabis.

Une enquête a été ouverte par le pôle santé du parquet de Paris après l’annonce d’un accident grave survenu lors d’un essai thérapeutique mené sur un médicament pris par voie orale dans un centre de recherche médicale à Rennes, dans l’ouest de la France. Cet essai a entraîné l’hospitalisation de six patients, dont l’un est en état de mort cérébrale.

“Cet essai a été réalisé dans un établissement privé autorisé, spécialisé dans la réalisation d’essais cliniques, dans le but d’évaluer la sécurité d’emploi, la tolérance, les profils pharmacologiques de cette molécule, chez des volontaires sains”, a précisé le ministère de la santé dans un communiqué.

D’après la chaîne I-Télé, ces recherches porteraient sur un produit analgésique à base de cannabis. Une source proche du dossier a confirmé à l’AFP cette information, précisant que ce produit testé est une molécule contenant du “cannabinoïde”. Le Figaro ajoute pour sa part sur son site que le laboratoire incriminé est l’entreprise Biotrial, qui réalise depuis plus de 20 ans des études pharmaceutiques pour le développement de nouveaux médicaments.

La ministe de la santé Marisol Touraine doit se rendre sur place vendredi dans l’après-midi. Elle n’a pas souhaité donner plus d’informations dans l’immédiat au sujet de cet accident qui a eu lieu dans le cadre d’un essai clinique de phase 1, c’est-à-dire sur des volontaires sains.L’enquête a été confiée à la direction interrégionale de la police judiciaire (DIPJ) de Rennes et à un service de gendarmerie spécialisé dans la santé publique (OCLAESP), pour blessures involontaires provoquant une interruption totale de travail supérieure à trois mois.

Des accidents rares

Chaque année, des milliers de volontaires, souvent des étudiants qui veulent payer leurs études, participent à de tels essais cliniques, mais les accidents sont rares. Six hommes avaient été hospitalisés en 2006 en soins intensifs dans un hôpital de Londres après l’essai clinique d’un nouveau traitement contre la leucémie, la polyarthrite rhumatoïde et la sclérose en plaques.

Cinq ans plus tôt, une jeune femme en parfaite santé de 24 ans, Ellen Roche, était morte aux États-Unis alors qu’elle participait à un essai clinique d’un médicament expérimental contre l’asthme, l’hexamethonium, conduit par l’Université Johns Hopkins.

Avec AFP et Reuters

Première publication : 15/01/2016

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Trois des enfants du défunt chef rebelle angolais Jonas Savimbi ont attaqué en diffamation l’éditeur du jeu vidéo “Call of Duty”. Un personnage ressemblant à leur père y est mis en scène comme un personnage “barbare”.

Un jeu vidéo peut-il porter atteinte à l’honneur d’une personnalité historique et de sa famille ? C’est ce que pensent en tous cas les proches du défunt chef rebelle angolais Jonas Savimbi. Ils estiment que ce dernier apparaît comme un “barbare” dans le jeu à succès “Call of Duty”.

Trois des enfants de Jonas Savimbi, mort en 2002, installés en région parisienne, ont attaqué en “diffamation” Activision Blizzard, la filiale française de l’éditeur américain du jeu de tir et de guerre, devant le tribunal de grande instance de Nanterre. Une première en France pour un jeu vidéo, selon les avocats des parties. Ils réclament 1 million d’euros de dommages et intérêts et le retrait de la version incriminée. Les juges civils examineront l’affaire le 3 février.

“Un gros bêtasson qui va tuer tout le monde”

Seigneur de guerre aussi charismatique que controversé, Jonas Savimbi a pris la tête de l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita), mouvement rebelle qu’il dirigea d’une main de fer lors de la guerre civile qui a déchiré l’ancienne colonie portugaise à partir de son indépendance en 1975.

Fils d’un pasteur protestant, de formation maoïste mais longtemps allié des États-Unis contre le régime pro-communiste du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), il était presque toujours vêtu de son uniforme militaire, revolver à la hanche. Sa mort au combat en 2002 avait finalement mis un terme à 27 ans de conflit, permettant la signature d’un cessez-le-feu.

Alertés par les réseaux sociaux, les enfants de Jonas Savimbi ont reconnu dans le visage d’un des personnages de l’opus “Black Ops II” de “Call of Duty”, sorti en 2012, celui de leur père. Celui-ci y est présenté, selon les termes de leur avocate, Me Carole Enfert, comme un “gros bêtasson qui va tuer tout le monde”. Dans une séquence du jeu, le vrai-faux Savimbi, béret rouge et tenue militaire, apparaît dans le feu des rafales, haranguant ses troupes depuis un char, lance-grenades à la main et criant notamment : “Il faut les achever !”.

>> À lire sur France 24 : L’ex-dictateur panaméen Noriega part en guerre contre “Call of Duty”

Pour la famille, cette mise en scène “outrancière” ne correspond pas à la personnalité de “leader politique” et de “stratège” de Jonas Savimbi. “Chef de guerre, oui”, mais pas seulement : “Il a été un personnage important de la Guerre froide, il a fait partie de l’échiquier mondial, il était défendu par les grands de ce monde, il a été ami de Mandela”, insiste Me Carole Enfert.

Dans le camp des “gentils”

Activision Blizzard réfute avoir fait dans la caricature. L’éditeur du jeu estime avoir représenté Jonas Savimbi “pour ce qu’il était” : “un personnage de l’histoire angolaise, un chef de guérilla qui combat le MPLA”, argumente Me Étienne Kowalski. L’avocat de l’entreprise estime d’ailleurs que le jeu montre le chef rebelle angolais sous un jour “plutôt favorable”, en “gentil qui vient en aide au héros”.

Ce n’est pas la première fois que des figures politiques font une apparition dans ce jeu de tir à la première personne : Fidel Castro et John F. Kennedy y ont déjà été mis en scène tout comme l’ex-dictateur déchu du Panama Manuel Noriega, 80 ans et actuellement en prison. Ce dernier avait lancé une offensive judiciaire en 2014 aux États-Unis, accusant l’éditeur d’utiliser son image sans sa permission et de l’incarner en traître patibulaire. Sa plainte avait été rejetée. “Call of Duty” s’inspire d’événements historiques, avait alors argué Activision Blizzard.

Avec AFP

Première publication : 15/01/2016

Deux rescapées du Bataclan sont à la tête de l’association “Life for Paris”, visant à mettre en relation les centaines de survivants des attentats de Paris. Une “grande famille” unie dans un désir de reconstruction. Rencontre.

“J’ai continué à vivre à peu près normalement.” Maureen Roussel, 28 ans, sortie indemne de l’attaque du Bataclan le 13 novembre, a rapidement repris son activité d’assistante maternelle à domicile après les évènements et est retournée dans les restaurants et les cafés. Cette jeune femme vivant en banlieue parisienne est parvenue à s’échapper rapidement de la salle de spectacle où jouaient les Eagles of Death Metal lorsque les trois terroristes ont fait irruption.

Durant le mois qui a suivi, tout paraissait irréel, jusqu’à ce matin du 13 décembre, 13 comme le jour des attentats, où Maureen s’est regardée dans le miroir, découvrant ses traits tirés et son corps amaigri. “Je pensais que ça ne m’avait pas atteint car je n’ai pas été blessée. Mais c’est une blessure beaucoup plus vicieuse”, raconte-t-elle, jeudi 14 janvier, installée dans un café du centre de Paris.

Cette mère de famille se rend alors compte qu’elle n’est plus en état de travailler et décide de se consacrer à sa communauté lancée deux semaines plus tôt, “Life for Paris“, visant à rassembler les centaines de personnes ayant vécu, comme elle, l’horreur dans le Bataclan.


Des personnes se recueillent le 13 décembre devant le Bataclan, où 90 personnes sont mortes lors de l’attaque du 13 novembre. © Matthieu Alexandre, AFP

“Ce n’est pas parce que notre peau n’est pas marquée, qu’il ne s’est rien passé et que cela n’a pas blessé notre chair. Nous sommes plus de 1 000. Plus de 1 000 à être sortis de cette salle, plus de 1 000 personnes pour qui les choses ne seront plus jamais exactement les mêmes… C’est énorme. Dans ce malheur, notre chance est d’être nombreux, je pense qu’il est important de transformer cela en force”, écrit-elle, dans un message publié sur Facebook, vu plus d’un million de fois et partagé par 25 000 utilisateurs.

Très vite, Maureen est submergée par l’ampleur du phénomène. “Parfois, le matin en me réveillant, je m’apercevais que j’avais reçu une cinquantaine de messages dans la nuit venant de victimes qui avaient besoin de parler.” Parmi ces messages, celui de Caroline Langlade, qui deviendra vice-présidente de “Life for Paris”, lui demandant de l’aide pour retrouver une personne croisée ce funeste soir.

Peur des parapluies et des portes qui claquent

Désormais, le groupe privé Facebook compte plus de 400 membres. Une plateforme qui permet des échanges quotidiens. Certains internautes veulent, comme Caroline, mettre des noms sur des visages aperçus ce soir-là, retrouver des regards complices dans le chaos, prendre des nouvelles de blessés ou remercier des personnes qui ont pu leur venir en aide.

“Certaines victimes ont la trouille de sortir de chez elles, d’aller faire leurs courses”, explique Caroline, la gorge serrée et les yeux humides. Elle-même s’est arrêtée de travailler dès le lundi suivant les attaques car “elle ne peut plus réfléchir”. Le soir du 13 novembre, Caroline est restée enfermée durant plusieurs heures dans une des loges du Bataclan gardée par un “terro”.

>> À voir sur France 24 : En images : deux mois après les attentats de Paris, Le Carillon rouvre ses portes

Maureen, elle, a un temps eu du mal à avouer à ses proches qu’elle avait désormais peur des parapluies. “Parfois, on a des réactions qui peuvent paraître bizarres, livre-t-elle. Il y a quelque temps, quand je me baladais dans la rue et que je voyais une personne avec un parapluie replié, je voyais une arme. Je panique aussi dès qu’il y a quelque chose qui tombe, des portes qui claquent, des bruits sourds répétés. Entre nous, on finit par en rire.”

Des symptômes que tous les rescapés vivent à leur manière. Le but de l’association est donc avant tout de lutter contre l’isolement des victimes, répètent les jeunes femmes. “Aujourd’hui, on communique car on réalise qu’il y a beaucoup de gens qui sont encore isolés. On est plus forts quand on est nombreux. Et au-delà de cela, on trouve que réagir à la peur et à la mort par de la solidarité et de la vie, c’est la meilleure des réponses.”

“Comme des jumeaux”

Via Facebook, les victimes se rencontrent, organisent des sorties dans des bars. “Parfois une personne nous dit ‘je dois aller à un concert ou en terrasse ce soir et j’ai peur de ne pas y arriver’, alors une autre se propose de l’accompagner.” Certains membres organisent aussi des visites à l’hôpital pour rencontrer ceux qui y sont toujours soignés, une cinquantaine, selon la ministre de la Santé, Marisol Touraine.

“Quand on se rencontre, on a l’impression de se connaître depuis longtemps. Les barrières de la vie normale sautent entre nous. On s’embrasse, on s’aime. On a tous conscience d’être très fragiles, on a le souhait de se protéger”, explique Maureen, qui parle même d’un “amour inconditionnel. […] À chaque fois que deux victimes se retrouvent, elles sont très, très heureuses.”

>> À lire sur France 24 : Attentats de Paris : les dernières révélations de l’enquête

“On est comme des jumeaux, ajoute Caroline, il y a un lien très fort et invisible entre nous. Nous n’avons pas besoin de parler pour savoir ce que nous ressentons.”

Un “effet miroir” crucial pour ces rescapées qui expliquent ne pas vouloir tout raconter à leurs proches. “Il y a certaines choses que l’on ne peut pas dire, on veut les préserver, disent-elles. Et puis, on a besoin parfois de parler de ce que l’on a vu sans qu’il y ait de ‘Oooh’ de surprise ou de choc.”

Au-delà des émotions, beaucoup de survivants du drame sollicitent l’aide de Maureen et Caroline dans leurs démarches administratives. “On a droit à plein de choses mais il faut savoir s’adresser aux bonnes personnes”, détaille Caroline. Chaque rescapé des attentats du 13 novembre a accès à la gratuité des soins et est considéré comme une victime civile de guerre par l’ONAC (Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre). Un Fonds de garantie, qui englobe la prise en charge par l’État de toutes dépenses liées de près ou de loin aux attentats, depuis les soins médicaux jusqu’aux frais de transport permettant à une victime de rentrer dans sa famille, a également été mis en place. Des aides auxquelles les victimes résidant dans des pays étrangers ont parfois du mal à avoir accès.

La honte de ne pas avoir été un “super-héros”

Assises côte à côte et parlant d’une voix douce, les deux femmes racontent leur besoin de légitimité, lorsqu’on est une victime en vie et sans blessure physique mais une victime tout de même, en même temps leur crainte que ce statut “ne leur colle à la peau”. Elles disent également leur sentiment de culpabilité de s’en être sorties, quand d’autres sont morts laissant derrière eux des enfants orphelins. Leur honte de ne pas avoir été de “super-héros” comme on espère pouvoir l’être dans ce genre de situation. Leur sensation de décalage avec les choses futiles. “Mais au final, il ne faut pas culpabiliser”, se dit Maureen.

>> À lire sur France 24 : À Bercy, une soirée pour mettre à l’honneur les héros des attentats de Paris et Saint-Denis

Devant les nombreuses réactions que suscite leur association, les deux comparses de mésaventure ne souhaitent pas s’arrêter là. Elles travaillent à la création d’un site web et d’un forum “pour toucher les gens qui ne sont pas sur Facebook”.

Quant aux victimes qui refusent de faire partie de ce rassemblement d’”anciens combattants”, à l’image du compagnon de Caroline présent aussi dans la salle du Bataclan, les jeunes femmes ne les excluent pas. “Ce n’est pas grave, l’important c’est que l’association existe. Peut-être que ces personnes auront besoin de notre aide dans un mois, dans un an. Alors, nous serons là.”

Première publication : 15/01/2016

Libération et Reporters sans frontières ont annulé une vente aux enchères caritative après que l’ambassade d’Israël a demandé le retrait d’une œuvre comparant Nelson Mandela et Marwan Barghouti, le leader palestinien actuellement en prison.

Le quotidien Libération et l’ONG Reporters sans frontières (RSF) ont renoncé, jeudi 14 janvier, à organiser une vente caritative de unes du journal revisitées par des artistes, prévue le 27 janvier. La cause : une demande de l’ambassade d’Israël de retirer l’une des œuvres qui devait être mise en vente.

La une incriminée est une couverture de 2004 qui annonçait l’enterrement de Yasser Arafat, le dirigeant palestinien qui était symbolisé par un keffieh avec le titre “Et maintenant ?”. L’artiste Ernest Pignon-Ernest a ajouté sur cette une le visage du leader palestinien actuellement incarcéré, Marwan Barghouti, et écrit “en 1980, quand j’ai dessiné Mandela, on m’a dit qu’il était terroriste”. Marwan Barghouti, en prison depuis 2002 pour organisation d’attaques anti-israéliennes durant la seconde intifada de 2000, est devenu pour les Palestiniens l’un des symboles de la résistance à l’occupation israélienne.

Reprochant à l’artiste la comparaison avec Nelson Mandela, l’ambassade d’Israël a demandé à la maison Artcurial, qui organisait la vente, de retirer l’œuvre. “Ce portrait met aux enchères un projet terroriste, là où l’on cherche à faire croire qu’il s’agirait d’un homme de paix”, écrit l’ambassade dans un courrier consulté par l’AFP.

“Source potentielle de trouble à l’ordre public”

Artcurial a accepté la demande de retrait de la une. “Dans le contexte des récents attentats et de la prorogation de l’état d’urgence”, le maintien dans la vente de cette œuvre constituerait une “source potentielle de trouble à l’ordre public”, a déclaré Francois Tajan, président délégué d’Artcurial, à l’AFP.

Refusant de retirer l’œuvre, Libération et RSF ont préféré reporter la vente et trouver un autre organisateur. “Une solution alternative est à l’étude”, a indiqué Reportes sans frontières dans un communiqué. “Nous mobilisons nos réseaux pour trouver une autre maison de ventes qui acceptera de prendre l’intégralité des artistes, condition de la tenue de cette vente”, a poursuivi l’organisation.

“Je suis étonné qu’une ambassade étrangère puisse décider de ce que l’on expose ou pas. Et qu’une maison de ventes cède aux pressions”, a déclaré pour sa part Ernest Pignon-Ernest à Libération. Jeudi soir, l’ambassade d’Israël n’était pas joignable pour commenter ce report.

Avec AFP

Première publication : 15/01/2016