Archive for February 16th, 2016

Le hashtag “Si les Noirs parlaient comme les Blancs”, lancé mardi sur Twitter par une étudiante bourguignonne, inverse les préjugés pour dénoncer avec humour le racisme ordinaire dont certains Français sont victimes.

“C’est tes vrais cheveux ? Je peux toucher ? Ils sont super lisses, on dirait des poils de chiens #SiLesNoirsParlaientCommeLesBlancs”. Derrière ce tweet posté mardi 16 février et repris plus d’un millier de fois se cache Jade, 19 ans, étudiante en langues. La jeune Bourguignonne se dit surprise face à cet engouement soudain sur le réseau social. Son trait d’humour, visant à retourner les clichés racistes contre les Noirs en les appliquant aux Blancs pour mieux les dénoncer n’a pas laissé les internautes de marbre. Le hashtag (mot-clé) qu’elle a utilisé, #SiLesNoirsParlaientCommeLesBlancs, a été largement décliné depuis mardi sur le réseau social.

“C’est tes vrai cheveux ? Je peux toucher ? Ils sont super lisses, on dirait des poils de chiens” #SiLesNoirsParlaientCommeLesBlancs

— jaja (@supremenyx) 16 Février 2016

“Ils sont sympas les voisins blancs, là, mais ça sent la moutarde et les pâtes dans tout l’immeuble.” écrit un twittos. “Y’a Johnny Hallyday qui passe, Vincent vient danser, c’est une musique de chez toi ça !!”, ironise un autre. Tout y passe : les préjugés culturels, l’assimilation d’un pays à un continent, l’Afrique, ou d’un individu à son origine, forcément exotique…

Ils sont sympas les voisins blancs, là , mais ça sent la moutarde et les pâtes dans tout l’immeuble. #SiLesNoirsParlaientCommeLesBlancs

— duanyer (@duanyer) 17 Février 2016

Y’a Johnny Hallyday qui passe, Vincent vient danser, c’est une musique de chez toi ça!! #SiLesNoirsParlaientCommeLesBlancs

— LIBEREZ LA MAWTINIK (@DidyCudi) 16 Février 2016

“Regarde c’est moi en safari en Europe.. J’avais envie de tous les adopter” #SiLesNoirsParlaientCommeLesBlancspic.twitter.com/RVLssddfce

— Alexandra (@caribbeaanb) 16 Février 2016

“‘Regarde c’est moi en safari en Europe… J’avais envie de tous les adopter” poste une internaute qui se prend en photo avec des enfants blonds, interprétant l’attrait pour un certain exotisme comme une forme de condescendance.

Dénoncer le manque de tact

“Ce n’est pas vraiment du racisme” explique Jade, Française et métisse, d’un père noir d’origine camerounaise et d’une mère blanche. “L’anecdote sur mes cheveux, ça m’est déjà arrivée plusieurs fois. Des copains me touchent les cheveux parce qu’ils trouvent cela marrant. Je n’appellerais pas cela du racisme mais un manque de tact qui trahit surtout un manque de culture”, raconte la jeune femme, qui s’est également retrouvée dans certains des tweet humoristiques postés à la suite du sien pour dénoncer ces maladresses du quotidien. “Il m’est arrivé que des amis lancent en soirée : ‘N’éteignez pas la lumière, on ne verra plus que les dents de Jade’ ou encore ‘Hey Jade, on met de la musique africaine, tu danses ?’ Cela ne me viendrait pas à l’idée de faire ce genre remarque, c’est absurde”, commente l’étudiante.

Certains tweetos vont plus loin et dénoncent également une forme de misogynie contenues dans des commentaires sur les femmes africaines, comme cette étudiante de l’université Paris VIII-Saint-Denis qui se définit comme une “Afroféministe”, “afropéenne”. “Elle avait la couleur peau jambon…. et elle bougeait avec la grâce d’une louve du Périgord” écrit ainsi @ThisisKiyemis, critiquant les tournures littéraires ou journalistiques telles que “sa peau couleur ébène”, qui se veulent souvent flatteuses, mais qui, à force de répétition, se révèlent plutôt malvenues.

” Elle avait la couleur peau jambon…. et elle bougeait avec la grâce d’une louve du Périgord”#SiLesNoirsParlaientCommeLesBlancs

— La copine dodue. (@ThisisKiyemis) 16 Février 2016

Inspiré par les États-Unis

Pour Jade, ce problème n’est pas spécifiquement français et il peut être transposé à d’autres origines ethniques. Elle a eu le déclic en visionnant une vidéo sur Youtube, “Si les latinos parlaient comme des Blancs” (If Latinos Said The Stuff White People Say), réalisée par l’équipe américaine de Buzzfeed, dans laquelle des journalistes américains dénoncent les commentaires déplacés sur les Américains d’origine hispaniques. “Mais aux États-Unis, on dénonce plus souvent ce genre de préjugés”, estime la jeune femme.

Outre-Atlantique justement, une parodie réalisée par l’émission humoristique “Saturday Night Live” a tourné en ridicule une controverse lancée après la sortie du dernier tube de la chanteuse Beyoncé début février. Dans son clip, la star revendique plus que jamais ses racines afro-américaine et s’engage en faveur de la cause noire aux États-Unis, ce qui n’a pas plus à certains élus conservateurs. Dans une vidéo présentée comme une bande annonce de blockbuster américain et intitulée “Le jour où Beyoncé est devenue noire”, l’équipe d’humoristes se moque de la controverse en mettant en scène les réactions d’horreur d’Américains blancs qui découvrent que leur concitoyenne est en fait de couleur noire. La parodie a été très largement partagé sur les réseaux sociaux, en France y compris.

Première publication : 17/02/2016

Les cotisations sociales des agriculteurs baisseront de façon “immédiate”, a annoncé mercredi Manuel Valls, pour tenter de calmer la colère des agriculteurs français, qui ont bloqué dans la journée une autoroute près de Rennes.

Le Premier ministre Manuel Valls a annoncé mercredi 17 janvier des baisses de charges sociales pour les agriculteurs, après des manifestations qui ont bloqué notamment la rocade de Rennes pendant plusieurs heures. Les agriculteurs en colère ont exigé des mesures urgentes face à la crise du secteur.

Des centaines de tracteurs ont participé à la manifestation organisée à l’appel de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). Les derniers véhicules ont quitté la rocade après l’annonce de la libération d’un manifestant interpellé un peu plus tôt lors d’incidents devant la préfecture. Selon un bilan de la préfecture de région à la mi-journée, environ 480 engins agricoles et une centaine de remorques venant de Bretagne, de la Manche ou de la Mayenne ont participé à l’évènement, qualifié de “vitrine de la détresse du monde agricole” par les organisateurs.

“Année blanche sociale”

Dans le même temps, le Premier ministre Manuel Valls a annoncé à l’Assemblée nationale une baisse de sept points des cotisations sociales de tous les agriculteurs, ainsi qu’une “année blanche sociale” sur les cotisations sociales pour ceux ayant dégagé de très faibles revenus en 2015.

Cette année blanche se traduira par “un report automatique d’un an, reconductible dans la limite de trois ans, sans aucune démarche de l’agriculteur, sans pénalité ou intérêt de retard, de toutes les cotisations sociales 2016”, a expliqué le chef du gouvernement. Cumulée à une baisse des cotisations aux allocations familiales décidée en janvier 2015, la baisse totale s’élève à dix points, a souligné Manuel Valls, qui a appelé la FNSEA à faire cesser les manifestations.

Supermarchés bloqués

Mais le patron du principal syndicat agricole, Xavier Beulin, ne l’entend pas de cette oreille. Il a quand même salué cette annonce, tout en prévenant que les manifestants attendaient encore des mesures au niveau européen ainsi que le maintien de prix acceptables dans les négociations commerciales avec la grande distribution, à la fin du mois, pour que la mobilisation prenne fin.

“Nous attendons avec une certaine fébrilité le 29 février au soir et être sûr qu’au moins on puisse avoir eu gain de cause sur quelques sujets”, car il faut sortir de “cette spirale infernale où il y a un renvoi de balle permanent entre les grandes enseignes d’un côté, les transformateurs de l’autre, avec le paysan faisant le ping-pong entre les deux”, a assuré Xavier Beulin.

Pour les organisateurs de la mobilisation, l’objectif est clair : maintenir la pression sur l’État et la grande distribution. “Il faut qu’on obtienne des avancées sur les baisses de charges, mais aussi des prix rémunérateurs”, a déclaré à Didier Lucas, président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) des Côtes-d’Armor. Plusieurs hypermarchés sont d’ailleurs bloqués par des agriculteurs dans l’agglomération toulousaine, dans l’Allier ou dans l’Ain.

Avec AFP

Première publication : 17/02/2016

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Le Freedom 251 ne coûte que 3,29 euros, ce qui en fait le smartphone le moins cher au monde. Mais des doutes subsistent quand à la réalité de cette prouesse technologique indienne.

Un smartphone pour le prix d’un café sur une terrasse parisienne. C’est le pari du Freedom 251, qui a été dévoilé en Inde, au prix de 251 roupies, soit 3,29 euros, mercredi 17 février. Il devient ainsi le smartphone le moins cher au monde.

La prouesse est d’autant plus remarquable que le téléphone – que plusieurs médias indiens ont pu tester – ne souffre pas de la comparaison avec certains concurrents d’entrée de gamme qui coûtent pourtant plus de 1 500 roupies. Il n’est certes pas compatible avec la 4G, mais propose un appareil photo aux spécificités techniques plus qu’acceptables, une version récente d’Android (le système d’exploitation de Google) et une puissance générale qui semble être dans la moyenne des smartphones les plus abordables.

Freedom 251 vs Facebook

Mais le prix n’est pas le seul argument de vente de Ringing Bells, le constructeur à l’origine du Freedom 251. Ce téléphone serait aussi la vitrine technologique du “make in India”, cher au Premier ministre Narendra Modi. Ce programme gouvernemental, lancé en 2014, vise à promouvoir la production nationale et la mise en avant du savoir-faire indien. Le groupe assure que le téléphone est entièrement assemblé en Inde et se vante d’un “soutien des autorités” sur son site Internet.

La raison d’être du smartphone est aussi en adéquation avec la priorité du gouvernement de rendre la technologie accessible à tous. Son prix est ainsi moins élevé que le salaire minimum journalier (350 roupies) et les responsables de Ringing Bells ont souligné que le Freedom 251 était destiné avant tout à “ceux qui n’ont pas les moyens de se connecter à Internet”.

Un slogan qui sonne, en outre, comme une réponse directe à la récente tentative malencontreuse du PDG de Facebook Mark Zuckerberg de lancer FreeBasics en Inde. Ce service, qui donnait accès gratuitement à certaines sites comme Facebook ou la météo, avait été jugé comme une tentative par le géant américain d’imposer aux plus démunis sa vision d’Internet. Les autorités indiennes ont mis un terme à cette initiative le 8 février.

Le Freedom 251 semble donc avoir tout bon : un prix imbattable pour un produit fabriqué en Inde et qui est censé démocratiser l’accès à Internet.

Une entreprise qui n’existe que depuis 5 mois



Mais pour certains, l’offre est trop belle pour être honnête. Il serait en effet impossible de construire à grande échelle des téléphones aussi peu chers. Il faut notamment compter au minimum 35 dollars rien que pour installer en Chine un écran tactile sur un smartphone de la taille du Freedom 251, rappelle ainsi le site spécialisé en technologies Livemint.

Ringing Bells a-t-il les reins financiers suffisamment solides pour vendre ainsi à perte son smartphone ? Difficile à croire. L’entreprise n’existe, en fait, que depuis septembre 2015. L’équipe dirigeante semble, en outre, manquer d’expérience dans le domaine des télécoms. L’un de ses responsables, Mohit Kumar Goel, vient ainsi d’une famille qui a fait fortune dans les produits agricoles.

La chaîne de télévision de New Dehli NDTV a aussi noté que le Freedom 251 a d’étonnantes ressemblances avec un autre téléphone indien d’entrée de gamme, l’Adcom Ikon 4, qui était vendu il y a deux ans. Les similitudes sont telles que les médias indiens se demandent si ce nouveau téléphone n’est pas une version modifiée de cet ancien modèle. Les responsables de Ringing Bells n’ont pas souhaité répondre à ces allégations.

Les Indiens craignent, en fait, que le Freedom 251 ne soit qu’une nouvelle débâcle similaire à celle de la tablette Aakash. En 2010, le gouvernement indien avait annoncé le lancement d’une tablette à bas prix (35 dollars) pour les plus défavorisés et les étudiants. Mais l’entreprise qui était censé la fabriqué n’a jamais réussi à satisfaire la demande et le programme Aakash est entré dans l’histoire comme un échec du flagrant “make in India”.

Reste maintenant à savoir si Ringing Bells va faire mieux. Les Indiens peuvent commander le Freedom 251 à partir du jeudi 18 février au matin. Le fabricant assure que tous les smartphones achetés seront livrés avant fin juin 2016.

Première publication : 17/02/2016

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Apple s’oppose à une décision de justice américaine qui l’enjoint d’aider le FBI à débloquer l’iPhone de l’un des auteurs présumés de la tuerie de San Bernardino. Tim Cook estime que cela créerait une faille de sécurité pour tous les utilisateurs.

“Le gouvernement américain a demandé à Apple de prendre une mesure sans précédent qui mettrait en péril la sécurité de nos clients”. Le PDG de la marque à la pomme, Tim Cook, s’est placé, mardi 16 février, sur le terrain des grands principes pour s’opposer à une décision de justice. Une cour fédérale enjoignait le géant américain d’aider le FBI à pirater un iPhone.

Mais pas n’importe lequel. Les enquêteurs comptent sur le concours d’Apple pour s’introduire dans l’iPhone de l’un des auteurs présumés du massacre de San Bernardino (Californie). Ce drame, qui a coûté la vie à 14 personnes début décembre 2015, a été qualifié d’acte terroriste aux États-Unis.

Tester plus de 10 mots de passe

Tim Cook se retrouve donc dans une position inconfortable. Il apparaît comme celui qui refuse de participer à une enquête sur un événement ayant choqué le pays entier. D’autant que la requête du FBI semble limitée. Le juge fédéral demande à Apple de faire en sorte que les agents fédéraux puissent entrer autant de mots de passe que nécessaire sur l’iPhone du suspect sans risquer d’effacer toutes les données. Actuellement, après 10 tentatives infructueuses, l’iPhone fait un grand ménage sur le téléphone. Les autorités n’ont donc pas encore essayé de forcer l’accès de l’appareil, de peur de perdre de précieux indices. Le refus de Tim Cook risque de retarder encore davantage l’enquête.

Mais le PDG d’Apple estime que, contrairement aux affirmations des enquêteurs, la solliciation du juge va bien au-delà de cette seule affaire. “Le FBI nous demande spécifiquement de créer une version différente du système d’exploitation pour iPhone afin de contourner plusieurs mesures de sécurité et de l’appliquer au téléphone du suspect”, affirme Tim Cook.

Clef universelle

Ce n’est donc pas simplement une fonction précise de l’iPhone à désactiver. Un tel iOS (système d’exploitation) alternatif qui permettrait de forcer la sécurité de n’importe quel smartphone d’Apple pourrait se révéler très dangereux s’il se retrouvait “entre les mauvaises mains”.

Il s’agirait d’une sorte de clef universelle pour iPhone que Tim Cook se refuse à construire, quitte à retarder une enquête fédérale sensible. L’EFF (Electronic Freedom Foundation), la puissante ONG de défense des libertés individuelles sur le Net, soutient Apple dans son combat. L’organisation affirme que “si le gouvernement obtient la coopération une fois, nous pouvons être sûrs qu’il va le demander encore et encore dans d’autres situations”.

Ce combat sur le sol américain fait écho à un débat qui a aussi fait rage en France après les attentats du 13 novembre. En janvier, lors du débat sur la loi renseignement, la députée Les Républicains Nathalie Kosciusko-Morizet avait déposé un amendement, non retenu, qui aurait obligé les constructeurs à installer une porte dérobée sur les smarpthones afin de permettre aux enquêteurs d’avoir un accès direct aux données des utilisateurs.

Première publication : 17/02/2016

Trois mois après l’attentat au Bataclan, le groupe américain Eagles of Death Metal a rejoué pour la première fois à Paris, mardi soir. Près de 800 rescapés du 13-Novembre ont fait le déplacement pour “terminer” le concert. Reportage.

S’il fallait choisir une chanson, pourquoi pas celle-ci… C’est l’une de celles qui incarnent à merveille Paris et son image d’Épinal. S’il fallait choisir une seule chanson, celle-ci est parfaite, en fait. Les Eagles of Death Metal (EODM) l’ont bien compris. Mardi 16 février, trois mois et trois jours après les attentats qui ont frappé le Bataclan, la voix de Jacques Dutronc a résonné en ouverture du concert-hommage du groupe de métal américain, à l’Olympia.

Il est 21 heures quand les premières notes de “Paris s’éveille”, cet incontournable tube français de la fin des années 60, retentissent dans la salle parisienne. Quelques minutes plus tôt, dans la salle du bas, face à la scène, la foule terminait de s’agglutiner dans la fosse. Cela faisait déjà deux heures que les plus mordus de métal attendaient dans une ambiance festive, très arrosée – voire complètement survoltée – la venue de leurs idoles. La fosse, c’est l’étage des blagues grivoises et des selfies entre potes. C’est l’étage où le souvenir du Bataclan est quelque peu éclipsé par les pintes de bière et les verres de vin.


Le chanteur du groupe s’est plusieurs fois arrêté face au public pour lui déclarer son amour. © FRANCE 24

Une ambiance qui détonne légèrement avec le premier balcon, trois mètres plus haut. C’est ici que sont assis une grande partie des rescapés du 13-Novembre, non loin des issues de secours. Dans les étroites rangées de l’Olympia, leurs encombrants attelages trahissent les traumatismes qu’ils ont subis ce soir du 13 novembre 2015. Certains ont des béquilles, des plâtres, d’autres sont en fauteuil roulant. Ils sont près de 800 dans la salle ce soir. Ici aussi, avant le début du concert, l’alcool a coulé. Mais pas à flots. L’atmosphère y est plus singulière : certains blessés fuient, avec plus ou moins de véhémence, les journalistes qui rôdent autour d’eux sans oser les approcher, d’autres apparaissent plus prostrés, aux côtés de leurs parents, mais la grande majorité affiche une mine décontractée, joviale.

>> À voir aussi sur France 24 : “Émotion sur les réseaux sociaux pour le retour des Eagles of Death Metal à Paris”

“C’est la première fois depuis les attaques que je me retrouve dans une salle fermée”

Ce n’est qu’à 21 heures, donc, quand les premières notes de Dutronc se sont mises à résonner dans la salle, que tout a sensiblement changé dans le mythique lieu parisien. En quelques secondes, la fosse et le balcon ont gommé leurs différences, sont entrés dans une sorte de communion, de transe. En quelques secondes, la foule, qui n’était pas là pour écouter de la chanson française, s’est laissée submerger par une même émotion.

Les milliers de spectateurs présents ont ovationné leurs idoles alors que les Eagles of Death Metal venaient de faire leur entrée sur scène. Pendant 1h30, les salves d’applaudissements succéderont aux (nombreuses) déclarations d’amour alcoolisées du groupe au public. Même ivre, rock’n roll oblige, EODM réussira à rester sobre et très émouvant sans tomber dans les discours-dégoulinants, appuyés et lourdauds.


À la fin du concert, Jesse Hughes, le chanteur, a brandi une guitare aux couleurs de la France. © FRANCE 24

“C’était juste parfait cette ouverture avec Dutronc”, a confié Sophie*, assise au premier rang du balcon, ses béquilles entre les jambes. La jeune fille d’une trentaine d’années a été blessée par balle au niveau du nerf sciatique, en haut de la cuisse, trois mois plus tôt au Bataclan. Elle fait partie de ces victimes dont la venue à l’Olympia était une étape indispensable, peut-être même thérapeutique, pour se reconstruire. “Je suis très contente d’être là. Il fallait que je voie la fin de ce concert”, explique-t-elle en se levant et en tentant de se frayer un chemin entre les centaines de spectateurs. “Je suis restée cloîtrée chez moi pendant des semaines. Je ne suis sortie que deux fois, et aujourd’hui, c’est la première fois que je me retrouve à nouveau dans une salle fermée”, ajoute-t-elle en éclatant de rire. “Ça ira, j’en suis sûre”.

Pour aider et rassurer les rescapés comme Sophie, l’Olympia a mis les bouchées doubles. Au niveau sécurité d’abord. Impossible de rentrer dans l’enceinte du lieu sans avoir subi au préalable quatre contrôles de sécurité dont trois fouilles corporelles. Impossible de ressortir fumer avant le début du concert, à l’entrée, et surtout impossible de se déplacer à l’intérieur sans son billet, contrôlé à chaque retour du bar ou des toilettes. “Ce qui est sûr, c’est qu’aucune arme ne peut entrer ici”, se rassure Étienne, un autre rescapé du Bataclan, venu seul au concert. “Jusqu’à 18h30, je me suis demandé si je devais venir. Puis à 19 h, je me suis décidé. J’ai dit à ma femme que je l’aimais. Elle m’a répondu : ‘Arrête tes conneries !'”

“Je suis coincé sur mon siège avec ma blessure mais j’irais bien dans la fosse”

Étienne n’a pas été blessé physiquement pendant les attaques du Bataclan. “Je suis l’incarnation parfaite de ce qu’on appelle la ‘culpabilité du survivant’. Je n’ai pas dormi pendant des semaines entières. Je faisais toujours le même cauchemar. J’ai retrouvé le sommeil grâce au Xanax”, explique-t-il. Pour les cas comme lui, plus anxieux, des cellules d’aide ont été déployées dans la salle. Ils sont d’ailleurs des centaines présents ce soir à partager des histoires similaires, des deuils insurmontables, des insomnies à devenir fou.


Le chanteur du groupe Jesse Hughes est monté au 1er étage, au balcon, pendant le concert, pour saluer les rescapés des attentats du Bataclan. © FRANCE 24

“Nous avons mis en place deux cellules psy, huit box d’écoute avec des secouristes et des médecins”, explique Sabrina Bellucci, la directrice du réseau d’associations d’aide aux victimes (INAVEM), qui ne cesse de courir derrière son équipe toute la soirée. “Nous sommes environ 25 personnes, nous faisons des rondes dans la salle, nous restons sur le qui-vive pour repérer des cas de stress, d’angoisse”, ajoute-t-elle tout en déplorant que ce concert “soit arrivé si tôt”. “Les gens ont besoin de plus de temps pour se remettre”, explique-t-elle. “Trois mois, c’est un délai très court…”

Ce n’est pourtant pas l’avis d’Alice* et de son mari, Bertrand*, tous deux parents de deux enfants en bas âge, et tous deux victimes des Kalachnikov du Bataclan. Assis, eux aussi, au premier rang du balcon, ils n’ont pas hésité longtemps avant d’appeler la baby-sitter. “Ça fait des semaines que j’attends de terminer ce concert”, confie en souriant Bertrand. “Je suis coincé sur le balcon à cause de ma blessure, mais je serais bien allé dans la fosse”, regrette ce fan des Eagles of Death Metal. Bertrand a reçu plusieurs balles dans l’estomac, Alice, une balle dans la jambe. Aujourd’hui, ils affirment avoir repris le dessus et disent vouloir fuir les associations d’aide aux victimes “trop larmoyantes”. Pendant le concert, coincés malgré eux sur leurs sièges, ils ont pris des dizaines de photos du groupe en hurlant à plein poumons leurs morceaux préférés.

Un peu partout, sur le balcon, les “assis malgré eux” ont trouvé mille et une astuces pour ne pas rester “invisibles” face à leurs idoles. Ici, une béquille a servi à simuler une guitare, là, une canne a été levée fièrement en l’air en guise de résistance. À chaque discours du chanteur Jesse Hughes, dont les propos ont souvent été répétitifs mais toujours pleins de tendresse (“Je vous aime tellement bande d’enculés”, ou sa variante “Putain, qu’est-ce que je vous aime bande de fils de putes”), les rescapés n’ont voulu ne ressembler à rien d’autre qu’à de simples fans, se déchaînant au son des batteries et des guitares électriques du groupe. Pendant 1h30, ils ont mis de côté les meurtrissures de leur chair. Pendant 1h30, Paris s’est vraiment éveillé et irradiait d’insouciance.

* Les prénoms ont été changés


© FRANCE 24

Première publication : 17/02/2016