Archive for February 17th, 2016

Le texte du projet de réforme du code du travail remis mercredi soir au Conseil d’État prévoit un assouplissement des 35 heures. Le Medef et la droite sont satisfaits, la gauche évoque un “dynamitage du droit du travail”.

La réforme du droit du travail défendue par Myriam El Khomri ravive les tensions à gauche. Le texte prévoit entre autres de consacrer la primauté de l’accord d’entreprise sur la branche en matière d’assouplissement du temps de travail, un plafonnement des indemnités prud’homales en cas de contestation d’un licenciement, la création d’un compte personnel d’activité (CPA) et des mesures destinées à “lever la peur d’embaucher”, selon les mots de la ministre du Travail aux “Échos”.

Myriam El Khomri est vite montée au créneau pour défendre son projet, un jour après l’avoir transmis au Conseil d’État. Elle a même glissé qu’elle n’excluait pas le recours au 49-3, affirmant qu’elle et Manuel Valls prendraient “leurs responsabilités”.

“Dynamitage du droit du travail”

Le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis a déclaré qu’il aurait “du mal à voter” cette réforme “dans l’état” car elle “ne montre pas son équilibre entre une flexibilité et une sécurité”. Pour lui, c’est notamment la question du licenciement économique qui coince : “Tout ce qui est dans ce texte” sur le sujet “est discutable”.

>> À voir sur France 24 : “Faut-il ‘déverrouiller’ les 35 heures en France ?”

Pour le secrétaire national du PCF Pierre Laurent, ce texte représente un “dynamitage du code du travail”.

L’ancien ministre Benoît Hamon a lui dénoncé un texte qui “visiblement ne passe pas” auprès des organisations syndicales “toutes obédiences confondues”.

Une réforme qui “va dans le bon sens”

Pour le patronat et la droite, la réforme “va dans le bon sens”. Les représentants du patronat Pierre Gattaz (Medef) et François Asselin (CGPME) ont salué le projet de loi, le premier appelant le gouvernement à “aller jusqu’au bout”.

Chez Les Républicains, le secrétaire général Éric Woerth s’est satisfait que son parti ait été “entendu”.

À l’inverse, Marine Le Pen a qualifié ce texte de “régression pour tous”. “Ce projet est clairement d’inspiration bruxelloise, s’inscrivant dans la feuille de route d’austérité édictée par une Union européenne aux abois, qui cherche à imposer comme seule voie possible la précarité générale”, a dénoncé jeudi soir la présidente du Front national.

Avec AFP

Première publication : 18/02/2016

À la suite d’une plainte d’anciens détenus français de Guantanamo, la justice française a convoqué l’ex-général américain, Geoffrey Miller, ancien commandant de la base militaire, a indiqué jeudi l’avocat des plaignants.

Le 1er mars à 10 h. C’est à cette date que l’ex-chef de la base américaine de Guantanamo, Geoffrey Miller, est attendu dans le bureau de la juge parisienne, Sabine Kheris, a annoncé à France 24 et Libération William Bourdon, l’avocat de deux anciens détenus français de Guantanamo.

Postures humiliantes, utilisation de chiens, interrogatoires dénudés… Le camp militaire américain de Guantanamo aura connu de sombres heures sous la direction du général Miller entre novembre 2002 et avril 2004. L’ex-militaire américain est accusé de “séquestration suivie de torture” sur Mourad Benchellali et Nissar Sassi, les deux plaignants enfermés pendant plus de deux ans dans le camp, alors que Geoffrey Miller était aux commandes de la prison militaire.

Cette décision de justice permet de relancer une procédure entamée en 2007 et qui a connu de multiples rebondissements. La France est un des seuls pays où une procédure pénale tente encore de faire la lumière sur les méthodes controversées employées par l’ex-général.

Une victoire en demi-teinte

“D’évidence, il [le général Miller] ne viendra pas”, a pourtant déploré William Bourdon, jeudi 18 février au micro de France 24. “Les grands responsables civils et militaires américains refusent de rendre des comptes aux juges nationaux s’agissant des crimes internationaux ou des crimes telle que séquestration suivie de tortures” a déclaré Me Bourdon. “C’est évidemment cohérent avec le boycott par les Américains de la Cour pénale internationale, ça s’inscrit dans une logique qui est celle d’essayer d’obtenir l’immunisation des fonctionnaires américains partout à travers le monde” a-t-il regretté.

Pourtant, l’envoi de cette convocation par la justice française, près de quinze ans après la création du camp de Guantanamo, constitue une première avancée judiciaire, car jusqu’ici les procédures menées à l’encontre du général Miller en Allemagne, en Suisse ou encore au Canada avaient toutes abouti à des non-lieux. William Bourdon ne compte toutefois pas en rester là, l’avocat spécialisé dans le droit international souhaite l’arrestation du général.

De Guantanamo à Abou Ghraib

Le nom du général Miller est également associé à la prison irakienne d’Abou Ghraib, où il avait apporté ses conseils en 2003, alors qu’il était à la tête du camp du Guantanamo. D’après le Washington Post, des techniques de torture tels que l’usage de chiens, les interrogatoires dénudés ou dans des positions humiliantes ont été utilisées en Irak juste après le passage du général Miller dans cette prison.

Le Sénat américain a d’ailleurs mené deux enquêtes sur l’ex-commandant, à la suite de la diffusion des photos de prisonniers d’Abou Ghraib présentés dans des postures dégradantes.

Le général Miller apparaît dans plusieurs rapports accusateurs. En 2005, Randall Schmidt, lieutenant général des forces aériennes américaines, chargé d’enquêter sur le général Miller, avait recommandé de sanctionner le militaire pour avoir “échoué à surveiller et fixer des limites sur l’application des techniques [d’interrogatoires] autorisées” à Guantanamo. Une recommandation que le Pentagone n’a jamais suivie. Et plus récemment, en février 2014, un rapport émis par le Centre européen pour les droits de l’Homme et droits constitutionnels (ECCHR) explique que la prison militaire d’Abou Ghraib serait devenue “un centre de recherches de la torture” sous l’impulsion de l’ex-commandant.

Mais pour Harvey Volzer, avocat de l’un des militaires américains accusés dans ce scandale, Miller a fait office de bouc-émissaire pour couvrir des politiques décidées à plus haut niveau. “Il fallait qu’ils trouvent un moyen de mettre fin à ces méthodes, le général Miller a servi de point limite. Ils l’ont livré au Sénat espérant qu’il se satisfasse de la tête de Miller”, avait-il déclaré Harvey Volzer.

À 66 ans, aujourd’hui retraité de l’armée, Geoffrey Miller vit au Texas et préside une entreprise de consultants.

Première publication : 18/02/2016

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Un hôpital de Los Angeles a versé 17 000 dollars à des pirates informatiques pour mettre un terme à une prise d’otage numérique. Pendant deux semaines, l’établissement avait été privé de ses ordinateurs.

Quarante bitcoins ou encore 17 000 dollars : c’est le montant de la rançon payée par un hôpital de Los Angeles pour redevenir maître de son système informatique, a annoncé l’établissement, mercredi 17 février.

Le personnel du Hollywood Presbyterian Medical Center était revenu à l’âge du papier et du stylo depuis deux semaines. Des pirates informatiques avaient installé le 5 février sur le parc informatique un logiciel malveillant, appelé ransomware, qui bloquait l’accès à toutes les données médicales numérisées. Seul moyen de libérer les ordinateurs : payer ces cyber-kidnappeurs. La police locale et le FBI, qui ont enquêté sur l’affaire, n’ont pas réussi à faire sauter ce verrou numérique.

Affecter les finances et la santé

“Le plus rapide et le plus efficace pour remettre notre système informatique et administratif en marche a été de payer”, a reconnu Allen Stefanek, PDG de l’hôpital dans un communiqué publié jeudi 18 février. Il avait dans un premier temps été question d’une rançon astronomique de 9 000 bitcoins – soit 3,4 millions de dollars – mais le dirigeant de l’établissement a assuré que les pirates n’ont jamais demandé plus de 17 000 dollars.

La décision de céder aux exigences de cyber-criminels prouve que le temps commençait à être long pour la réputation de cette clinique d’East Hollywood. Allen Stefanek a certes tenu à souligner que cette prise d’otage numérique n’a en rien altéré la qualité des soins prodigués et qu’à sa connaissance “aucune donnée de patients n’a été compromise”, mais l’hôpital avait de plus en plus de mal à gérer cette situation. Plus de 900 patients ont d’ailleurs dû être renvoyés vers d’autres établissements médicaux de la région.

Cet épisode est l’illustration la plus flagrante à ce jour des dommages que peut causer le ransomware. Bloquer le fonctionnement d’un hôpital – y compris du matériel de soin qui a besoin d’un accès au réseau pour fonctionner comme les systèmes de radiologie – peut affecter non seulement les finances de l’établissement mais aussi la santé des malades.

Des postes de police aussi

Les hôpitaux ne sont, cependant, ni les seuls ni les premiers à être dans le viseur de ces cyber-criminels. Deux postes de police aux États-Unis ont aussi dû payer en bitcoins des rançons – de 500 dollars et 750 dollars – afin de recupérer le contrôle de leurs ordinateurs en 2013 et 2014.

Mais les principales victimes des ransomwares demeurent les particuliers. Ces logiciels malveillants avaient connu une certaine popularité entre 2005 et 2006 avant de disparaître. Mais depuis 2013, ils vivent une deuxième jeunesse très lucratives puisque, dans son rapport 2016 sur la cyber-sécurité, le géant de l’informatique Cisco estime que ce type d’attaques a permis aux pirates informatiques de récupérer 34 millions de dollars par an. Le spécialiste russe de la sécurité informatique Kaspersky Lab a constaté, de son côté, que les ordinateurs de plus de 730 000 de ses clients dans le monde avaient reçu un ransomware.

Première publication : 18/02/2016

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Roberto Cavalli est parmi les premières enseignes de luxe occidentales à ouvrir une boutique à Téhéran depuis 1979. L’enseigne italienne a pris ses quartiers dans le nord très huppé de la capitale iranienne. France 24 était à l’inauguration.

Vers 19 heures, ce mercredi 17 février, la foule arrive d’un coup, par petits groupes. Presque dans le silence tant leur surprise est palpable. Il y a d’abord eu les premières interrogations : est ce la vraie marque ? Difficile encore pour certains de croire que ce magasin Cavalli qui ouvre ce soir est le même qu’à Milan ou Paris tant depuis 37 ans, les fausses enseignes sont légion à Téhéran. À tel point, que les grands groupes internationaux de luxe qui affluent depuis un an pour prospecter en République islamique en sont presque amusés.

“Je vais pouvoir désormais acheter dans mon pays”

Les serveurs distribuent petits fours et jus de fruits. Ils cherchent à se frayer un chemin dans cette foule triée sur le volet. Un petit groupe d’amies, très concentrées, s’attardent sur la collection de robes. “Cela montre que l’Iran s’ouvre. Avant, je ne faisais jamais de shopping ici. Maintenant, je vais pouvoir acheter dans mon pays” s’enthousiasme Nazanin, 34 ans. La jeune femme fait partie de cette nouvelle génération d’iraniens favorisés qui a l’habitude de voyager et apprécie de voir son pays s’ouvrir sur le monde.

L’inauguration de la boutique Cavalli marque le retour du luxe à l’occidentale en Iran, après des années d’une campagne officielle de boycott visant à préserver “l’identité iranienne”. Un filon que la marque italienne a voulu exploiter avec ces 360 mètres carrés, une des surfaces de vente les plus importantes du groupe. La marque a pourtant mis du temps à s’installer. Un long processus commencé un an avant l’accord sur le nucléaire iranien. Il aura fallu près de deux ans de pourparlers et de travaux pour permettre à cette tête de pont du luxe italien de s’installer ici.

Les mêmes robes qu’à Milan

République islamique oblige, on ne verra aucune publicité de mannequins sans voile sur les devantures de cet immeuble cossu situé dans le quartier de Zaferaniyeh, l’un des plus chers de Téhéran. Mais à l’intérieur, les robes du soir moulantes et décolletées exposées sur les mannequins sont les mêmes que celles vendues dans les boutiques de Milan, Londres ou Paris. Des vêtements interdits dans la rue, mais tolérés dans la sphère privée, en particulier lors des mariages. Encore un paradoxe iranien. Manijeh Naghilou, la gérante de la franchise, est ravie de voir “la surprise sur le visage des gens, ils ont encore du mal à croire que c’est vrai. On est plus que prêts, les Iraniens ont tellement attendu. Et comme ça l’argent reste dans mon pays.”

Dans une ambiance chic et feutrée, la musique électronique masque à peine les conversations. Certaines clientes font leurs premiers achats, la plupart se prennent en photo devant le poster géant déployé à l’entrée, comme pour la première d’un spectacle.

  • © Mariam Pirzadeh

  • © Mariam Pirzadeh

  • © Mariam Pirzadeh

Une clientèle aisée

Dans ce quartier nord de Téhéran, les Porsche et autres BMW de la jeunesse dorée s’alignent fièrement devant des centres commerciaux flambants neufs. Une clientèle très aisée, ostentatoire, estimée à environ un million d’Iraniens. La nouvelle cible des partenaires locaux de la marque italienne. “Ceux qui ont de l’argent voudront l’afficher et viendront forcément faire des achats ici” estime Mariam, la trentaine, venue assister à l’inauguration. Elle hésite entre deux robes dont l’une coûte 2 millions de tomans (près de 600 euros, l’équivalent de deux mois de salaire moyen).

Pourtant l’acte d’achat dans une boutique de luxe n’obéit pas forcément à des raisonnements aussi simple. Acheter à l’étranger restera un signe de distinction, ou de snobisme : “Moi je ne pense pas que j’achèterai ici, je continuerai à faire mes achats à Londres ou Dubaï” nous dit Elaheh, tout en lorgnant sur une petite robe blanche. Un peu plus loin, Ilyam, rentrée en Iran il y a peu, après un séjour à Londres, ne cache pas son plaisir. “L’une des raisons de mon retour, c’est justement cette ouverture du pays que je veux vivre”.

Juste à côté de Cavalli, une autre boutique est encore en travaux. Versace, autre grand nom du prêt à porter italien, devrait ouvrir d’ici un mois, assure, confiant, l’un des partenaires italiens de cette aventure. L’arrivée d’autres grands groupes est annoncée pour les prochains mois. Le français LVMH, notamment, est encore en prospection. “Une boutique Dior en plein Téhéran, ce sera une réalité dans les cinq ans à venir”, nous confiait il y a quelques mois le président de la chambre de commerce franco-iranienne.

Première publication : 18/02/2016

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Apple, roi de la protection des données de ses utilisateurs ? C’est l’impression que donne le combat actuel entre la marque à la pomme et le FBI. Pourtant, le groupe a su faire preuve de plus de souplesse pour s’imposer en Chine.

L’affrontement entre le FBI et Apple autour de l’iPhone de l’un des auteurs de la tuerie de San Bernardino, qui a fait 14 victimes début décembre, ne laisse personne indifférent aux États-Unis. Certains estiment que la marque à la pomme devrait, dans ce cas précis, aider les enquêteurs à contourner la sécurité du smartphone, tandis que les autres jugent qu’une telle collaboration ouvrirait la porte à de futurs abus.

Mardi 16 février, des juges ont ordonné à Apple de prêter main forte au FBI pour “pirater” un smartphone lié à la fusillade. La Maison Blanche a fait savoir, dès le lendemain, que “la demande des enquêteurs était une priorité nationale“. Une fois n’est pas coutume, Barack Obama et Donald Trump semblent même être d’accord. Le candidat républicain ne comprend pas le refus de coopération dans une affaire qualifiée de “terrorisme”. “Mais pour qui se prennent-ils ?”, a-t-il lancé sur la chaîne Fox News.

“Contrôle de sécurité” chinois

Dans l’autre camp, le PDG de Google, Sundar Pichai, a loué la fermeté de Tim Cook. Le patron d’Apple a aussi reçu le soutien des responsables de WhatsApp (qui appartient à Facebook) et de Microsoft. Le créateur des iPhone a ainsi été hissé, du jour au lendemain, au statut de meilleur rempart contre les tentations étatiques de fouiller dans les données privées.

La posture d’Apple, nouveau roi américain de la protection des données privées, doit faire sourire en Chine. L’intransigeance de Tim Cook face aux autorités est en effet à géographie variable, comme le rappelle le site américain Quartz. Pour s’imposer dans le plus grand pays asiatique, Apple a été moins prompt à s’engager dans un bras de fer avec Pékin.

Tim Cook a ainsi accepté fin janvier 2015 de laisser les autorités chinoises procéder à des “contrôles de sécurité” sur les iPhone vendus dans le pays. Officiellement, Pékin veut simplement s’assurer que Washington n’a installé aucun logiciel espion sur les smartphones. Reste qu’Apple a toujours refusé de préciser ce qu’impliquaient techniquement ces contrôles. Pour certains groupes de lutte contre la censure, Apple a tout simplement remis entre les mains de la Chine des parties du code source de son système d’exploitation pour mobile. Le régime peut ainsi tout savoir du fonctionnement de l’iPhone et… de son système de sécurité.

Données stockées en Chine

Le géant américain s’est aussi résolu, en février 2015, à stocker en Chine les données des utilisateurs locaux de ses produits. Un geste de bonne volonté à l’égard de Pékin que Google, par exemple, a toujours refusé de faire pour des “raisons de sécurité”. Il est, en effet, plus facile pour la Chine de demander l’accès à des données qui se trouvent sous sa juridiction.

Néanmoins, Apple n’a pas, il est vrai, remis entre les mains de Pékin un moyen de pirater n’importe quel iPhone. Tim Cook soutient que c’est ce que veulent les autorités américaines et qu’il s’agit là d’une “demande sans précédent” inadmissible.

Reste que le comportement de la marque à la pomme en Chine prouve que le groupe peut accepter d’accéder à des demandes d’un gouvernement – pourtant connu pour la cybercensure – si leurs intérêts commerciaux en dépendent.

Première publication : 18/02/2016

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Apple, roi de la protection des données de ses utilisateurs ? C’est l’impression que donne le combat actuel entre la marque à la pomme et le FBI. Pourtant, le groupe a su faire preuve de plus de souplesse pour s’imposer en Chine.

L’affrontement entre le FBI et Apple autour de l’iPhone de l’un des auteurs de la tuerie de San Bernardino, qui a fait 14 victimes début décembre, ne laisse personne indifférent aux États-Unis. Certains estiment que la marque à la pomme devrait, dans ce cas précis, aider les enquêteurs à contourner la sécurité du smartphone, tandis que les autres jugent qu’une telle collaboration ouvrirait la porte à de futurs abus.

Mardi 16 février, des juges ont ordonné à Apple de prêter main forte au FBI pour “pirater” un smartphone lié à la fusillade. La Maison Blanche a fait savoir, dès le lendemain, que “la demande des enquêteurs était une priorité nationale“. Une fois n’est pas coutume, Barack Obama et Donald Trump semblent même être d’accord. Le candidat républicain ne comprend pas le refus de coopération dans une affaire qualifiée de “terrorisme”. “Mais pour qui se prennent-ils ?”, a-t-il lancé sur la chaîne Fox News.

“Contrôle de sécurité” chinois

Dans l’autre camp, le PDG de Google, Sundar Pichai, a loué la fermeté de Tim Cook. Le patron d’Apple a aussi reçu le soutien des responsables de WhatsApp (qui appartient à Facebook) et de Microsoft. Le créateur des iPhone a ainsi été hissé, du jour au lendemain, au statut de meilleur rempart contre les tentations étatiques de fouiller dans les données privées.

La posture d’Apple, nouveau roi américain de la protection des données privées, doit faire sourire en Chine. L’intransigeance de Tim Cook face aux autorités est en effet à géographie variable, comme le rappelle le site américain Quartz. Pour s’imposer dans le plus grand pays asiatique, Apple a été moins prompt à s’engager dans un bras de fer avec Pékin.

Tim Cook a ainsi accepté fin janvier 2015 de laisser les autorités chinoises procéder à des “contrôles de sécurité” sur les iPhone vendus dans le pays. Officiellement, Pékin veut simplement s’assurer que Washington n’a installé aucun logiciel espion sur les smartphones. Reste qu’Apple a toujours refusé de préciser ce qu’impliquaient techniquement ces contrôles. Pour certains groupes de lutte contre la censure, Apple a tout simplement remis entre les mains de la Chine des parties du code source de son système d’exploitation pour mobile. Le régime peut ainsi tout savoir du fonctionnement de l’iPhone et… de son système de sécurité.

Données stockées en Chine

Le géant américain s’est aussi résolu, en février 2015, à stocker en Chine les données des utilisateurs locaux de ses produits. Un geste de bonne volonté à l’égard de Pékin que Google, par exemple, a toujours refusé de faire pour des “raisons de sécurité”. Il est, en effet, plus facile pour la Chine de demander l’accès à des données qui se trouvent sous sa juridiction.

Néanmoins, Apple n’a pas, il est vrai, remis entre les mains de Pékin un moyen de pirater n’importe quel iPhone. Tim Cook soutient que c’est ce que veulent les autorités américaines et qu’il s’agit là d’une “demande sans précédent” inadmissible.

Reste que le comportement de la marque à la pomme en Chine prouve que le groupe peut accepter d’accéder à des demandes d’un gouvernement – pourtant connu pour la cybercensure – si leurs intérêts commerciaux en dépendent.

Première publication : 18/02/2016

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Le président du Venezuela, Nicolas Maduro, a annoncé, jeudi, la plus forte augmentation des prix de l’essence depuis une vingtaine d’années. Une mesure très sensible dans ce pays pétrolier où le carburant est le moins cher du monde.

La crise plus forte qu’une règle vieille de 20 ans. Le Venezuela a annoncé, jeudi 17 février, une hausse spectaculaire du prix de l’essence à la pompe. Une première depuis le milieu des années 90. Une augmentation de 1 329 % pour l’essence “normale” et de 6 086 % pour le super 95 qui s’appliquera à partir du 19 février.

Malgré cette envolée des prix, le Venezuela demeure le pays où le carburant est le moins cher au monde. Le litre d’essence super coûte désormais 0,54 euros (6 bolivar) contre 0,008 euros (0,097 bolivar) auparavant.

Le souvenir du “Caracazo”

Reste que décider d’une telle hausse n’est pas sans risque pour le gouvernement. Les émeutes les plus violentes que le pays a connues, le “Caracazo” de 1989, avaient pour origine une augmentation des prix à la pompe.

Conscient de s’attaquer à un tabou, le président, Nicolas Maduro, a longuement justifié cette décision durant un discours de près de cinq heures consacré aux réformes pour faire face à la crise économique qui frappe le pays. Il a assuré que cette augmentation permettrait de financer des nouveaux programmes sociaux en matière de logements, de santé et d’éducation.

Mais le chef d’État n’avait que peu de marge de manœuvre, à l’heure où l’économie vénézuélienne semble de plus en plus grippée. Le PIB devrait, en effet, baisser de 8 % en 2016 d’après le FMI et l’inflation sur un an frôle les 140 %. L’État a besoin d’augmenter les rentrées d’argent pour contrebalancer la baisse des recettes fiscales due à la récession.

Première publication : 18/02/2016

Durant 10 mois, en 1916, la bataille de Verdun opposa les poilus aux soldats du Kaiser. Des Américains participèrent à cet affrontement au volant de leurs ambulances en assurant l’évacuation des blessés.

“Une vingtaine d’obus tombèrent autour de nous. C’était le bombardement le plus important auquel j’avais jamais assisté. J’étais content que mon esprit soit occupé pour ne pas trop y penser. Deux hommes qui se trouvaient à un peu moins de 100 mètres furent décapités et plusieurs chevaux trouvèrent la mort. Je pouvais sentir que nous allions vivre une période mouvementée”. L’auteur de ces mots n’est pas un soldat français mais un Américain, William Yorke Stevenson, venu secourir les poilus sur le front de Verdun en 1916*.

Bien qu’à cette époque, les États-Unis ne soient pas encore entrés en guerre aux côtés des Alliés, une poignée d’Américains apportent déjà leur aide à la France. Dès septembre 1914, l’hôpital américain de Neuilly se mobilise pour soigner les blessés du front. Au même moment, quelques centaines de jeunes volontaires, la plupart issus de la Ivy League, les grandes universités privées du nord-est des États-Unis, embarquent pour l’Europe. “Certains voulaient probablement ‘sauver la civilisation des barbares’, d’autres avaient de vieux liens de famille avec la France et l’Angleterre, mais la majorité d’entre eux cherchaient surtout un peu d’excitation et d’aventure”, explique Ross Collins, professeur à l’Université du Dakota et spécialiste de la Première Guerre mondiale.

Les ambulances américains à Verdun dans les archives de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC)
  • © Collections BDIC

    Une évacuation par une ambulance américaine à Ippécourt, en septembre 1916. Les soldats gravement blessés étaient transportés en priorité par ces ambulances qui pouvaient se faufiler entre les autres véhicules sur la Voie Sacrée, reliant Verdun à l’arrière (Bar-le-Duc).

  • © Collections BDIC

    Une voiture de la section 2 des ambulances américaines en panne à la suite d’un accident, près de Nixéville, le 11 septembre 1916. Le point d’arrivée de la Voie Sacrée était situé sur cette commune au lieu appelé Moulin-Brûlé.

  • © Collections BDIC

    Une ambulance américaine passe devant une cloche d’alarme au gaz sur la Tranchée de Calonne, la route forestière reliant Hattonchâtel à Verdun, en septembre 1916.

  • © Collections BDIC

    Un bivouac de la section 8 des ambulances américaines à Sommedieue, en septembre 1916, à une quinzaine de kilomètres au sud de Verdun.

  • © Collections BDIC

    Dans ce même bivouac de Sommedieue, les voitures sont prêtes à partir sur le front en août 1916.

  • © Collections BDIC

    Un groupe de chauffeurs des ambulances américaines, le 15 août 1916, à Dieue, une ville située près de Sommedieue.



  • Une voiture de l’American Volunteer Motor Ambulance Corps déchargeant des vivres à Dieue en août 1916.

  • © Collections BDIC

    Un autre parc d’ambulances américaines à Rampont, une ville située juste à côté de Nixéville.

  • © Collections BDIC

    Un ambulancier américain dans son bivouac à Vavincourt, à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Verdun, le 17 juillet 1916.

  • © Collections BDIC

    L’intérieur d’une tente à Vavincourt. Un ambulancier pose avec un petit chien. Dans le coin à gauche, il dispose de sa réserve de Whisky.

Des ambulanciers américains sous les ordres de l’armée française

En France, trois organisations d’ambulances américaines viennent de se créer : la Harjes Formation, l’American Volunteer Motor Ambulance, et l’American Field Service (AFS), fondée en 1915 et qui devient la plus importante. “Initialement, les militaires français interdisaient aux volontaires des pays neutres, à l’exception des soldats de la Légion étrangère, de se rendre près du front car ils avaient peur des espions. Mais au début de l’année 1915, ils y ont finalement autorisé les ambulanciers”, décrit Ross Collins. “En contrepartie, l’AFS était sous commandement de l’armée française jusqu’à l’entrée en guerre des États-Unis en avril 1917. Un officier français s’occupait de chaque unité et un assistant américain relayait ses ordres”. Les ambulanciers américains sont alors soumis aux mêmes règles et à la même discipline que les soldats. Ils reçoivent par ailleurs la même solde et les mêmes rations que les poilus.

Lorsque éclate la bataille de Verdun fin février 1916, l’une des plus sanglantes de la Grande Guerre, les volontaires de l’AFS sont, bien entendu, sollicités pour s’occuper des très nombreux blessés. Pendant les 10 mois de combats entre les Français et les Allemands dans cette région fortifiée de la Meuse, trois sections se relayent au volant des ambulances, des Ford T spécialement aménagées, soit environ une soixantaine d’hommes. Dans l’enfer des combats, ces jeunes américains sont témoins de la boucherie qui se déroule aux confins de l’Hexagone. “Les blessés, capables de marcher, passaient devant les rayons des phares, le rouge des taches de sang se détachait du blanc de leurs bandages, présentant un vif contraste. Au poste de secours, les hommes qui étaient morts dans les ambulances étaient jetés à la va-vite sur l’herbe, au bord de la route, et recouvert d’un drap. Je n’avais jamais vu un tel cirque”, raconte Henry Sheahan, un ancien étudiant de Harvard, âgé de 28 ans**. Même s’ils ne vivent pas le quotidien des poilus dans les tranchées, les ambulanciers ne sont pas non plus à l’abri des bombardements. Au total, tout au long de la Première Guerre mondiale, sur près de 2 500 volontaires de l’AFS qui ont secouru les poilus évacuant plus de 400 000 hommes, 127 y ont perdu la vie.

Les archives photographiques de l’American Field Service sur la bataille de Verdun
  • © Section photographique de l’armée française. Avec l’autorisation des archives du American Field Service et du programme interculturel de l’AFS. Pour plus d’informations : http://www.afs-fr.org/.

    Des conducteurs d’ambulance dans la ville de Verdun en 1916.

  • © Section photographique de l’armée française. Avec l’autorisation des archives du American Field Service et du programme interculturel de l’AFS. Pour plus d’informations: http://www.afs-fr.org/.

    Une ambulance américaine à Verdun.

  • © Ministère de la Guerre. Avec l’autorisation des archives du American Field Service et du programme interculturel de l’AFS. Pour plus d’informations: http://www.afs-fr.org/.

    Une ambulance de l’AFS sur la tranchée de Calonne, une route forestière de la Meuse reliant Hattonchâtel à Verdun sur une distance de plus de 25 kilomètres.

  • © Avec l’autorisation des archives du American Field Service et du programme interculturel de l’AFS. Pour plus d’informations: http://www.afs-fr.org/.

    Une ambulance de l’American Field Service. On peut y lire concernant le transport des blessés : “charge maximale, trois couchés ou quatre assis”.

  • © Section photographique de l’armée française. Avec l’autorisation des archives du American Field Service et du programme interculturel de l’AFS. Pour plus d’informations: http://www.afs-fr.org/.

    Le fondateur de l’American Field Service, A. Piatt Andrew, à droite avec le casque, aux côtés d’officiers français aux quartiers généraux de l’AFS à Ippécourt, près de Verdun en août 1916.

“Sauver des milliers de vie”

Selon Nyssa Runyan, diplômée de l’Université de Washington State, auteur d’une étude sur le sujet, leur rôle a eu un impact durable : “L’AFS a démontré l’efficacité des ambulances motorisées. Le modèle mis en place par l’AFS a ensuite été utilisé par l’armée américaine pendant de nombreuses années. Même s’il n’y a pas de bilan exact, cette organisation a permis de sauver des milliers de vie et de nombreux conducteurs ont reçu des décorations françaises pour les services rendus à la France et à sa population”. Avec son roman, “L’adieu aux armes”, l’écrivain américain Ernest Hemingway, lui-même ambulancier pour la Croix-Rouge durant la Grande Guerre en Italie, les a même fait rentrer dans la légende. Mais le plus bel hommage leur est rendu dès 1916 par l’ancien président Théodore Roosevelt : “La chose la plus importante qu’une Nation peut sans doute sauvegarder est son âme propre, et ces jeunes gens ont aidé cette Nation à sauvegarder son âme. Il n’y a pas un Américain digne de ce nom qui n’ait contracté une grosse dette d’obligation à l’égard de ces jeunes gens pour ce qu’ils ont fait. (…) Aidons-les autant que nous le pouvons pour rendre leur effort aussi effectif que possible”.

Son souhait a été exaucé. Cent ans plus tard, l’American Field Service existe toujours. Loin des théâtres de guerre, l’organisation œuvre désormais pour la paix et pour le rapprochement des cultures en proposant aux jeunes des programmes d’échanges internationaux dans plus de 50 pays.

Une plaque rend hommage à l’American Field Service à Paris, dans le 16e, au 21 rue Raynouard, où se trouvait le siège de l’AFS

Sur la plaque on peut lire : “Ici sont passés les 2 437 volontaires américains qui ont servi sous le drapeau français. Leurs ambulances ont transporté plus de 400 000 poilus blessés. 127 ont perdu la vie pour que la France puisse vivre”. © Stéphanie Trouillard, France 24

*Extrait tiré de ses mémoires, “At the Front in a Flivver” (Au front dans un tacot), publié en 1917

**Extrait tiré de ses mémoires, “A Volunteer Poilu” (Un poilu volontaire), publié en 1916

– À lire aussi sur le sujet : “Gentlemen Volunteers : The Story of the American Ambulance Drivers in the Great War” de Arlen J. Hansen


Première publication : 18/02/2016