Archive for February 18th, 2016

Le parquet de Paris a demandé, vendredi, un procès aux assises spéciales pour le frère de Mohamed Merah, Abdelkader, pour complicité d’assassinats lors des tueries perpétrées en mars 2012 à Toulouse et Montauban.

Près de quatre ans après les assassinats perpétrés par Mohamed Merah, le procès aux assises se rapproche pour le frère du “tueur au scooter”, Abdelkader Merah. Le parquet de Paris a réclamé, vendredi 19 février, qu’un procès se tienne devant une cour d’assises spéciale, pour complicité dans les assassinats commis au nom d’Al-Qaïda par son cadet Mohamed en 2012 à Montauban et Toulouse.

Pour le parquet, Abdelkader Merah doit être jugé pour “complicité d’assassinats” et “association de malfaiteurs terroriste criminelle”. S’il l’est, Abdelkader Merah sera accompagné dans le box par un délinquant toulousain, Fettah Malki. Ce dernier devrait répondre des chefs d’accusation d’association de malfaiteurs terroriste délictuelle et d’avoir fourni à Merah un Uzi, des munitions et un gilet pare-balles, “dont il avait pleinement connaissance qu’ils étaient destinés à se financer au moyen de vols et à terme effectuer le jihad armé”. Le parquet requiert en revanche un non-lieu pour un troisième homme, Mohamed Mounir Meskine, “faute d’avoir pu établir avec certitude son implication”.

>> À voir sur France 24 : “Latifa Ibn Ziaten : ‘J’avais dit qu’il y avait d’autres Merah'”

“C’est une décision satisfaisante, qu’on attendait depuis longtemps”, a réagi Me Samia Maktouf, qui défend les intérêts de Latifa Ibn Ziaten, la mère du premier militaire assassiné à Toulouse par Mohamed Merah. “Ce réquisitoire devait tomber avant les quatre ans de détention d’Abdelkhader Merah, car une détention préventive ne peut durer plus longtemps”, explique l’avocate à France 24.

“Pour nous, ce réquisitoire définitif est sans surprise parce qu’il ne fait aucun doute qu’Abdelkader Merah est le complice de son frère, qu’il est celui qui l’a aidé et endoctriné”, a-t-elle poursuivi.

Stupeur et effroi

Onze jours avant d’être tué par la police, Mohamed Merah a abattu à Toulouse le 11 mars 2012 le militaire Imad Ibn-Ziaten, 30 ans, puis, le 15, deux parachutistes de Montauban, Abel Chennouf, 25 ans, et Mohamed Legouad, 23 ans. Le 19, il a assassiné dans une école juive de Toulouse, le professeur en religion Jonathan Sandler, 30 ans, ses fils, Arié et Gabriel, 5 et 3 ans, ainsi que Myriam Monsonego, 8 ans. Ces crimes, en pleine campagne présidentielle, avaient plongé dans la stupeur et l’effroi la France, où la menace terroriste n’était pas encore devenue le lot quotidien.

C’est avant la vague des départs en Syrie de jeunes Français que Merah a frappé. Pour justifier ses crimes, il invoquait l’Afghanistan et les Territoires palestiniens et non la lutte contre Bachar al-Assad. Al-Qaïda, dont il se réclamait, a depuis été supplanté dans l’imaginaire jihadiste par l’organisation État islamique (EI).

Salafiste radical assumé, Abdelkader Merah, frère de Mohamed Merah, a davantage attiré l’attention des services de renseignement que son cadet. A-t-il servi de mentor, a-t-il participé trois jours avant le premier assassinat à un vol de scooter en connaissant son usage à venir ? Ou ignorait-il les projets criminels de Mohamed Merah ?

Une cour d’assises spéciale pour éviter toute intimidation

Abdelkader Merah risque 20 ans de prison. Si les juges d’instruction suivent les réquisitions du parquet, il comparaîtra devant une cour d’assises spéciale, compétente pour statuer sur les crimes commis en matière de terrorisme et de trafic de stupéfiants en bande organisée.

Contrairement à une cour d’assises classique, composée de magistrats et d’un jury tiré au sort, la cour d’assises spéciale ne réunit que des magistrats professionnels, sept au total. Objectif : éviter toute intimidation des jurés dans des affaires exceptionnelles. Les parties civiles pourraient vouloir faire d’un procès celui du renseignement antiterroriste, qui savait que Merah s’était rendu dans les zones pakistano-afghanes. Des parties civiles qui contestent le portrait de “loup solitaire”, alors dressé par les autorités.

“Je regrette que nombre de proches, amis et complices de Mohamed Merah, comme Sabri Essid, ou encore Jean-Michel et Fabien Clain, qui ont contribué à ces attentats mais ont pu quitter le territoire [plusieurs ont rejoint la Syrie, NDLR] ne soient pas sur le banc des accusés si le procès a lieu”, a ainsi indiqué Me Maktouf à France 24. L’avocat d’Abdelkader Merah, Éric Dupond-Moretti, s’est de son côté refusé à tout commentaire.

“Il a envoyé son petit frère à sa place”

Durant quasiment quatre ans de détention, Abdelkader Merah a adopté devant les magistrats une attitude ambiguë, provocatrice, ne condamnant pas les tueries de son frère, tout en réfutant y avoir joué un rôle.

L’homme de 33 ans, a soutenu avoir eu des relations tendues avec son cadet. Mais l’enquête a montré que lui et Mohamed se sont vus dans les jours ayant précédé les tueries et même au soir du premier assassinat, à l’occasion d’un match de foot et d’un dîner.

Les enquêteurs ont mis la main sur des lettres de détention datant de 2009 de Mohamed Merah à Abdelkader : “À ma sortie de prison, je saurai précisément ce qu’il me restera à faire”, écrit-il trois ans avant de passer à l’action.

Un mois après les tueries, au téléphone, l’aîné des Merah, Abdelghani, dit sa conviction à une proche: “Je l’ai dit aux flics, qu'(Abdelkader) a pas eu les couilles et qu’il a envoyé son petit frère à sa place.”

Avec AFP et Reuters

Première publication : 19/02/2016

38f52b999e.jpeg

Facebook et Twitter ont rejoint le wagon déjà chargé des soutiens à Apple dans sa bataille contre le FBI. Le PDG de la marque à la pomme refuse d’aider à “pirater” l’iPhone d’un auteur de la tuerie de San Bernardino.

“Nous sommes aux côtés de Tim Cook et Apple !” Le PDG de Twitter, Jack Dorsey, a ainsi pris fait et cause pour la marque à la pomme dans son combat contre le FBI. Le site de microblogging a emboîté le pas de Facebook qui a condamné dans un communiqué les “demandes du gouvernement qui font obstacle à la protection des données”.

La Silicon Valley semble donc en ordre rangé derrière le créateur de l’iPhone dans cette affaire, puisque la veille, Google avait aussi estimé que le FBI allait trop loin. Ce dernier avait obtenu de la justice, mardi, un jugement ordonnant à Apple d’aider les autorités à contourner la sécurité de l’iPhone de l‘un des auteurs de la tuerie de San Bernardino, qui a coûté la vie à 14 personnes début décembre. C’est cette décision que Tim Cook conteste.

Bataille juridique et débat idéologique

Le PDG d’Apple affirme que coopérer créerait un “dangereux précédent”. D’autant plus inacceptable que la solution demandée par les autorités leur permettrait de “pirater” n’importe quel iPhone et pas seulement celui d’un terroriste. Le FBI – et la Maison Blanche – conteste cette analyse et affirme que la décision judiciaire ne porte que sur cet iPhone en particulier.

L’ampleur des réactions – plusieurs candidats à la présidentielle américaine ont pris position – montre qu’Apple a réussi à faire de la bataille juridique un débat idéologique : la protection des données privées prime-t-elle sur la sécurité ?

Si cette affaire semble, en apparence, être un affrontement entre un État qui voudrait avoir accès à toutes les informations numériques disponibles et des géants du Net prompts à défendre la vie privée de leurs utilisateurs, la réalité est plus nuancée.

Pas si blanc que ça

D’abord, Apple a beau adopter une posture de grand défenseur de la vie privée, le groupe sait se montrer conciliant avec des régimes pourtant plus autoritaires, comme en Chine, quand son intérêt commercial est en jeu.

Le PDG de Twitter, de son côté, peut bien tweeter avec force son soutien à Apple, son groupe a récemment été accusé de ne pas en faire assez pour protéger les données de ses utilisateurs contre l’indiscrétion des services de renseignement. Il a laissé tomber, sans donner de raison, son effort pour permettre de chiffrer les messages privés. Une telle mesure aurait pourtant considérablement compliqué la tâche d’un espion trop curieux qui chercherait à lire la correspondance privée d’un utilisateur de Twitter.

Quant à Facebook, les données personnelles de ses utilisateurs sont la poule aux œufs d’or publicitaire. Le réseau social veut peut-être se construire une image d’intransigeance face aux autorités en soutenant Apple, il a été accusé à plus d’une reprise par le passé de vouloir, lui-même, tout savoir sur ses utilisateurs avec ou sans leur accord. Tous ces chevaliers blancs de la protection des données personnelles ne sont pas si blancs que ça.

Première publication : 19/02/2016

e367389aed.jpeg

La Française Christine Lagarde a été officiellement confirmée à son poste de directrice du Fonds monétaire international vendredi. Elle entame son second mandat de cinq ans à la tête de cette institution financière.

Il n’y avait pas d’autre candidat en lice, mais au moins c’est officiel : Christine Lagarde a été confirmée à son poste de directrice du Fonds monétaire international pour un second mandat par le conseil d’administration de l’institution.

“Je suis ravie d’avoir l’opportunité de conduire le FMI en tant que directrice générale pour un second mandat de cinq ans”, a déclaré l’ancienne ministre française de l’Économie, citée dans un communiqué.

Renvoi devant la justice française

Elle a reçu le soutien unanime des représentants des 188 États membres du FMI représentés au conseil d’administration. Christine Lagarde n’a donc pas pâti de son récent renvoi devant la justice française pour sa “négligence” supposée dans l’affaire Bernard Tapie-Crédit Lyonnais du temps où elle était au gouvernement de Nicolas Sarkozy.

Première femme à diriger le FMI, elle avait succédé en juillet 2011 à Dominique Strauss-Kahn, emporté par un scandale sexuel. Au cours de son premier mandat, elle avait notamment dû redorer le blason d’une institution dont les remèdes économiques sont encore loin de faire l’unanimité, notamment en Grèce.

Inquiétude sur l’économie mondiale

La dirigeante peut également se prévaloir de l’adoption d’une réforme renforçant le poids des pays émergents au sein du FMI, et d’avoir ouvert l’institution à des thèmes qui lui sont peu familiers, tels que le changement climatique ou les inégalités sociales.

Le début de son nouveau mandat sera sans aucun doute dominé par les inquiétudes croissantes suscitées par l’économie mondiale, sur fond de ralentissement chinois et de décrochage des autres pays émergents.

Sa reconduction entérine une nouvelle fois la règle tacite en vertu de laquelle un Européen dirige le FMI tandis que les Américains se réservent la présidence de la Banque mondiale.

Avec AFP

Première publication : 19/02/2016

Trois mois après l’attentat au Bataclan, le groupe américain Eagles of Death Metal a rejoué pour la première fois à Paris, mardi soir devant, entre autres, près de 800 rescapés du 13-Novembre. Revivez les premières minutes du concert.

Mardi 16 février, la voix de Jacques Dutronc a résonné dans l’Olympia, en ouverture du concert-hommage des Eagles of Death Metal. Trois mois et trois jours après les attentats qui ont frappé le Bataclan, le groupe de rock américain a retrouvé pour la première fois son public parisien. Jesse Hugues, le chanteur du groupe, a fait son entrée en scène sur la célèbre chanson française “Paris s’éveille”, visiblement ému. Retrouvez les premières minutes de ce concert événement.

Pour voir le concert sur vos tablettes ou mobiles, cliquez ici.

Première publication : 19/02/2016

Le Conseil constitutionnel a validé, vendredi, les interdictions de réunion et les perquisitions administratives prévues par l’état d’urgence, mais censuré la disposition permettant de copier des données informatiques sur les lieux perquisitionnés.

Après les assignations à résidence, le Conseil constitutionnel a validé, vendredi 19 février, l’essentiel des deux autres dispositions coercitives de l’état d’urgence décrété après les attentats du 13 novembre : les perquisitions et les interdictions de réunion.

Seule une disposition qui permettait aux policiers de copier des données informatiques lors des perquisitions a été censurée par les Sages. Ils ont estimé que le législateur n’avait pas, dans ce cas, prévu “de garanties légales” propres à assurer un équilibre entre “droit au respect de la vie privée” et “sauvegarde de l’ordre public”.

>> À voir sur France 24 : “L’exception va-t-elle devenir la règle ?”

Les Sages ont en revanche estimé que le contrôle préalable d’un juge judiciaire, réclamé par les requérants soutenus par des magistrats et avocats, n’était pas indispensable pour les perquisitions décrétées dans le cadre de l’état d’urgence.

Ces perquisitions “relèvent de la seule police administrative” et “n’affectent pas la liberté individuelle au sens de l’article 66 de la Constitution”, qui fait du juge judiciaire le gardien de la liberté individuelle. “Elles n’ont (donc) pas à être placées sous la direction et le contrôle de l’autorité judiciaire”, écrivent les Sages.

Deux questions prioritaires de constitutionnalité déposées par la LDH

“Le juge administratif est chargé de s’assurer que cette mesure, qui doit être motivée, est adaptée et proportionnée à la finalité qu’elle poursuit”, rappellent les Sages, pour qui, “si les voies de recours prévues à l’encontre d’une décision ordonnant une perquisition (…) ne peuvent être mises en œuvre que postérieurement à l’intervention de la mesure, elles permettent (cependant) à l’intéressé d’engager la responsabilité de l’État”.

Le Conseil était saisi de deux questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) déposées par la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et transmises courant janvier par le Conseil d’État.

Selon la LDH, les dispositions contestées portaient une atteinte grave et manifestement illégale à certaines libertés fondamentales garanties par la Constitution comme “le droit d’expression collective des idées et opinions”, le droit au “respect de la vie privée” et à la règle, fixée par l’article 66, selon laquelle l’autorité judiciaire est “gardienne de la liberté individuelle”.

“Le juge judiciaire et le juge administratif n’ont pas la même mission, le premier est un juge de l’autorisation qui intervient en amont et le second un juge du contrôle qui agit a posteriori”, avait rappelé Me Patrice Spinosi, avocat de la LDH. “Mais, une fois la perquisition opérée, le mal est fait, on ne peut plus revenir en arrière”.

“Vous êtes à la croisée des chemins. La disparition du juge d’instruction est en train de s’opérer sous nos yeux sous le masque de la lutte antiterroriste”, avait lancé Me Spinosi aux Sages.

Avec AFP

Première publication : 19/02/2016

Dans la mémoire collective, on dit souvent “qui n’a pas fait Verdun n’a pas fait la guerre”. J’ai voulu vérifier ce dicton en enquêtant sur les poilus de ma famille et en sortant de l’oubli l’histoire de mon arrière-grand-père durant la bataille.

Cela fait maintenant plusieurs années que je m’intéresse à la Première Guerre mondiale et pourtant je n’avais jamais été à Verdun, un nom qui symbolise à lui seul ce conflit. Comme le reste de ma famille, je pensais qu’aucun de mes ancêtres n’avait pris part à cette sanglante bataille, qui a eu lieu de fin février à mi-décembre 1916. Dans la mémoire collective française, on considère pourtant que la plupart des poilus y ont participé.

En remontant ma généalogie, j’ai voulu en avoir le cœur net. Aux archives départementales du Morbihan, d’où est originaire toute ma famille, j’ai consulté le parcours militaire de mes arrières-grands-pères et je me suis vite rendu compte que j’avais tort. Deux d’entre eux ont porté l’uniforme durant la Grande Guerre et l’un a bien “fait Verdun”. Il s’agit de mon arrière grand-père maternel, Louis Gondet. Je ne l’ai pas connu, il est mort exactement 30 ans avant ma naissance, en 1953. Il n’a d’ailleurs pas eu la chance de prendre dans ses bras ses petits-enfants. Ils sont tous nés après son décès. Cela explique peut-être pourquoi, pour notre génération, son histoire était jusqu’à présent complètement inconnue. Dans les armoires de famille, nous n’avons retrouvé aucune médaille, aucune lettre, aucune photo qui auraient pu nous éclairer sur son passé de combattant.

Le 35e régiment d’artillerie de campagne de Vannes
  • © Collection personnelle Stéphanie Trouillard

    Le 35e régiment d’artillerie a été créé à Vannes, dans le Morbihan, en 1873. Il a notamment été commandé de 1903 à 1905 par le colonel Foch, futur maréchal de France.

  • © Collection personnelle Stéphanie Trouillard

    Les membres du régiment pouvaient envoyer des cartes postales montrant leur vie quotidienne à leurs familles. Sur celle-ci, un groupe de soldats du 35e régiment d’artillerie est rassemblé pour les manœuvres dans la caserne de Vannes.



  • Un régiment d’artillerie de campagne comptait plus de 1 600 hommes, sans compter la chaîne de commandement, mais aussi plus de 500 chevaux qui servaient à transporter le matériel et à tracter les pièces d’artillerie.



  • Le 35e régiment d’artillerie est resté stationné à Vannes jusqu’en 1940, année où il a été anéanti aux deux tiers en couvrant la retraite des forces alliées à Dunkerque. Le 35e régiment d’artillerie parachutiste de Tarbes est désormais son héritier.

“Mourir en chantant”

Pour reconstituer sa vie de poilu, je ne peux me fier qu’à sa fiche militaire, dite “matricule”. C’est sur celle-ci que j’apprends que Louis, né en 1887 à Bohal, mesurait 1 m 68, qu’il avait les cheveux châtains, les yeux gris, le front large, un visage ovale, une cicatrice à la joue droite, et surtout qu’il faisait partie du 35e régiment d’artillerie de campagne (35e RAC) de Vannes, présent lors de la bataille de Verdun.

Son régiment se trouve en Champagne lorsqu’éclate l’offensive allemande contre cette région fortifiée de l’est de la France, le 21 février 1916. À cette date, mon arrière grand-père et ses camarades ont déjà eu leur lot de combats, que ce soit dans les Ardennes, dans la Marne ou dans la Somme. Le régiment, qui a pour devise “Mourir en chantant”, s’est déjà distingué à plusieurs reprises et très rapidement, il est appelé en renfort à Verdun.

Dès le 30 mars, il prend position dans le secteur de Douaumont, exposé aux plus violents bombardements ennemis. Le poste de commandement est basé dans l’ouvrage de Froide-Terre, à 345 mètres d’altitude, tandis que les artilleurs s’installent au Sud, dans le ravin des Vignes. Le 35e RAC doit alors appuyer l’infanterie et répondre aux tirs de l’artillerie allemande. Sur sa fiche, je lis que mon arrière grand-père était membre de la 5e batterie. Comme me l’explique Franck Mathieu, un ancien sous-officier du 35e Régiment d’artillerie parachutiste, héritier du 35e RAC, chaque régiment est à l’époque composé de trois groupes de trois batteries : “Une batterie regroupait quatre pièces d’artilleries, des canons de 75 millimètres, soit 36 canons au total pour tout le régiment”.

Les positions du 35e régiment d’artillerie de campagne à Verdun en 1916

© Amicale des anciens du 35e RAP

“On ne fait plus guère attention aux obus qui tombent à droite ou à gauche”

En parcourant le journal de marche de la 5e batterie, je me rends compte avec effroi de l’intensité du pilonnage. Tous les jours, ce sont des tirs en continu. Le 2 avril, il est ainsi noté dans le compte-rendu de la journée : “Le ravin en arrière de la batterie reçoit de nombreux obus lacrymogènes. Le soir, attaque allemande au sud-est du fort de Douaumont. La batterie tire sur une batterie ennemie, 300 coups”. Cinq jours plus tard, la cadence ne faiblit pas : “Activité de l’artillerie le soir surtout à notre droite. À 23 h, l’infanterie demande un tir de barrage. Consommation de la journée 500 coups”.

Pour Franck Mathieu, il est très difficile d’imaginer le bruit généré par un tel déluge de feu. “Un canon de 75 pouvait tirer en moyenne 20 obus à la minute, soit 720 obus pour l’ensemble d’un régiment. Lors de la bataille de Verdun, il y a eu une moyenne journalière de 100 000 obus et cela pouvait atteindre 200 000 lors des préparations d’artillerie. Au total, on estime qu’il y a eu entre 56 et 60 millions d’obus tirés depuis les deux camps”, décrit-il. “Cela devait être effroyable. La grand-mère de mon père racontait que quand les combats se sont déclenchés, ils entendaient un grondement en continu, comme s’il y avait un orage à l’horizon, alors qu’ils habitaient à 90 km”.

Sur le terrain, s’ajoute au vacarme assourdissant la peur omniprésente. Même si dans l’infanterie, on les considère bien souvent comme des planqués qui ne partent pas à l’assaut des tranchées adverses, les artilleurs, grands oubliés des livres d’histoire, sont aussi exposés au feu ennemi. Dans ses carnets de guerre, Alfred Bonnaud, du 35e RAC, raconte ce quotidien d’une “sauvagerie intégrale”. En avril 1916, cet adjudant-chef a pour mission de ravitailler continuellement en munitions la 1re batterie depuis “l’échelon” situé quelques kilomètres en arrière, où était stocké le matériel : “Tout cela est bombardé en permanence. On passe quand même. On ne fait plus guère attention aux obus qui tombent à droite ou à gauche.(…) Je me souviendrai toujours de la nuit où ma colonne de caissons fut immobilisée (…) La pluie d’obus a continué autour de nous toute la nuit. Aucun d’eux ne nous est tombé dessus. Nous sommes vernis, comme disent les poilus”.

L’artillerie à Verdun dans les archives de la Bibliothèque de documentation et d’information contemporaine
  • © Collections BDIC (Bibliothèque de documentation internationale contemporaine)

    Comme le rappelle Franck Mathieu, Verdun a été un duel d’artilleur : “80 % des pertes ont été causées par l’artillerie”. Sur ce cliché, une batterie en action à Montzéville, à une vingtaine de kilomètres de Verdun, le 17 avril 1916.

  • © Collections BDIC

    Un régiment d’artillerie de campagne était réparti en trois groupes de trois batteries. Chaque batterie comportait quatre canons. Elle était souvent camouflée pour ne pas se faire repérer comme celle-ci en juillet 1916, au Bois Bourrus.

  • © Collections BDIC

    Sur cette photo, on peut voir une position de batterie de 75 dans le bois de Chattancourt en août 1916. Un canon était servi par un chef de pièce et six servants.

  • © Collections BDIC

    La pièce de cette batterie vient d’éclater, blessant ce soldat. Les artilleurs pouvaient aussi être touchés par l’ennemi. Dès qu’ils étaient repérés, ils essuyaient les “tirs de contrebatterie” allemande. Ils devaient alors continuer leur travail sous un déluge de feu.

  • © Collections BDIC

    Pour preuve de la violence des bombardements, cette batterie de 75 démolie par l’artillerie allemande dans le Bois de Contant, à l’est du fort de Souville, en juillet 1916.

  • © Collections BDIC

    Comme ils devaient rester près de leur batterie, les soldats se construisaient des abris. Celui-ci, construit en 1916 dans le Bois de Chattancourt, était destiné aux officiers d’artillerie.

  • © Collections BDIC

    Sur ce cliché, des artilleurs installent une batterie près de la Tranchée de Calonne (une route forestière, enjeu de combats acharnés) en mars 1916.

  • © Collections BDIC

    Pour ravitailler chaque batterie en munitions, vivres et fourrage, un échelon était placé quelques kilomètres en arrière, comme celui-ci au fond de la Voie Boncour, près d’Haudainville, en mai 1916.

  • © Collections BDIC

    En arrière du front, un régiment était aussi ravitaillé par un parc d’artillerie comme celui-ci à Revigny, en mars 1916. Il envoyait des agents de liaison vers les échelons de combat pour “prendre les commandes” et leur envoyer les munitions.

  • © Collections BDIC

    C’est aussi à l’arrière du front qu’on procédait à l’intendance. Sur ce cliché, on peut voir une réparation de 75 à Heippes, à une trentaine de kilomètres de Verdun, en mars 1916.

  • © Collections BDIC

    Cette photo montre une réparation d’une roue de canon au parc de pièces d’artillerie à Revigny, le 14 juin 1916.

Trois mois au total à Verdun

En lisant ce témoignage, je m’interroge sur le rôle de Louis, mon arrière-grand-père. Quelle était sa fonction dans sa batterie ? Je sais qu’il était artisan, charron de profession, c’est-à-dire qu’il fabriquait les roues de charrette en bois. J’en déduis que sur le front, sa compétence a dû être utilisée au service du régiment. “On peut très bien l’imaginer”, me répond Franck Mathieu. “Le charron est celui qui s’occupait de l’entretien et de la réparation des charriots tractés par les chevaux. Ces charriots servaient à l’approvisionnement en munitions, en matériels divers et pour la construction d’abris, pour l’alimentation des hommes et pour le fourrage des animaux, et aussi, parfois, pour évacuer les morts et les blessés”. Preuve que mon intuition est sans doute la bonne, je découvre sur sa fiche que mon arrière grand-père a été blessé au thorax en octobre 1917, écrasé par les roues d’un charriot de parc d’artillerie alors qu’il était en service commandé. Un comble pour un charron.

Mais avant cet accident, Louis doit encore supporter pendant de longs mois en 1916 les combats de Verdun. Le 35e RAC y reste en position jusqu’au 23 avril avant d’être relevé. Au cours de ces quatre semaines, 35 artilleurs ont perdu la vie. Fin octobre, le régiment breton est rappelé de nouveau dans ce secteur de la Meuse. Positionné près du fort de Tavannes, il soutient notamment l’attaque victorieuse contre le fort de Vaux le 2 novembre, puis prend part dans le secteur de Hardaumont-Bezonvaux à la mi-décembre à la grande offensive qui marque la fin de la bataille de Verdun. Léon-Antoine Dupré, un jeune engagé volontaire de 19 ans, affecté à la 1re batterie, décrit alors le champ de bataille après 10 mois de combats dans les lettres qu’il adresse à sa famille : “Je suis très sale, de la boue, jusqu’aux genoux. Il fait très froid et du brouillard qui vous pénètre jusqu’aux os. Ce n’est pas gai. (…) Le terrain est bouleversé par les obus, et partout des cadavres, beaucoup de cadavres datant de l’attaque de février dernier et nous sommes en décembre”.

“Comment le raconter ?”

Comme son camarade de régiment, mon arrière-grand-père a vécu dans le froid, la peur et a été le témoin des mêmes horreurs. Même si cela s’est déroulé il y a un siècle, j’ai du mal à comprendre pourquoi ma famille n’a jamais entendu parler de son histoire. Lorsqu’il a été enfin démobilisé en 1919, cinq ans après son départ pour le front, a-t-il raconté à ses proches sa “bataille de Verdun” ? A-t-il préféré se taire par respect pour son frère Joseph qui, lui, n’est pas revenu, tombé cette même année 1916 sur le front d’Orient ? S’est-il seulement confié un jour à son fils, mon grand-père ? Je ne le saurai jamais. En tout cas, selon Nicolas Czubak, professeur d’histoire-géographie détaché au Mémorial de Verdun, beaucoup de poilus ont choisi de garder le silence: “La société n’était pas aussi bavarde que maintenant. Il était rare que les hommes se montrent en situation de fragilité. Et puis, comment le raconter aux gens ? À l’arrière, la population était conditionnée par la propagande et imaginait de beaux morts, des soldats français avec leur baïonnette heureux de périr pour la France. Il y avait un tel contraste avec la réalité qui faisait que les poilus préféraient n’en parler qu’entre eux”.

Cent ans après, ce spécialiste de la Grande Guerre me conduit à l’entrée du ravin des Vignes, situé près du village détruit de Fleury-devant-Douaumont. Les arbres ont repoussé, mais la boue colle toujours sur ce sol à jamais éventré par les bombardements. Les trous d’obus sont les cicatrices éternelles de cet acharnement guerrier. En ce mois de février 2016, il fait toujours aussi froid à Verdun, mais ce n’est pas la température qui me fait frissonner. Mes pas foulent enfin ce bout de France, bien loin de sa Bretagne, où pendant des semaines, mon ancêtre a vécu ce qui doit se rapprocher le plus de l’enfer sur Terre. Cent ans après, je peux enfin le dire : “J’ai suivi ta trace grand-père Louis et je t’ai écouté. Désormais, tes enfants savent”.

Sur les traces de mon arrière grand-père à Verdun dans les archives de la BDIC
  • © Collections BDIC

    Cette photo prise en octobre 1916 montre le ravin des Vignes, où était positionné le 35e régiment d’artillerie du 30 mars au 24 avril. La violence des bombardements a rendu le paysage lunaire.

  • © Collections BDIC

    Sur le terrain bombardé du ravin des Vignes, on aperçoit un soldat dans un trou d’obus de 380 en octobre 1916.

  • © Collections BDIC

    Le ravin des Vignes est situé au sud de la côte de Froide-Terre. Sur ce cliché, on distingue des restes d’organisations défensives, fin décembre 1916.

  • © Collections BDIC

    Pendant la bataille, les soldats creusaient des abris dans la terre, appelés “cagnas”, comme celui-ci sur la pente sud-est de la côte de Froide-Terre, en décembre 1916.

  • © Collections BDIC

    Début novembre 1916, le 35e RAC a ensuite été positionné à l’ouest du fort de Tavannes que l’on voit sur ce cliché de juin 1916 après avoir subi des bombardements.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Cent ans après, on peut accéder au ravin des Vignes par le village détruit de Fleury-devant-Douaumont. Celui-ci a été rayé de la carte par les combats qui s’y sont déroulés en 1916. Il n’y a plus qu’une chapelle reconstruite à l’emplacement de l’ancienne église.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    À Fleury-devant-Douaumont, des arbres ont repoussé mais le sol est toujours meurtri par les impacts d’obus. Ce village fait partie des 120 000 hectares de la zone rouge, sur laquelle toute reconstruction a été interdite après guerre.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Le ravin des Vignes, où le 35e régiment d’artillerie était positionné au printemps 1916, est signalé par un panneau.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Un siècle après la bataille de Verdun, les canons se sont tus et la nature a repris ses droits dans le ravin des Vignes.


Première publication : 19/02/2016