Archive for February 29th, 2016

La ministre Myriam El Khomri n’en finit plus d’être critiquée pour son projet de loi Travail. Dans une tribune, son ancien conseiller Pierre Jacquemain dénonce une trahison historique de la gauche.

C’est une nouvelle fronde que Myriam El Khomri subit de plein fouet. Alors que depuis deux semaines, elle essuie des critiques de tous bords au sujet de son projet de loi travail, elle fait face à une attaque de l’un de ses proches. Dans une tribune publiée ce mardi par le site Le Monde, son ancien conseiller stratégie Pierre Jacquemain, qui a choisi de quitter son cabinet début février explique les raisons de son départ.

Âgé de 33 ans, l’ex-plume de la ministre estime que la réforme portée par Myriam El Khomri n’incarne pas les revendications des travailleurs. “Ce devait être une réforme de progrès, ce sera au mieux une réforme de compromis – voire de compromission. Au pire, cela restera comme une trahison historique – et destructrice – d’une gauche en mal de repères”, dénonce-t-il. Même s’il reconnaît la valeur de la ministre, ancienne militante socialiste, il souligne publiquement leur désaccord. “Cette réforme nous entraîne collectivement dans le mur, parce que j’ai la conviction qu’elle sert les intérêts politiques de quelques-uns et les intérêts économiques de quelques autres”, explique-t-il en vilipendant une “réforme libérale qui déshonore la gauche”.

Ils ont tué la #gauche. Ma tribune dans @lemondefr et disponible demain dans son édition papier https://t.co/y72Hc1ZmJs#LoiTravail

— Pierre Jacquemain (@pjacquemain) 1 mars 2016

La jeunesse de gauche appelle à la mobilisation le 9 mars

Cette attaque rejoint une cohorte d’oppositions déjà existante au projet de loi travail, allant d’une tribune incendiaire, signée par des figures de gauche, dont Martine Aubry, à une pétition rassemblant plus de 850 000 signatures en ligne. Face à ces turbulences, le gouvernement a décidé lundi de reporter du 9 au 24 mars la présentation du texte en conseil des ministres. Interrogé à ce sujet, le Premier ministre, Manuel Valls, a toutefois estimé mardi à l’Assemblée nationale qu’il était “exagéré” de parler de “reculade”. “Avons-nous depuis que nous gouvernons, depuis que je suis Premier ministre, dû reculer sur tel ou tel texte, avons-nous dû changer telle ou telle position, après le débat nécessaire ?”, a-t-il insisté.

Mais du côté des protestataires, la pression prend de l’ampleur. Plusieurs organisations de jeunesse, dont le premier syndicat étudiant, l’Unef, ont ainsi appelé à une journée d’action, le 9 mars, avec un rassemblement place de la République, à Paris. “À travers le projet de loi travail, le gouvernement vient de déclencher une guerre sans précédent contre les jeunes et les salariés”, ont-elles écrit dans un communiqué commun. Pour ces organisations, le report ne suffit pas, elles réclament le retrait pur et simple du texte. Quant aux syndicats, ils seront une dizaine à participer jeudi à deux réunions pour tenter de se mettre d’accord sur les modifications à réclamer à l’exécutif et discuter d’une mobilisation qui aurait lieu fin mars. Certaines, comme la CGT et FO, exigent le retrait du projet. D’autres, comme la CFDT, qui a jusqu’ici accompagné la plupart des réformes du quinquennat, pointent de “vrais désaccords” et veulent modifier le texte, notamment sur la définition du licenciement économique.

Chargé de la promotion de ce projet, Myriam El Khomri n’a en revanche pas été en mesure de s’en charger ce mardi 1er mars. Ses rendez-vous ont en effet annulés à la suite d’un malaise. La ministre est rentrée chez elle à la mi-journée après avoir subi des examens à l’hôpital, mais doit reprendre son travail dès mercredi.

En pleine polémique, le président François Hollande a tenté de dédramatiser cette absence en évoquant “un accident domestique”. Face à la bronca générale, le chef de l’État a d’ailleurs loué le travail de sa ministre, en saluant “une femme courageuse qui a des convictions, qui sait les faire partager”, et qui est aussi à “l’écoute”.

Rien de grave, tout va bien ! Merci pour vos messages de soutien. 2 bilatérales (@UPAofficiel + @force_ouvriere) reprogrammées cette semaine

— Myriam El Khomri (@MyriamElKhomri) 1 mars 2016

Avec AFP et Reuters

Première publication : 01/03/2016

Dans un rapport remis mardi, des experts du Conseil de l’Europe s’inquiètent de la “banalisation du racisme en France”. Le document relève l’augmentation d’actes racistes, mais épingle également des discours de responsables politiques.

Des experts du Conseil de l’Europe se sont inquiétés mardi 1er mars de la “banalisation” des discours racistes en France, y compris de la part de responsables politiques, et de “l’accroissement des violences racistes, antisémites et islamophobes“.

“L’augmentation des discours de haine entraîne des actes de violences”, juge l’auteur de ce rapport, Jean-Paul Lehners, professeur à l’université du Luxembourg, interrogé par France 24.

Jean-Paul Lehners, auteur d’un rapport qui épingle la “banalisation” du racisme en France

Les violences racistes, recensées par le ministère français de l’Intérieur, ont augmenté de 14 % entre 2012 et 2014, et même de 36 % pour les seules violences antisémites, s’inquiètent ces experts de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI), dans ce document qui dénonce également l’homophobie et les discriminations anti-Roms.

>> À lire sur France 24 : “Agression antisémite à Marseille : le parquet ouvre une information judiciaire”

“Le discours de haine, de par sa banalisation dans la sphère publique, demeure un sujet de préoccupation”, a commenté le secrétaire général de l’organisation paneuropéenne, Thorbjørn Jagland. Il a appelé les responsables politiques à s’abstenir “de tenir des propos qui stigmatisent des groupes déjà vulnérables et attisent les tensions dans la société française”.

Persistance “préoccupante” des discours islamophobes

L’ECRI cite le cas du député-maire de Cholet, Gilles Bourdouleix, qui avait affirmé en 2013, lors d’une altercation sur un terrain agricole occupé illégalement par des gens du voyage, que “Hitler n’en avait peut-être pas tué assez”.

Les experts européens évoquent aussi une persistance “préoccupante” des discours islamophobes, alimentés par “certains responsables politiques”, comme Marine Le Pen (Front national) comparant les prières de rue à l’occupation allemande (décembre 2010), ou Jean-François Copé (Les Républicains) évoquant des “voyous” musulmans qui auraient arraché un pain au chocolat à un jeune au motif “qu’on ne mange pas pendant le ramadan” (octobre 2012).

L’ECRI déplore également des décisions prises “au nom d’une conception restrictive de la laïcité”, et pouvant être “perçues comme sources de discrimination”, comme celle, en 2015, du maire de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret, de supprimer les menus sans porc des cantines scolaires.

La Commission demande aussi aux autorités de “clarifier” la réglementation concernant l’accompagnement de sorties scolaires par des mères d’élèves portant le voile.

L’ECRI suggère également aux autorités de légiférer pour que le racisme ou l’homophobie constitue “une circonstance aggravante de toute infraction pénale ordinaire”. Une réforme promise à plusieurs reprises l’an dernier par le président François Hollande.

Quant aux Roms, les autorités françaises doivent leur accorder une domiciliation administrative, même s’ils n’ont pas de résidence stable, et ce afin de ne pas entraver leur accès “aux droits de base”, et notamment à la scolarisation de leurs enfants, soulignent les experts.

Ils déplorent en outre une inflation de discours de haine sur Internet et les réseaux sociaux, “malgré les efforts des autorités pour endiguer ce phénomène”, mais aussi lors des manifestations contre l’instauration du mariage homosexuel, début 2013. À cette occasion le “discours de haine homophobe et transphobe s’est cristallisé en France”, juge l’ECRI.

C’est par l’éducation que l’occurrence de ces actes et discours racistes baissera, juge Jean-Paul Lehners. “La mise en place de programmes contre les discriminations doit être accelerée dans l’enseignement, auprès du grand public et à travers le sport”, estime l’expert.

Avec AFP

Première publication : 01/03/2016

Après les heurts qui ont opposé migrants et forces de l’ordre lundi soir, le démantèlement du camp de Calais a repris mardi. La majorité des migrants refusent néanmoins les solutions de relogement proposées.

Tente par tente, cabane par cabane, la zone sud du camp de Calais est évacuée, détruite, nettoyée. Après une soirée de tension, lundi 29 février, entre forces de l’ordre, migrants et activistes “no borders”, suivie d’une nuit dans un calme précaire, le démantèlement du camp a repris son cours mardi matin, dès 8h30, pour une deuxième journée consécutive dans un climat un peu plus apaisé.

Évacuation à Calais le mardi 1er mars

Un important dispositif de sécurité a néanmoins été déployé mardi matin : une centaine de CRS environ, et plus d’une vingtaine de policiers, dont des agents de la police aux frontières (PAF), ont encerclé le site, rendu quasi inaccessible aux journalistes, repoussés par des cordons de sécurité au fur et à mesure de l’avancée de l’opération.

“De nouveaux incendies ont éclaté mardi en début de soirée – il y en a eu plusieurs au cours de cette journée. Le dernier incendie a été maîtrisé par les pompiers”, témoigne Alexandra Renard, envoyée spéciale de France 24 sur le camp de Calais.

>> Sur France 24 : “La boue au ventre. Immersion dans le camp de migrants de Grande-Synthe”

La destruction du camp a semblé presque artisanale : la société privée qui gère le démantèlement détruit les habitations précaires avec des marteaux, des tractopelles, des scies, des pioches mais “surtout pas de bulldozers, ni de rouleaux compresseurs, beaucoup trop symboliques”, selon Alexandra Renard, qui a néanmoins noté l’efficacité du procédé.

“Le démantèlement se déroule plus rapidement que lundi. En l’espace de quelques heures, il y a eu des dizaines de tentes et de cabanes détruites. Les migrants sont délogés au fur et à mesure de la destruction : certains quittent leur cabane avec leur matelas et trois affaires jetées dans un sac”, témoignait la journaliste plus tôt dans la journée. Aussitôt après, le logement est détruit, les restes jetés ou brûlés – quand ils ne sont pas emportés par le vent, et les traces des habitants peu à peu effacées. En fin de journée lundi, 5 000 m² de la zone avaient ainsi été évacués. L’équivalent, ou plus, était attendu mardi soir.

Une résistance majoritairement pacifique

Face à cette redoutable efficacité, orchestrée par la préfecture du Pas-de-Calais qui a balisé les opérations comme leur communication, la résistance a été pacifique, même si deux migrants ont été interpellés mardi matin. “Les deux hommes, perchés sur leur cabane, menaçaient les forces de l’ordre avec un couteau. Il fallait avant tout les protéger d’eux-mêmes”, explique à France 24 Vincent Berton, sous-préfet du Pas-de-Calais.

Selon notre envoyée spéciale, la majorité des migrants qui refusaient de partir ne montraient cependant “aucune résistance physique”. Alors que les vents et la pluie faisaient régner un froid glacial sur le site du nord de la France, les résistants se sont perchés sur leur cabane, enroulés dans des couvertures, et ils brandissaient des pancartes de protestation jusqu’à ce qu’ils soient obligés de céder aux injonctions de la préfecture.

Lundi soir, l’ambiance était autrement plus tendue. Quelque 150 migrants, armés pour certains de barres de fer, s’en sont pris à des véhicules en partance pour l’Angleterre avant d’être dispersés par la police à coup de gaz lacrymogènes. Onze policiers ont été légèrement blessés et trois personnes interpellées. “La situation migratoire à Calais appelle la responsabilité de chacun et l’union de tous ceux, pouvoirs publics et associations, qui œuvrent pour des solutions durables et humaines”, a réagi le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve.

Démantèlement du camp de migrants de Calais : J2
  • © Alexandra Renard / France 24

    Les travaux de démantèlement d’une partie de la “jungle” de Calais, le plus grand bidonville de France, se poursuivaient mardi 1er mars, sous la surveillance des forces de l’ordre.

  • © Alexandra Renard / France 24

    Certains migrants ont opposé une “résistance pacifique” au démantèlement de la zone sud du camp.

  • © Alexandra Renard / France 24

    Les migrants sont délogés au fur et à mesure de la destruction du camp. Aussitôt après, le logement est détruit, les restes jetés ou brûlés – quand ils ne sont pas emportés par le vent, et les traces des habitants peu à peu effacées.

  • © Alexandra Renard / France 24

    Une important dispositif de sécurité a été déployé sur le site mardi après une première journée marquée lundi par des heurts avec les migrants.

  • © Alexandra Renard / France 24

    Lundi, selon la préfecture, 43 migrants, répartis en deux bus, ont été acheminés vers deux centres d’accueil et d’orientation près de Bordeaux et de Montpellier

  • © Alexandra Renard / France 24

    En fin de journée, lundi 29 février, 5 000 m² de la zone avaient ainsi été évacués selon Reuters. L’équivalent, ou plus, est attendu mardi soir.

  • © Alexandra Renard / France 24

    Les ouvriers de la société privée qui procède au démantèlement progressent sous la protection d’un important cordon de CRS.



Les solutions de l’État boudées par les migrants

La préfecture se défend de vouloir passer en force, comme l’en accusent les associations, disant privilégier le dialogue et la persuasion aux méthodes musclées. “Nous faisons un travail de maraude pour inviter les gens à accepter les solutions de relogement. Nous avons la possibilité d’héberger tout le monde”, a martelé le sous-préfet qui a estimé qu’il faudrait sûrement plusieurs semaines pour venir à bout des résistances et de l’opération.

Sur le camp de Calais, 1 300 personnes ont déjà été relogées dans des containers chauffés et électrifiés, mis à disposition depuis décembre. Selon la préfecture, il restait 200 places mardi matin. Il y avait également encore des places dans le camp fermé, réservé aux femmes et aux enfants, ainsi que dans celui réservé aux mineurs isolés, installé dans le centre de Calais. Les migrants peuvent aussi être dirigés vers l’un des centres d’accueil et d’orientation, dont une centaine au total sont disséminés dans toute la France.

Mais les migrants sont peu nombreux à accepter ces solutions. “La plupart des migrants à qui nous avons parlés ne veulent pas quitter ce camp. Ils veulent rester ici, à Calais, et ils rejoignent la partie nord du camp”, explique Alexandra Renard. Sur les 800 à 1 000 migrants, selon le gouvernement – 3 450, selon les associations -, qui se trouvent dans la zone concernée par le démantèlement, seuls 50 ont accepté de monter dans les cars qui viennent, chaque matin, attendre à la sortie du camp les candidats au relogement.

Ils sont également peu nombreux à accepter d’emménager dans les containers-dortoirs, craignant d’être forcés à déposer une demande d’asile en France (des craintes non fondées – ils y sont encouragés mais non contraints). Malgré toutes les précautions prises par la Préfecture, le démantèlement du camp conforte les migrants dans leur objectif : quitter la France pour rejoindre l’Angleterre.

#Calais : suite démantèlement- plus rapide qu’hier- des dizaines de caravanes, cabanes et tentes de#étruites pic.twitter.com/aMj0dyuast

— ALEXANDRA RENARD (@ALEXF24) 1 mars 2016

Première publication : 01/03/2016