Archive for March 24th, 2016

39a4accc49.jpeg

Le Haut commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU veut établir une liste des entreprises qui font affaire avec les implantations israéliennes dans les Territoires palestiniens. Au grand dam de l’État hébreu.

C’est une liste qui affole le gouvernement israélien. Le Haut commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU (HCDH) a décidé d’établir une “base de données” des entreprises établies dans les colonies israéliennes des Territoires palestiniens.

Les noms des sociétés qui y apparaîtront ne sont pas encore définitivement arrêtés, mais selon les responsables des Nations unies, contactés par le Financial Times, il y en aura pour tous les goûts : BTP, finance, sécurité, services publics… Le HCDH a déjà identifié des établissements d’Israël et d’autres pays. La liste devrait être mise à jour tous les ans.

Cette initiative a été saluée par des responsables de l’Autorité palestinienne. “C’est un message d’espoir”, a déclaré Ibrahim Khreisheh, le représentant palestinien à l’ONU. Il avait d’autant plus de raisons de se réjouir que le conseil du Haut commissariat aux droits de l’Homme a adopté en même temps cinq résolutions visant à rappeler le droit des Palestiniens et condamnant la “colonisation illégale” des territoires par l’État hébreu.

Décision “absurde” pour Netanyahou

Reste que c’est l’idée d’une base de données qui a suscité une importante levée de bouclier politique en Israël, où les médias ont déjà commencé à parler de “liste noire“. Le Haut commissariat aux droits de l’Homme aurait “probablement besoin d’un traitement psychiatrique en urgence”, s’est agacé Emmanuel Nahshon, un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères. Il a qualifié cette décision “d’obsession maladive pour Israël alors qu’il continue à ignorer des régions où les droits de l’Homme sont violés comme en Syrie, en Libye, ou en Corée du Nord”.

Même son de cloche dans l’entourage du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. “Il est absurde de condamner Israël au lieu de s’occuper des attaques terroristes de l’EI [organisation État islamique] en Europe”, a fait savoir le cabinet du chef du gouvernement au quotidien libéral Jerusalem Post. Cette liste “fait du HCDH un complice du mouvement BDS [boycottage, désinvestissement et sanction]”, a pour sa part regretté Danny Dannon, l’ambassadeur d’Israël à l’ONU.

Cette campagne, vivement critiquée par les autorités israéliennes, est la réaction d’une partie de la société civile internationale opposée à la politique de Tel Aviv dans les Territoires palestiniens. Elle a débuté en 2005. Ses promoteurs entendent utiliser les mêmes armes – économiques (boycottage des produits conçus dans les colonies israéliennes), culturelles (annulation de concerts en Israël de U2, ou Massive Attack) – que lors de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud dans les années 1980.

Si Washington a toujours dénoncé ce mouvement, et s’est opposé à la décision d’établir une base de données d’entreprises liées aux implantations israéliennes en Territoires palestiniens, la position européenne est beaucoup plus alambiquée. Bruxelles condamne tout boycottage, mais a imposé, dans une règlementation de novembre 2015, l’obligation d’indiquer sur l’étiquetage si un produit israélien provient des territoires occupés.

Première publication : 25/03/2016

Lors de son audition par des enquêteurs en Belgique le 19 mars, Salah Abdeslam a minimisé son rôle dans les attentats du 13 novembre, déclarant qu’Abdelhamid Abaaoud, considéré comme l’instigateur des attaques, en était le “responsable”.

Interrogé par les enquêteurs belges, le suspect-clé des attentats de Paris, Salah Abdeslam, a désigné Abdelhamid Abaaoud, l’instigateur présumé des attaques du 13 novembre, comme étant le “responsable” des commandos. Les détails de son audition ont été révélés, vendredi 25 mars, par la chaîne BFM TV et le journal Le Monde, qui en ont obtenu des extraits.

“C’est Abaaoud. Je le sais via mon frère, Brahim. C’est lui qui m’a expliqué qu’Abaaoud était le responsable”, a affirmé Salah Abdeslam devant la police fédérale belge le 19 mars, au lendemain de son arrestation, précisant que “neuf personnes plus lui” ont directement participé aux attentats à Paris et Saint Denis.

>> Le renforcement de la sécurité en France est-il efficace ?

Lors de son audition, le détenu a assuré n’avoir rencontré Abdelhamid Abaaoud qu’une fois, dans la nuit du 11 au 12 novembre, alors même que, selon la presse belge, les deux hommes ont été condamnés pour des vols commis ensemble en 2011. Abdelhamid Abaaoud est mort le 18 novembre dans un assaut donné par les forces de sécurité contre un appartement de Saint-Denis.

“J’ai roulé au hasard, j’ai stationné la voiture j’ignore où”

Salah Abdeslam a en revanche reconnu avoir “loué des voitures et des hôtels à la demande” de son frère, qui s’est fait exploser le soir du 13 novembre devant le café Le Comptoir Voltaire. “Chaque fois que j’ai dû payer des choses pour préparer ces attentats, l’argent venait de Brahim [Abdeslam]”, a-t-il encore dit.

Il a également affirmé qu’il devait se rendre au Stade de France “pour [s]e faire exploser” aux côtés des trois autres kamikazes ce soir-là, mais qu’il a renoncé à actionner sa ceinture d’explosif. “J’ai renoncé lorsque j’ai stationné le véhicule. J’ai déposé mes trois passagers, puis j’ai redémarré. J’ai roulé au hasard, j’ai stationné la voiture j’ignore où”, a-t-il confié. Il aurait ensuite caché cette ceinture dans un “endroit discret”.

Selon les informations du Monde, Abid Aberkan, le cousin chez qui Abdeslam s’est réfugié à Molenbeek, rue des Quatre-Vents, et qui a été interpellé le 18 mars, a de son côté déclaré lors de son audition que Salah lui avait dit que sa ceinture “manquait de liquide [explosif]”.

Les Bakraoui ? “Connais pas”

Salah Abdeslam a par ailleurs été interrogé sur les frères Ibrahim et Khalid El Bakraoui, deux des kamikazes du double attentat du 22 mars à Bruxelles. “Je ne [les] connais pas”, a-t-il assuré sans hésiter. Khalid El Bakraoui est pourtant la personne qui a loué le dernier appartement où ont logé les terroristes des attentats de Paris. Il a également loué, sous un faux nom, l’endroit où était caché Abdeslam dans la commune de Forest, à Bruxelles, lors de la perquisition menée le 15 mars.

L’article du Monde se montre d’ailleurs critique envers les enquêteurs belges. Ces derniers n’auraient en effet pas mené un entretien “très poussé” du jeune Français, Salah Abdeslam ayant été interrogé durant deux heures au total sur des éléments concernant davantage les attentats du 13 novembre que les cellules terroristes actives en Belgique. “Cette audition, assez sommaire, truffée d’incohérences, montre que les enquêteurs ont peut-être raté une occasion d’obtenir des renseignements qui auraient pu permettre de déjouer les attentats du 22 mars à Bruxelles”, écrit la journaliste.

Avec Reuters

Première publication : 25/03/2016

64987d54a0.png

Les dérapages racistes sur Twitter de Tay, le “chatbot” de Microsoft, ont poussé le géant américain à interrompre l’expérience. Une débâcle qui en dit long sur Internet et la manière de programmer un tel robot conversationnel.

Le rétropédalage a été rapide et les médias du monde entier ont relayé cette débâcle de l’Intelligence artificielle. Microsoft a mis un terme “provisoire”, jeudi 24 mars, à l’existence de Tay, son agent conversationnel – ou “chatbot” – censé discuter de la pluie et du beau temps avec les utilisateurs de Twitter. Sauf que ces derniers ont réussi à le rendre raciste et nazi quelques heures seulement après sa “création”.


“Hitler n’a rien fait de mal”

Tay a, notamment, été pris en flagrant délit de négationnisme, et n’a pas hésité à mettre les attentats du 11 septembre 2001 sur le dos d’une conspiration juive. La plupart des énormités proférées par cet agent conversationnel sont en fait de simples reprises de phrases écrites par les internautes. En clair, l’utilisateur demande à Tay de répéter et le chatbot s’exécute. “Les agents conversationnels sont souvent conçus à la base pour pouvoir répéter car c’est un élément important du processus d’apprentissage”, explique Jean-Gabriel Ganascia, spécialiste de l’intelligence artificielle au laboratoire d’informatique de l’université de Paris VI.



Les conversations précèdent l’essence

Microsoft semble donc avoir été pris à un piège de débutant. Les parents de Tay “ont probablement pêché par excès d’optimisme”, soutient le scientifique français. Ils ont agi comme si les internautes n’étaient pas prompts à sauter sur la première occasion de tourner en ridicule un géant du Web. À la décharge de Microsoft, Tay “avait statistiquement peu de chance de tomber sur ce genre de déviance”.

Mais une fois cette IA prise dans le piège des racistes ou de ceux qui voulaient la transformer en nazillon virtuel, elle n’a eu que peu de chance d’échapper à son destin. La faute à la manière dont ces agents conversationnels sont conçus. “La personnalité des ces ‘chatbots’ est façonnée par leurs interactions, c’est sartrien !”, assure Jean-Gabriel Ganascia. Pour rappel, l’intellectuel français Jean-Paul Sartre assurait que “l’existence précède l’essence”, une manière de dire que ce sont nos choix et nos interactions qui nous définissent.


Paul : “Répète après moi”. Tay :”ok”.

Le champ lexical des chatbots du type de Tay s’enrichit au fil des discussions. “C’est comparable avec le processus d’acquisition du langage d’un enfant”, explique le scientifique français qui a déjà participé à la création de tels agents conversationnels. Si tous ces professeurs sont ou se font passer pour des racistes, il le deviendra à son tour.



Libre de devenir raciste ?

Pour éviter une telle dérive, Microsoft aurait dû “nourrir” Tay d’une liste de mots et de sujets interdits, avant de le lâcher dans la jungle de Twitter. Mettre en place une telle base de données pose un autre type de problème, d’après Jean-Gabriel Ganascia. “Cela signifie que le créateur de l’agent conversationnel s’arroge le droit a priori de décider de ce qui est moralement acceptable”, souligne cet expert.

Microsoft avait donc un choix cornélien à faire : se poser en censeur moral ou laisser à Tay la liberté de devenir raciste. Mais il y a aussi une troisième voie que le géant américain semble avoir choisie : laisser Tay faire des erreurs de jeunesse, puis lui apprendre les limites… ne serait-ce qu’en lui “apprenant” qu’il y a des propos illégaux. Le chatbot devrait en effet revenir plus tard “après quelques ajustements”.

Première publication : 25/03/2016