Archive for March 25th, 2016

L’histoire de Francine Neago, octogénaire qui disait s’occuper d’orangs-outans en Indonésie et dont la perte d’allocations vieillesse avait été très médiatisée en janvier 2016, est en réalité bidonnée, révèle le magazine Causette.

Une vieille dame, primatologue, privée d’aides par l’administration française et revenue d’Indonésie pour faire valoir ses droits… l’histoire était trop belle. Fin janvier, de nombreux médias français, dont France 24, ont relayé le récit des malheurs de Francine Neago, 86 ans. Cette octogénaire, vivant sur l’île indonésienne de Sumatra, avait raconté être forcée de vivre au Samu social d’Ivry-sur-Seine après avoir perdu le bénéfice de l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) parce qu’elle n’avait “pas résidé sur le territoire français au moins six mois” lors de l’année écoulée.

Présentée comme spécialiste des orangs-outans, elle affirmait devoir retourner au plus vite en Indonésie pour prendre soin des singes gérés par son association, Noah and his Ark. La situation précaire de cette vieille dame a conduit de nombreuses personnes à se mobiliser, récoltant même près de 30 000 euros, sans savoir qu’une bonne partie des dires de Francine Neago étaient approximatifs, voire complètement faux.

C’est le magazine Causette qui dévoile avec talent la supercherie. Vendredi 25 janvier, le mensuel féministe a publié sur son site une longue enquête à propos de cette “intoxication médiatique”. La journaliste Sarah Gandillot y raconte comment, alors qu’elle comptait écrire un portrait de la primatologue à paraître dans le numéro d’avril, elle a dû soumettre à vérification chacune des faits évoqués lors de l’interview préparatoire. Elle a alors découvert un certain nombre d’informations invérifiées et invérifiables.

“Aucune trace de son passage à l’Université”

Des onze livres que Francine Neago affirme avoir publié à propos des orangs-outans, Causette n’en a retrouvé qu’un. La dizaine d’années passées à enseigner à la prestigieuse université UCLA ? “Désolé, mais nous n’avons pu trouver aucune trace de son passage à l’UCLA en tant qu’enseignante…”, répond à Sarah Gandillot le responsable de la communication de l’établissement californien. Plusieurs primatologues ont été interrogés à propos des travaux de la vieille dame, aucun n’en avait entendu parler.

Quant aux animaux qu’elle souhaite rejoindre au plus vite, ils… n’existent pas. Le directeur de son association, Peter Lewis, assure que les 3 hectares de terres qu’il a achetés en Indonésie pour y établir le sanctuaire de Francine Neago sont encore vides.

Au terme de son travail d’investigation, Causette met en lumière à la fois les incohérences du récit de Francine Neago, les incohérences et dissimulations de ses soutiens, et un manque de rigueur des médias français dans la vérification de ces informations.

Première publication : 26/03/2016

Considérés comme les frères Lumière des Balkans, les frères Manaki ont photographié la Macédoine pendant la Première Guerre mondiale. Une exposition au Mémorial de Caen présente leurs clichés longtemps oubliés de soldats des deux camps.

Ils posent fièrement. La main sur une chaise, le fusil en joue, ou la cigarette à la main. Ils ont tous le même regard intense, rivé sur l’objectif. Cent ans après, les yeux dans les yeux, ces soldats semblent vouloir nous parler et nous adresser un message : “Ne nous oubliez pas”.

Pourtant, pendant des décennies, ces portraits sont restés, ignorés de tous, à des milliers de kilomètres de la France. Ces clichés de poilus datant de la Première Guerre mondiale sur le Front d’Orient n’ont été retrouvés qu’au début des années 2000 dans des archives en Macédoine. Ils sont présentés aujourd’hui pour la première fois en France, au Mémorial de Caen.

Ces visages de guerre ont été pris à l’époque par Janaki et Milton Manaki, deux frères nés à la fin du XIXe siècle, dans le nord-ouest de la Grèce. Après avoir acheté un appareil Kodak à Paris, ils ouvrent en 1905 un studio à Bitola (sud-ouest de la Macédoine, sous domination serbe à cette époque), alors appelé Monastir. Pionniers de la photographie, mais aussi du cinéma, ils saisissent sur plaques de verre, ou sur négatifs, la vie dans ce coin reculé aux confins de l’Europe et aux portes de l’Orient. “Ils sont surnommés les frères Lumière des Balkans. Ils étaient des photographes de studio au départ, mais ils ont aussi commencé à faire des documentaires photos quand des personnalités sont venues dans la région comme le sultan ottoman Mehmed V ou Alexandre Ier roi de Serbie. C’était en quelque sorte des écrivains visuels de cette période”, explique Robert Janculovski, directeur du Centre macédonien pour la photographie qui a retrouvé leurs photos à Bitola.

Quelques clichés des frères Janaki et Milton Manaki
  • © The States Archives of Macedonia department Bitola

    Bitola – alors appelée Monastir – sous domination serbe, fut prise au début de la Grande Guerre par les Bulgares avec l’aide de l’Allemagne, de l’Autriche-Hongrie et de l’Empire Ottoman. Les frères Manaki ont photographié des soldats allemands, comme ce groupe en 1916.

  • © The States Archives of Macedonia department Bitola

    Les Alliés finissent par reprendre la ville à l’automne 1916 après une bataille qui a eu lieu de septembre à novembre. Des soldats français et serbes ont alors posé fièrement autour de ce canon allemand, “Eva”.

  • © The States Archives of Macedonia department Bitola

    Après des semaines de combats, ce groupe de soldats français profitent aussi d’un peu de répit devant l’objectif des frères Manaki.

“L’aspect totalement multiculturel de ce conflit”

Lorsqu’éclate le conflit, Monastir, une ville multiethnique alors sous domination serbe passe entre les mains des Bulgares, alliés des Allemands et des Austro-hongrois. Le studio des frères Manaki est détruit, mais ils continuent pourtant leur travail. Pris entre deux fronts, ils tirent le portrait des différents belligérants. Ce sont d’abord des soldats de la Triple Alliance qui se font prendre en photo, puis en 1916 ce sont les poilus qui sont immortalisés après la prise de la cité par l’armée française. Grâce à ce travail empreint de neutralité, c’est la mémoire de tous les combattants qui nous a été transmise.”Cela montre l’aspect totalement multiculturel de ce conflit, raconte Laurence Auer, ambassadrice de France en Macédoine. On peut voir dans le même studio des soldats de deux armées ennemies avec la même pose sur le même objet. C’est très frappant”.

Depuis plus de deux ans, cette diplomate œuvre pour faire connaître la richesse des fonds Manaki, mais aussi pour rappeler l’histoire du Front d’Orient : “C’est un pan méconnu. On se souvient éventuellement de Gallipoli ou des jardiniers de Salonique, mais qui sait qu’en Macédoine, il y a eu 200 kilomètres de front, où ont péri 75 000 poilus français dont 25 % venaient des colonies ?”.

#1GM Qui sont les frères Manaki ? Ils sont nés en Grèce et s’initient à la photo dès 1898. pic.twitter.com/xfyaV2HZxE

— Stéphanie Trouillard (@Stbslam) 7 mars 2016

L’ouverture prochaine d’un Mémorial

Pour faire sortir de l’oubli cet épisode de la Grande Guerre, l’ambassadrice a lancé la construction d’un Mémorial à Bitola, au sein du cimetière qui compte plus de 6 000 tombes de soldats français. Ce mémorial, qui sera inauguré en juillet 2016, retracera le parcours de plusieurs poilus grâce à une collecte réalisée auprès de familles de descendants. Il comprendra notamment des objets personnels et mettra bien entendu à l’honneur de nombreux clichés des frères Manaki.

Un fonds qui n’a d’ailleurs pas révélé tous ses secrets. “Nous pensons qu’il y a encore dans les archives de Bitola tout autant et même plus que cette galerie de portraits. Nous espérons que c’est un fil que nous commençons tout juste à dérouler, explique Laurence Auer. Quand les familles voient sur les monuments aux morts ‘tué sur le front d’Orient’, souvent, elles ne comprennent pas à quoi cela correspond. Maintenant grâce au Mémorial, elles pourront savoir exactement où leur grand-père a tant souffert”.

Les frères Manaki ont aussi photographié la vie de la population durant la guerre comme cette famille affamée. pic.twitter.com/ZT0677ReRG

— Stéphanie Trouillard (@Stbslam) 7 mars 2016


Première publication : 26/03/2016