Des millionnaires iraniens accusés d’être à la tête d’un empire de la corruption pétrolière à Monaco

Des millionnaires iraniens accusés d’être à la tête d’un empire de la corruption pétrolière à Monaco
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Des dizaines de milliers d’emails de la société monégasque Unaoil ont pu être consultés par le quotidien australien The Age et le site Huffington Post. Ils révèlent à quel point le secteur pétrolier est gangréné par la corruption.

Tout a commencé par une annonce dans Le Figaro en juillet 2015. Neuf mois plus tard, jeudi 31 mars, le FBI, ainsi que les autorités britanniques et australiennes ont décidé de lancer une enquête sur ce qui pourrait être l’un des plus importants scandales de corruption de ces dernières années. Au centre de cette affaire, révélée par le Huffington Post et le quotidien australien The Age : une petite société monégasque, Unaoil, accusée d’être une pieuvre capable de corrompre à tour de bras et sur tous les continents pour le compte de prestigieux clients liés au secteur pétrolier.

Bien sûr, Unaoil ne se présente pas comme une arme de corruption massive et une partie de ces clients pense avoir affaire à un facilitateur ou à un lobbyiste, assure The Age. Mais d’après les emails consultés, certains savent parfaitement que cette société est prête à verser le dessous de table qu’il faut pour arriver à ses fins.

Sur son site Internet, l’entreprise se décrit comme un intermédiaire qui “minimise les obstacles locaux” pour les grands groupes internationaux. Contacté par France 24, un porte-parole d’Unaoil “conteste toutes les accusations” des deux médias.

Lobbyiste ou corrupteur ?

Le scandale menace pourtant d’éclabousser des géants comme l’Américain Haliburton, le Sud-Coréen Samsung ou encore le Britannique Rolls-Royce. Et pour entrer en contact avec leur source, l’été dernier, les journalistes de The Age ont dû faire paraître un message codé dans la rubrique “Immobilier” du Figaro comportant le mot “Monte Christo”.

En échange, ils ont eu accès à des dizaines de milliers d’emails internes à Unaoil couvrant une période de 2002 à 2012. Ces documents révèlent, assurent le Huffington Post et The Age, à quel point le secteur pétrolier est gangréné par la corruption.

En Irak, par exemple, Unaoil aurait payé au moins 20 millions de dollars à un intermédiaire pour qu’il tente d’”influencer” des figures aussi importantes du paysage politique que l’ancien vice-Premier ministre Hussein al-Chahristani ou l’ex-ministre du Pétrole Kareem Luaibi. En Azerbaïdjan, le spécialiste américain de l’ingénierie KBR (alors filiale du géant de l’énergie Haliburton) aurait payé la société monégasque des millions de dollars pour obtenir des informations susceptibles de l’aider à décrocher des contrats publics.

1 jour de vacance = 1 million de dollars de pot de vin

La société Unaoil est une entreprise familiale fondée en 1991 par le millionnaire iranien Ata Ahsani. Ses deux fils, Cyrus et Saman, gèrent les activités au quotidien, tandis que le patriarche surveille son petit empire en tant que président. La famille est introduite dans les cercles qui comptent à Monaco – l’un des fils est trésorier du Club des ambassadeurs du Rocher – et entretient de bons rapports avec les responsables de la plupart des pays pétroliers, grâce à l’organisation de coûteuses soirées caritatives.

Les emails consultés par The Age permettent de mieux comprendre le modèle économique d’Unaoil, explique le quotidien. Les grands groupes internationaux mandatent cette société pour les représenter lors des négociations de contrats énergétiques dans des marchés dits sensibles. Et si le client remporte le marché, Unaoil récolte une commission au passage.

Bien sûr il n’est jamais fait référence explicitement, dans les échanges électroniques, à des activités illégales. Mais les responsables d’Unaoil et leurs correspondants utilisent un langage codé assez simple à déchiffrer pour le Huffington Post et The Age. Par exemple, le mot “holiday” (vacances) signifierait ainsi “pots-de-vin”. Et “un jour de vacance” équivaudrait à 1 million de dollars. Les différentes cibles d’Unaoil ont souvent droit à des surnoms : le “professeur” désigne l’ex-vice Premier ministre irakien Hussein al-Chahristani. La “maison des spaghettis”, quant à elle, représente le géant pétrolier italien Eni, impliqué dans une affaire au Kazakhstan où Unaoil aurait tenté de favoriser l’américain KBR.

Depuis mercredi 30 mars, les deux médias ont révélé le contenu des emails concernant les activités controversés d’Unaoil sur le continent africain et en Europe de l’Est. Dans les jours à venir, ce feuilleton de révélations devrait s’enrichir d’au moins un nouveau chapitre, concernant l’Asie.

Première publication : 31/03/2016

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