Le Sidaction lance sa campagne annuelle d’appel aux dons

Le Sidaction lance sa campagne annuelle d’appel aux dons

Pour lutter contre le sida, il est plus que jamais nécessaire de faire de la prévention, notamment auprès des jeunes, explique Florence Thune, directrice des programmes France du Sidaction, qui lance vendredi sa campagne annuelle de dons.

Vendredi 1er avril, Sidaction a donné le coup d’envoi de sa campagne annuelle d’appel aux dons, destinés à financer la recherche et la prévention contre le sida. Aujourd’hui, en France, 11 % des nouvelles découvertes de séropositivité concernent les jeunes de 15-24 ans, un chiffre en augmentation de 24 % depuis 2007, notamment pour les jeunes homosexuels chez qui le nombre de découvertes de séropositivité a plus que doublé depuis 2003.

Une population auprès de laquelle l’association compte bien augmenter ses efforts de prévention, à l’heure où, comme le révèle un sondage Ifop commandé par Sidaction, les jeunes, moins bien informés, adoptent davantage de pratiques à risques. Le point avec Florence Thune, directrice des programmes France au Sidaction.

En France, combien de personnes vivent aujourd’hui avec le VIH ou le sida, et où en est-on de la transmission de cette maladie ?

Florence Thune : On estime que 150 000 personnes vivent aujourd’hui avec le VIH (virus de l’immunodéficience humaine) dans notre pays. Or, seules 120 000 d’entre elles se savent contaminées. C’est un enjeu important : il y a entre 20 000 et 30 000 personnes qui ne sont pas dépistées, qui ne sont donc pas soignées et peuvent transmettre le virus.

En 2014, 6 600 personnes ont découvert leur séropositivité en France. Dans la tranche des 15-24 ans, l’augmentation de contamination est de 24 % depuis 2007.

Quelles sont les populations les plus touchées ?

Sur les 6 600 nouveaux infectés en 2014, on dénombrait 42 % d’homosexuels, et un nombre important de personnes originaires d’Afrique subsaharienne. Certains ont été contaminés en France, d’autres dans leur pays d’origine. Il faut rester très vigilant, notamment auprès des jeunes, et notamment des jeunes gays qui sont particulièrement touchés.

Le sondage que nous avons commandé à l’Ifop sur la perception du sida et sa prévention montre que 9 % des 18-25 ans se sont exposés fréquemment à un risque de contamination au cours des 12 derniers mois. C’est trop !

Ce sondage montre une détérioration du niveau d’information sur la maladie, comment peut-on l’expliquer ?

Cette détérioration est frappante. Par exemple, les jeunes interrogés sont capables d’identifier la voie sexuelle ou sanguine comme sources de contamination, mais d’après ce sondage Ifop, 20 % pensent qu’un simple baiser peut transmettre le sida … 17 % estiment également que la prise d’une pilule contraceptive d’urgence empêche la transmission du virus !

À cela, plusieurs raisons. D’abord le déficit de campagnes d’information et de prévention de manière générale, dans les lycées ou les médias. Pourtant l’Éducation nationale a des directives précises mais de fait, elles ne sont pas toujours appliquées. Les associations qui interviennent dans les lycées ont parfois des problèmes de financement et interviennent moins. Or, pour être efficaces, il faut que les messages émanent d’autres sources que les profs. Par ailleurs, les jeunes trouvent de tout sur Internet : des masses d’informations, mais aussi beaucoup d’informations fausses, de rumeurs, qu’ils peuvent prendre pour argent comptant.

Les jeunes se protègent-ils moins parce qu’ils sont mal informés ?

Cela y participe mais il y a aussi d’autres raisons. Aujourd’hui, les personnes atteintes sont moins visibles. Fort heureusement, elles vivent beaucoup mieux que dans les années 1980 : grâce aux progrès des traitements, l’immense majorité vit normalement et les signes de la maladie sont invisibles. Du coup elle fait moins beaucoup peur qu’avant, lorsque l’épidémie faisait des ravages.

Le sida est perçu par les jeunes comme un problème d’une autre génération, ils sont moins sensibles aux risques encourus, et cela est notamment frappant chez les jeunes gays. Par ailleurs, ceux qui sont contaminés ne souhaitent pas témoigner. Comme ils vont bien, ils parviennent à mener une vie normale et craignent d’être stigmatisés s’ils s’exposent.

Que peut-on faire pour sensibiliser les jeunes et faire en sorte qu’ils se protègent davantage ?

Il faut mettre l’accent sur la prévention dans les lycées, avec des programmes qui abordent le VIH mais aussi toutes les autres infections sexuellement transmissibles, comme par exemple la syphilis, pour laquelle on observe une augmentation des contaminations.

Les campagnes qui ciblent les jeunes doivent également être intensifiées et diversifiées, via Internet et les réseaux sociaux. Celle que nous avons réalisée pour toucher les jeunes avec le Youtuber Jimmyfaitlcon en 2015 a ainsi fait plus de 1,5 millions de vues.

Il serait également intéressant de faire davantage témoigner des jeunes contaminés, mais c’est difficile… La difficulté est de montrer que l’on peut aujourd’hui vivre normalement avec le sida sans tomber dans la banalisation, car cela reste une maladie dont on peut mourir, malgré les énormes progrès dans les traitements.

Première publication : 01/04/2016

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