Archive for April 7th, 2016

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Drones, voitures connectées, solutions innovantes pour smartphone : la scène technologique chinoise n’a pas grand chose à envier à la Silicon Valley. Elle est pourtant très peu connue, en dépit de son expansion.

EHang n’existe que depuis deux ans et commence à peine à mettre ses drones “professionnels pour le grand public” sur le marché mondial. Pourtant cette start-up chinoise vaut déjà plusieurs centaines de millions de dollars grâce à l’argent levé auprès d’investisseurs privés.

“En Chine, c’est le meilleur moment pour créer une start-up”, s’enthousiasme Derrick Xiong, fondateur d’EHang. En compagnie d’autres représentants de jeunes et moins jeunes pousses chinoises, à China Connect, un salon pour présenter l’écosystème internet de la première puissance asiatique qui s’est déroulé mercredi 6 avril et jeudi 7 avril à Paris.

Bruno Bensaid de Shanghaivest

Pékin, la plus grande concentration de start-up au monde

À l’exception d’Alibaba, Weibo ou encore Tencent, la planète tech chinoise est méconnue en Occident. Elle n’a pourtant pas grand chose à envier à la Silicon Valley américaine en termes de foisonnement d’idées et d’innovations.

“La prochaine révolution techno viendra de Chine”, assure Bruno Bensaid, fondateur de Shanghaivest, qui a vu l’émergence de la galaxie tech chinoise il y a près de 20 ans quand “l’essentiel de l’activité consistait à vendre des sonneries pour téléphone portable”. Pékin abrite aujourd’hui la plus importante concentration de start-up au monde, en plus d’une ‘“dizaine d’autres centres technologiques importants à travers le pays comme Shanghaï ou Hanghzou [la ville où Alibaba a été fondée, NDLR]”, précise Jacky Abitbol, partenaire au sein de Cathay Innovation, un fonds d’innovation franco-chinois.

En Chine, “une dizaine de start-up se créent toutes les semaines”, assure Derrick Xiong. Cette armée de jeunes pousses a quelques priorités qui en disent long sur le mode de vie chinois. “La génération qui a grandi avec l’explosion de l’internet sur smartphone arrive en âge de fonder leurs entreprises et ces jeunes cherchent à trouver des solutions qui permettent de tout gérer depuis son smartphone, pour organiser les cours d’anglais de leurs enfants, ou réserver un taxi”, raconte Derrick Xiong, qui a 27 ans.

Corne d’abondance financière

Les problèmes de transports et de mobilité dans les grandes villes surpeuplées cristallisent aussi l’intérêt de ces entrepreneurs du Net. C’est pourquoi “l’entreprise américaine Segway [créateur du premier gyropode, une roue mobile dotée d’un guidon, NDLR] a été rachetée l’an dernier par des Chinois et que Pékin est à la pointe de la recherche en matière de voiture autonome”, souligne Jacky Abitbol.

Cette frénésie tech “made in China” se nourrit d’une corne d’abondance financière. “Des entreprises qui ont moins d’un an d’existence peuvent facilement lever entre 5 et 20 millions de dollars”, assure Derrick Xiong, qui refuse de divulguer combien sa société de fabrication et vente de drones a récolté en deux ans. “Si les levées d’argent se sont calmées ces derniers temps aux États-Unis, ce n’est pas le cas en Chine”, confirme Jacky Abitbol.

Les investisseurs n’hésitent pas à sortir le carnet de chèque car ils savent qu’il y a 700 millions d’internautes à satisfaire et que la croissance chinoise – même si elle ralentit – va permettre à des centaines de millions d’autres Chinois de sortir de la pauvreté et de goûter à leur tour aux joies de l’Internet. Mais il n’y a pas qu’un marché interne immense. Pour les Chinois, la pierre n’est plus une affaire qui roule et ils préfèrent les pixels. “Les opportunités de faire de l’argent dans l’immobilier sont beaucoup plus rares et les petits épargnants tentent depuis deux ans leur chance dans les start-up”, remarque Bruno Bensaid.

“Mr Tout le monde investit dans la start-up du neveu ou du fiston”

Ces nouveaux investisseurs ne connaissent généralement pas grand chose à la voiture autonome ou aux drones pour tous mais le gouvernement les incite à soutenir ce secteur. “Il faut bien se rendre compte que les Chinois sont parmi les gens qui aiment le plus prendre de risques et s’il y a 5 % de chances de se faire de l’argent ils vont y aller”, explique le fondateur de Shanghainvest. Selon lui, il n’est pas rare de voir “Mr Tout le monde investir dans la start-up du neveu ou du fiston”. Un contexte de ruée vers l’or numérique chinois qui “produit inévitablement son lot de produits voués à l’échec, mais aussi de vrais innovations”, résume ce spécialiste de la zone.

La nouvelle économie chinoise peut aussi s’appuyer sur la vielle garde des usines et de la main d’œuvre à bas prix. “Aux États-Unis, les sociétés dépendent encore souvent des usines de l’autre côté du Pacifique pour fabriquer leurs produits, alors que les start-up chinoises ont tout à portée de main et peuvent donc sortir leurs produits plus rapidement”, conclut Bruno Bensaid.

Bulle, y es-tu ?

Des investisseurs qui n’y connaissent pas grand chose, des start-up qui se créent du jour au lendemain : il flotte en Chine un air de “bulle Internet” comme au début des années 2000 aux États-Unis. La “Sino Valley” dispose donc des avantages nécessaires pour faire de l’ombre à la sacro-sainte Silicon Valley à condition de ne pas se noyer sous l’argent qui coule (trop ?) à flot.

“Il y a toujours un risque de bulle”, reconnaît Jacky Abitbol qui pense cependant que le marché chinois est plus sain que son équivalent américain à la fin du siècle dernier. “Les entreprises qui se lancent ont de vrais modèles économiques, ce qui n’a rien à voir avec toutes les start-up américaines qui ont été introduites en Bourse aux États-Unis sans savoir comment elles allaient gagner de l’argent”, assure-t-il.

Un autre facteur pourrait entraîner un brusque arrêt des investissements : le ralentissement de la croissance chinoise. Tous ces petits épargnants qui injectent leur argent dans la Sino Valley ne sont pas à l’abri d’un retournement de conjoncture. Ils voudront peut-être alors mettre à l’abri les fonds qu’ils sont prêts à avancer quand le ciel économique est au beau fixe.

Première publication : 08/04/2016

Le ministre de l’Économie a lancé mercredi son mouvement politique, “En Marche”. S’il assure ne pas viser 2017 et vouloir seulement participer au débat d’idées, les observateurs y voient une volonté de davantage peser sur la scène politique.

C’est en terre conquise, dans sa ville natale d’Amiens, qu’Emmanuel Macrona lancé mercredi 6 avril “En Marche”, son “mouvement politique nouveau”, “ni à droite, ni à gauche”. À l’en croire, il ne s’agit pas d’un tremplin pour l’élection présidentielle de 2017 mais plutôt d’un laboratoire d’idées grâce auquel il compte remédier à la sclérose politique et économique française. Les observateurs s’accordent toutefois à considérer qu’il s’agit également d’une opération stratégique.

Car le ministre de l’Économie a des arguments à faire valoir. S’il cristallise une partie du mécontentement des électeurs socialistes en cette fin de quinquennat de François Hollande, il aurait de bonnes chances à une hypothétique primaire de la gauche (il est le favori de l’ensemble des sondés, qui considèrent à 46 % qu’il ferait un bon candidat, selon un sondage Elabe).

Arrivé à Bercy fin août 2014, l’énarque de 38 ans voit tranquillement arriver la fin de sa deuxième année d’exercice du pouvoir, sans être inquiété ni par l’impopularité de ses positions économiques au sein de la gauche, ni par l’impopularité tout court de François Hollande. Il bénéficie au contraire d’une cote de confiance confortable, 43 % des Français lui accordant leur confiance en tant que Ministre de l’Économie, selon une étude de l’institut de sondages Harris Interactive.

“Peser”

Depuis le lancement d’ “En Marche”, Emmanuel Macron et ses proches répètent le même message : le ministre de l’Économie veut permettre l’émergence d’idées nouvelles par le débat. Pour cela, il entend rassembler autour de valeurs progressistes telles que les libertés “économique, sociale, politique” tous ceux qui “ne se retrouvent plus dans les partis traditionnels”, explique le député (PS) Richard Ferrand, un proche du ministre. Objectif : “peser auprès de ceux qui seront placés aux manettes par le suffrage universel, quel que soit leur bord politique”, conclut le député.

À en juger par ses nombreuses sorties médiatiques qui lui ont déjà valu de se faire rabrouer par les caciques du PS, Emmanuel Macron semble effectivement désireux d’imposer un renouvellement du débat, au moins économique. Mais “En Marche” répond surtout à une nécessité : même sans être candidat en 2017, Emmanuel Macron veut s’ancrer davantage dans la vie politique française, lui qui ne détient aucun mandat électif. “Il y a pris goût, depuis deux ans”, confie-t-on dans son entourage.

À voir sur France 24 : “Macron a fait le constat que le PS était une machine dans laquelle il serait laminé”

“Il a toujours joué la carte ‘un pied dedans, un pied dehors’, analyse Arnaud Mercier, professeur de communication politique à l’Institut français de presse. Mais là il se lance dans une perspective de compétition électorale.”

Tout en en investissant l’arène, Emmanuel Macron cherche à garder une image distincte de celle des autres combattants. Le nom choisi pour son mouvement, “En Marche”, est par exemple dénué de références politiques et n’annonce aucune orientation spécifique. Ce qu’il confirme en affirmant vouloir bâtir une dynamique apolitique, basée sur l’adhésion à des valeurs libérales économiquement et progressistes socialement.

Rivalité

Enfin et surtout, Emmanuel Macron occupe ainsi l’espace médiatique au détriment d’autres personnalités politiques. Pour Jean-Daniel Levy, directeur du département Politique et opinion d’Harris Interactive, si “Macron n’est pas encore un candidat tout à fait légitime à la présidentielle, […] il sort du bois à une semaine d’une prise de parole publique de François Hollande (sur France 2, le 14 avril). Comme pour être présent dans les esprits et les médias à un moment où le Président de la République aurait dû monopoliser l’espace.” Il ne s’agit pas de rivalité mais simplement d’une volonté d’exister au côté de son mentor, explique le politologue.

La rivalité concerne plutôt le Premier ministre Manuel Valls, même si les proches de l’ex-banquier s’en défendent. Pour Arnaud Mercier, il est “très clair que ce mouvement est sa façon, pour l’après Hollande et avec un PS dans un état de décomposition avancée, de se positionner comme une alternative à Valls, dont la posture est simple : rester fidèle à François Hollande jusqu’au bout et rafler la mise s’il ne se représente pas en 2017. La stratégie de Macron vise donc avant tout à gêner Valls.”

L’antagonisme entre les deux hommes n’est pas nouveau. Les petites piques fusent régulièrement par médias interposés. “Dans la vie politique, il faut mettre de côté un certain narcissisme, un certain égocentrisme, pour se consacrer essentiellement à l’intérêt général”, lançait par exemple le Premier ministre à son adversaire non-déclaré lors des vœux à la presse, fin janvier, rapporte Marianne. Il y a fort à parier que le lancement d’un mouvement estampillé Emmanuel Macron risque de ne pas plaire à l’ancien maire d’Évry.

Première publication : 08/04/2016

Dans un jugement rendu en décembre 2015, le conseil de prud’hommes de Paris a estimé que traiter un coiffeur de “pédé” n’avait rien d’homophobe. Les associations de défense des droits homosexuels montent au créneau.

Le terme “pédé” n’est pas homophobe quand on est coiffeur, si l’on en croit le conseil de prud’hommes de Paris. L’instance a en effet considéré dans son jugement de décembre 2015, rendu public vendredi 8 avril par France Info et Metronews, que le mot “pédé” adressé à un coiffeur n’était pas discriminatoire, dans la mesure où “il est reconnu que les salons de coiffure emploient régulièrement des personnes homosexuelles“. Depuis, l’affaire fait grand bruit.

Les faits remontent à octobre 2014. Un jeune homme employé en période d’essai dans un salon de coiffure parisien prévient qu’il ne viendra pas travailler car il est souffrant. Sa supérieure lui renvoie, par mégarde, un SMS qui ne lui était pas adressé. “Je ne le garde pas. Je ne le sens pas ce mec. C’est un PD (sic), ils font tous des coups de pute.” Le lendemain, lorsque le jeune homme se présente sur son lieu de travail, ses responsables lui signifent la rupture de sa période d’essai.

“L’employeur n’a pas fait preuve de discrimination”

S’estimant victime de discrimination liée à son orientation sexuelle et très affecté psychologiquement, l’employé se saisit en juillet dernier des conseils prud’hommaux, soutenu par le Défenseur des droits, qui estimait qu’il y avait bien eu discrimination.

Le salon de coiffure fait valoir de son côté que l’employé “travaillait lentement”, avait des “difficultés d’intégration” et “qu’il refusait d’exécuter certaines tâches, mais prétendait accéder rapidement à un poste de manager”. Tout en reconnaissant “le caractère et la teneur inappropriés du SMS”, l’employeur estimait que le terme de “pédé” “n’est qu’un simple abus de langage, que ce terme est entré dans le langage courant et qu’il n’a aucun sens péjoratif ou homophobe dans l’esprit de la manager”.

Lors de son jugement, le conseil des prud’hommes de Paris ne retient alors que le caractère abusif du licenciement, mais juge qu’il n’y a pas de caractère homophobe, avec un argument très contesté. Le conseil considère en effet que “l’employeur n’a pas fait preuve de discrimination (…) mais que ce sont des propos injurieux qui ont été prononcés”. Il accorde alors à l’employé 5 000 euros au titre du préjudice moral.

“Des stéréotypes et des préjugés” dans une décision de justice

Les messages indignés ne se sont pas fait attendre sur les réseaux sociaux. Le jugement, présenté aux associations LGBT par le Défenseur des droits jeudi, a été immédiatement relayé sur Twitter et Facebook par ces dernières, scandalisées.

Interviewée sur RTL, la ministre du Travail Myriam El Khomri a, en outre, estimé vendredi 8 avril “profondément scandaleux” et “choquant” cet arrêt des prud’hommes, tout en précisant ne pas en connaître les détails. “J’imagine que cette personne va faire appel” de cette décision, a-t-elle ajouté.

“Le jeune homme a fait appel et le Défenseur des droits reprendra une décision d’observation devant la cour d’appel en n’oubliant pas de faire des commentaires sur le libellé du jugement”, a réagi auprès de l’AFP Slimane Laoufi, chef du pole Emploi privé au Défenseur des droits. “Écrire ça dans un jugement, c’est quand même assez fort”, a poursuivi le responsable. “Je ne comprends pas comment dans une décision de justice, on puisse en référer a des stéréotypes et des préjugés.”

Avec AFP et Reuters

Première publication : 08/04/2016