Archive for April 13th, 2016

Miné, à un peu plus d’un an de la présidentielle, par une impopularité sans précédent, le chef de l’État François Hollande a tenté de défendre son bilan jeudi soir sur France 2, affirmant que la France “va mieux” depuis qu’il est au pouvoir.

Première étape d’une opération médiatique de reconquête. Le président François Hollande jouait gros dans l’émission “Dialogues citoyens”, diffusée en direct jeudi 14 avril dans la soirée, sur France 2.

Un président sur la défensive

On le dit dos au mur à un peu plus d’un an de la présidentielle de 2017, rejeté par les Français, défié au sein de son propre camp et dans l’incapacité d’inverser la courbe du chômage. Pas plus que sa cote de popularité, qui lui est invariablement défavorable. Poussé dans ses retranchements, il a tenté en fin tacticien de défendre son bilan tantôt sur l’économie, l’emploi et la jeunesse, et maintenant son cap.

Le chef de l’État a notamment annoncé qu’il poursuivrait jusqu’au bout de son quinquennat les réformes. “Je réformerai tous les jours de mon mandat, je l’ai fait depuis le premier jour, je le ferai jusqu’au dernier.” Et d’indiquer au passage que la Loi Travail, fortement contestée, “ne sera pas retirée”.

“Mon cap a été de moderniser le pays en protégeant son modèle social”, a-t-il déclaré dès le début de l’émission. Il a d’ailleurs estimé jeudi que la situation économique de la France était meilleure que lors de son élection en 2012. “Oui, ça va mieux : il y a plus de croissance, moins de déficit, moins d’impôts, plus de compétitivité, plus de marges pour les entreprises, plus de pouvoir d’achat pour les salariés”, a-t-il déclaré sur la chaîne publique. Et d’ajouter : “Ce n’est pas à moi de délivrer des brevets de satisfaction ou des mea culpa. J’ai affronté durant ce quinquennat des épreuves terribles”, rappelant les risques d’éclatement de la zone euro et le terrorisme.

“La jeunesse n’est jamais satisfaite, et c’est normal”

Sur les jeunes, François Hollande a affirmé qu’il trouve “légitime que la jeunesse par rapport au monde tel qu’il est, par rapport à la politique qu’elle est, veuille s’exprimer, prendre la parole. Je ne vais pas me plaindre qu’il y ait une partie de la jeunesse qui veuille inventer le monde de demain. La jeunesse n’est jamais satisfaite, et c’est normal.”

Quant à l’hyeractivité de son ministre de l’Économie Emmanuel Macron, qui a récemment lancé son propre mouvement politique, le président a implicitement recadré son ancien conseiller. “Emmanuel Macron est dans l’équipe et sous mon autorité.” C’est “une question de loyauté personnelle et politique”, a-t-il ajouté, refusant de se prononcer sur l’éventualité d’une candidature de son ministre en 2017. Concernant sa propre candidature, il a affirmé qu’il prendrait sa décision à la fin de l’année, la liant toujours à la question de l’inversion de la courbe du chômage.

Sur la Syrie, “la France a eu raison depuis 2012”

François Hollande a par ailleurs justifié d’avoir “renoncé” à l’élargissement de la déchéance de nationalité par le “besoin d’une réponse symbolique et forte” après les attentats du 13 novembre, attribuant l’échec de la réforme à des “calculs politiques qui s’en sont mêlés”.

Sur le dossier syrien, le président s’est borné à défendre la position de la France. “Vous pensez que soutenir le régime et écraser l’opposition est la solution ? Non. Ce que nous faisons avec la Russie, c’est de chercher une solution politique, sans que Bachar al-Assad soit une solution à la fin. Nous devons avoir une négociation. Vous ne pouvez pas douter de ce qu’a été la position de la France. La France a soutenu l’opposition syrienne, la France a voulu intervenir […] C’est la France qui a eu raison depuis 2012”.

“Rien à attendre de ce type d’émission”

François Hollande a ensuite échangé dans un jeu de questions-réponses avec quatre citoyens, une chef de PME, la mère d’un jihadiste français décédé en Syrie, un électeur du Front national (FN), et un étudiant-blogueur qui participe au mouvement “Nuit Debout”.

S’il est trop tôt pour évaluer les bénéfices politiques tirés de cette sortie médiatique, le chef de l’État était attendu au tournant, alors que ce rendez-vous cathodique était devenu le centre de gravité de la politique française depuis 48 heures. Il se murmure que François Hollande a méticuleusement préparé cette émission, lors de plusieurs réunions avec ses conseillers, avant de se présenter devant les téléspectateurs français.

D’aucuns s’interrogent sur l’efficacité d’un tel exercice. “Le but est de montrer que le chef de l’État est encore en capacité de dialoguer et de gérer une certaine proximité avec les Français, souligne Olivier Rouquan politologue et enseignant-chercheur en science politique, contacté par France 24. Toujours est-il qu’il n’y a rien à attendre de ce type d’émission, qui chemin faisant, lasse de plus en plus les Français”.

L’offensive médiatique désespérée orchestrée par l’Élysée ne s’arrête pas ce soir. En effet, outre de l’émission de France 2, le président va multiplier les prises de parole dans les prochaines semaines. Selon le quotidien Le Monde, “une intervention sur une radio est déjà dans les tuyaux, comme une conférence de presse, ainsi que de nouvelles visites de terrain”.

Une sorte d’échauffement, avant d’entrer de plain-pied dans la campagne de 2017 qui se rapproche à grands pas et qui s’annonce extrêmement ardue pour François Hollande.

Première publication : 14/04/2016

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Un premier essai clinique en Égypte a permis de prouver l’efficacité d’un traitement contre l’hépatite C à moins de 300 dollars, alors qu’il coûte entre 40 000 et 100 000 dollars dans les pays développés.

Un peu moins de 300 dollars : c’est le prix fou d’un traitement contre l’hépatite C, qui est en train d’être testé avec succès en Égypte, a annoncé mercredi 13 avril le DNDi (Drug For Neglected Diseases), un organisme spécialisé dans le développement de médicaments à faible coût. Fou car, en France, le prix de ce médicament commercialisé par Gilead sous le nom Sovaldi s’élève à 41 000 euros. Aux États-Unis, traiter cette maladie revient à 80 000, voire 100 000 dollars.

“Les tarifs pratiqués par les laboratoires pharmaceutiques n’ont rien à voir avec le coût de production des médicaments”, assure Bernard Pécoul, directeur exécutif de DNDi, contacté par France 24. Encore fallait-il trouver un pays où le brevet sur le Sovaldi ne s’applique pas pour tester un traitement à un prix accessible au commun des mortels dans les pays en voie de développement.

Taux de guérison de 100 %

L’Égypte s’est révélé être le candidat idéal. Le Caire refuse de reconnaître ledit brevet et évoque une situation d’urgence de santé publique : avec 12 % de sa population atteinte d’hépatite C, c’est le pays le plus touché au monde. “Le gouvernement a invité les laboratoires pharmaceutiques à trouver des alternatives à des prix accessibles et nous y avons vu une opportunité”, souligne Bernard Pécoul. Le DNDi s’est associé à un laboratoire local, Pharco, pour produire des génériques du Sovaldi. Ils sont constitués de deux molécules : le sofosbuvir, breveté par Gilead, et le ravidasvir, pour lequel le DNDi a obtenu l’accord d’utilisation auprès de la société californienne Presidio. Les 300 premiers patients égyptiens traités grâce à ce mélange ont tous été guéris. Le gouvernement espère administrer ce traitement à un million de malades égyptiens pour un prix qui défie toute concurrence.

L’Égypte pourrait ainsi devenir le foyer d’une nouvelle révolution médicale susceptible d’alléger le fardeau et surtout la facture des quelque 130 à 150 millions d’individus qui sont porteurs chroniques de l’hépatite C dans le monde, d’après l’Organisation mondiale de la Santé.

Le défi des économies intermédiaires

Mais il reste deux obstacles à surmonter avant de fournir un traitement universel accessible à tous. L’hépatite C qui sévit en Égypte n’est qu’une des formes connues de cette maladie : il s’agit du génotype 4. Il faut encore s’assurer de l’efficacité de l’association de molécule mise au point en Égypte pour les cinq autres génotypes qui existent dans le monde. Pour ce faire, la DNDi s’est associée avec les gouvernements de Malaisie et de Thaïlande pour mener de nouveaux tests cliniques afin de s’assurer de l’efficacité de ce nouveau traitement dans tous les cas d’hépatite C. Bernard Pecoul est confiant car “nous disposons déjà d’un nombre important d’informations qui suggèrent que ce médicament va donner de bons résultats”.

Reste à savoir où ce traitement pourra être administré sans susciter une levée de boucliers de l’industrie pharmaceutique. “Il y a trois cas de figure”, explique Bernard Pecoul. Le premier couvre grossièrement le continent africain où le brevet sur le sofosbuvir ne s’applique pas, permettant à n’importe quel laboratoire de s’approprier ce traitement à 300 dollars. Le deuxième concerne les économies intermédiaires d’Asie et d’Amérique latine. “C’est le cœur du problème car ces pays – où se trouvent environ 75 % des personnes infectées par l’hépatite C – sont généralement liés par le brevet qui rend le traitement largement inaccessible aux malades”, reconnaît Bernard Pecoul. Ces États ont trois possibilités pour contourner l’obstacle : renégocier avec Gilead le prix du médicament, ignorer purement et simplement le brevet ou invoquer l’urgence de santé publique en espérant obtenir gain de cause afin de produire des génériques sans l’accord du laboratoire pharmaceutique.

Mais pour venir réellement à bout de l’hépatite C, il faudrait aussi que ce traitement puisse être distribué dans les pays développés… ce qui est encore plus difficile à envisager. “En raison du coût très élevé du Sovaldi, ce médicament n’est administré qu’à des stades avancés de la maladie”, rappelle Bernard Pécoul. Le virus, malheureusement, n’attend pas ce stade avancé pour se propager.

Première publication : 14/04/2016

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Une étude a permis d’isoler 13 adultes sains bien qu’ils aient porté une mutation génétique responsable de maladies héréditaires mortelles dans l’enfance. Ces veinards génétiques pourraient ouvrir des portes thérapeutiques… si on les retrouve.

Ces treize-là ne connaissent pas leur chance. Littéralement. Ils ont, sans le savoir, gagné au loto génétique : aucun d’eux n’aurait dû atteindre l’âge adulte et pourtant ils sont aujourd’hui en bonne santé. Des scientifiques américains ont effectué une étude d’une ampleur sans précédent sur le bagage génétique de près de 600 000 personnes afin, justement, de trouver ces perles rares : des individus sains alors qu’une mutation génétique aurait dû entraîner dans leur enfance une grave maladie génétique le plus souvent mortelle.

Leurs résultats, commentés dans un article de Nature Biotechnology, publié le lundi 11 avril, prouvent c’est chose faite. Les 13 personnes isolées par ces scientifiques auraient dû souffrir d’une de ces huit maladies génétiques : la mucoviscidose, le syndrome de Smith-Lemli-Opitz, la dystonie neurovégétative, l’épidermolyse bulleuse simple, le syndrome de Pfeiffer, la polyendocrinopathie auto-immune, la dysplasie campomélique et l’atélostéogenèse.

“Super-héros génétiques” ?

“Ce sont des maladies dont la pénétrance est proche de 100 %”, souligne Marc Delpech, chercheur au service de génétique et biologies moléculaires de Cochin. En clair, un individu atteint d’une mutation génétique à l’origine d’une de ces affections n’a théoriquement aucune chance d’en réchapper.

Sauf ces 13 personnes sur un échantillon de 600 000. La presse anglo-saxonne a eu tôt fait d’évoquer des “super héros génétiques” qui défient les lois scientifiques. Pas si vite : “Ils n’ont rien de super héros, vu qu’ils n’utilisent pas consciemment des capacités hors du commun. Ils n’y sont pour rien, s’ils ont eu cette chance”, souligne Marc Delpech.

La raison la plus vraisemblable à cette résistance est que quelque part dans leur patrimoine génétique, un autre gène mutant joue le rôle de compensateur et empêche la maladie de se déclarer. Le principe de gène compensateur “n’a rien de neuf, mais c’est la première fois qu’on isole scientifiquement des cas où un tel phénomène permet d’empêcher totalement la survenue de ces maladies particulières”, explique Olivier Hermine, chercheur à l’institut Imagine des maladies génétiques. Jusqu’alors les médecins avaient essentiellement observé des modifications génétiques qui atténuaient ou amplifiaient certains symptômes.

L’impasse

Les scientifiques américains à l’origine de l’étude n’ont pas entrepris cette quête uniquement pour prouver que quelques veinards génétiques existaient. Cette expérience doit “permettre de comprendre les mécanismes de résistance et d’ouvrir de nouvelles portes thérapeutiques”, souligne Olivier Hermine. Jusqu’à présent, les médecins cherchaient chez des patients malades un moyen de “réparer” le gène responsable ou des traitements pour en inhiber les effets. Dans le cas des huit maladies retenues pour cette étude, cette approche n’a, pour l’instant, pas permis d’élaborer des traitements efficaces.

Pourquoi, alors, ne pas plutôt s’intéresser à des patients sains et tenter de comprendre pourquoi la maladie ne s’est pas déclarée, s’est donc demandé le Dr Stephen Friend, professeur de biologie génétique à l’Icahn School of Medecine, qui est à l’origine de cette expérience. Il suffirait de trouver le gène compensateur pour essayer de répliquer ensuite chez des malades cette nouvelle mutation afin de les guérir ou d’améliorer leur sort…. En théorie.

Mais en pratique, ces scientifiques sont encore loin d’y arriver car ils sont dans une impasse. Les bouts de codes génétiques qu’ils ont analysés proviennent de bases de données qui sont, pour des raisons légales, rendues anonymes. “Ils sont coincés car pour aller plus loin, ils doivent retrouver les 13 personnes et obtenir leur consentement afin d’analyser l’intégralité de leur code ADN. Mais personne ne sait qui ils sont !”, explique Marc Delpech.

Appel à candidature

Il ne leur reste, en fait, plus qu’à tout recommencer, et cette fois-ci demander d’entrée de jeu un double consentement aux participants. Ces sujets sains doivent accepter que leur ADN soit examiné pour trouver d’éventuelles mutations qui auraient dû causer des maladies mortelles et ensuite accepter que l’intégralité de leur patrimoine génétique soit passé à la loupe pour, éventuellement, découvrir quel autre gène les a protégés de ce triste sort. L’Icahn School of Genomics vient, à cette fin, de lancer le Resilience Project dont le but est justement d’embaucher des volontaires.

Mais même si au moins 600 000 nouveaux “cobayes” acceptent de se mettre génétiquement à nu, le résultat n’est pas garanti. “Treize individus, qui ne sont pas en plus tous résistants à la même maladie, représentent un échantillon statistique très faible pour espérer découvrir un point commun”, explique Marc Delpech. Olivier Hermine reconnaît que “la probabilité de trouver la solution est faible”, mais cela ne l’empêche pas de conclure sur une note plus optimiste que “cette étude démontre qu’il n’y a pas de fatalité lorsqu’on est affecté d’une mutation génétique censée entraîner une de ces maladies”.

Première publication : 14/04/2016

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Les 50 multinationales les plus prospères aux États-Unis ont placé au moins 1 400 milliards de dollars dans divers paradis fiscaux accuse l’ONG Oxfam dans un rapport publié jeudi.

Apple, Alphabet (le nouveau nom de Google), Walmart ou encore General Electric : le gratin du monde américain des affaires aurait placé 1 400 milliards de dollars dans les paradis fiscaux, selon une enquête d’Oxfam, publié jeudi 14 avril.

L’ONG a épluché les comptes des 50 multinationales américaines les plus riches, dont les noms n’apparaissent pas dans les révélations issues des “Panama papers”. Les enquêteurs d’Oxfam concluent qu’elles ont établi 1 600 filiales dans des paradis fiscaux. Des établissements qui se portent financièrement très bien.

Apple ressort, d’après ce document, comme le champion incontesté du recours aux paradis fiscaux… en toute légalité. Le roi des smartphones a mis 180 milliards de dollars de côté dans des territoires fiscalement accommodants. Le conglomérat énergétique General Electric arrive deuxième de ce classement avec 119 milliards de dollars repartis entre 117 filiales implantées dans des paradis fiscaux. Le géant de l’informatique Microsoft décroche la médaille de bronze grâce aux 108 milliards de dollars qu’il fait fructifier dans ces pays.

80 milliards de dollars de bénéfices aux Bermudes

Le recours immodéré à des territoires “non coopératifs” a de quoi donner le tournis, surtout en période des révélations des “Panama papers” sur l’exil et l’optimisation fiscale. Ces géants américains ont déclaré, rien qu’aux Bermudes en 2012, 80 milliards de dollars de bénéfices – soit davantage que les profits combinés de ces 50 multinationales au Japon, en Chine, en France et en Allemagne.

Oxfam souligne qu’il y a probablement encore plus d’argent dans ces pays mais qu’il est impossible d’avoir une vision complète de la situation car la loi américaine n’oblige pas ces entreprises à déclarer l’intégralité de leurs activités dans chaque territoire. C’est pourquoi l’ONG presse Washington d’adopter une législation qui imposerait “de publier les informations de base sur ce qu’elles payent comme impôts et sur la localisation de leurs activités pays par pays”, concluent les auteurs du rapport.

Première publication : 14/04/2016