Archive for May, 2016

Lors de sa première réaction dans les médias depuis le 9 mai, Denis Baupin, accusé par plusieurs femmes d’agression et harcèlement sexuels, a assuré mercredi ne pas être “le DSK des Verts”. Le député EELV a simplement reconnu des “jeux de séduction”.

Le député écologiste Denis Baupin est sorti de son silence, mercredi 1er juin, pour réfuter les accusations de harcèlement et d’agression sexuels qui pèsent sur lui. “Je ne suis pas le DSK des Verts”, se défend, dans un entretien à paraître jeudi dans L’Obs.

“J’affirme de toute ma vie n’avoir jamais commis de harcèlement sexuel ni d’agression sexuelle”, assure le député qui a dû quitter la vice-présidence de l’Assemblée nationale le 9 mai quand huit femmes, la plupart à visage découvert, l’ont accusé d’agression et de harcèlement sexuels dans Mediapart et sur France Inter.

Il s’agit de sa première réaction dans les médias depuis la diffusion, le 9 mai, de témoignages de femmes le mettant en cause.

Denis Baupin “conteste toute tentative de harcèlement et d’agression”, allant jusqu’à questionner les motivations de celles qui l’accusent. “Je ne vais pas spéculer sur les motivations de ces femmes. Mais il est possible que du fait des désaccords politiques profonds à EELV, il puisse y avoir une relecture d’épisodes anciens”, suggère-t-il.

Denis Baupin estime cependant qu’il a pu être “maladroit” : il a pu y avoir des situations de libertinage incompris. J’en suis sincèrement désolé.

“Pas des SMS salaces, plutôt de compliment, de séduction…”

Le député réfute d’ailleurs une par une les différentes accusations. À propos de la scène décrite par la porte-parole d’EELV, Sandrine Rousseau, qui remonte à octobre 2011, lors d’une réunion d’Europe Ecologie-Les Verts à Montreuil, Denis Baupin relève qu”il est impossible de démontrer que quelque chose n’a pas eu lieu”, mais estime qu'”il y a de nombreuses invraisemblances”.

“À un moment donné, j’ai voulu faire une pause”, avait raconté Sandrine Rousseau. “Dans le couloir qui longe la salle, Denis Baupin est venu. Il m’a plaquée contre le mur en me tenant par la poitrine, et a cherché à m’embrasser. Je l’ai repoussé violemment.”

>> À lire sur France 24 : Accusations de harcèlement sexuel : Emmanuelle Cosse prend la défense de son conjoint

En ce qui concerne le témoignage d’Isabelle Attard, députée du Calvados, évoquant “du harcèlement quasi quotidien de SMS provocateurs, salaces”, Denis Baupin répond que “ce n’était pas des SMS salaces, plutôt de compliment, de séduction…”. Il précise avoir “retrouvé ces SMS” et les avoir confiés à son avocat “pour que la police puisse en avoir connaissance”.

Il évoque également les accusations d’Elen Debost, adjointe écologiste au Mans. “Nous avons eu pendant deux à trois mois des échanges de SMS de nature érotique, entre adultes consentants. Vu le type de réponses apportées, il n’y avait aucune ambiguïté : le jeu était assumé de part et d’autre.”

“Une forme de libertinage correspondant à la culture des écologistes”

Le député ne nie pas avoir “longtemps été dans le registre de la séduction et dans une forme de libertinage correspondant à la culture des écologistes”. “Je n’ai rien fait d’illégal, mais j’ai pu être ressenti comme quelqu’un de lourdingue.”

Une “stratégie de défense” que les élues en question, ainsi que la conseillère régionale Annie Lahmer, ont “regretté” mercredi. Elles y ont vu une justification “en complet décalage avec l’importance, la répétition et la concordance des faits décrits par les 13 femmes qui témoignent” et ont déploré “une stratégie malheureusement bien trop classique dans ce type d’affaire”.

Après les propos de #Baupin dans @lobs la réaction de @annielahmer@debostelen@TeamIsaAttard@sandrousseau : pic.twitter.com/hohk4XcvS2

— Lénaïg Bredoux (@LenaBred) 1 juin 2016

“Ce qu’on trouve odieux, c’est cette inversion de la culpabilité”, a réagi mercredi Marie Allibert, porte-parole d’Osez le Féminisme, interrogée par l’AFP. Pour elle, “le nombre de femmes qui se déclarent victimes et qui l’accusent à visage découvert fait peser une présomption de culpabilité assez lourde sur Denis Baupin”.

“La lourdeur en séduction, c’est déjà impardonnable”

Marie Allibert a également réagi aux termes employés par Denis Baupin. “Se dire quelqu’un de ‘lourdingue’ n’est absolument pas une excuse”, a-t-elle expliqué. “La lourdeur en séduction, c’est déjà impardonnable : on dit ça d’un homme qui ne peut pas entendre ‘non’ comme réponse. Et ne pas être capable d’entendre ‘non’ à des avances sexuelles ou amoureuses est déjà un comportement de harceleur.”

déclaration #Baupin, prendre acte, répondre tranquillement malgré la pitoyable défense. Croire en la justice https://t.co/zfnj22YbJc

— debost elen (@debostelen) 1 juin 2016

“Je ne crois pas que ces femmes soient des affabulatrices ou des complotistes”, a pour sa part estimé l’actuel secrétaire national d’EELV, David Cormand, sur iTELE. “Je ne suis pas juge des âmes. Ce que je peux vous dire c’est que je n’ai aucune raison de douter de la parole des nombreuses femmes qui ont apporté leur témoignage, à visage découvert pour un grand nombre d’entre elles, par rapport aux agissements de M. Baupin.”

L’Obs indique que Denis Baupin a rencontré à deux reprises, les 29 et 30 mai, deux journalistes accompagnés d’un photographe au cabinet parisien de son avocat et en présence de celui-ci. Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire. Une partie des faits pourrait cependant être touchée par la prescription, qui est de trois ans pour les délits d’agression et harcèlement sexuels.

Avec AFP

Première publication : 01/06/2016

La grève contre la Loi travail a perturbé le trafic SNCF mercredi, où seulement 40 % des Transiliens, le tiers des Intercités, la moitié des TER et six TGV sur dix ont circulé, selon la SNCF. Le mouvement est reconduit pour jeudi.

À neuf jours du début de l’Euro, et après trois mois de fronde contre la Loi travail, une grève reconductible a perturbé significativement le trafic SNCF mercredi 1er juin, à l’appel de trois syndicats, dont la CGT et Sud qui lient des revendications internes au retrait du projet de loi travail.

Alors que d’autres turbulences s’annoncent dans les transports et que des grèves persistent dans les raffineries, le Premier ministre Manuel Valls a évoqué mercredi son “sentiment de gâchis” concernant l’impact économique du conflit social sur le projet de loi contesté.

À la SNCF, la grève lancée mardi soir est la huitième depuis début mars mais la première à durée illimitée. Les perturbations étaient relativement importantes : seulement 40 % des Transiliens, le tiers des Intercités, la moitié des TER en circulation et six TGV sur dix étaient assurés, selon la SNCF.

L’entreprise recensait 17 % de grévistes, tous personnels confondus, Sud-rail a dénombré “plus d’un cheminot sur deux” en grève. Le mouvement a été reconduit pour jeudi par toutes les assemblées générales de grévistes, ont annoncé mercredi soir la CGT-Cheminots et SUD-rail. La direction ne communiquera que jeudi matin ses prévisions de trafic.

En pointe depuis mars de la mobilisation contre la réforme du travail, le patron de la CGT, Philippe Martinez, a assuré qu’il n’était “pas question de bloquer l’Euro” mais a accusé l’exécutif de refuser le dialogue. Il promet cette semaine “la plus forte mobilisation depuis trois mois”.

“Reculer serait une faute politique”

Le gouvernement, lui, entend “tenir sur le fond” du projet de Loi travail. “Reculer serait une faute politique”, a martelé Manuel Valls. Faire marche arrière serait faire preuve de “courage politique”, a rétorqué François Hommeril, devenu mercredi président de la CFE-CGC.

L’exécutif a bien tenté de déminer le conflit dans le rail en imposant à la SNCF, transporteur officiel de l’Euro, des concessions sur la future organisation du travail des cheminots. Mais seule la CFDT a levé in extremis son préavis. L’Unsa l’a maintenu jusqu’à présent, dans l’attente d’un projet d’accord formalisé.

Les négociations menées à la SNCF pour rendre l’organisation du travail plus flexible sont entrées dans leur phase finale. Une dernière réunion est prévue lundi.

Pour les syndicats, il est vital de réduire l’écart entre ce projet de convention et la future réglementation SNCF. Sinon, la porte sera ouverte à du dumping social.

Dans les transports publics parisiens, la CGT a appelé à partir de jeudi à une grève illimitée pour des questions salariales et contre le projet de Loi travail. La RATP n’anticipe que de légères perturbations.

Le climat social de plus en plus alourdi

Le gouvernement pourrait aussi affronter un conflit dur dans le ciel en fin de semaine, presque tous les syndicats de l’aviation civile appelant à la grève de vendredi à dimanche pour demander, notamment, l’arrêt des baisses d’effectifs. Pour l’éviter, les négociations se sont poursuivies mercredi. Le principal syndicat de contrôleurs aériens (SNCTA) a d’ailleurs fini par lever son préavis de grève du 3 au 5 juin.

À Air France, qui a annulé 10 % des vols à Orly et Lille en prévision des perturbations, la menace d’une grève des pilotes en juin s’est précisée, avec un préavis déposé par le Spaf (deuxième syndicat) à compter du 11 juin. Le SNPL (majoritaire) doit, lui, se prononcer dans la semaine.

En dehors de ces revendications d’entreprises, le climat social reste alourdi par la contestation contre la Loi travail, avec de vives passes d’armes entre la CGT et le patronat.

La première centrale a annoncé qu’elle allait “porter plainte pour diffamation” contre le président du Medef, Pierre Gattaz, qui a comparé certains militants de la CGT à des “terroristes”. Un mot “inadapté”, a-t-il reconnu mercredi.

En réponse, l’organisation patronale a appelé les entreprises touchées par les blocages à porter plainte pour “délit d’entrave à la liberté du travail”.

Du fait des grèves, six raffineries sur huit restaient “à l’arrêt ou au ralenti”, selon la CGT pétrole. Total chiffre à “plusieurs dizaines de millions de dollars par semaine” le coût pour ses cinq raffineries françaises.

Au terminal pétrolier havrais, qui approvisionne notamment les aéroports parisiens, la grève a été une nouvelle fois reconduite, pour cinq jours. Néanmoins, l’approvisionnement des stations-service en carburant continuait de s’améliorer, 5 % des stations restant fermées, contre 10 % lundi.


Avec AFP

Première publication : 01/06/2016

La CGT a annoncé qu’elle avait fait voter mercredi une grève reconductible dans 16 des 19 centrales nucléaires françaises. Ces mouvements de grève devraient entraîner des baisses de la production.

Les agents de 16 centrales nucléaires, sur les 19 que compte le parc français, ont voté mercredi 1er juin, dans le cadre du mouvement contre la loi El Khomri, des arrêts de travail pour jeudi, allant d’une heure a minima à la journée entière, a-t-on appris auprès de la fédération CGT Mines Énergie.

La FNME-CGT, qui avait déjà appelé à faire de jeudi “un nouveau temps fort de grève et d’initiatives coordonnées”, a appelé à des “mouvements de grève reconductibles dans l’énergie” avec “reprise en main de l’outil de travail” que ce soit dans le secteur électrique ou gazier.

Un arrêt de travail de 24 heures a été voté dans six centrales nucléaires (Belleville, Cattenom, Chooz, Dampierre, Flamanville, Paluel), a précisé à l’AFP Laurent Langlard, porte-parole de la FNME-CGT. Ailleurs, des arrêts de travail de 4 heures, 8 heures ou 16 heures ont été votés, comme au Bugey (4 heures), à Cruas (8 heures) ou au Blayais (16 heures).

À Civaux (Vienne), le site sera bloqué à partir de 6 h et à Gravelines (Nord), un filtrage est prévu à l’entrée avec un arrêt de travail a minima d’une heure.

“Remise en service des clients démunis coupés pour impayés”

Dans un communiqué publié à la mi-journée, la CGT a également demandé aux salariés de l’énergie d’effectuer des “coupures ciblées d’électricité et de gaz pour les services de l’État et les locaux du Medef”.

Elle préconise également de “réduire ou arrêter la production électrique”, d'”arrêter l’injection ou le soutirage des stockages gaz”, la “remise en service des clients démunis coupés pour impayés”, ou encore la “coupure des parcs éoliens et radars routiers”.

Ces mouvements de grève, qui toucheront centrales thermiques et hydrauliques, devraient entraîner des baisses de la production, mais l’ampleur de ces baisses n’était pas encore connue mercredi soir. Jeudi dernier, lors de la dernière journée nationale d’action contre la loi travail, la grève dans les centrales s’était traduite par une baisse de production de 6 000 MW, selon la CGT.


Avec AFP et Reuters

Première publication : 01/06/2016

Selon un récent rapport de la Fondation Jean Jaurès, depuis les attentats de 2015 en France, une “sourde suspicion” pèse sur la religion musulmane y compris dans les classes sociales supérieures qui se réclament des valeurs de tolérance.

7 janvier 2015, 13 novembre 2015. Ces dates traumatiques et la médiatisation des événements qui les a précédées et suivies a profondément transformé l’opinion des Français envers l’islam. C’est ce que montre une passionnante étude conduite par Jérôme Fourquet et Alain Mergier, pour la fondation Jean Jaurès, proche du Parti socialiste.

On parle ici d’étude quantitative – Jérôme Fourquet est directeur du département opinion de l’Ifop – mais aussi et surtout qualitative, c’est-à-dire d’entretiens poussés avec des Français appartenant à la classe moyenne supérieure, des commerçants, des cadres supérieurs et professions libérales (CSPL) jouissant d’un niveau d’études supérieur.

Le “for intérieur” contredit les mots

Si l’on s’en tient au quantitatif, comme par exemple dans le rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme, les bonnes opinions envers l’islam, bien que minoritaires (26 %) seraient en augmentation de 6 % début 2016.

Les chercheurs de la fondation Jean Jaurès font le constat inverse. Quelques mois après la tuerie de Charlie Hebdo, dans une étude intitulée “Le catalyseur, la cristallisation d’une idéologie”, consacrée aux classes populaires, ils avaient montré comment ces dernières avaient conforté leur rejet de l’islam et comment ce drame avait accéléré un basculement vers le vote Front national (FN), expliquant les succès de ce parti.

Ici, les experts s’intéressent à des électeurs de centre droit ou de centre gauche. Des personnes qui se revendiquent volontiers d’une vision ouverte et tolérante de la société. Ils sont pro-européens et rejettent absolument toutes formes de préjugés racistes ou religieux. Si on leur demande quelle est leur perception des musulmans, de l’islam, ils répondront sans doute qu’elle est positive parce que, selon Alain Mergier, sémiologue et sociologue, co-auteur de l’étude, c’est la position “qu’ils revendiquent, qu’ils veulent avoir”, autrement dit celle qui correspond à l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes. Sauf “qu’en leur for intérieur, ils pataugent complètement. Ils sont dans un dilemme qui est en dessous de l’expression”.

Un “germe de violence” dans l’islam

Si on les “accouche” dans des entretiens poussés, ils confient toute l’étendue de leur trouble : “Pour résumer, ils pensent qu’il y a un problème au cœur de l’islam, et c’est quelque chose de nouveau pour eux.” Alain Mergier poursuit la comparaison avec les classes populaires. “Là ou celles-ci ont été confortées dans leur hypothèse négative sur l’islam et ont simplifié leur vision du monde, les catégories supérieures, elles, ont senti que les choses étaient plus compliquées qu’elles ne le pensaient.”

Ce sont des gens qui lisent et s’informent davantage que la moyenne et qui ont approfondi leur connaissance de l’islam. S’ils refusent toujours de faire l’amalgame entre musulmans et terroristes, ils ont pris conscience, selon Alain Mergier, “qu’il y a dans cette religion un germe de violence. Avant ils pensaient que l’extrémisme était une pathologie de l’islam. Depuis 2015, ils diraient plutôt qu’il y a dans l’islam un penchant constitutif qui peut mener à la violence, à l’intolérance. Et que les musulmans qui y échappent sont ceux qui s’efforcent de lutter contre ce penchant.”

Bref, “en leur for intérieur”, 2015 aura été le moment d’une remise en question totale de leur certitudes. Désormais, ils ne savent plus quoi penser. Une chose à laquelle ils ne sont pas habitués, ce qui ajoute à leur désarroi.

Un pays “hanté” par le jihadisme

Qu’est-ce qui explique ce mouvement intime profond, ce sentiment nouveau “politiquement incorrect” que l’on confiera à ses amis et à sa famille, mais pas à un sondeur ou à un journaliste ? Bien sûr, il y a eu deux attentats d’une violence inédite dans notre pays. Le premier, c’était contre des juifs ou des caricaturistes dont on pouvait se dire qu’ils avaient un différend avec les musulmans radicaux. Cela a débouché sur une belle manifestation républicaine de solidarité.

En novembre, c’est un mode de vie et une culture qui ont été aveuglément frappés. C’est beaucoup plus déstabilisant pour un esprit éduqué, réfléchi, car il ne peut plus se raccrocher à aucune rationalité (“Ils ne pensent pas comme nous”). Mais cela, tout seul, n’aurait pas suffi. Il y a tout ce qui a été mis en lumière immédiatement après novembre avec l’état d’urgence. On peut faire la liste de quelques facteurs :

  • – La séquence médiatique qui a suivi les attaques terroristes de novembre 2015 a produit un “bruit de fond” islamiste incessant, accompagné de perquisitions et d’arrestations de jihadistes en puissance, plus seulement dans les “banlieues” à forte population issue de l’immigration, mais dans la France entière, jusque dans des zones rurales qui se pensaient à l’abri.

    Un phénomène de loupe qu’a particulièrement bien relayé la presse quotidienne régionale, ou la presse nationale dans des enquêtes comme “Djihad, la filière bretonne” (Paris Match) ou “Dans le Loiret, le djihad pour tuer l’ennui” (Le Monde). Du coup, s’installe un sentiment de vulnérabilité du territoire, d’imprévisibilité de la menace. On se dit : “Les terroristes peuvent être partout.” Une des personnes interrogées, une femme d’une quarantaine d’années, parisienne, cadre dans les ressources humaines, estime que les jihadistes ont fait de la France “un pays hanté”.
  • Vient ensuite la mise au jour de l’importance du phénomène des convertis qui remet en question l’idée d’un lien entre le milieu (social, géographique, religieux ou culturel) et la radicalisation. Cela donne corps à la thèse d’Olivier Roy pour qui il y a “une islamisation de la radicalité plutôt qu’une radicalisation de l’islamisme”. On prend conscience de la capacité prosélyte de l’islam. Ce qui a particulièrement alarmé ces cadres et diplômés du supérieur, selon Alain Mergier, “ce sont ces témoignages de parents de convertis qui disent n’avoir rien vu venir. Ils se sentent menacés par quelque chose qui vous prend de l’intérieur, dans ce que vous avez de plus cher.”
  • De même, l’agression au couteau d’un juif de Marseille portant kippa par un jeune de 15 ans, bon élève, d’origine kurde et dont le père s’opposait aux islamistes, casse aussi le cliché d’un déterminisme social dans la radicalisation.
  • Les enquêtes dans la presse sur les femmes dans le jihad, mariées de force à des combattants, et surtout l’affaire des agressions le soir du réveillon à Cologne ont parachevé la représentation péjorative du traitement des femmes par les musulmans. “La question des femmes, des mœurs en général, est un levier essentiel dans la population étudiée”, relève Mergier.

    Une commerçante de 38 ans, habitant Montpellier, résume ainsi ce qu’elle éprouve depuis cette affaire : “Je ne dis pas que tous les musulmans sont des violeurs, mais je dis qu’ils ont une vision dégradante de la femme. Je pouvais l’oublier inconsciemment. Avec ce qui s’est passé à Cologne, je ne peux plus. Et je suis mal, mal à l’aise avec moi-même.”
  • Ces agressions, comme le fait avéré qu’un certain nombre de terroristes s’étaient glissés parmi les réfugiés de Syrie, ont complètement brouillé, chez ces Français ouverts et tolérants, leur premier mouvement naturel en faveur de l’accueil. Cette même jeune femme de Montpellier confie : “En tant que femme, je suis révulsée par ces mecs. Ces pauvres mecs. Mais ça, ce serait simple. Il y a autre chose. C’est que j’ai toujours été pour l’accueil des réfugiés syriens. Mais là, c’est un drame pour moi. En tant qu’humain, je suis pour les accueillir, en tant que femme, je déteste leur façon de voir les femmes.”
  • Pour ajouter au malaise, s’ajoute l’impossibilité de défendre un point de vue dicté par des valeurs démocratiques dans la crise syrienne. Une autre femme, 42 ans, de Montpellier également, juge terrible de devoir choisir entre Bachar al-Assad et l’organisation État islamique : “On en vient à souhaiter la victoire d’un dictateur sanguinaire qui massacre son peuple à coups d’armes chimiques contre un autre qui massacre le même peuple en faisant des horreurs. Comment ça se fait ? Eh bien, c’est qu’on ne sait pas se défendre ici, en France. Donc il faut en finir avec Daech là-bas. À n’importe quel prix, à n’importe quel prix moral. Je dis ça, mais entre nous, je n’ai pas envie de le penser.”

Vote FN, mesures sécuritaires, la digue va-t-elle céder ?

Une fois ce constat énoncé, les chercheurs se posent évidemment “LA” question essentielle, politique. On a vu que les attentats de 2015 avaient amplifié le score du FN aux élections régionales (28 % en cumul national). Notamment, en raison du basculement dans les classes populaires.Fait nouveau, fin 2015, on notait aussi une progression du vote FN chez les catholiques pratiquants (+9 %) et non pratiquants (+6 %), catégories qui paraissaient jusqu’ici immunisées contre les opinions extrémistes (sondage Ifop-Le Pèlerin de décembre 2015).

Et pour la présidentielle ? Ces dilemmes éthiques, ces incertitudes, ces peurs vont-elles ou non inciter ces CSPL à suivre le même chemin ? Autrement dit, surtout en cas de nouvel attentat, cette dernière digue peut-elle céder et permettre à Marine Le Pen de franchir une autre étape vers le pouvoir (comme en Autriche avec le FPÖ) ?

Le rapport relève que, sur la question du terrorisme et de l’islam, la présidente du FN met très souvent ses mots en résonnance parfaite avec le “for intérieur” de ces Français. Par exemple, elle ne dit pas qu’elle est contre l’accueil des réfugiés mais confie sa peur que “la crise des réfugiés ne soit le début de la fin des droits des femmes”.

Les auteurs ne tranchent pas la question mais, dans un entretien à France 24, Alain Mergier est assez catégorique : “Ces Français restent assez allergiques au Front national, mais ce qui est frappant, c’est le reproche fait à la gauche d’avoir tardé à agir. La fermeté marquée depuis le 13-Novembre leur a fait prendre conscience que l’on aurait pu agir avant.”

Face à la menace, et dans la perspective d’un nouvel attentat qui paraît presque inéluctable, les Français se disent majoritairement favorables à des révisions sécuritaires drastiques, même en sacrifiant quelques libertés individuelles. Parmi eux, 70 % se disent prêts à remettre en cause les valeurs de la société française en matière de tolérance, d’ouverture ou de respect de la vie privée.

Une disposition très forte dans les classes populaires, mais aussi majoritaire désormais chez les cadres supérieurs et professions libérales (57 %) et chez les électeurs de gauche (55 %). Il est aussi frappant de voir que chez les CSPL, a priori bien disposées à l’égard de la construction européenne, 65 % sont maintenant favorables à la suppression des accords de Schengen (sondage Ifop-Atlantico de 2015). C’est là qu’une digue a peut-êre déjà cédé.

Moins de tolérance envers la religion musulmane

En cas de nouvel attentat, même s’ils résistent aux sirènes du FN, ces catégories “supérieures” pourraient aussi pencher en faveur d’une moindre tolérance envers la religion musulmane. Plus encore qu’une demande d’ordre et d’autorité, on voit se dessiner, selon Alain Mergier, un besoin de “mise à jour du logiciel républicain, de redéfinition des principes d’application de la laïcité”. “Ce qu’ils ne veulent plus voir, par exemple, ce sont des lois sur l’interdiction du voile intégral que l’on est incapable de faire respecter. Il y a une envie de sortir de tout ça par le haut.”

Comme le dit cet homme de 39 ans, responsable marketing dans l’industrie résidant à Paris : “Je veux bien être respectueux, tolérant, mais attention, il ne faut pas que le respect et la tolérance se retournent contre moi. Si les valeurs auxquelles on croit finissent par nous affaiblir, il ne faut pas avoir peur de passer outre dans certains cas.”

Il est encore difficile de tirer des plans sur la comète en vue de l’élection présidentielle, mais, au moins, voit-on que la gauche au pouvoir (qui semblait pourtant avoir bien géré l’après-attentat) part avec un handicap. Ces électeurs du centre déboussolés pourraient par exemple être attirés par un candidat qui, tout en prêchant les vertus du “vivre-ensemble”, serait capable d’en redéfinir strictement les bases.

Mais le constat le plus inquiétant dressé par l’étude est le suivant : “La sourde suspicion qui pèse sur la seconde religion de France peut aboutir à des comportements de repli communautaire chez les musulmans et précipiter certains dans la radicalisation. Ces conséquences peuvent à leur tour entraîner un renforcement des rejets.” Un cercle vicieux.

Le rapport de la fondation Jean Jaurès “2015, année terroriste” de Jérôme Fourquet et Alain Mergier est téléchargeable gratuitement sur son site.

Première publication : 01/06/2016

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2015 a été une année record pour les investissements dans les énergies renouvelables, conclut une nouvelle étude. Et pour la première fois, les pays en développement ont investi davantage que les pays riches dans ce secteur.

Année record pour les énergies renouvelables. Il y a eu 285,9 milliards de dollars investis dans ce secteur en 2015 contre 273 milliards en 2014, d’après l’état des lieux annuel publié par le réseau international de réflexion sur les énergies renouvelables REN21, mercredi 1er juin.

Parmi les bons élèves on trouve la Chine, l’Inde ou encore le Brésil et même la Mauritanie. Point commun entre ces États : ils sont tous des pays en voie de développement (PVD).

“Pour la première fois dans l’histoire, les pays en développement ont investi davantage que les pays industrialisés dans les énergies renouvelables en 2015”, constatent les auteurs du rapport. Ils ont dépensé 155,9 milliards de dollars pour développer ces énergies propres, contre 130 milliards de dollars pour les États dits “riches”.

Les investissements européens en net recul

La Chine, traditionnellement dépeinte comme un vilain petit canard écologique et qui reste le premier pollueur au monde, est devenue le premier investisseur dans les énergies renouvelables et totalise 36 % des fonds dépensés dans ce secteur. L’Inde, qui a dépassé les 10 milliards de dollars, investit essentiellement dans le développement de la filière solaire et éolienne. Une mention spéciale est attribuée à la Mauritanie. Ce petit pays africain de 3,89 millions d’habitants est celui qui, au monde, alloue la plus importante part de son PIB aux énergies renouvelables.

À côté des bons élèves, il y a l’Europe. Les investissements dans ce domaine y ont reculé de 21 % en un an, regrettent les auteurs du rapport. Le Vieux Continent n’était jamais tombé aussi bas depuis 2006. Une performance d’autant plus mauvaise que les États-Unis ont, quant à eux, réussi à augmenter leurs engagements financiers de 19 % sur la même période.

“En Europe les politiques en matière d’énergies renouvelables évoluent et cette incertitude déplaît aux investisseurs, explique Hannah E. Murdock, analyste au REN21 qui a participé à l’élaboration du rapport, contactée par France 24. Par ailleurs, il existe un problème structurel : le réseau européen d’énergie est très centralisé, ce qui complique les efforts de transition vers des installations plus décentralisées comme les panneaux solaires.”

La France illustre bien le cas européen : les incertitudes quant à la politique énergétique ralentissent les investissements, assure l’experte du REN21. À cela s’ajoute une spécificité tricolore : le nucléaire. “Les investissements dans les énergies fossiles et le nucléaire continuent trop souvent à être favorisés au détriment des renouvelables”, regrette-t-elle. Hannah E. Murdock note, cependant, que l’Hexagone fait partie du peloton de tête européen pour le développement du photovoltaïque (énergie solaire).

Subventions aux énergies fossiles

La France est, à ce titre, dans la tendance générale puisque l’énergie solaire est l’une des deux sources renouvelables – avec l’éolien – dont la croissance a été la plus forte en 2015. “Les progrès technologiques et les économies d’échelle [déploiement sur des grandes surfaces, NDLR] permettent au solaire d’offrir à bas prix de l’électricité qui est devenue compétitive avec les énergies fossiles”, assure Hannah E. Murdock.

En 2015, il était possible d’obtenir de l’électricité issue d’installations photovoltaïques pour 0,08 dollars/kWh (par kilowatt-heure) contre des prix entre 0,045 dollar/kWh et 0,14 dollar/kWh pour les centrales plus polluantes comme celles au charbon. L’éolien est encore moins cher puisque les “projets d’éolien terrestre permettent d’avoir de l’électricité pour un prix compris entre 0,04 dollar/kWh et 0,09 dollar/kWh”, constate Hannah E. Murdock.

Malgré cette baisse des prix et l’engouement pour les renouvelables, force est de constater que les énergies fossiles dominent encore largement le marché. Gaz, charbon et pétrole représentent 78,3 % de la consommation mondiale d’énergie. “Il reste encore beaucoup à faire”, estime Christine Lins, cadre dirigeante de REN21. Les secteurs où les énergies renouvelables font encore figure de très petits poucets sont le transport, le chauffage et les systèmes de refroidissement.

Aux yeux des auteurs du rapport, les subventions publiques sont le principal obstacle à une adoption plus rapide des énergies propres en dehors de l’électricité. Les États ont en effet accordé 490 milliards de dollars d’aides aux énergies fossiles contre 135 milliards de dollars pour les renouvelables. Des subventions pas très Cop21-compatibles.

Première publication : 01/06/2016

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Mercredi, le groupe Vivendi a, sans surprise, officiellement pris le contrôle de l’éditeur français de jeux vidéo sur mobile Gameloft après plus de huit mois de bataille.

Les jeux sont faits. Vivendi a réussi son OPA (offre public d’achat) hostile sur l’éditeur de jeux vidéo sur mobile Gameloft, a confirmé l’Autorité des marchés financiers (AMF) mercredi 1er juin. Le groupe, détenu par le milliardaire Vincent Bolloré, a acquis 61,71 % du capital de sa cible et détient dorénavant 55,61 % des droits de vote.

Cette victoire pour Vivendi marque la fin d’une bataille débutée il y a plus de huit mois entre Vincent Bolloré et la famille Guillemot (propriétaire de Gameloft et, surtout, du géant français du jeu vidéo Ubisoft). C’est, en effet, en octobre 2015 que l’entrepreneur breton déclare les hostilités en achetant 7,36 millions d’actions d’Ubisoft pour 140,3 millions d’euros et 5,24 millions d’actions de Gameloft (pour 19,7 millions d’euros), rappelle Les Échos.

Bolloré déterminé

Cette montée au capital n’est pas du goût de Michel et Yves Guillemot, les deux frères fondateurs de Gameloft et Ubisoft. “Nous rappelons notre volonté de rester indépendants”, écrivent-ils dans un communiqué publié en octobre.

Mais Vincent Bolloré n’en a cure. Il se concentre sur Gameloft (la plus petite des deux entités qui développe des titres comme The Amazing Spider-Man, Asphalt ou Dungeon Hunter ) et monte progressivement au capital, séduisant les actionnaires les uns après les autres. Le patron de Vivendi est déterminé à l’emporter : il a proposé de racheter les actions Gameloft 8 euros alors que le cours officiel était plus proche de 4 euros au moment de l’offre.

Gameloft, mieux qu’Activision ?

Pour justifier cette acquisition, Vincent Bolloré a expliqué – dans une lettre adressée aux employés de Gameloft – compter sur des synergies, notamment, dans “la co-création de contenus”. Vivendi, qui détient par ailleurs Canal +, Dailymotion et investi dans le cinéma français, compterait donc développer des productions plurimédias (jeux vidéo, films ou séries dérivés etc.). Ubisoft a déjà tenté ce genre d’expérience avec sa licence Assassin’s Creed (qui a donné lieu à une série de courts métrages en 2009) et ses jeux Lapins Crétins (qui ont été décliné en bandes-dessinées et dessins animés).

Reste que ce retour au jeu vidéo pour Vivendi peut surprendre. Le groupe français détenait, jusqu’en 2013, la majorité des parts de l’Américain Activision, le numéro 1 des jeux vidéo. Il a revendu 85 % de ses actions pour 8,2 milliards de dollars. Pourquoi ce revirement ? Vincent Bolloré pense-t-il qu’acheter français sera plus juteux pour Vivendi qu’un mariage avec un Américain ?

Première publication : 01/06/2016

Deux départements français, le Loiret et la Seine-et-Marne, sont, mercredi, en alerte rouge inondations en raison d’une crue exceptionnelle due aux fortes pluies qui se sont abattues sur un grand quart nord-est du pays ces trois derniers jours.

Le département de Seine-et-Marne, en Île-de-France, a été placé en “vigilance rouge inondations“, mercredi 1er juin, rejoignant ainsi le Loiret, situé à une centaine de kilomètres au sud de Paris, où il est tombé en 72 heures l’équivalent de 20 jours de précipitations, a annoncé Météo France.

“Il s’agit d’une crue exceptionnelle, supérieure à la crue de 1910”, a prévenu Météo France. De son côté, le préfet de Seine-et-Marne, Jean-Luc Marx, a déclaré sur France Info avoir suspendu “les cours dans les écoles, les collèges et les lycées” dans 17 communes du “secteur critique du Loing”.

Dans le Loiret les cours du Loing et de l’Ouanne sont toujours “particulièrement préoccupants”, a jugé de son côté mercredi matin le préfet du département, Nacer Meddah.

Si les images ne s’affichent pas correctement, cliquer ici.

#Nemours sous l’eau #inondations#Loingpic.twitter.com/8YiNGMOMFh

— gregnguyen (@gregnguyen) 1 juin 2016

Image impressionnante sur l’A10. L’armée évacue la zone sinistrée à hauteur d’Orléans. #inondations@EssonneInfopic.twitter.com/V2ho5XK2Jt

— Maxime Berthelot (@mxb91) 1 juin 2016

#Melun – l’espace Saint-Jean nouveau point de ralliement #inondations@VilleMelun@LaRep77https://t.co/PZQ1zCRcW0pic.twitter.com/HgxyO0Y4ck

— JulienVanC (@JulienVanC) 1 juin 2016

Inondations campus d’Orsay – vallée @u_psudpic.twitter.com/dI4sj2nwZC

— Emmanuelle Louis (@E_LouisUPSud) 1 juin 2016

#inondations chacun sa méthode pour traverser le Loing sans se mouiller à #montargis@franceinfopic.twitter.com/cuaQAQ1xmc

— Alice Serrano (@alicserrano) 1 juin 2016

À Paris, une partie des voies sur berges a été fermée, et le niveau de la Seine, qui pourrait atteindre cinq mètres mercredi soir, trempe déjà les pieds du zouave du pont de l’Alma, célèbre statue qui sert de repère aux Parisiens. La Seine atteindra un niveau maximal de 5,2 mètres contre 8,5 mètres en 1910, année de la crue exceptionnelle, a indiqué la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, dans un communiqué.

berges de #Seine sous pont de Grenelle #Paris#CrueSeinepic.twitter.com/KeLJpumd2y

— Isabelle Audin (@IsabelleAudin) 1 juin 2016

Elle sort de son lit, tellement sûre d’elle, la Seine, la Seine ! Pic de la crue attendu vendredi soir à #Parispic.twitter.com/4nrtJJ0Ogp

— Benjamin Buffault (@BBuffault) 1 juin 2016

La statue de la liberté prend son bain #inondations#crue#seinepic.twitter.com/DDr8AxPOIq

— François Guéno (@fgueno) 1 juin 2016

Par ailleurs, le Loir-et-Cher ainsi que la Meuse, la Meurthe-et-Moselle et la Moselle restent placés en vigilance orange “inondations”. Selon les pompiers de ces trois départements, la nuit a été calme.

D’après Météo France, les fortes pluies, qui ont provoqué d’importants dégâts ainsi que de nombreuses évacuations sur un grand quart nord-est du pays, se sont atténuées en cours de nuit en se décalant vers le sud en direction du Limousin et de l’Auvergne.

Avec AFP

Première publication : 01/06/2016

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Facebook, Twitter, YouTube et Microsoft ont signé mardi un accord avec l’Union européenne pour mettre en place des mesures de lutte contre la multiplication des contenus haineux sur leurs plateformes.

Promis juré, dorénavant ils feront plus et plus vite pour lutter contre la propagation des discours haineux sur leurs plateformes en Europe. Twitter, Facebook, YouTube (Google) et Microsoft ont signé un premier “code de bonne conduite” de la modération soumis par Bruxelles, a annoncé la Commission européenne, mardi 31 mai.

Ces géants américains du Net, régulièrement accusés sur le Vieux continent de laxisme à l’égard des commentaires haineux ou de la propagande terroriste, se sont ainsi engagés à examiner la “majorité des signalements valides” en “moins de 24 heures” après leur réception et à supprimer des contenus si nécessaire.

“24 heures chrono”

Cette modération en “24 heures chrono” est la principale mesure de ce “code de conduite”. Facebook & Co. vont aussi “identifier” et “promouvoir” davantage les contre-discours, notamment concernant la propagande jihadiste. Cette méthode est devenue en France l’un des piliers de la lutte contre la radicalisation en ligne, comme le rappelle Le Monde. Le Premier ministre Manuel Valls en avait ainsi fait l’un des axes de son plan de lutte contre le terrorisme en mai.

Cet accord vise aussi à renforcer les liens entre ces multinationales américaines et les autorités nationales des pays membres de l’UE pour rendre la riposte à la propagation de contenus haineux plus rapide et efficace. Le texte fait ainsi référence à des personnes “contacts” spécifiques et des “relais de confiance” dans chaque pays.

Pour les principaux réseaux sociaux, ce “code de conduite” résulte de plusieurs mois de relations tumultueuses avec les États européens sur la question de la lutte contre les contenus haineux sur Internet.

“Testing” en France

En France, Facebook, Twitter et YouTube avaient été sévèrement critiqués le 11 mai par plusieurs associations de lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Ces dernières avaient effectué un “testing” des pratiques de modération de ces plateformes pendant une semaine en signalant de concert des contenus condamnables. Conclusion : les réseaux sociaux n’avaient pas la main très lourde concernant la modération. Ainsi, en une semaine, YouTube n’avait supprimé que 7 % des vidéos qui lui avaient été signalées et Facebook n’avait fait disparaître qu’un tiers des messages jugés haineux.

En Allemagne, Facebook a été accusé par Angela Merkel en personne d’être trop laxiste à l’égard de la multiplication des messages racistes à l’encontre des réfugiés. Le ministre allemand de la Justice Heiko Maas avait même qualifié la politique de modération du roi des réseaux sociaux de “farce”.

Reste à savoir si ce code de bonne conduite aboutira à autre chose qu’à se donner bonne conscience. Modérer le flot continu de contenus qui se déversent sur ces plateformes demande un investissement humain conséquent.

Risque insidieux

Il existe un risque plus insidieux. Celui de voir les propagandistes jihadistes utiliser ces plateformes pour entrer en contact avec des proies potentielles grâce à des messages anodins pour ensuite les inviter à poursuivre le dialogue dans des recoins moins exposés et plus anonymes du Web où leur matraquage pourrait être déversé sans crainte.

C’est déjà ce qui a valu à l’application de messagerie sécurisée Telegram une partie de sa notoriété : elle a les faveurs des partisans du groupe terroriste État islamique (EI) qui apprécient de pouvoir y discuter à l’abri des oreilles des services de lutte contre le terrorisme.

La Commission européenne a conscience des limites de ce type d’accord. Elle a prévu une première évaluation de l’efficacité de ce texte avant la fin de l’année.

Première publication : 31/05/2016

François Hollande était à Bordeaux, mardi, pour inaugurer la flambant neuve Cité du vin. Un hommage au secteur viticole français sur les terres d’Alain Juppé, un rival potentiel lors de l’élection présidentielle de 2017.

Président de gauche en exercice et actuel favori de la primaire de la droite et du centre pour l’élection présidentielle de 2017 : le casting de l’inauguration de la Cité du vin avait des airs de débat électoral, mardi 31 mai à Bordeaux. À ceci près que l’ambiance était détendue entre François Hollande et Alain Juppé.

“Je vais finir par me dire que vous aimez les inaugurations bordelaises”, s’est amusé le maire de Bordeaux, Alain Juppé, rappelant que François Hollande en était à sa troisième inauguration dans sa ville depuis 2013. “J’étais ici, encore ici, toujours ici”, a répondu le chef de l’État en maniant une ironie feutrée.

Les flèches d’Alain Juppé ont plutôt été décochées en direction de ses rivaux à droite, et plus largement de ceux qui le raillent sur son âge : “Les hommes sont comme les vins : avec le temps, les bons s’améliorent et les mauvais s’aigrissent”, a-t-il lâché, citant Cicéron.

Protestations contrôlées

Même les militants opposés à la Loi travail, qui s’étaient déplacés en nombre, n’ont pas pu gâcher la fête. Près d’un millier de manifestants s’étaient réunis aux abords de la Cité du vin mais ont été maintenus par un service d’ordre à quelque 600 mètres de la cérémonie.

Des syndiqués CGT du secteur de l’énergie ont alors provoqué une coupure d’alimentation électrique dans le quartier pour perturber la cérémonie des discours protocolaires. De nouveau, si une partie de la Cité du vin a effectivement été privée de courant, le discours présidentiel n’a pas été affecté, un groupe électrogène ayant pris le relais dans l’auditorium.

Plaidoyer pour les AOC

Tout de même venu vanter les mérites du secteur viticole français, le président François Hollande s’est livré à un plaidoyer en faveur des appellations d’origine, assurant que la France ne sacrifierait pas ses intérêts “à l’obtention d’un accord” de libre-échange entre l’Union européenne et les États-Unis (Tafta). La France “défend et défendra les AOC partout dans le monde”, a insisté le chef de l’État.

“La viticulture est un enjeu économique majeur pour la région, pour la France, mais c’est d’abord un art de vivre, un plaisir qui ne se goûte vraiment que dans la modération”, a souligné le maire de Bordeaux.

La Cité du Vin, dont la mairie est le principal financeur du projet (à hauteur de 38 % avec 81 millions d’euros), ouvrira au public mercredi 1er juin. Elle se veut un lieu pédagogique et culturel, mais aussi une attraction architecturale et touristique, avec son étonnante silhouette en rondeurs.

Avec AFP

Première publication : 31/05/2016

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Plusieurs contrats d’une valeur de 3,4 milliards d’euros pour réaliser un gigantesque tunnel sous la mer entre l’Allemagne et le Danemark ont été signés lundi. Mais le sort écologique et touristique d’une île pourrait tout remettre en cause.

Le tunnel du siècle va-t-il voir le jour ? Le géant français Vinci, l’un des principaux partenaires du consortium Femern Link Contractors en charge du chantier, a annoncé, lundi 30 mai, la signature de trois contrats d’une valeur totale de 3,4 milliards d’euros pour aider à relier, sous la mer, l’Allemagne et le Danemark.

Ces contrats ne représentent qu’une partie d’un vaste projet à près de 10 milliards d’euros qualifié comme le plus long tunnel immergé au monde pour le trafic routier et ferroviaire. Sa construction prendra des années. Il doit relier, sur 17 km sous la Baltique, le Land de Schleswig-Holstein à la région danoise du Lolland-Falster. C’est certes moins long que le tunnel sous la Manche (39 km immergés), qui est, cependant, réservé aux trains.

Deux heures trente au lieu de quatre heures

Les automobilistes pourront relier Hambourg et Copenhague en deux heures et demie. Un trajet qui dure aujourd’hui plus de quatre heures et nécessite de faire un détour de 160 kilomètres par les terres du Jutland (région danoise frontalière au nord de l’Allemagne).

Les Danois sont les plus enthousiastes à propos de ce projet. Leur Parlement a donné son feu vert le 4 mars. Ils sont prompts à en souligner les avantages économiques. Des trajets plus courts entre les deux pays devraient multiplier les opportunités commerciales pour le Danemark. Ce serait même une aubaine pour tous les pays nordiques qui auraient, ainsi, un accès plus rapide au marché de la première puissance économique européenne. Enfin, l’industrie du tourisme en sortirait grandie dans les deux pays puisque les Allemands et les Danois pourrait plus aisément visiter le voisin le temps d’un week-end.

Le Danemark a tout intérêt à être optimiste pour les retombées économiques de ce tunnel. Le pays finance, tout seul, la construction du tunnel. Un chantier évolué à près de 7 milliards d’euros. L’Allemagne ne devrait débourser qu’un peu plus de 2 milliards d’euros pour réaliser les liaisons routières de leur côté de la frontière.

L’île de la discorde

Cette addition très peu équilibrée n’empêche pas l’Allemagne de traîner des pieds. L’accord entre les deux pays pour construire ce tunnel remonte à 2008 et prévoyait un début des travaux en 2016. Mais les autorités allemandes ont fait savoir en septembre 2015 qu’il n’en serait rien et qu’il faudrait attendre encore au moins deux ans avant qu’un éventuel permis de construire soit délivré.

“Au Danemark, on apprend pourtant à tous les écoliers à quel point les Allemands sont dignes de confiance”, s’agace dans le quotidien Spiegel Stig Romer Winther, l’un des responsables de Fermen Belt Development, une structure danoise qui coordonne les projets économiques autour de ce tunnel.

La cause principale de ce retard : 31 000 objections déposées par des Allemands pour s’opposer à ce tunnel. Elles doivent toutes être étudiées. Et même si les autorités passent outre, “il y a 100 % de chances que des plaintes soient ensuite déposées en justice pour empêcher la construction”, assure au Spiegel Reinhard Meyer, ministre des Transports du Land de Schleswig-Holstein.

Qu’est-ce qui a motivié cette avalanche d’objections ? Le sort de la petite île de Fehmarn émeut les Allemands. L’équilibre écologique du lieu, point d’entrée du tunnel, serait menacé, d’après plusieurs ONG de défense de l’environnement. Le chantier prévu y détruirait l’habitat de la faune locale et l’écosystème sous-marin autour de l’île.

La préservation de l’environnement de Fehmarn est une question sensible pour bon nombre d’Allemands : c’est, en effet, une destination touristique très prisée. La construction du tunnel, le trafic et ses inévitables nuisances sonores en gâcheraient le charme. Pour les habitants de Fehmarn, qui tirent 80 % de leurs revenus du tourisme, ce projet d’infrastructure promet des lendemains qui déchantent.

Les craintes concernant une petite île de 185,4 km² peuvent-elle faire capoter le projet de tunnel routier et ferroviaire le plus long du monde ? Elles peuvent, en tout cas, en retarder largement la construction. Selon les autorités du Land de Schleswig-Holstein, le tunnel ne sera pas achevé avant 2027 au plus tôt. D’ici là, l’enthousiasme danois aura le temps de retomber.

Première publication : 31/05/2016