Archive for May 2nd, 2016

La CGT a dénoncé mardi des contrôles “ciblés” de migrants demandés aux contrôleurs dans les bus qui relient Caen à Ouistreham en France, dans le Calvados. La préfecture dément mais fait état de problèmes liés à “l’immigration irrégulière”.

À Caen, dans le Calvados, une traque des migrants s’effectuerait dans les bus. Mardi 3 mai, la CGT de l’entreprise de transports incriminée, Twisto, a dénoncé des contrôles “ciblés” de migrants demandés aux contrôleurs dans les bus qui relient Caen à Ouistreham, dans le Calvados.

Ces contrôles s’effectueraient entre 16 h et 18 h 30 “depuis près de trois mois” par des équipes de quatre à huit contrôleurs, précise un article du site Normandie-actu.

“La direction demande de remplir des tableaux avec la date, l’heure, le ‘nombre de migrants contrôlés’ et ‘le nombre de migrants verbalisés’. Nous avons demandé que cela cesse. La délation ce n’est pas notre mission”, a alerté Thierry Poullenec, de la CGT des retraités des transports.

Outre cette mission, les contrôleurs doivent aussi signaler le lieu précis de squats aperçus le long du parcours du bus. Caen est l’une des localités d’où partent des ferries pour l’Angleterre.

“Cela rappelle les heures les plus sombres de notre histoire”

Ces consignes ont scandalisé certains salariés. “On a été alerté par un salarié choqué de ce qu’il se passait”, raconte Thierry Poullenec. Un mois plus tôt, l’employé en question avait assisté à une opération de comptage : “Cela rappelle les heures les plus sombres de notre histoire et ne relève pas de leur mission”, s’est-il indigné, rapporte Normandie-actu.

Le conseiller municipal d’opposition PS Éric Vève a également dénoncé ces tableaux et la demande sur les squats. Cela “me paraît contrevenir à certains principes fondamentaux de notre droit, et en particulier au nécessaire respect du principe d’égalité de traitement entre les personnes, sans discrimination tenant notamment à la race, l’apparence physique ou l’origine”, a-t-il ajouté.

>> À voir sur France 24 : Un lycée parisien en travaux occupé par des migrants, la Région demande l’évacuation

Interrogé par l’AFP, Bruno Guégan, directeur de Keolis Twisto Caen, à qui l’agglomération a confié les transports en commun, a pour sa part confirmé que de tels tableaux avaient bel et bien circulé. “La CGT et la CFTC nous ayant signalé un afflux de migrants et des problèmes de fraude et d’insécurité, nous avons fait pendant une semaine en mars des relevés de fréquentation et des opérations de contrôles renforcés en présence de la police, mais on contrôlait et on verbalisait tout le monde”, a-t-il assuré. Le terme “migrants” sur le tableau est “une maladresse”. “Les syndicats avaient parlé de migrants, c’est resté”, a-t-il ajouté.

Bruno Guégan a par ailleurs confirmé que la préfecture avait demandé aux contrôleurs de signaler les éventuels squats qu’ils pourraient remarquer. “C’est une demande qui fait suite à l’incendie d’un squat” de migrants à Caen le 25 avril, a-t-il justifié.

Des problèmes liés à “l’immigration irrégulière”

Du côté de Twisto, contactée par France 24, on ne préfère pas s’exprimer.

Quant à la préfecture du Calvados, elle “dément toute injonction aux contrôleurs”, mais fait néanmoins état de problèmes liés à l'”immigration irrégulière” dans l’agglomération. “Des signalements venant des opérateurs de transports publics sont spontanément remontés auprès des forces de l’ordre et traités dans le cadre de la lutte contre la fraude et la délinquance sur les lignes de transports publics”, explique la préfecture dans un communiqué.

“Suite à ces signalements, des contrôles ont été opérés par la police nationale, aidée de la police municipale et de la police aux frontières (PAF) qui avaient signalé la présence d’étrangers en situation irrégulière sur le réseau de transports urbains.” Avant de trancher : “Ces signalements ne peuvent faire l’objet de polémiques et d’instrumentalisation dans ce contexte spécifique”.

Première publication : 03/05/2016

Des centaines d’opposants à la loi travail se sont rassemblés mardi à la mi-journée à Paris et dans les grandes villes de France pour tenter de peser sur le vote des députés qui examinent dans la journée le projet à l’Assemblée.

“Ni amendable ni négociable ! Retrait, retrait de la Loi travail !”, ont scandé des centaines de manifestants rassemblés mardi 3 mai à Paris et dans quelques grandes villes françaises pour protester contre le projet de réforme du travail porté par la ministre du travail Myriam El Khomri.

Le poing levé, brandissant pancartes et banderoles, des salariés, syndicats, jeunes, militants de Nuit debout ont battu le pavé dans l’espoir de peser sur le débat parlementaire qui a débuté ce mardi à l’Assemblée nationale.

“Aux parlementaires de prendre leurs responsabilités”, a lancé Jean-Claude Mailly, numéro un de FO, arborant un badge frappé du seul mot “retrait” lors d’un rassemblement aux Invalides à Paris, tandis que Philippe Martinez (CGT) a promis d’aller “jusqu’au bout”.

L’idée d’une “grève générale et reconductible” était reprise par certains militants, notamment Eric Beynel de Solidaires, et on entendait scander : “Retrait total, grève générale”.

À Paris comme en régions, aucun incident n’avait été signalé en début d’après-midi.

Avec AFP

  • © Rémy Gabalda, AFP

    À Toulouse, comme à Grenoble, Rennes, Strasbourg et Lille, des centaines de personnes ont scandé les mêmes slogans hostiles au texte du gouvernement : “La loi travail on n’en veut pas” ou “c’est pas au patronat de faire la loi, c’est à la démocratie, on est ici”.

  • © Éric Referberg, AFP

    Dans la capitale, la journée a commencé vers 9 h près de l’Assemblée nationale. Une soixantaine de manifestants du mouvement Nuit debout ont investi la chaussée.

  • © Capture d’écran compte Twitter @pmouterde

    Une manifestante grimée d’un nez rouge brandit une pancarte anti-loi du travail, rue Saint-Dominique à Paris, face à un barrage de CRS.

  • © Capture d’écran compte Twitter @BFMTV

    À Rennes, un face-à-face organisé sur les toits oppose manifestants aux forces de l’ordre.

  • © Geoffroy Van Der Hasselt, AFP

    À Paris, des jeunes manifestants brandissent des banderoles proclamant, “Loi travail, on n’en veut pas, on vaut mieux que ça”.

  • © Capture d’écran compte Twitter @pmouterde

    Des étudiants mobilisés contre le projet défendu par Myriam El Khomri se sont rassemblés sur les pelouses des Invalides, à Paris.

Première publication : 03/05/2016

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Après la divulgation, par Greenpeace, d’une partie des négociations sur un accord de libre-échange entre les États-Unis et l’UE, le président François Hollande est monté au créneau, se déclarant hostile au traité à ce “stade des négociations”.

Menaces sur le TTIP. La France est prête à dire “non” au futur traité instaurant une zone de libre-échange commerciale entre les États-Unis et l’Union européenne “en l’état actuel des négociations”, a assuré le président français François Hollande mardi 3 mai. En Allemagne aussi, l’heure est à la critique : le porte-parole des sociaux démocrate du SPD au Parlement européen, Karl Lange a estimé que les points d’achoppement étaient trop importants pour espérer arriver à un accord rapidement.

Greenpeace à de quoi se réjouir : les deux principales locomotives politiques de l’UE tapent sur l’ambitieux projet de libéralisation du commerce transatlantique. Cette levée de boucliers découle de la publication, la veille, de 248 pages des négociations secrètes entre les délégations européennes et américaines par l’ONG de défense de l’environnement.

Grands méchants américains ?

Ces documents démontrent que “les Américains sont en position de force” et tentent de faire “baisser les standards de protection de l’environnement et de protection des consommateurs”, a assuré à France 24 Faiza Oulahsen, responsable du dossier du TTIP pour Greenpeace Hollande, à l’origine de la publication des documents secrets. “La réalité de la négociation sur le TTIP est encore plus sombre que ce qu’on craignait”, résume le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung tandis que Le Monde estime que ces documents soulignent à quel point les États-Unis sont fermés à la négociation.

À la lecture critique des documents publiés, les États-Unis apparaissent comme particulièrement intransigeants et peu à même de comprendre – et a fortiori de tolérer – le sacro-saint principe de précaution à l’européenne. Ils veulent en outre donner aux entreprises un droit de regard sur l’adoption de législations qui pourraient heurter leurs intérêts commerciaux et refuser de reconnaître certaines appellations contrôlées en Europe comme le Parmesan ou le Champagne.

L’Europe de son côté ne parvient pas à avancer ses propres pions commerciaux face à la rigidité américaine. D’où les appels à mettre un terme à ces négociations et abandonner l’idée de créer cet énorme marché commun pour plus de 800 millions de citoyens.

“Mensonge pure et simple”

Cette analyse des détracteur du traité serait une vision très superficielle de la situation, selon plusieurs experts interrogés par France 24. “Dire que nos standards sont menacés est un mensonge pur et simple. Ce ne sont que les négociations et pas encore les positions finales des deux parties”, tient à rappeler Jacques Pelkmans, spécialiste des négociations sur le TTIP au Center for european policy studies (CEPS). “S’il s’agit de dire que les États-Unis ont une autre vision des choses que les Européens sur certains dossiers, c’est vrai, mais cela ne veut pas dire que le point de vue américain va prévaloir au final”, renchérit Sébastien Jean, directeur du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII).

L’intransigeance du camp américain serait avant tout un choix tactique. La fermeté est utilisée “pour savoir jusqu’où l’autre partie est prête à aller, c’est une arme classique des négociations”, assure Jacques Pelkmans. À cela s’ajoutent des considérations américano-américaine : les négociateurs, mandatés par l’État fédéral, sont aussi moins prompts à faire des concessions car ils ne peuvent s’engager pour tous les États américains qui auront le dernier mot sur un certain nombre de points (comme des aspects de l’agriculture).

La France craint un TTIP à minima

Pour ce spécialiste, le seul vrai intérêt de cette fuite de documents est d’avoir accès aux positions américaines. “Les négociateurs américains ont tenté de maintenir un secret absolu pour ne pas dévoiler leur jeu”, souligne-t-il.

Maintenant que les propositions de chacun sont sur la place publique, une chose est claire : “Au delà de l’aspect technique qui consiste pour chaque partie à clarifier ses points de vue, les négociations n’ont que très peu avancé pour trouver un terrain d’entente”, résume Sébastien Jean. Pour des négociations qui ont débuté il y a près de deux ans, c’est un maigre bilan. “Il n’y a pas eu encore d’arbitrage politique qui aurait permis de rapprocher les positions”, précise le directeur du CEPII.

D’où l’exaspération française et le “non” présidentiel. La France craint, en effet, que Barack Obama appuie maintenant sur l’accélérateur pour parvenir à un accord avant la fin de l’année. Le locataire de la Maison Blanche ne veut pas que son successeur soit tenté d’enterrer le projet de TTIP. “Le contexte politique actuel aux États-Unis est hostile à cet accord qui compte beaucoup pour Barack Obama”, rappelle Sébastien Jean. Les deux principaux candidats, Donald Trump et Hillary Clinton se sont montrés enthousiastes à l’idée de signer un accord transatlantique.

Si Washington presse pour aboutir à un traité rapidement, il risque de n’y avoir consensus que sur les points les moins complexes, c’est-à-dire les tarifs douaniers, “ce qui ne serait pas bon pour l’économie française”, note Sébastien Jean. Certains secteurs clés en France, comme l’agriculture et plus spécifiquement l’élevage, risqueraient de pâtir de l’accroissement de la concurrence avec les États-Unis. Le “non” de François Hollande serait donc, selon Sébastien Jean, pour éviter un TTIP à minima. Paris voudrait un traité bien plus ambitieux… n’en déplaise à Greenpeace.

Première publication : 03/05/2016

En procès, en prison ou en exil pour avoir défendu la liberté de la presse dans leur pays, quatre journalistes ont reçu lundi les honneurs décernés aux “héros de l’information” remis par Reporter sans frontières. Portraits.

Des révélations des “Panama papers” à la résistance des journalistes turcs, Reporter sans frontières (RSF) a rendu hommage aux “héros de l’information”, lors de la soirée “Les Combats du journalisme”, qui se tenait lundi 2 mai, au Théâtre du Rond-Point, à Paris. À la veille de la journée mondiale de la liberté de la presse, quatre journalistes ont été particulièrement mis à l’honneur et ont notamment reçu une médaille de la ville de Paris. “Ces médailles vont bien au delà du symbole, s’est réjoui Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, lors de la remise des prix. Elles sont un véritable soutien pour des hommes et des femmes qui parfois risquent leur vie ou leur liberté pour informer leurs concitoyens et qui sont des exemples pour leurs confrères partout dans le monde.” Tour d’horizon de ces journalistes hors du commun.

Can Dündar, journaliste turc qui défie Erdogan

Can Dündar, directeur de la publication du quotidien turc laïc et progressiste Cumhuriyet, encourt la prison à vie pour “espionnage”. “Si vous êtes journaliste en Turquie, aller en prison fait partie de votre plan de carrière”, a-t-il ironisé lors d’une conférence de presse, dénonçant le “climat de peur propagé par le régime (du président Recep Tayyip) Erdogan parmi les journalistes”.

Farouche opposant du régime islamo-conservateur, ce documentariste et auteur de livres à succès de 54 ans est accusé, avec Erdem Gül, son chef de bureau à Ankara, d'”espionnage” et de “divulgation de secrets d’État” pour avoir publié un article sur des livraisons d’armes par les services secrets turcs à des islamistes en Syrie. Libéré fin février grâce à une large mobilisation internationale après plus de trois mois de détention, son procès est en cours.


Can Dündar, directeur de la publication du quotidien turc laïc et progressiste Cumhuriyet, encourt la prison à vie en Turquie. © Capture d’écran France 24

Antoine Kaburahe, journaliste burundais exilé en Belgique

Antoine Kaburahe, 47 ans, est le directeur de l’hebdomadaire privé Iwacu, dernier média indépendant à paraître au Burundi après la fermeture forcée des radios du pays sur ordre du président Pierre Nkurunziza. C’est aussi le média le plus lu de la capitale burundaise. Féru d’actualité et d’écriture, il a dû fuir son pays pour des raisons de sécurité et vit aujourd’hui exilé en Belgique depuis la tentative de putsch de mai 2015, au cours de laquelle les autorités ont refusé de distinguer les putchistes des journalistes qui continuaient d’informer la population sur la situation politique du pays.


Antoine Kaburahe est le directeur du dernier hebdomadaire indépendant au Burundi. © Jennifer Huxta, AFP

Narges Mohammadi, journaliste prisonnière des geôles iraniennes

Narges Mohammadi, journaliste iranienne et militante pour le respect des droits humains, est emprisonnée depuis mai 2015 en Iran. Elle est accusée de “diffusion de propagande contre le régime” et de “rassemblement et collusion en vue de commettre des infractions compromettant la sécurité nationale”. Cette proche collaboratrice de Shirin Ebadi (Prix Nobel de la paix 2003), porte-parole du Centre des défenseurs des droits de l’Homme, n’a pas vu ses enfants ni son mari depuis huit mois. Malgré de graves problèmes de santé, elle n’a pas été autorisée à recevoir les soins nécessaires, contre l’avis des médecins. Son procès est prévu pour le 20 avril 2016 après avoir été reporté plusieurs fois ces derniers mois sans aucune explication.


Narges Mohammadi, journaliste iranienne, est retenue en prison alors que son état de santé ne lui permet pas. © Mehri Behrouz, AFP

Lotfullah Najafizadeh, patron d’une télévision afghane, cible des Taliban

Lotfullah Najafizadeh est le directeur de Tolo News, chaîne de télévision afghane lauréate du Prix RSF 2005. Il a été victime d’un attentat-suicide en janvier 2016, commis par les Taliban, qui avaient qualifié la chaîne de “cible militaire” quelques mois plus tôt. Avec son siège à Kaboul, et forte d’une équipe de 100 personnes, Tolonews est l’une des rares sources d’information fiables en Afghanistan.

L’Afghanistan, la Turquie, le Burundi et l’Iran figurent respectivement aux 120e, 151e, 156e et 169e places du Classement mondial de la liberté de la presse 2016 établi par RSF.

Première publication : 03/05/2016

Après plusieurs semaines de contestation dans la rue, c’est dans l’Hémicycle que sera débattue la Loi travail. Les débats s’annoncent interminables après le dépôt de près de 5 000 amendements et tant certaines mesures divisent.

La bataille s’annonce épique. Après plusieurs semaines de contestation dans la rue et par médias interposés, le projet de loi “visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs”, dite loi El Khomri, est examiné à partir de ce mardi 3 mai par l’Assemblée nationale.

Pendant deux semaines, jusqu’au vote prévu le 17 mai, les députés français, qui ont déjà annoncé la couleur en déposant près de 5 000 amendements, s’affronteront pour remodeler un texte controversé et déjà retouché par le gouvernement et amendé par la commission des affaires sociales, début avril.

Lundi le rapporteur de la loi, Christophe Sirugue (PS), estimait qu’il manquerait près de 40 voix à gauche pour que la loi soit adoptée, tandis que la droite et le Medef jugent que le texte a été vidé de sa substance par rapport à sa première version.

Tout indique que le gouvernement devra faire de nouvelles concessions pour obtenir une majorité. À moins qu’il n’opte pour l’article 49.3 de la Constitution qui permet au Premier ministre d’engager sa responsabilité pour imposer sa volonté au Palais Bourbon, même si ce n’est pas un “choix privilégié” indiquait mardi matin Manuel Valls .

Bataille annoncée autour de la question des licenciements économiques

Primauté de l’accord d’entreprise en matière de temps de travail, référendums d’entreprises, nouvelles modalités pour les licenciements économiques ou encore la création d’un compte personnel d’activité, le texte porté par la ministre du Travail, Myriam El Khomri, comporte 54 articles.

Une des mesures qui cristallise une grande partie des critiques concerne les motifs de licenciements économiques. Selon leur taille, les entreprises devront justifier de un à plusieurs trimestres de baisse de leurs commandes ou de leur chiffre d’affaires par rapport à l’année précédente pour recourir au licenciement économique. En outre, l’article 30 du projet de loi entend ramener au seul territoire français, et non plus au niveau international, la question du périmètre d’appréciation des difficultés rencontrées par les groupes, qu’ils soient français ou étrangers.

Si, de son côté, la ministre du Travail, Myriam El Khomri, “ne ferme pas la porte à des évolutions”, les discussions sur ces points s’annoncent délicates dans l’Hémicycle, d’autant plus que le rapporteur Christophe Sirugue est lui même opposé à la réduction du périmètre géographique et plaide pour un retour au périmètre international ou européen. Dans une tribune publiée par Libération, neuf députés PS, proches de la maire de Lille Martine Aubry, ont d’ores et déjà manifesté leur rejet des critères choisis par le gouvernement pour justifier un licenciement économique.

Ces derniers ont également réclamé que le contenu du Compte personnel d’activité (CPA), une mesure présentée comme une grande réforme sociale du quinquennat par le gouvernement, soit étoffé. Le CPA est destiné à rassembler tous les droits liés au travail, quel que soit le statut du titulaire, afin qu’ils le suivent tout au long de sa carrière, même en cas de chômage, de changement d’emploi ou s’il a fait valoir ses droits à la retraite.

En outre, la loi El Khomri entend donner une place centrale à la négociation collective. C’est-à-dire développer les accords entre employeurs et syndicats, en permettant aux salariés de se prononcer par référendum sur des accords signés par des syndicats ayant récolté au moins 30 % des voix lors des élections professionnelles. Le résultat du vote s’imposerait alors à tous – en cas de majorité exprimée. Cette mesure est fortement contestée par certains syndicats, comme l’Unsa, qui dénoncent “une forme d’opposition à la démocratie représentative qui relèverait d’une logique dangereuse et contre-productive”. Là encore, le rapporteur de la loi se dit “très réservé”.

La surtaxation des CDD, autre pomme de discorde

Nul doute que la mesure concernant les accords “offensifs” sera elle aussi âprement débattue. Le projet de loi veut autoriser les entreprises à ajuster leur organisation pour “préserver ou développer l’emploi”. L’accord majoritaire signé au sein d’une entreprise entre syndicats et patronnat primera sur le contrat, y compris en matière de rémunération et durée de l’embauche. À condition que la rémunération mensuelle du salarié ne soit pas diminuée. Les salariés refusant un tel accord feront l’objet d’un licenciement individuel pour motif économique.

Les “frondeurs” du PS ont prévenu qu’ils étaient décidés, selon le député Laurent Baumel, à “mettre le paquet” sur les accords “offensifs”. Ainsi que sur la primauté donnée aux accords d’entreprise en matière de durée du travail, qui reste fixée à 35 heures, mais qui pour des aménagements peuvent être modifiés par un accord d’entreprise en cas d’activité accrue ou pour des motifs liés à des questions d’organisation.

Enfin, la question de la surtaxation obligatoire des CDD fait elle aussi polémique alors qu’elle ne figure même pas dans le texte de la loi. C’est le Premier ministre, Manuel Valls qui, après sa rencontre avec les syndicats étudiants le mois dernier, avait indiqué que le gouvernement ajoutera cette proposition via un amendement, non sans s’attirer l’ire du patronat. Là aussi, Christophe Sirugue a prévenu qu’il était “hors de question” de soutenir une telle mesure, tout en préconisant de “laisser ça à la main des partenaires sociaux”.

Première publication : 03/05/2016

Cinq ans après son arrestation, l’ancienne star de la police lyonnaise Michel Neyret a comparu lundi devant le tribunal correctionnel de Paris pour corruption et trafic de stupéfiants. “Je me suis laissé déborder par la situation”, a-t-il expliqué.

Lors de son arrivée au tribunal correctionnel de Paris, où il est jugé depuis lundi pour corruption et trafic de stupéfiants aux côtés de huit autres prévenus, l’ex-numéro 2 de la PJ de Lyon Michel Neyret arborait un sourire, puis il s’est engouffré dans la salle d’audience sans faire de commentaire.

Son avocat, Me Yves Sauvayre, a cependant assuré que son client était “combatif” et impatient d’en finir avec cette affaire. “Il est raisonnablement optimiste”, a-t-il ajouté.

“Je me suis laissé déborder par la situation”

Au premier jour d’audience, lundi 2 mai, le président du tribunal Olivier Geron est entré dans le vif du sujet en évoquant les relations du policier et de ses indics. Celui qui dirigea durant 20 ans la prestigieuse brigade antigang de Lyon est soupçonné d’avoir accepté des séjours de luxe et cadeaux en échange de renseignements et de services, ainsi que de s’être procuré ou d’avoir tenté de se procurer du cannabis provenant de saisies pour rétribuer des informateurs.

À la barre, Michel Neyret a raconté s’être “jeté à corps perdu dans une politique de renseignement pour infiltrer le milieu et décrocher des flagrants délits” lorsqu’il était patron de l’antigang. Il a aussi justifié avoir conservé ses propres indicateurs après être devenu numéro 2 de la PJ, même s’il n’était plus sur le terrain, en raison de “sa relation personnelle” avec eux. “Je devais leur démontrer qu’ils pouvaient avoir confiance en moi. C’est vrai qu’il m’est arrivé de leur fournir des informations”, a-t-il admis, tout en assurant n’avoir “jamais rien fait” pour entraver une enquête.

Questionné par le président sur son étrange relation avec les “indics” visés dans la procédure, qui n’étaient pas inscrits sur le fichier national des informateurs de police, avec lesquels il s’affichait pendant les vacances ou dont il empruntait les voitures de luxe, le policier a concédé “des imprudences”. “Je pensais à l’époque maîtriser les choses. Je n’ai pas fait preuve de professionnalisme dans leur gestion, d’une approche intelligente, je me suis laissé déborder par la situation”, a-t-il expliqué. Le superflic concède ainsi des défaillances, mais se défend de toute malhonnêteté.

Une peine de dix ans de prison

Sa position ne risque pas d’être contredite par ses présumés corrupteurs, deux des trois membres du milieu lyonnais au centre du dossier étant absents au procès. Seul Cyril Astruc s’est présenté lundi à l’audience. Stéphane Alzraa est en fuite et le tribunal n’a pu que constater l’absence de Gilles Benichou. Ils sont représentés par leurs avocats. Parmi les autres prévenus se trouvent également son épouse Nicole, trois de ses anciens subordonnés, Christophe Gavat, Jean-Paul Marty et Gilles Guillotin, et un avocat, Me David Metaxas.

Pendant ses 32 ans de carrière, le policier, adulé de ses équipes et de ses supérieurs, a multiplié les performances dans des enquêtes sensibles visant des braqueurs, trafiquants de drogues ou terroristes qui ont bâti sa légende et lui ont valu la Légion d’honneur.

Une réputation qui a volé en éclats le 29 septembre 2011, lorsqu’il a été interpellé à son domicile avec sa femme par la police des polices, après des écoutes réalisées dans le cadre d’une enquête sur une saisie de drogue en région parisienne. Mis en examen pour corruption, il sera écroué huit mois avant d’être révoqué de la police et mis à la retraite. Aujourd’hui poursuivi pour huit délits dont corruption et trafic d’influence passifs et détournement de scellés de stupéfiant, il encourt 10 ans de prison et 7,5 millions d’euros d’amende

Avec AFP et Reuters

Première publication : 03/05/2016