Archive for May 17th, 2016

Une voiture de police a été attaquée puis incendiée, mercredi, à Paris, par des individus masqués en marge de la manifestation contre “la haine anti-flics”. Une vidéo postée sur YouTube montre la violence de l’agression.

Les images de l’attaque de la voiture de police débutent à 3:25 sur la vidéo ci-dessus.

Attention les images peuvent être choquantes.

Pour voir la vidéo sur les mobiles, cliquez ici.

Suite à l’attaque de la voiture de police, mercredi 18 mai, quatre hommes ont été interpellés et placés en garde à vue, a indiqué le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, tout en précisant que “d’autres interviendront”.

Deux sont âgés de 19 ans et un troisième a 21 ans, selon les informations de l’AFP.

Alors même que des policiers manifestaient à la mi-journée contre la “haine anti-flics” à Paris, une contre-manifestation interdite s’est tenue contre les “violences policières”.

Première publication : 18/05/2016

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Un rapport d’une ONG américaine, rendu public mercredi, conclut qu’au-delà des considérations morales, l’Europe, qui fait face à un afflux de réfugiés sans précédent, peut bénéficier de cette immigration sur le plan économique.

L’accueil des réfugiés n’est pas qu’une question humanitaire. La solidarité est aussi louable… en termes économiques. Un nouveau rapport, publié, mercredi 18 mai, par l’ONG américaine d’aide aux réfugiés Tent conclut que “chaque euro dépensé à accueillir des demandeurs d’asile peut en rapporter deux en cinq ans”.

Philippe Legrain, auteur de l’étude et ancien conseiller économique de l’ex-président de la Commission européenne José Barroso, développe cette affirmation tout au long des 77 pages d’un document qui complète des prévisions déjà émises par le Fonds monétaire international (FMI) et le célèbre Brooking Insitute américain. Autant de voix qui prennent le contre-pied des arguments de mouvements hostiles à l’accueil des réfugiés comme Pegida en Allemagne ou le Front national en France.

Entre 8 000 et 12 000 euros par réfugié

Certes, analyse le rapport, assurer des conditions de vie décentes à ces immigrants à un coût. D’après les calculs de l’auteur, les États européens dépensent entre 8 000 euros et 12 000 euros en un an par réfugié. Le FMI estime que le soutien financier aux demandeurs d’asile va alourdir la dette des pays de l’Union européenne (UE) de 68,8 milliards d’euros d’ici à 2020. Mais sur la même période, d’après l’institut international, ils feront grimper le PIB européen de 126,6 milliards d’euros.

Le solde se révèle donc positif. La principale raison en est, d’après le rapport, que les réfugiés donnent un coup de pouce immédiat à l’un des moteurs les plus en panne de l’économie européenne : la consommation. Mais ce n’est pas le seul apport : les nouveaux venus sont aussi souvent bien plus entreprenant que les indigènes. Au Royaume-Uni, une entreprise sur sept à été fondée par un immigrant qui est “deux fois plus susceptible de créer sa propre activité que les résidents nationaux”, souligne une étude de l’institut britannique Centre for Entrepreneurs de 2015.

Les nouveaux arrivants, souvent jeunes, sont aussi une chance démographique pour des pays européens vieillissant. C’est particulièrement flagrant en Allemagne où ces nouveaux actifs peuvent contribuer, grâce aux impôts, à sauver un système de retraite qui n’aurait, sinon, pas tenu le choc du vieillissement de la population.

Des nationaux mieux payés

Ils ne menacent pas non plus le gagne pain des travailleurs locaux, assure l’auteur du rapport. Ces réfugiés se retrouvent dans un premier temps contraints à exercer les métiers socialement les moins gratifiants, ce qui poussent les ressortissants des pays d’accueil à se former à des professions nécessitant davantage de qualification… et mieux payées.

En théorie, l’arrivée massive de réfugiés à laquelle l’Europe assiste depuis plus d’un an est censée améliorer la mobilité professionnelle et le niveau de revenu des travailleurs locaux. En pratique, c’est déjà ce qui s’est passé en Turquie, constate Philippe Legrain. Une étude conjointe menée par la Banque mondiale et le Boston college en 2014 a mis en lumière que les réfugiés syriens en Turquie avaient pris la place de bon nombres de femmes dans l’agriculture, où elles servaient souvent de petite main. Ces dernières ont alors pu chercher des emplois plus qualifiés et le niveau de vie des femmes s’est alors amélioré, conclut cette note publiée par la Banque mondiale.

Mais ce scénario économique idéal ne fonctionne qu’à une condition : “l’Europe doit prendre des mesures pour accélérer l’intégration des demandeurs d’asile et leur permettre d’avoir accès au marché du travail au plus vite”, écrit Philippe Legrain. Une approche qui n’a, actuellement, pas politiquement le vent en poupe sur le Vieux Continent.

Première publication : 18/05/2016

Les policiers français ont manifesté mercredi dans les grandes villes de France, dont Paris, pour dénoncer la montée “d’un sentiment anti-flics”. À quelques centaines de mètres de leur rassemblement parisien, un de leurs véhicules été incendié.

Les policiers français ont manifesté, mercredi 18 mai, contre leurs conditions de travail et les violences à leur encontre. En marge du rassemblement des forces de l’ordre pour dénoncer la “haine anti-flics”, une contre-manifestation était prévue au même endroit, au même moment, par le collectif “Urgence, notre police assassine”.

Si le rassemblement a été interdit par la préfecture de Paris du fait de “risques importants de troubles graves à l’ordre public”, quelque 300 personnes se sont néanmoins rendues place de la République, en fin de matinée.

“Personne, personne, n’aime la police!”, crient les contre-manifestants #Republiquepic.twitter.com/0wHguPaL21

— Charlotte Boitiaux (@chaboite) 18 mai 2016

Certains manifestants portaient de faux pansements ensanglantés sur le visage en signe de soutien au jeune homme de 19 ans qui a perdu un œil, fin avril, à Rennes, à la suite d’un affrontement avec les forces de l’ordre.

“On porte un faux pansement en solidarité avec les victimes des violences policières” #republique#manifpolicepic.twitter.com/xkVOLOsVuV

— Charlotte Boitiaux (@chaboite) 18 mai 2016

La manifestation a rapidement dégénéré. Aux cris de “Flics, porcs, assassins” ou “Tout le monde déteste la police”, ils ont été repoussés vers l’extérieur de la place par un imposant dispositif de sécurité, les forces de l’ordre tirant des gaz lacrymogènes.

Un groupe d’une quinzaine d’individus a ensuite incendié une voiture de police non loin de là avec un cocktail Molotov, après la sortie précipitée des deux policiers qui se trouvaient dans le véhicule. Devant l’épave carbonisée, des inconnus ont déposé une pancarte : “Poulets rôtis, prix libre”. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour tentative d’homicide volontaire.

Contre-#manifpolice : une voiture policière caillaissée et incendiée. Les policiers blessés. pic.twitter.com/hyayJtTQK8

— Yann Thompson (@yannthompson) 18 mai 2016

Première publication : 18/05/2016

Dans plusieurs villes de France, les forces de l’ordre ont manifesté, mercredi, à l’appel de leurs syndicats pour dénoncer la “haine anti-flics”. À Paris, ils étaient des centaines rassemblés sur la très symbolique place de la République.

C’est une première. Et elle a eu lieu sur la très symbolique place de la République, à Paris. Environ 500 policiers ont manifesté, mercredi 18 mai, dans la capitale française pour dénoncer la “haine anti-flics” en marge de la mobilisation contre la Loi travail. Tous se sont dits victimes d’une violence de plus en plus caractérisée à leur encontre.

>> À lire aussi : “Une voiture de police incendiée en marge de la manifestation

“Depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, la délinquance anti-flics a changé de visage. Elle est plus violente. Aujourd’hui, faire notre boulot correctement est presque devenue une mission impossible”, explique à France 24, Sandrine, une policière de 39 ans, qui travaille dans le Val-de-Marne, en région parisienne.

Beaucoup de drapeaux du syndicat Alliance (droite) #manifpolice#republiquepic.twitter.com/zM3ZrXnkbo

— Charlotte Boitiaux (@chaboite) 18 mai 2016

Pour elle, comme pour de nombreux policiers présents ce mercredi, les coups, les crachats, les insultes sont devenus monnaie courante. “Vous savez, nous avons de plus en plus de démissions, de mises en disponibilité… Nous sommes lassés, fatigués…”, ajoute-t-elle.

“Maintenant, les flics sont perçus comme des délinquants. C’est dingue !”, s’insurge également Bruno Mercier, un policier qui défile sous la bannière CGT.

“On laisse faire les casseurs”

À travers ces témoignages, les policiers pointent surtout la présence quasi-systématique de “casseurs” lors des récentes manifestations contre la Loi travail. “Un policier nous disait qu’ils avaient à faire à des bandes de casseurs organisées qui arrivaient dans les cortèges avec des armes de plus en plus dures et avec des stratégies de combat”, raconte James André, un des envoyés spéciaux de France 24.

Une vidéo vantant les mérites de la #police diffusée à #republique. On y parle de fraternité… pic.twitter.com/nwRMV7vF1H

— Charlotte Boitiaux (@chaboite) 18 mai 2016

“Je n’ai jamais vu ça”, a déclaré de son côté Arnaud, CRS depuis vingt ans. “Les ‘casseurs’ […] sont parfaitement organisés, ils ramassent tout ce qu’ils trouvent et nous canardent. Sans piller, pour casser et casser du flic”.

Sur un écran géant placé au milieu de la place de la République, une vidéo montrant des vitrines brisées, des véhicules en feu, et de policiers blessés est projetée devant la foule, presque silencieuse. On y lit notamment que les Français sont “des millions à soutenir la police”, que les casseurs ne sont qu’une “minorité à détester [la police]”. Selon les autorités, plus de 350 membres des forces de l’ordre ont été blessés depuis le début des manifestations contre la loi El Khomri il y a plus de deux mois.

“Il est bien fini l’esprit du 11 janvier”

Applaudie au lendemain des attentats, la police jouit pourtant d’une “image exceptionnelle” : 82% des Français en ont une bonne opinion, selon un sondage Odoxa pour Le Parisien. Mais dans les rangs de la police, ce mercredi, le sentiment est bien différent. “La sympathie envers nous n’a duré que quelque temps. Il est bien fini l’esprit du 11 janvier”, déplore un jeune policier de 25 ans, qui manifeste sous la bannière du syndicat Alliance (droite). “On est traqués par les vidéos amateur. On voit partout des images choc, sorties de leur contexte, qui donnent souvent une mauvaise information”.

La police filme les manifestants #republique#manifpolicepic.twitter.com/hOLdkAUMQD

— Charlotte Boitiaux (@chaboite) 18 mai 2016

Les forces de l’ordre ont notamment été mises en cause après qu’un jeune homme a perdu l’usage d’un œil, fin avril à Rennes, et une trentaine d’enquêtes de la “police des polices” (IGPN) ont été ouvertes.

“On a du mal à faire notre boulot correctement. On est hyper surveillés, hyper hiérarchisés. Vous croyez quoi ? Nous ne sommes jamais impunis quand il y a des violences policières : au contraire, on se prend beaucoup de blâmes et de sanctions”, explique Sandrine, la policière du Val-de-Marne.

Soutien de l’exécutif attendu

En province, 70 agents se sont rassemblés à Besançon pour dire que les policiers ne sont pas “des brutes sauvages et sanguinaires”, près de 150 à Metz, 200 à Marseille et Bordeaux, où un manifestant brandissait une pancarte “je suis gardien de la paix, pas gardien de la guerre”, ou encore 300 à Nantes. D’autres contre-manifestations ont été interdites, notamment à Lyon.

Le gouvernement a ostensiblement affiché sa solidarité avec les policiers. François Hollande leur a apporté, mercredi, en Conseil des ministres, un “soutien très clair”, “dans un contexte difficile”. “S’en prendre à eux, c’est s’attaquer à nous tous”, a tweeté Manuel Valls.

Policiers et gendarmes protègent chaque jour citoyens et institutions. S’en prendre à eux, c’est s’attaquer à nous tous. #AvecNosPoliciers

— Manuel Valls (@manuelvalls) 18 mai 2016

Avec AFP

Première publication : 18/05/2016

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Accusé de promouvoir des contenus pro-démocrates, le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, reçoit, mercredi, des personnalités influentes du camp des conservateurs américains pour tenter de les rassurer sur la neutralité politique du réseau social.

Mark Zuckerberg a invité, mercredi 18 mai, au siège de Facebook le très conservateur et ex-présentateur vedette de Fox News, Glenn Beck, un conseiller du candidat populiste à l’élection américaine Donald Trump et d’autres poids lourds de la droite américaine. Il leur déroule le tapis rouge pour “discuter de la meilleure manière de s’assurer que Facebook reste aussi ouverte que possible” à toutes les opinions.

Le roi des réseaux sociaux s’est résolu à ce tête-à-tête après plus d’une semaine d’intenses polémiques et la mise en place d’une demande d’information au Sénat américain au sujet d’un éventuel parti pris de Facebook pour les démocrates. Les républicains sont d’autant plus prompts à dénoncer un crime de lèse-démocratie que la campagne des primaires pour l’élection présidentielle américaine bat son plein.

Fi de Breitbart et Drudge Report

Mark Zuckerberg s’est transformé, à son corps défendant, en nouvel ennemi public numéro 1 de la droite américaine à la suite de confessions d’un sous-traitant du réseau social. C’est l’aveu d’un journaliste ayant travaillé pour la section “sujets tendances” du fil d’actualités, qui a mis le feu aux poudres médiatiques, le 9 mai. Il assurait que le choix des articles promus n’était pas seulement le fait d’un algorithme, mais que des journalistes y participaient et qu’ils avaient comme directive de faire peu de cas de sources d’informations de droite, telles que les sites Breitbart et Drudge Report.

Cette accusation “colle parfaitement avec le discours des conservateurs qui affirment que les médias sont tous de libéraux”, souligne le site Slate. Facebook a eu beau nier qu’un tel parti pris existait, la polémique n’a pas cessé de prendre de l’ampleur. Le réseau social a ainsi été accusé, après de nouvelles affirmations du même sous-traitant, d’avoir créé de toutes pièces et manuellement l’engouement médiatique pour le mouvement “Black lives matters”, le mouvement de colère des Afro-Américains qui a suivi les violences policières. Selon l’ancien sous-traitant, le sujet n’aurait pas été “populaire” si l’algorithme de Facebook avait eu le dernier mot. Donald Trump s’est empressé de prendre ces affirmations pour argent comptant et a dénoncé un comportement “terrible” de la part de Facebook.

Facebook, un ami qui vous veut du bien

Face à cette levée de bouclier des conservateurs, le camp démocrate a fait profil le plus bas possible. Aucun de ses représentants n’a pris la défense de Facebook. L’idée que cette plateforme ne soit pas neutre et qu’il y ait d’autres forces que purement technologiques à l’œuvre dans le choix des sujets mis en avant les effraient aussi. Le réseau social est devenu un acteur incontournable du paysage médiatique. “Facebook veut faire croire qu’il n’est qu’une plateforme technologique, mais la réalité est que le site joue un rôle d’information pour un public tellement vaste qu’il peut être considéré comme prescripteur”, rappelle le Columbia Journalism Review. C’est là que le bât blesse aussi pour les démocrates : les amis comme Facebook (si tant est que les accusations soient fondées) sont précieux tant qu’ils vous veulent du bien…

Première publication : 18/05/2016

En France près de 20 000 personnes sont fichées pour islamisme radical. Le psychanalyste Fethi Benslama, qui publie “Un furieux désir de sacrifice. Le surmusulman”, explique les ressorts psychologiques de ce basculement dans le radicalisme.

C’est une approche novatrice, voire iconoclaste. Alors que la radicalisation a toujours été analysée sous le prisme des sciences sociales et de la géopolitique, le psychanalyste Fethi Benslama, qui publie “Un furieux désir de sacrifice. Le surmusulman” (Seuil, 2016), propose d’appréhender l’engagement des jeunes dans l’islamisme et le jihadisme à travers la dimension psychologique et l’inconscient. En ressort ainsi la figure du “surmusulman”, un musulman tourmenté par l’idée de n’être “pas assez musulman” et prêt à mourir en martyr pour donner un sens à sa vie. Une analyse passionnante qu’a développée l’auteur dans un entretien accordé à France 24.

France 24 : Qu’est-ce que le surmusulman et comment est née cette notion ?

Fethi Benslama : C’est le croisement de mon expérience clinique pendant 15 ans dans un service de protection de l’enfance de Seine-Saint-Denis et de mes recherches sur l’islamisme. À partir de la fin des années 1980, j’ai rencontré beaucoup de jeunes, qui, comme on le dit aujourd’hui, se radicalisaient. À l’époque, on parlait davantage d’intégrisme, de fanatisme. Au cours des années 1990, j’ai vu comment est apparu de plus en plus le besoin de manifester son adhésion à l’islam sur les corps, dans les attitudes, dans les habillements. Ce besoin correspondait à un sentiment de culpabilité profond : ces jeunes ne se sentaient pas suffisamment musulmans. Ces manifestations pour apparaître comme un musulman hyper fidèle ne pouvaient provenir que de reproches intérieurs d’infidélité ; aussi, devenir plus musulman que le musulman était une lutte contre ce sentiment de défection par rapport à la religion. À ce moment-là, je n’appelais pas ces jeunes des “surmusulmans” mais des enthousiastes (étymologiquement cela veut dire “avoir le Dieu en soi”).

Il faut rappeler que les années 1990 ont été marquées par la première guerre du Golfe, la guerre en Bosnie, la persistance du conflit israélo-palestinien. La dimension géopolitique joue un rôle important dans l’installation d’un sentiment d’injustice : beaucoup de musulmans se percevaient, sur le plan international et en France même, là où ils vivaient, comme victimes du racisme et des discriminations. L’islamisme, à travers les prédicateurs, développait ces idées : la défection des musulmans par rapport aux idéaux de l’islam, la trahison de leur identité. Pour eux, il n’y avait qu’une solution : développer la puissance religieuse de l’islam dans une surenchère qui affecte tous les aspects de la vie. Les attentats de janvier 2015 m’ont amené à user de ce terme de “surmusulman” que j’avais gardé en réserve pour qualifier cette tendance excessive de religiosité, où tout devient religieux.

Pourquoi tant de jeunes sont-ils attirés par le jihadisme ?

Les deux tiers des “radicalisés” ont entre 15 et 25 ans, autrement dit, la période du passage de l’adolescence [à l’âge adulte]. À l’époque contemporaine, l’adolescence tend à commencer de plus en plus tôt et à se terminer de plus en plus tard, dans la vingtaine. C’est un moment de transition difficile. Elle est marquée par une quête des idéaux, par le désir de se transformer et de changer la société, par des fantasmes héroïques. Il faut avoir à l’esprit que cette quête des idéaux se trouve aujourd’hui face à un vide, depuis la fin des grandes utopies qui promettaient un avenir radieux. Or, l’islamisme sous sa forme la plus radicale est une utopie totale avec une dimension guerrière qui est le jihadisme. Lorsque certains jeunes en difficulté rencontrent l’offre de radicalisation, ils s’en saisissent comme une issue de secours par le haut. Ils se sentent porteur d’une mission, ils deviennent les défenseurs d’une cause sacrée, prêts à se transformer en héros. La radicalisation apparaît pour beaucoup d’entre eux comme un traitement miraculeux de leurs problèmes, un traitement qui donne sens à une vie qui n’en avait pas, qui partait à vau-l’eau.

Cette dimension de la radicalisation n’a pas été perçue. On a tenu des raisonnements très généraux d’ordre sociologique, sur l’idéologie de Daech ou d’Al-Qaïda sans se soucier de la réalité de ces jeunes, de leur état psychologique. Il ne s’agit pas de les excuser car ils sont responsables de leur choix, mais de comprendre les ressorts qui conduisent à la radicalisation pour pouvoir la prévenir et mettre en place des dispositifs qui permettent à certains jeunes d’en sortir. La géopolitique est elle aussi à prendre en compte, car le fait qu’il y ait des guerres au Moyen-Orient a créé des points d’appel à devenir un combattant et à se sacrifier.

Ces jeunes n’ont-ils pas peur de mourir ?

La mort est la suite logique d’un engagement total. On s’étonne devant le désir de mourir de ces jeunes, mais il y a 200 000 tentatives de suicide en France, 10 000 personnes mettent fin à leurs jours, dont 1 000 jeunes. Le désir de mourir n’est pas si exceptionnel. Certains jeunes radicalisés convertissent leurs pulsions suicidaires en autosacrifice. La vie dans ce monde leur paraît sans valeur, au regard de la promesse d’un autre monde merveilleux dans l’au-delà où il n’y a plus de frustration et où la jouissance est sans limites. D’ailleurs, l’idéologie islamiste a changé la notion de martyre. Avant les années 1970, elle correspondait dans la tradition de l’islam au statut de celui qui rencontre la mort en combattant. Il y a eu un remaniement complet de cette conception par le Hezbollah. Le martyre est devenu quelque chose de désirable. C’est ce qui a permis de conditionner des jeunes pour commettre des attentats-suicides. Mais parmi les jeunes jihadistes, il n’y a pas seulement ceux qui veulent mourir. Il y a aussi les délinquants qui sont en proie au sentiment de culpabilité. Le délinquant pense trouver dans l’engagement radical le moyen d’effacer son passé et, pour certains, de pouvoir continuer leurs actes criminels sous ouvert de l’autorité de Dieu, c’est-à-dire devenir un tueur légitime. Mais les sentiments altruistes de défense des victimes de l’oppression et de la guerre existent aussi. Le jihadisme n’est pas un bloc homogène, c’est une condensation de plusieurs motifs et de nombreux facteurs.

Pourquoi réfutez-vous le terme de “déradicalisation” ?

La notion de “radicalisation” s’est imposée à partir de 2001 pour décrire les extrémismes, y compris non religieux. Mais, le terme “radical” signifie “la racine”. Dans mon expérience clinique, les jeunes que j’ai rencontrés étaient souvent des déracinés et cherchaient dans la radicalisation religieuse un enracinement. Parler de “déradicalisation” équivaut à une proposition de nouveau déracinement. Qui peut accepter cela ? L’aide que l’on peut apporter à un jeune pour sortir de la radicalisation ne peut pas consister à vouloir le faire tourner dans le sens contraire. Le lavage de cerveau est un mensonge. Je pense qu’il faut abandonner le mot de “déradicalisation”. Le Premier ministre Manuel Valls lui-même parle de contre-radicalisation et d’insertion. Les centres qui vont être créés sont des centres d’insertion et de citoyenneté. Cela veut dire que l’on donne une autre chance aux personnes qui ont pris cette voie, on les aide à retrouver leur place dans la société, lorsqu’ils n’ont pas commis de violence. Il y aura une prise en charge au long cours avec une aide psychologique. Il s’agit de leur permettre de se reconstruire, en retrouvant leur singularité, car le fanatique est une sorte d’automate religieux qui parle comme un perroquet. Il faut donc reprendre avec eux le fil de leur histoire, les considérer comme des gens responsables et pas comme des victimes.

Peut-on en conclure que les jihadistes peuvent se réinsérer socialement ?

Les jihadistes, c’est un autre problème. Les jeunes qui sont au début du processus de radicalisation ou qui n’ont pas franchi le stade de la violence, peuvent se ressaisir. Mais il faut rester modeste, on ne pourra pas sortir tout le monde de cette voie. Le modèle de l’aide que l’on peut apporter n’est pas stabilisé. Il va se construire avec l’expérience. Quoi qu’il en soit, il faut considérer ces jeunes comme responsables et capables d’intelligence et non pas comme des “gogos” pour reprendre le terme de Boris Cyrulnik [psychiatre français, auteur de “Ivres paradis, bonheurs héroïques”, NDLR]. Il faut respecter l’homme qui s’est fourvoyé et l’ennemi, ne pas les considérer comme des naïfs ou des imbéciles. Même si nous condamnons cet engagement, il ne faut pas réduire les radicalisés à des fous. Si on traite les gens comme des fous, ils le deviennent encore plus. Il faudra aussi une réflexion juridique sur le statut de cette aide. Sur quelle base va-t-on admettre les gens dans ces centres ? Pour le premier centre, il s’agira de volontaires. Mais après ?

Vous affirmez que le monde musulman ne sera pas religieux à la fin du XXIe siècle. Or, la tendance est plutôt inverse actuellement…

Parmi les raisons qui ont donné à la religion cette place dans le monde musulman, il y a d’abord une crise majeure dans la civilisation, consécutive à l’entrée dans la modernité à une vitesse étourdissante. L’autre cause concomitante est la défaillance des régimes politiques qui n’ont pas su prendre soin des populations, abandonnées à la crainte et au désespoir. C’est ce qui a fait de la religion un recours. Mais beaucoup de musulmans ont compris que la religion ne pouvait pas répondre à leurs aspirations d’une vie meilleure. Les populations qui ont participé à ce qu’on appelle “le printemps arabe” n’ont scandé aucun slogan religieux. Elles ont réclamé des droits sociaux et politiques, elles voulaient du travail et de la liberté. De bout en bout du monde arabe, les individus ont crié et chanté le vers d’un poète tunisien des années 1930 qui dit : “Quand le peuple veut, le destin doit répondre (ou plier)”. Pour les religieux, ce vers est blasphématoire car le destin est entre les mains de Dieu. Ainsi, les manifestants ont-ils proclamé la supériorité de la volonté humaine sur celle d’un Dieu qui fixe le destin de ses créatures. C’est cela le désir de sortir d’une religiosité accablante. Ce désir s’est fait entendre, il a été étouffé, il reviendra. D’autre part, quand on parle aujourd’hui avec les gens dans le monde musulman, il y a un sentiment de dégoût par rapport à l’utilisation par l’islamisme extrémiste de la religion. Certains sortent même de l’islam. Ils sont horrifiés car chaque jour amène son lot d’humains déchiquetés, parce qu’on a décidé qu’ils devaient mourir au nom de Dieu. La majorité des musulmans ont peur pour leurs enfants, pour l’avenir de leurs sociétés. Il y a un rejet profond de la violence au nom de l’islam, qui a commencé à se manifester, mais je crois qu’on entend davantage le fracas des violents. Les musulmans sont en train de comprendre qu’ils n’ont pas besoin d’être surmusulmans mais juste musulmans. Ils ont bien constaté que lorsque les islamistes sont arrivés au pouvoir, ils n’ont rien proposé d’autre que le moralisme et la répression des mœurs. La fin de l’islamisme est à portée de ce siècle.

Première publication : 18/05/2016

Cheminots, routiers et agents de la Direction générale de l’Aviation civile se mobilisent, mercredi et jeudi, contre la Loi Travail. Des perturbations sont prévues sur le trafic routier, ferroviaire et aérien.

Des perturbations sont à prévoir, mercredi 18 et jeudi 19 mai, sur les rails et sur les routes de France, en raison d’une grève des cheminots et du mouvement social contre le projet de la Loi travail. Le trafic aérien sera également affecté, jeudi, à l’aéroport d’Orly.

En début de matinée, mercredi, les perturbations générées par la grève des cheminots, étaient conformes aux prévisions de la SNCF qui avait annoncé en moyenne la moitié des TER en circulation et deux TGV sur trois. En Île-de-France, trois RER sur quatre circuleront et six Transilien sur dix. À l’international, le trafic sera normal pour les Eurostar, Thalys et Alleo, quasi normal pour Lyria. En revanche, seuls 40 % des Elipsos (trains vers l’Espagne) devraient circuler.

Ce mouvement à l’initiative de la CGT-Cheminots et SUD-rail, vise à peser sur les négociations autour du futur cadre social des cheminots, actuellement en discussion au niveau de la SNCF et de la branche. Il s’inscrit également dans la contestation du projet de la Loi travail.

Routes bloquées

Les routiers ont reconduit leur mouvement de protestation, mercredi, contre la Loi travail, partout en France, sauf à Marseille, où il ne reprendra que jeudi, a-t-on appris auprès des fédérations FO et CGT des transports.

Des actions de blocage ou des opérations escargot sont prévues dans le Nord, à Rouen, Caen, Rennes, Bordeaux ou encore Clermont-Ferrand, selon le numéro de la CGT-Transports, Jérôme Vérité. Dans la région Rhône-Alpes, les militants ont prévu de bloquer une zone logistique, a-t-il affirmé, sans plus de précision.

Des vols annulés à Orly

Les compagnies aériennes devront annuler 15 % de leurs vols, jeudi, à Orly, en raison d’un appel à la grève de l’Usac-CGT contre la réforme du droit du travail. “Des perturbations sont attendues sur l’ensemble du territoire”, a indiqué la Direction générale de l’Aviation civile (DGAC).

L’Usac-CGT, premier syndicat tous corps confondus (contrôleurs aériens, personnels administratifs, ingénieurs, techniciens, etc.), a appelé les agents de la DGAC à protester “contre le passage en force du gouvernement” sur la Loi travail.

Avec AFP

Première publication : 18/05/2016