Archive for June 12th, 2016

Médecins du Monde a lancé, lundi, une campagne choc pour dénoncer les prix “exorbitants” de certains traitements. Mais les annonceurs ont refusé de diffuser les affiches de l’organisation pour ne pas heurter l’industrie pharmaceutique.

“Le cancer du sein, plus il est avancé, plus il est lucratif”. Voici l’une des phrases choc de la dernière campagne de communication de l’ONG Médecins du Monde (MDM), lancée lundi 13 juin. À travers dix affiches aux messages forts – et particulièrement cyniques – conçues par l’agence DDB Paris, l’association est partie en guerre contre le prix des médicaments fixé par l’industrie pharmaceutique.

Avec le militantisme qu’on lui connaît, l’ONG a donc dénoncé sans ambages “l’indécence” des coûts des traitements pour soigner les maladies graves comme le cancer ou l’hépatite C. Elle a aussi accusé le lobby pharmaceutique de s’enrichir sur le dos des malades en réalisant des marges colossales. “Un milliard d’euros de bénéfices, l’hépatite C, on en vit très bien”, peut-on lire sur une affiche. “Bien placé, un cancer peut rapporter 120 000 euros”, découvre-t-on sur une autre.

Exclu: #CaVaMieux Censure des Lobbys Pharma > #medecinsdumonde#NuitDebout#LaSécuSocialeMeilleurPlacementLucratifpic.twitter.com/KUtr4dwHjL

— FaitsDiversDebout (@DiversDebout) 13 juin 2016

Les “réactions négatives” des industries pharmaceutiques

Seulement voilà, il sera difficile pour les Parisiens de découvrir cette campagne choc, intitulée “Le Prix de la vie”, dans le métro ou sur les abribus de la capitale puisque les annonceurs ont refusé de la diffuser. Contacté par France 24, Media Transport, qui gère la concession publicitaire de la RATP – et qui a déjà travaillé avec Médecins du Monde sur d’autres campagnes de communication –, n’a pas souhaité collaborer avec l’ONG. Raison invoquée : ne pas heurter les laboratoires pharmaceutiques.

“[Il y a] le risque de réactions négatives que pourrait susciter l’axe de communication choisi [par MDM] de la part des représentants de l’industrie pharmaceutique. […] Les entreprises ainsi mises en cause pourraient estimer qu’une telle campagne porte atteinte à leur image et leur cause un grave préjudice […]”, explique Media Transport dans un communiqué transmis à France 24.

Un argument jugé “suprenant” par MDM car si le lobby pharmaceutique est au cœur de la campagne de l’ONG, pas un seul laboratoire n’est nommément visé. Pas un seul médicament n’est explicitement pointé du doigt. “C’est surprenant de voir des afficheurs faire barrière, défendre les intérêts des laboratoires. Ce n’est pas vraiment leur travail”, explique Alexandre Jalbert, le responsable communciation de Médecins du Monde, joint par France 24.

L’ONG qui refuse de baisser les bras, a décidé de contourner le problème et de mener sa campagne de manière “sauvage”, en publiant ses affiches sur les réseaux sociaux et dans les grands quotidiens nationaux.

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— FaitsDiversDebout (@DiversDebout) 13 juin 2016

“Plus un État est riche, plus le prix du médicament est élevé”

Reste que cette nouvelle campagne de MDM a suscité l’ire du Leem, le syndicat français du milieu pharmaceutique. “Imaginer que les Entreprises du Médicament (Leem) spéculent sur l’aggravation de certaines maladies comme le cancer du sein n’est pas seulement injurieux pour les industriels, il est également particulièrement choquant et irrespectueux pour les millions de personnes qui se battent quotidiennement contre la maladie”, peut-on lire sur leur site internet. “Médecins du Monde tient des propos caricaturaux et outranciers”.

Une accusation de “caricature” contre laquelle l’ONG se défend. Et pour cela, Médecins du Monde dégaine ses chiffres. “À 41 000 €, le sofosbuvir [médicament contre l’hépatite C] est vendu 400 fois plus cher que son coût de production”, explique concrètement MDM. Selon La ligue contre le cancer, ce traitement coûte 60 000 € aux États-Unis, 4 000 € en Thaïlande et 700 € en Égypte.

“Les entreprises pharmaceutiques déterminent le prix des médicaments en fonction de la capacité maximale des États à payer pour avoir accès au traitement. Plus un État est riche, plus le prix sera élevé”, dénonce ainsi l’ONG dans sa campagne.

Pour étayer ses propos, l’ONG cite aussi un article du magazine Forbes, datant de 2014, et rappelant que le Keytruda, médicament servant à traiter les mélanomes, est fixé à environ 100 000 € par an et par patient en France et aux États-Unis et qu’il pourrait générer 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires pour le laboratoire Merck qui le commercialise.

#MedecinsDuMonde censuré pour ne pas déplaire aux laboratoires pharmaceutiques.#Insurrection#Antifa#Antifascismepic.twitter.com/3eVIw3AMsO

— Zoé Temohl (@temohl) 13 juin 2016

La responsabilité de l’État

Mais MDM ne dénonce pas tant l’avidité des laboratoires pharmaceutiques que la passivité de l’État. Car les autorités françaises sont aussi dans le viseur de l’ONG. Ce sont elles qui fixent le prix d’un médicament via le Comité économique des produits de santé (CEPS), comme le rappelle le Leem. Médecins du Monde demande donc à la France de préserver un “système de santé solidaire” et de faire baisser les prix des traitements.

“Nous ne sommes pas là pour dire que les laboratoires pharmaceutiques sont inutiles, nous sommes là pour rappeler que le marché de la santé se dérègle et qu’il devient fou”, explique Alexandre Jalbert.

Et pour rappeler qu’en ces temps de restrictions budgétaires, c’est le contribuable français qui paie ces traitements. “Ces prix exorbitants ne pourront bientôt plus être pris en charge par la sécurité sociale. Demain, qui pourra payer de telles sommes pour se faire soigner ?”, s’interroge le Docteur Françoise Sivignon, présidente de Médecins du Monde. “[…] Les autorités laissent les laboratoires dicter leurs prix et abandonnent leur mission, celle de protéger la santé des populations. Il est maintenant temps que Marisol Touraine [ministre de la Santé, NDLR] agisse en ce sens : ce n’est pas au marché de faire la loi, c’est à l’État.”

Première publication : 13/06/2016

À la veille d’une manifestation nationale contre la loi travail que la CGT promet “énorme”, la ministre du Travail Myriam El Khomri a estimé que “la position de la CGT avait évolué” malgré la “fin de non recevoir” adressée par Philippe Martinez.

Pour la ministre du Travail, Myriam El Khomri, interrogée lundi 13 juin sur l’antenne de France Inter, “la position de la CGT a évolué” sur la loi travail, malgré la “fin de non recevoir” que lui a adressée le numéro un de la CGT, Philippe Martinez, vendredi.

“La position de la CGT a évolué et c’est une bonne chose. Philippe Martinez la semaine dernière disait ‘je ne souhaite pas bloquer l’Euro’ (…), à partir de là, je lui ai dit que j’étais disponible pour le rencontrer dans la minute si ça permettait de lever les blocages, il y a répondu par une fin de non recevoir en disant que la mobilisation continuait. Dont acte, l’agenda est maintenu, on se verra vendredi prochain”, a-t-elle déclaré.

“Le préalable de la CGT était le retrait du texte. Aujourd’hui, ce n’est plus ce que dit Philippe Martinez, donc moi j’attends vendredi, j’aurai les propositions de la CGT. Si le mot d’ordre aujourd’hui de la CGT c’est le retrait de tous les articles qui font le sens dans ce texte, ce ne sera pas possible”, a-t-elle ajouté.

REVOIR – @MyriamElKhomri : “La position de la CGT a évolué et c’est une bonne chose” #Le79Interhttps://t.co/mrmv9lQlPC

— France Inter (@franceinter) 13 juin 2016

L’examen du texte par le Sénat

Selon la ministre du travail, le texte dont l’examen par le Sénat débute lundi, “a été beaucoup détricoté dans le cadre de la commission des affaires sociales”. “Il a été traité pour ce qu’il est, une loi de gauche, c’est-à-dire que les sénateurs –ála majorité est à droite – ont donné par exemple à la loi une garantie très forte sur une durée légale de référence de 39 heures et par accord d’entreprise, on peut aller à 40, 41, 42 heures, c’est-à-dire moins de pouvoir d’achat pour les salariés”, a-t-elle ajouté.

La commission des Affaires sociales du Sénat a réécrit le texte, faisant notamment sauter le verrou de la durée légale à 35 heures en donnant la possibilité aux entreprises de revenir à 39 heures en absence d’accord d’entreprise ou de branche. Dans ce cas, la majoration des heures supplémentaires serait fixée par décret.

De son côté, le leader de la CGT, Philippe Martinez a déclaré sur Europe 1 : “quand on veut se sortir d’un mouvement d’une très grande ampleur comme nous le connaissons, il faut pouvoir discuter”. “Il me semble qu’il y a un problème autour de cette loi ou alors je ne comprendrais pas une telle mobilisation et de tels débats, donc nous retournons voir le gouvernement avec des propositions, mais nous espérons que le gouvernement n’est pas dans une posture”, a-t-il ajouté. “Soit on reste figé, comme le fait le gouvernement, soit on écoute ce que dit l’opinion publique, ce que disent les salariés, ce que disent une majorité de syndicats et il faut le répéter, nous sommes une majorité de syndicats à dire ce texte tel qu’il est, il ne va pas”, a-t-il souligné.

.@ThomasSotto à Philippe Martinez et Myriam El Khomri : “De qui vous vous moquez, l’un et l’autre ?” #E1matinhttps://t.co/1bK5qdECAg

— Europe 1 (@Europe1) 13 juin 2016

Notant “avec satisfaction” qu’un “rendez-vous” avec la ministre du travail, Myriam El Khomri, avait été fixé ce vendredi 17 juin, Philippe Martinez a assuré qu’il ne s’agissait “pas [d’] une porte de sortie”.

“Il y a un problème, il faut en discuter (…). Il y a aussi des débats au sein de la majorité présidentielle ou ce qu’il en reste, il y a des députés socialistes qui disent qu’il faut discuter, trouver une solution, pour l’instant, ceux qui ne veulent pas discuter, c’est le gouvernement, le président de la République, le Premier ministre, la ministre du Travail”, a-t-il encore déclaré.

Avec AFP

Première publication : 13/06/2016