Archive for June 28th, 2016

Au lendemain de la 11e journée de mobilisation contre la loi travail, Manuel Valls et les syndicats CGT-FO, qui se sont rencontrés mercredi à Matignon, sont une nouvelle fois restés sur leurs désaccords malgré quelques concessions du gouvernement.

Les concessions du gouvernement n’auront pas suffi à déminer l’épineux dossier de la loi travail. Après quatre mois de mouvement social, l’exécutif a fait un geste en apportant des amendements à l’article 13 pour clarifier le rôle des branches professionnelles. Mais sans toucher à l’article 2, colonne vertébrale du texte, qui permet, par la négociation d’entreprise, de déroger aux dispositions sur le temps de travail.

“Nous ne reviendrons pas” sur la “prééminence” de l’accord d’entreprise, a déclaré le Premier ministre Manuel Valls mercredi 29 juin, fermant la porte aux syndicats contestataires reçus plus tôt aux côtés de la ministre du Travail, Myriam El Khomri.

Dans un entretien accordé au journal Les Échos, François Hollande a redit sa détermination à aller “jusqu’au bout” de cette réforme, n’hésitant pas à évoquer le recourt au “49-3 si nécessaire”.

“Petites avancées”

La CGT a, elle, marqué son “profond désaccord” sur le projet de loi travail, dont les “petites avancées sont très loin du compte”, a déclaré le leader du premier syndicat français, Philippe Martinez. “Il n’y a pas de sortie par le haut”, a lancé de son côté Jean-Claude Mailly (FO), en déplorant “le blocage du Premier ministre”. “Ce n’est pas la fin du mouvement”, a-t-il assuré, alors qu’une nouvelle journée de protestation est programmée mardi prochain.

Cette tentative de sortie de crise est inspirée d’une proposition de la CFDT, principal soutien syndical à la loi travail. Son numéro un, Laurent Berger, s’est dit “satisfait”, en sortant de Matignon, que “le cœur du texte ne soit pas touché”, en référence au maintien de l’article 2. Le président de la CFTC Philippe Louis a lui aussi fait part de sa satisfaction.

Le 49-3, “pas un passage en force”, selon El Khomeri

En lâchant du lest, quelques jours avant le retour du projet à l’Assemblée nationale le 5 juillet, le gouvernement espère s’épargner le recours à l’article 49-3, comme il avait dû s’y résoudre en première lecture. Mais Myriam El Khomri l’a gardé sous le coude en jugeant que le recours à cette arme constitutionnelle ne serait “pas un passage en force”.

Dans la matinée, la ministre du travail était venue défendre ses propositions devant le groupe parlementaire socialiste, divisé au point de priver le gouvernement d’une majorité à l’Assemblée. Les députés frondeurs en veulent aussi davantage. Selon leur chef de file Christian Paul, “un compromis est à portée de main”, mais à condition que le gouvernement dise “clairement qu’un accord d’entreprise ne peut porter atteinte au pouvoir d’achat des salariés”. Or l’article 2 permet une baisse de la majoration des heures supplémentaires de 25 à 10 % en cas d’accord d’entreprise majoritaire.

Jeudi, ce sera au tour de François Hommeril (CFE-CGC) à 14 h 30, suivi de Pierre Gattaz (Medef) à 15 h 15, François Asselin (CGPME) à 16 h et Jean-Pierre Crouzet (UPA) à 16 h 45, d’être reçus par le chef du gouvernement et sa ministre du Travail.

Depuis mars, FO et la CGT réclament le retrait du projet. Mardi, une 11e journée de mobilisation a réuni partout en France 64 000 manifestants selon la police, 200 000 selon les organisateurs.

Avec AFP

Première publication : 29/06/2016

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Le groupe français Exxelia Technologies est visé par une plainte pour “complicité de crime de guerre” et “homicide involontaire” suite à la mort de trois enfants palestiniens dans la bande de Gaza, tués par un missile israélien en 2014.

Le missile était, en petite partie, “made in France” et il a tué trois jeunes garçons à Gaza, le 17 juillet 2014. L’un de ses composants retrouvé sur les lieux du drame – un capteur de position fabriqué par la société française Eurofarad rachetée depuis par Exxelia Technologies – a motivé une plainte inédite en France pour complicité de crime de guerre et homicide involontaire contre le groupe tricolore. Elle a été déposée mercredi 29 juin à Paris par l’ONG Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat) au nom de la famille palestinienne des victimes.

La procédure est inédite et complexe, de l’aveu de Dominique Tricaud, avocat spécialiste des droits de l’Homme. Certes, estime-t-il, la qualification de crime de guerre pourrait être retenue en cas de procès puisque des civils innocents – des enfants – ont été tués. En outre, des témoignages recueillis par l’ONU ont permis d’établir qu’il n’y avait pas de combattant armé sur place lors du tir de missile et qu’aucun avertissement préalable pour les civils n’avait été émis par les autorités israéliennes.

À la recherche du “lien causal”

Mais prouver la complicité de crime de guerre devrait être autrement plus difficile. Contacté par Le Monde, Exxelia Technologies assure que ses ventes “en France et à l’exportation respectent toutes les règles imposées par la loi”. “La complicité est subordonnée à la connaissance que l’entreprise avait de la manière dont l’arme allait être utilisée”, précise Dominique Tricaud. La difficulté de prouver cette connaissance de l’utilisation finale de leurs produits garantit une certaine immunité aux marchands d’armes.

Pour l’avocat français, Acat et leurs avocats doivent réussir à établir un “lien causal” entre Exxelia Technologies et la mort des trois enfants. Il y a plusieurs manières d’y parvenir. Si, de par sa conception, le composant ou l’arme sont destinés à faire des victimes civiles (comme les bombes à fragmentation ou les mines antipersonnel), la complicité de l’entreprise pourrait être retenue. Mais dans le cas d’un simple composant, la complicité serait difficile à prouver.

Autre possibilité : prouver qu’Exxelia Technologies pouvait “pressentir que son composant allait être utilisé pour tuer des civils”, souligne Dominique Tricaud. Auquel cas, l’entreprise aurait dû s’abstenir. Pour ce faire, il faudrait démontrer que le revendeur savait qui allait acheter son composant et à quelle fin. “Il faudrait qu’une enquête démontre que ce groupe connaissait le client final de son matériel”, reconnaît Hélène Legeay, directrice du programme Maghreb – Moyen-Orient d’Acat, contacté par France 24.

Affaire trop sensible ?

C’est là que le bât blesse. “Le parquet décide s’il veut ou non demander à un juge d’instruction d’ouvrir une enquête et il n’a pas à motiver son choix, rappelle Hélène Legeay. C’est une décision très politique.” Elle craint qu’une telle procédure, impliquant d’aller enquêter en Israël sur une telle affaire soit jugée trop sensible.

D’où la décision d’ajouter une plainte pour homicide involontaire contre Exxelia Technologies. “Cela permet d’échapper à l’obligation de démontrer le caractère intentionnel qui est constitutif de la complicité”, souligne Dominique Tricaud. L’homicide involontaire nécessite simplement de prouver qu’il y a eu “une faute qui a provoqué la mort, sans intention de la donner”, explique l’avocat.

Surtout, la qualification d’homicide involontaire permettrait de garder à l’affaire une dimension purement franco-française. “L’auteur principal du crime deviendrait Exxelia Technologies”, note Hélène Legeay. Cela permettrait de ménager les susceptibilités israéliennes, alors qu’une enquête pour déterminer si l’armée de l’État hébreu est coupable d’un crime de guerre dont Exxelia Technologies pourrait être complice.

Un procès pour homicide involontaire aurait certes moins d’impact médiatique qu’un procès pour complicité de crimes de guerre. Mais le but serait le même : tenter de démontrer que les marchands d’armes peuvent être juridiquement responsables des morts innocentes causées par leurs produits… Même ils ne vendraient qu’un simple composant.

Première publication : 29/06/2016

François Hollande a fait savoir mercredi qu’il ne comptait pas remettre en cause le traité du Touquet, après le vote des Britanniques sur le Brexit. En vigueur depuis 12 ans, cet accord permet de juguler l’immigration clandestine au Royaume-Uni.

Le président français François Hollande a fermé la porte à une remise en cause des accords du Touquet. Le chef de l’État français s’est ouvertement prononcé mercredi 29 juin contre une révision de l’accord du Touquet signé avec Londres, qui vise à contenir l’immigration clandestine vers le Royaume-Uni, comme le réclament plusieurs responsables politiques français après le Brexit.

>> À (re)lire sur France 24 : Un Brexit ferait-il disparaître la “jungle” de Calais ?

“Remettre en cause l’accord du Touquet au prétexte que le Royaume-Uni a voté le Brexit et va donc engager des négociations pour sortir de l’Union européenne n’a pas de sens”, a déclaré le président français lors d’une conférence de presse clôturant un sommet européen à Bruxelles.

La renégociation de l’accord du Touquet, conclu en 2003, est réclamée notamment par deux ténors des Républicains, Alain Juppé, candidat à l’élection présidentielle de 2017, et Xavier Bertrand. “Ceux qui, aujourd’hui, demandent sa suppression sont ceux-là même qui l’ont conclu”, a relevé le chef de l’État. “C’est un vieux principe en France, notamment de la droite française, de vouloir défaire ce qu’ils ont fait”, a-t-il poursuivi.

“Améliorer” le système

Rappelant qu’il devait retrouver le Premier ministre britannique démissionnaire David Cameron dès vendredi lors des commémorations du centenaire de la bataille de la Somme, François Hollande a promis d’évoquer à cette occasion “tout ce qui peut encore être amélioré dans ce système là“.

Si des mesures ont été prises pour améliorer la situation des mineurs, a-t-il observé, il s’agit désormais “d’éviter qu’il y ait un certain nombre de camps qui ne sont pas dignes” d’un “grand pays” comme la France.

Selon les autorités françaises, près de 4 500 migrants peuplent le camp le plus important du nord de la France, situé à Calais et surnommé “la Jungle”, dans l’espoir de rejoindre la Grande-Bretagne mais des associations d’aide aux clandestins chiffrent leur nombre à plus de 6 000.

L’accord du Touquet permet notamment de placer la frontière franco-britannique à Calais, ce qui permet d’effectuer les contrôles au départ de la France afin d’empêcher l’immigration clandestine au Royaume-Uni.


Avec AFP

Première publication : 29/06/2016

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Les lanceurs d’alerte dans l’affaire LuxLeaks, Antoine Deltour et Raphaël Halet, ont été condamnés à respectivement 12 et neuf mois de prison avec sursis. Le journaliste de France 2 Édouard Perrin a, quant à lui, été acquitté.

De la prison avec sursis mais de la prison quand même. Les lanceurs d’alerte Antoine Deltour et Raphaël Halet ont été condamnés, respectivement, à 12 et neuf mois de prison avec sursis au terme d’un procès très médiatique au Luxembourg, mercredi 29 juin. Ils auront également à payer une amende de 1 500 euros pour Antoine Deltour et 1 000 euros pour Raphaël Halet.

Ces deux ex-employés du cabinet international d’audit PwC étaient poursuivis pour avoir fait fuiter en 2014 plus de 30 000 pages révélant les arrangements fiscaux passés entre le Grand Duché et les multinationales. Le scandale, baptisée Luxleaks, avait soulevé un tollé médiatique et destabilisé politiquement l’ex-Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui venait alors de prendre la tête de la Commission européenne.

Le journaliste français de France 2 Édouard Perrin, également poursuivi pour son enquête sur les Luxleaks, diffusé dans l’émission Cash Investigation a été acquitté.

“Monde à l’envers”

Le tribunal est allé dans le sens du procureur luxembourgeois qui avait réclamé 18 mois de prison, éventuellement avec sursis, et une amende contre les deux lanceurs d’alerte. Les avocats de la défense, pour leur part, avait demandé l’acquittement pur et simple, affirmant qu’Antoine Deltour et Raphaël Halet avaient servi l’intérêt général.

#luxleaks@DeltourPerrin@support_antoine thenoise of dissatisfaction 100 whistles pic.twitter.com/TnhiOkypz4

— Veronique Faber (@vfaber5) June 29, 2016

Ce procès était considéré comme un symbole de la bataille entre les lanceurs d’alerte et les multinationales. De nombreux activistes et représentants d’ONG se sont relayés devant le tribunal luxembourgeois tout au long de la procédure pour manifester leur soutien aux les accusés. “Sans surprise, les multinationales gagnent le match Luxleaks et les lanceurs d’alerte sont condamnés pour avoir dénoncé l’évasion fiscale, c’est le monde à l’envers”, a réagi sur Twitter Manon Aubry, responsable des questions de justice fiscale pour l’ONG Oxfam.

Procès #Luxleaks: Lanceurs d’alerte condamnés pour avoir dénoncé l’évasion fiscale. Monde à l’envers. pic.twitter.com/It83lOKsM2

— Manon Aubry (@M_Aubry_) June 29, 2016

“Ce verdict est une mise en garde à tous les futurs lanceurs d’alerte, ce qui risque de rendre l’accès des citoyens à l’information plus difficile et constitue une entrave au bon fonctionnement de la démocratie”, a réagi Antoine Deltour, cité par son comité de soutien dans un communiqué publié peu après l’annonce du verdict. Les deux lanceurs d’alerte pont décidé d’interjeter appel contre leur condamnation.

Première publication : 29/06/2016

Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris à la suite de menaces de mort reçues par Charlie Hebdo depuis le 8 juin. La direction du journal satirique a déposé plainte.

Le parquet de Paris a ouvert une enquête sur de récentes menaces de mort reçues par Charlie Hebdo, a appris l’AFP de source judiciaire, mercredi 29 juin. L’enquête préliminaire, ouverte le 22 juin, a été confiée à la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) de la police judiciaire parisienne, a précisé la source, confirmant une information du journal Le Parisien.

Selon une source proche de l’enquête, l’hebdomadaire a reçu, depuis le 8 juin, une vingtaine de messages menaçants sur sa page Facebook. Le 22 juin, un courrier manuscrit avait été adressé à la rédaction, contenant la mention “Allah Akbar” et réitérant ces menaces de mort. La direction du journal avait déposé plainte dans la foulée.

>> À lire sur France 24 : “Charlie Hebdo : la veuve d’une victime accuse la direction de détournements de fonds”

“Personne n’a été interpellé à ce stade dans le cadre de cette affaire et les investigations se poursuivent”, a ajouté la source.

Les membres de la rédaction font toujours l’objet de mesures de sécurité renforcées depuis l’attentat du 7 janvier 2015 au cours duquel 12 personnes, parmi lesquelles huit membres de la rédaction, ont été abattues par les frères Chérif et Saïd Kouachi dans les locaux du journal à Paris.

Avec AFP

Première publication : 29/06/2016

Il y a cent ans, une offensive alliée était lancée dans la Somme. Pour les Britanniques, cette date est restée dans les mémoires. La participation des poilus a été conséquente, mais elle est pourtant oubliée.

Le 1er juillet 1916, une grande offensive était déclenchée dans la Somme par les Français et les Britanniques pour tenter de percer le front allemand. Jusqu’en novembre, cette bataille, qui s’est révélée être un échec, fit, toutes nationalités confondues, plus d’un million de morts, de blessés et de disparus. Cent ans après, cet épisode de la Première Guerre mondiale est toujours très présent dans la mémoire des sujets de sa gracieuse majesté. En revanche, de l’autre côté de la Manche, beaucoup ignorent l’engagement de l’armée française dans cette bataille gigantesque, méthodique et meurtrière. Le commandant Michaël Bourlet, docteur en histoire et chef du département histoire et géographie des écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan, explique à France 24 quel a été son rôle pendant les cinq mois de combats.

France 24 : Comment les Français et les Britanniques ont-ils décidé de lancer une offensive conjointe dans la Somme en juillet 1916 ?

Michaël Bourlet : Il faut revenir à la fin 1915. La situation était alors compliquée pour tous les belligérants mais plus encore pour les Alliés qui ont beaucoup attaqué sur le front de l’Ouest au cours de cette année, plus que les Allemands. Les Français ont ainsi perdu 350 000 hommes et les Britanniques environ 100 000. Mais ils décident de passer une nouvelle fois à l’offensive. Lors de la conférence interalliée réunie au QG français à Chantilly le 6 décembre 1915, le général Joffre fait part de sa volonté d’obtenir une coordination des efforts alliés pour abattre les puissances centrales. Bien entendu, le front de l’ouest reste prioritaire. Cependant, les Français et les Britanniques ne s’entendent pas sur le lieu. Les Britanniques privilégient une offensive dans le nord en direction des ports belges, alors que Joffre préfère une action au centre du front allemand, à la jonction des armées françaises et britanniques dans la Somme. La proposition du général français est finalement retenue le 14 février 1916.

C’est donc une offensive qui est initialement pensée et planifiée par les Français. L’attaque doit se développer sur un front de 70 km entre Hébuterne et Lassigny, dont 40 à 50 km sont à la charge de l’armée française. Mais la bataille de Verdun, déclenchée fin février par les Allemands, contrarie ces projets en aspirant des réserves et des moyens français considérables dans la Meuse. Joffre maintient toutefois l’offensive dans la Somme car il veut tenir ses engagements envers les alliés et également soulager Verdun. Le projet, ainsi que l’effectif français, sont revus à la baisse : le front d’attaque est réduit de 70 à 40 km.

France 24 : Le 1er juillet, lors du début de l’offensive, quel est donc l’engagement français dans la Somme ?

Michaël Bourlet : Le général Foch, commandant du Groupe d’Armées Nord et responsable de l’opération, ne dispose plus que de 22 divisions et de 555 pièces d’artillerie, au lieu de 39 divisions et 1700 pièces d’artillerie lourde du projet initial. En tout, deux armées sont déployées pour cette offensive. La 6e armée du général Fayolle, à cheval sur les deux rives de la Somme et au sud, la 10e armée du général Micheler. À l’inverse, le général britannique Haig dispose d’effectifs nombreux rassemblés dans une trentaine de divisions. Il peut aussi compter sur des contingents canadiens, néo-zélandais, australiens, sud-africains. Au total, les forces françaises et britanniques sont soutenues par plus de 330 aéronefs et près de 3 000 canons. Avant le déclenchement de l’offensive, la victoire ne fait aucun doute d’autant que les Allemands, déjà engagés à Verdun, sont en infériorité numérique.

  • © Ministère de la culture, Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, diffusion RMN

    Une semaine avant le début de l’offensive, le 24 juin 1916, les alliés déclenchent une préparation d’artillerie. Elle doit détruire les défenses allemandes avant l’attaque de l’infanterie. Sur cette photo, un canon français de 120 mm de long en action à Moreuil.

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    Au début de l’offensive, les alliés alignent près de 3 000 canons de campagne et lourds. Ce cliché pris en juillet 1916 montre la construction d’une plateforme pour pièce d’artillerie lourde par des soldats français à Hangest-sur-Somme.

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    Le 1er juillet, les tirs d’artilleries atteignent une cadence de 3500 coups par minute, produisant un bruit si intense qu’il est perçu jusqu’en Angleterre. Les canons sont placés aussi près que possible des positions, comme ici à Blangy-Tronville en août 1916.

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    La bataille de la Somme a aussi été marquée par le développement de l’aviation. A partir de 1916, elle favorise l’émergence de grandes figures héroîques à l’image du lieutenant Guynemer, ici au camp de Cachy en septembre 1916.

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    Du côté britannique, le 1er juillet 1916 est une journée terrible pour l’armée britannique. Au soir, 19 240 hommes ont été tués en douze heures. Sur cette photo, une batterie anglaise traverse une rivière dans la Somme avant une grande offensive.

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    Le souvenir de la bataille de la Somme reste très fort chez les Britanniques, mais aussi chez les habitants de la Somme qui ont cotoyés ces soldats pendant de long mois comme ici à Doullens avec ces autobus de Londres.

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    Britanniques comme Français ont vécu ces cinq mois de combats dans des conditions terribles. Les pluies ont transformées le champ de bataille en un immense bourbier. Sur ce cliché pris près de Fay, en août, des poilus remettent en état des abris et des boyaux.

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    Du 1er juillet au 20 novembre, plus d’un million de soldats français ont combattu dans la Somme comme ces artilleurs qui ravitaillent une batterie ici à Lihons, au début du mois de septembre 1916.

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    De nombreuses troupes de l’armée coloniale ont aussi participé à cette bataille. Sur cette photo, on peut voir des Spahis, des cavaliers marocains, faisant boire leurs chevaux à Cayeux-en-Santerre, en septembre 1916.

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    Au total, en cinq mois de combats, plus de 200 000 soldats français ont été tués, blessés ou ont été portés disparus dans la Somme. On peut imaginer que certains de ces poilus en cantonnement dans la cour du château de Suzanne sont tombés sur le champ de bataille.

  • © Ministère de la culture, Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, diffusion RMN

    Les Français ont aussi fait au cours de la bataille 41 000 prisonniers allemands comme ici à Lihons, en septembre 1916. Les pertes allemandes sont estimées à 650 000 hommes en cinq mois de combats.

France 24 : Mais l’offensive ne se déroule pas comme prévu et ce 1er juillet est une journée sanglante pour l’armée britannique qui perd 20 000 hommes en quelques heures. En revanche, est-il vrai que les Français ont connu quelques succès ?

Michaël Bourlet :
Effectivement, du côté français il y a de meilleurs résultats le 1er juillet. Il y a des pertes aussi, mais qui ne sont pas aussi importantes. Sur le plan tactique, les soldats français opèrent une percée de plusieurs kilomètres et s’emparent même des deuxièmes et troisièmes lignes allemandes. Le commandement français a tiré les enseignements de 1915 et de Verdun. Il maîtrise mieux le combat interarmes (liaisons infanterie, artillerie, aviation) par exemple, possède de meilleurs canons tandis que les soldats sont beaucoup plus expérimentés que leurs camarades britanniques.

Ensuite, pendant le mois d’août, les Français travaillent à la préparation d’une nouvelle offensive, malgré l’échec et le traumatisme de juillet. Le 3 septembre, l’offensive française est relancée. La progression est lente et les combats autour de Combles et de Bouchavesnes sont très durs. À partir du 20 septembre, on entre dans la phase la plus terrible de la bataille pour les Français. La bataille s’enlise alors que les conditions météorologiques exécrables et la résistance allemande use les assaillants. Le 18 novembre, l’offensive cesse dans la Somme. Le haut commandement ne renonce pas et projette d’attaquer une dernière fois, misant sur l’usure de l’armée allemande. Les mauvaises conditions météorologiques et la démission de Joffre mettent un terme au projet.

Cet échec s’explique notamment par le manque de collaboration entre les alliés. Il n’y a pas encore de commandement unique, il faudra attendre 1918. En outre, ce secteur n’a pas facilité la tâche des assaillants : les actions ont été divergentes ; la Somme qui partage le secteur d’attaque, complique les liaisons, etc. En outre, les Alliés ne parviennent pas à tirer le meilleur rendement de l’artillerie. Je serais tenté de dire qu’il y a trop de méthode dans cette offensive ce qui provoque une lenteur des opérations, un caractère processionnel de l’action et un refus de l’improvisation. Plusieurs occasions de percées ne sont pas exploitées. Bien qu’épuisés, les Allemands tiennent en adoptant une série de mesures qui visent à limiter l’usure de leurs forces. L’historien allemand Gerd Krumeich a bien montré qu’ils se sont battus avec le sentiment de défendre leur pays. Comme pour les Français à Verdun, c’est une victoire de la défensive.

France 24 : On parle beaucoup justement de l’enfer de Verdun pour les soldats français, mais qu’ont vécu les poilus dans la Somme ?

Michaël Bourlet :
On peut aussi évoquer l’enfer de la Somme car ce sont les mêmes conditions. La météo, épouvantable, a contribué fortement à l’échec des franco-britanniques. Les pluies ont transformé le champ de bataille en un immense bourbier dans lequel plus d’un million de soldats français sont passés du 1er juillet au 20 novembre. Plus de 200 000 soldats français ont été tués, blessés ou ont été portés disparus dans la Somme. Ce sont des pertes importantes bien qu’inférieures aux pertes britanniques (420 000 hommes) et allemandes (650 000 hommes).

France 24 : Alors que les pertes mensuelles ont finalement été plus importantes dans la Somme qu’à Verdun, comment expliquez que cette bataille n’est pas restée dans les mémoires?

Michaël Bourlet :
Je dirai que la bataille n’a pas été immédiatement oubliée. Après la guerre, les associations d’anciens combattants ont commémoré la bataille. La nécropole de Rancourt ou les monuments français qui couvrent le champ de bataille français sont là pour le rappeler. La nécropole franco-britannique de Thiepval montre qu’il y a eu également la volonté de commémorer la bataille de la part des deux alliés. Mais la bataille est aussi un échec alors qu’au même moment les Français résistent et repoussent les Allemands à Verdun. Par conséquent Verdun est devenu la bataille emblématique et la Somme est tombée dans l’oubli. Parallèlement, les Britanniques se sont accaparés la commémoration de la bataille étant donné le traumatisme qu’elle représente pour l’armée britannique. Mais cette bataille est aussi un temps fort pour les Sud-Africains, les Australiens, les Néo-Zélandais ou encore les Canadiens.

Le front de la Somme du 1er juillet à fin novembre 1916

© Michaël Bourlet

-À consulter : Michaël Bourlet est l’auteur du blog Sourcesdelagrandeguerre.


Première publication : 29/06/2016