Centenaire de la bataille de la Somme : coquelicots, Brexit et émotions

Centenaire de la bataille de la Somme : coquelicots, Brexit et émotions

Pour commémorer le centenaire de la bataille de la Somme, une cérémonie franco-britannique a eu lieu, cent ans jour pour jour après le début des combats. Un hommage placé sous le signe de l’Histoire, mais également marqué par le récent Brexit.

Ce sont 10 000 personnes qui ont participé, vendredi 1er juillet, à Thiepval, au pied de l’imposant monument franco-britannique, au centenaire du début de la bataille de la Somme. Il y a cent ans, jour pour jour, Français et Britanniques lançaient une grande offensive sur cette même terre pour tenter de percer le front allemand.


En quelques heures, près de 20 000 tommies ont perdu la vie, fauchés par les mitrailleuses ennemies. Cent ans après cette journée, la plus sanglante de l’histoire militaire britannique, certains de leurs descendants ont fait tout spécialement le voyage pour leur rendre hommage. Ils ont participé à un tirage au sort sur Internet pour obtenir le précieux carton d’invitation.

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“Je suis ici car je me suis toujours intéressée à la Grande Guerre et aussi en souvenir de mon grand-oncle qui a été tué le 4 juillet 1916”, explique Paula Masters, une Anglaise, qui a fait le déplacement depuis le Hertfordshire (comté au nord de Londres) avec son mari. “Je sens que je ne vais pas pouvoir retenir mes larmes”, confie-t-elle avec beaucoup d’émotion, quelques minutes avant le début de la cérémonie.

À quelques mètres de là, Johan Little a aussi traversé la Manche depuis le Sussex (comté du sud de Londres) en mémoire de l’un des cousins de ses grands-parents, Perceval Easley, tombé durant la bataille de la Somme à seulement 19 ans. “C’est un honneur pour moi de pouvoir être ici aujourd’hui. J’ai eu de la chance d’être tiré au sort. Nous sommes là pour lui et pour tous les autres. C’est vraiment l’expérience d’une vie d’assister à ce centenaire”, souligne-t-elle avec fierté.

Paul et Johan Little sont venus honorer la mémoire d’un cousin Perceval Easley dont le nom est sur le monument. pic.twitter.com/wXNNtY3ALX

— Stéphanie Trouillard (@Stbslam) 1 juillet 2016

“Honorer un devoir de mémoire”

Dans les rangées, ce sont principalement des Britanniques qui ont pris place, mais quelques participants français n’ont fait que quelques kilomètres pour venir. Originaire du village voisin d’Albert, Didier Poirion a lui aussi été tiré au sort. Pour rien au monde il n’aurait manqué cette cérémonie. “À 14 ans, j’avais assisté au cinquantenaire. C’est une histoire très importante pour ma famille qui a toujours vécu ici. Après la guerre, mes grands-parents qui avaient été évacués ont retrouvé leur ferme en ruine”, raconte-t-il.

Didier Poirion vient de la ville voisine d’Albert. A 14 ans, il était déjà présent pour le cinquantenaire. pic.twitter.com/spu95kA7ed

— Stéphanie Trouillard (@Stbslam) 1 juillet 2016

Certains, comme Philippe Dubruelle, n’ont en revanche pas de lien familial avec ce passé. Cet habitant de la ville de Leers, près de Lille, est venu par passion pour la Grande Guerre : “Je m’intéresse depuis longtemps à cette période, dont la bataille de la Somme est un moment fort et assez méconnu en France. Être ici est une façon d’honorer un devoir de mémoire”.

Le Brexit s’invite à la cérémonie

Les combats de la Première Guerre mondiale sont dans tous les esprits en ce jour anniversaire, mais l’actualité est aussi très présente, une semaine après le vote en faveur du Brexit. Alors qu’il y a 100 ans, des centaines de milliers de Britanniques sont venus se battre en Europe, leurs descendants ont aujourd’hui choisi de quitter l’Union européenne.

Dans son message écrit pour cette cérémonie, le chef d’État français François Hollande, qui a présidé cette commémoration aux côtés du Premier ministre britannique David Cameron, n’a d’ailleurs pas manqué de souligner ce paradoxe : “Je veux rappeler que c’est l’idée européenne qui a permis de surmonter les divisions et les rivalités entre États, et qui nous a apporté la paix depuis 70 ans. Les soldats de Thiepval se battaient pour la paix et pour l’amitié entre les peuples”.

Mais pour la plupart ds Britanniques présents à cette cérémonie, pas question de mélanger présent et passé. “Parler du Brexit aujourd’hui n’est pas approprié”, estime Carol Nubbert, une Anglaise qui arbore une robe “coquelicot”, un clin d’œil au symbole britannique pour “honorer les soldats morts au combat. […] C’est juste de la politique, alors que nous sommes ici pour rendre hommage à tous ces jeunes qui ont été tués. C’est bien plus important”.

Carol et sa soeur Julie ont adopté la robe coquelicot. Ces Anglaises ont deux grand-oncles inscrits sur le monument. pic.twitter.com/myUv0mMNZc

— Stéphanie Trouillard (@Stbslam) 1 juillet 2016

Pour sa compatriote Suzanne Jones, l’évocation de la crise actuelle en Europe n’a pas non plus sa place en ce jour très particulier de recueillement. “Ce seront toujours les mêmes querelles !”, souligne-t-elle résignée. Très émue après la fin de la cérémonie, cette Anglaise préfère voir l’aspect positif de ces commémorations communes.

Suzanne et sa mère du Yorkshire ont adoré la cérémonie spécialement la fin avec la présence des écoliers. pic.twitter.com/w3C7KYCXnJ

— Stéphanie Trouillard (@Stbslam) 1 juillet 2016

“J’ai apprécié la présence de tous ces soldats de tous les pays qui ont participé à la Bataille de la Somme, mais ce que j’ai particulièrement aimé, c’est le rassemblement de tous ces jeunes dans le cimetière”, décrit-elle en faisant référence aux écoliers français et britanniques qui ont orné tous ensemble les tombes situées derrière le monument de Thiepval avec des gerbes de fleurs. “Alors oui, nous allons être séparés de l’Europe, mais dans le fond, nos pays ont plus de choses en commun que de différences !”

Première publication : 01/07/2016

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