Archive for July 3rd, 2016

Le résultat du référendum britannique sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne a provoqué de nombreuses réactions chez les politiques français, qui semblent désormais tous animés d’une même volonté : ne plus oublier les eurosceptiques.

Décidément, Manuel Valls n’en finit pas de vouloir rassurer la partie de l’électorat de gauche inquiète des dérives libérales de l’Union européenne (UE). Après avoir affirmé pour la première fois, dimanche 26 juin, qu’il était contre le traité transatlantique, le Premier ministre a menacé, une semaine plus tard, de ne plus appliquer la directive sur les travailleurs détachés. “Si ce n’est pas possible de convaincre, il faudra revenir là-dessus”, a-t-il affirmé sur TF1, critiquant un “dispositif européen qui fait des ravages majeurs, terribles, dans le monde des salariés, le monde ouvrier”.

Pour la gauche gouvernementale, il s’agit de reprendre à son compte certaines critiques adressées à Bruxelles par son aile gauche. Manuel Valls ne fait en réalité qu’adopter la ligne de son ancien ministre de l’Économie Arnaud Montebourg, n’hésitant pas à affirmer à propos du référendum britannique qu'”un choix a été fait” et qu'”à partir de ce choix, il faut refonder le projet européen”.

C’est à la même logique qu’a obéi François Hollande lors de sa première réaction officielle au lendemain du Brexit. “La décision britannique exige aussi de prendre lucidement conscience des insuffisances du fonctionnement de l’Europe et de la perte de confiance des peuples dans le projet qu’elle porte”, a-t-il déclaré, vendredi 24 juin. “Un sursaut est nécessaire, a-t-il ajouté. L’Europe, pour aller de l’avant, ne peut plus faire comme avant.”

>> À voir sur France 24 : “Brexit : les 27 en quête d’un plan B”

Dix jours après le vote britannique, les conséquences du Brexit se font ainsi d’abord sentir en France dans le discours des politiques. Qu’ils soient de gauche ou de droite, tous ont été contraints d’accepter qu’une partie non négligeable de la population européenne n’était pas en phase avec la façon dont l’UE se construisait. Et chacun, depuis le référendum britannique, tente désormais d’adapter sa rhétorique pour toucher cet électorat eurosceptique.

“Si on regarde la répartition territoriale, le vote du ‘leave’ au Royaume-Uni est clairement celui des victimes de la mondialisation, explique à France 24 le politologue Thomas Guénolé, auteur de “La mondialisation malheureuse”, à paraître chez First le 15 septembre. C’est le vote des territoires désindustrialisés de l’Angleterre qui pourrissent depuis 30 ans. Or cet électorat existe aussi en France. C’est celui qui avait voté ‘non’ au référendum sur la Constitution européenne en 2005. Les politiques tentent aujourd’hui de s’adresser à lui.”

Flou artistique et cacophonie dans les réactions politiques

Mais ce qui frappe à écouter les réactions et propositions à gauche comme à droite, c’est le flou artistique. “La plupart des politiques ont manifestement été pris de cours par la victoire du ‘leave’ et ont improvisé leurs positions, note Thomas Guénolé. Le fonctionnement en flux continu des médias de masse a conduit la classe politique à dire quelque chose à tout prix et à multiplier les positions bâclées et inconsistantes. Tout le monde parle de construire un nouveau projet européen mais personne n’a dit précisément ce qu’il voulait.”

À droite, la perspective de plus en plus proche de la primaire complique la situation. Toutes les positions possibles ont été exprimées par chacun des candidats, ces derniers semblant au moins d’accord pour davantage de souverainisme. Nicolas Sarkozy a ainsi plaidé pour un nouveau traité européen, axant son discours sur la protection des frontières, la limitation des compétences de l’UE et la critique de ce qu’il nomme “la technocratie bruxelloise”. Henri Guaino demande un référendum sur la sortie de l’UE version Maastricht. Bruno Le Maire souhaite également un référendum, mais sur une redéfinition du projet européen. François Fillon veut que “l’Europe se recentre sur des priorités stratégiques”. Alain Juppé estime qu’il est peut-être temps pour une “Europe à plusieurs vitesses” et aimerait voir davantage de “convergence” économique entre les pays de la zone euro.

>>À voir sur France 24 : “Brexit : le sursaut des politiques français”

“Toutes ces propositions de chambardement sont strictement franco-françaises et ne s’appuient aucunement dans la perspective d’un front commun réunissant une large partie de la droite européenne, souligne toutefois Christophe Bouillaud, professeur de Sciences politiques à l’IEP de Grenoble, dans un entretien au Figaro. En réalité, tous adoptent une posture gaullienne : ‘la France, la France, la France va proposer et les choses vont changer’. […] Mais cette posture souverainiste de la droite n’a aucun impact à l’échelle européenne pour permettre de crédibiliser les propositions d’un président de la République de droite élu en 2017. […] La France ne peut plus imposer sa volonté aux autres États membres de l’Union européenne.”

Les eurosceptiques, grands gagnants du Brexit

Les seuls n’ayant pas eu besoin de faire évoluer leur discours sont finalement ceux qui n’ont pas attendu le Brexit pour critiquer l’Europe. “Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Arnaud Montebourg sont clairement les trois grands gagnants du résultat du référendum britannique”, affirme Thomas Guénolé.

Arnaud Montebourg est sur une ligne de rejet des politiques d’austérité et critique régulièrement les insuffisances démocratiques de l’UE. Marine Le Pen prône depuis longtemps un référendum sur la sortie de la France de l’Union européenne. Le Brexit lui permet d’enfoncer le clou. Et, contrairement à 2012 où il était dans l’ambigüité, Jean-Luc Mélenchon s’est lui aussi positionné récemment pour une sortie de l’UE au cas où il n’arriverait pas à mettre fin aux politiques d’austérité.

Surtout, le Brexit a créé un précédent en montrant que le choix d’une autre voie était possible. Et si la livre sterling et l’économie britannique devaient éviter dans les prochains mois l’effondrement qui leur était promis, cela donnerait des arguments aux eurosceptiques qui gagneraient alors en crédibilité.

Le ton pourrait bien être donné pour 2017. Le Front national ne devrait en effet plus être seul à tenter de convaincre cet électorat déçu par le projet européen. Marine Le Pen avait notamment jusqu’ici un monopole sur la thématique de la sortie de l’UE. “La clarification de Jean-Luc Mélenchon change la donne, estime Thomas Guénolé. Cela devrait empêcher Marine Le Pen de continuer à gagner des électeurs sur le rejet de l’Europe, ce qui obligera le FN à se ‘relepéniser’ en stigmatisant les musulmans.”

Première publication : 04/07/2016

Dans une note envoyée aux centres d’examens, le directeur de la Maison des examens en Île de France (Siec), évoque la possibilité de reporter l’oral de rattrapage des candidats qui auraient prévu de célébrer la fête musulmane de l’Aïd.

Faut-il que le calendrier du baccalauréat s’adapte aux pratiques religieuses ? C’est la question qui agite le monde de l’Éducation nationale depuis quelques jours.

La polémique est née d’une note envoyée le 30 juin dernier aux chefs de centres d’examens, signée du directeur de la Maison des examens, le Siec, un service inter-académies, qui organise le baccalauréat dans toute l’Île-de-France et dépend de l’Éducation nationale.

La note invite les centres d’examen à proposer de reporter d’une journée des oraux de rattrapage du baccalauréat pour des candidats qui souhaiteraient s’absenter pour célébrer la fête musulmane de l’Aïd. Le calendrier des examens, établi depuis près d’un an, prévoit que les oraux de rattrapage du baccalauréat se tiennent dans les trois jours qui suivent les résultats, soit les 6,7 et 8 juillet. Or les instances musulmanes en France ont annoncé lundi soir que la date de l’Aïd qui marque la fin du ramadan et ne peut être connue qu’à la dernière minute puisqu’elle se base sur l’observation de la lune, serait le mercredi 6 juillet.

“Ce genre de mesure peut provoquer une vraie pagaille”

Il n’en a pas fallu plus pour déclencher une controverse. “C’est la première fois depuis plus de 70 ans qu’on demande aux chefs de centres d’examens d’interroger chaque élève sur sa pratique religieuse et cela pose un problème éthique”, tempête Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN, principal syndicat des chefs d’établissements qui a le premier tiré la sonnette d’alarme à propos de la circulaire.

Joint par France 24, il ne cache pas son indignation. “C’est inconcevable ! Ce n’est pas à l’Éducation nationale de poser ces questions, cela met les élèves musulmans dans une position délicate puisqu’on induit qu’un élève musulman pratiquant va forcément demander le report de l’épreuve”, observe-t-il. Sans compter les problèmes d’organisation : “Ce genre de mesure peut provoquer une vraie pagaille. Et puis que va-t-on faire si tous les élèves répondent ‘oui’ parce qu’ils veulent avoir un jour de plus pour réviser ?”

Sur les réseaux sociaux, élus, politiques ou défenseurs de la laïcité de tout bords n’ont pas manqué de commenter abondamment la note du Siec.

Report des oraux du bac pour ceux fêtant Ramadan? Inadmissible! L’école laïque ne doit pas cèder au communautarisme! https://t.co/NqjRbNlTlj

— Jean-François Copé (@jf_cope) 4 juillet 2016



Si les tweets ne s’affichent pas correctement sur vos mobiles et tablettes, cliquez ici.

Un simple rappel de la règlementation existante ?

Du côté du Siec, on ne comprend pas la polémique. “Cette note ne fait que rappeler la réglementation applicable, en réponse à des demande qui nous parviennent depuis une dizaine de jours, de la part de chef d’établissements qui nous demandent quelle conduite tenir face à des demandes de report de candidats ou d’examinateurs en raison de l’Aïd”, explique à France 24 Vincent Goudet, directeur de la Maison des examens en Ile-de-France et auteur de la note.

Pour les enseignants, une circulaire de la fonction publique du 10 février 2012 précise que ceux qui le demandent doivent se voir accorder une autorisation d’absence pour une liste de fêtes religieuses, dont l’Aïd el-Fitr, précise-t-il. Pour les candidats au bac, c’est la circulaire du 18 mai 2004 sur le port des signes religieux qui s’applique, indiquant que l’institution scolaire “doit prendre les dispositions nécessaires pour qu’aucun examen ni aucune épreuve importante ne soit organisé le jour de ces grandes fêtes religieuses”.

Mais pour Phillippe Tournier, il y a une grande différence entre ces textes “que l’on connaît bien” et la note envoyée le 30 juin. “D’un côté, une réglementation existante explique qu’un élève ou un fonctionnaire peut légitimement faire une demande d’absence […] ; d’un autre côté un texte dont on n’avait aucun besoin, demande qu’on interroge les élèves sur leur pratique religieuse, or c’est de l’anticipation et ce n’est pas de l’Éducation nationale que doit venir l’initiative”. Et de marteler : “Un élève ou un fonctionnaire peut faire une demande qui est légitime, mais qui peut être refusée. Cela n’a jamais été un droit”.

De son côté, Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, voit dans cette circulaire du Siec, “une initiative qui peut créer un problème là où il n’y en a pas, en plus d’être contraire à l’approche laïque”. “Il n’y a pas lieu d’anticiper d’éventuelle demandes d’absences, pour la bonne raison que cette démarche revient à assigner les élèves à leurs pratiques religieuses et à les distinguer entre eux”, estime-t-il. Évoquant la règlementation en vigueur, il souligne que les convictions religieuses ne sauraient être opposées ni à l’obligation d’assiduité ni aux modalités d’un examen.

Les principaux syndicats de chefs d’établissement ont d’ores et déjà prévenu qu’ils n’appliqueraient pas la directive controversée.

Première publication : 04/07/2016

À Vesoul, dans l’est de la France, huit jeunes gens issus de la classe moyenne se sont convertis à l’islam en un temps record et laissés séduire par la propagande de l’EI. En 2014, ils sont tous partis pour la Syrie. Enquête.

Vesoul, petite ville tranquille de 15 000 habitants dans le Grand Est de la France. Le taux de chômage se trouve dans la moyenne nationale et la délinquance y est limitée. En résumé, Vesoul n’est pas un lieu où le désespoir et le manque d’horizon engloutissent génération après génération. Pourtant, fin 2014, huit jeunes Vésuliens, hommes et femmes âgés de 20 à 30 ans et tous issus de la classe moyenne, se sont convertis à l’islam en quelques mois avant de partir faire le jihad en Syrie.

>> Sur France 24, l’entretien avec le psychanalyste Fethi Benslama : “Il ne faut pas réduire les radicalisés à des fous”

Pierre Choulet est le premier à être parti. Cet amoureux du vélo qui voulait devenir éducateur spécialisé a passé 16 mois en Syrie avant de se faire exploser en Irak, en février 2015. Selon sa mère, il était parti faire de l’humanitaire et il s’est fait endoctriner. “Il s’est fait avoir : il croyait être parti pour faire du bien, mais une fois là-bas il ne pouvait plus revenir…”, croit savoir Marie-Agnès Choulet. “Pendant un an, [il racontait] dans ses e-mails qu’il faisait faire du sport aux petits Syriens, qu’il leur donnait à manger, qu’il faisait du bien, quoi… Et est arrivé un moment où on a senti qu’il avait vraiment basculé”, soupire-t-elle.

Comment ces Français de la classe moyenne sont-ils devenus des membres du groupe État Islamique (EI) ? Tout semble avoir commencé sur Internet. Un film aux thèses complotistes, remettant en cause les grandes découvertes scientifiques, a notamment joué un rôle prépondérant. Puis ils ont commencé à rejeter le mode de vie occidental. À l’instar de Benjamin qui refusait de porter des “vêtements américains”, selon son père. Peu à peu, le groupe s’est isolé, tournant le dos aux vieux amis et aux soirées à Vesoul.

>> Sur France 24 : “Pourquoi je veux mourir en Syrie” : confession d’un jihadiste frança

Converti à l’islam, le groupe s’est mis à fréquenter assidûment la mosquée de Vesoul, mais à leurs yeux, les prêches y étaient trop libéraux, comme l’explique Romain dans une vidéo de propagande enregistrée en Syrie. “L’islam qu’ils nous prêchaient ce n’était pas l’islam. C’était un islam de France. Un islam pour plaire aux mécréants. On me disait de raser ma barbe. On me disait de pas porter le kamis… Et pourquoi ? Parce que ça faisait peur aux mécréants !”, explique le jeune homme.

En 2014, sans prévenir personne, ils ont quitté Vesoul pour la Syrie. Pour le député-maire de Vesoul ce départ-groupé répond à une logique quasi-sectaire. “La seule réponse que moi j’y vois c’est la secte ! N’importe qui peut tomber dans une dérive sectaire, il suffit d’avoir quelques fragilités psychologiques, d’avoir quelques déceptions – professionnelles, amoureuses – d’avoir à un moment donné une recherche de son existence… Et bien, on vous met le grappin dessus et on ne vous lâche plus”, explique Alain Chrétien, député maire de Vesoul.

Aujourd’hui Benjamin, Anaïs, Lucie, Homère, Romain, Nicolas et Sébastien Younès seraient toujours en Syrie. Et leurs proches nourrissent peu d’espoir de les revoir un jour vivants.

Première publication : 04/07/2016