Archive for July 7th, 2016

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Les banques italiennes, qui croulent déjà sous les créances douteuses, sont en plus affectées par le Brexit. Si elles font faillite, le risque de l’effet domino pourrait créer l’environnement propice à une nouvelle crise de la zone euro.

Pas de répit pour l’économie européenne. Après l’incertitude sur les marchés financiers provoquée par le Brexit, un vieux démon italien est venu se rappeler à la mémoire de Bruxelles. Les banques italiennes sont plus que jamais au bord du gouffre financier, au point que l’Union européenne et Rome craignent que les stress-test financiers (test de solidité des banques européennes) du 29 juillet ne révèlent l’ampleur du désastre. D’autant qu’aucune solution ne se profile à l’horizon pour leur venir en aide.

Le secteur bancaire transalpin croule, en effet, sous les créances douteuses dont le montant total s’élève à près de 360 milliards d’euros, un record en Europe. Dans certains établissements, “plus de la moitié des crédits accordés risquent de ne jamais être remboursés”, précise Pascal de Lima, économiste en chef du cabinet de conseil EconomicCell et spécialiste du secteur bancaire à France 24. Et les banques n’ont pas, à l’heure actuelle, suffisamment de fonds propres pour couvrir les éventuelles pertes si les débiteurs faisaient effectivement défaut.

“Une nouvelle Irlande” ?

Si la faiblesse des institutions financières transalpines est un boulet que l’Union européenne se traîne depuis la crise de la zone euro de 2010. Le Brexit a exacerbé le problème. Le résultat du référendum a entraîné de fortes turbulences sur les marchés financiers, frappant de plein fouet les valeurs bancaires et spécialement les plus fragiles d’entre-elles, c’est-à-dire les établissements italiens.

L’action de la banque Monte dei Paschi, la plus vieille institution financière du monde, était en chute libre en début de semaine (-36 % en deux jours) avant que le régulateur boursier italien n’intervienne, le 6 juillet, pour interdire de spéculer sur elle. Monte dei Paschi, chroniquement au bord de la faillite depuis des années et impliquée aussi dans des affaires de corruption, est un cas extrême, mais la plupart des plus de 600 établissements bancaires du pays ont perdu de la valeur depuis le référendum sur le Brexit.

L’Italie ressemble de plus en plus à “une nouvelle Irlande”, constate Pascal de Lima. En novembre 2011, Dublin avait dû faire appel à l’aide financière internationale pour sauver son secteur bancaire qui menaçait de s’effondrer sous le poids des créances douteuses.

Mais le cas italien a plusieurs spécificités. Devant l’ampleur des créances douteuses, l’addition pour sauver les banques de la cinquième puissance économique européenne risque d’être plus salée que celle de l’Irlande qui s’élevait à 67 milliards d’euros. Les autres États de l’UE, dont les finances publiques ne sont pas au beau fixe, ne pourront peut-être pas contribuer à un fonds européen de soutien à l’Italie.

Les problèmes bancaires italiens ne proviennent pas, non plus, d’un effondrement du secteur immobilier comme en Irlande. Les établissements bancaires transalpins “ont des règles d’octroi du crédit plus souples qu’ailleurs en Europe, ce qui fait qu’elles sont moins regardantes sur la qualité de l’emprunteur”, résume Pascal de Lima.

L’impasse

Le Premier ministre italien, Matteo Renzi, aimerait injecter directement de l’argent dans les banques en difficulté, en empruntant de l’argent à l’Europe au besoin, comme cela avait été fait en Irlande (2011), en Grèce (2010) et au Portugal (2012).

Mais une réglementation européenne de 2014 complique considérablement la tâche du gouvernement italien. Elle stipule que les actionnaires des groupes mettent la main à la poche en premier – en acceptant de perdre de l’argent – pour soutenir les banques avant que l’argent des contribuables soit utilisé. La règle part d’un bon sentiment – faire payer en priorité des riches actionnaires -, mais ignore une des spécificités du système italien : “Historiquement, les actionnaires des banques italiennes sont principalement des petits épargnants ou des particuliers, ce seraient donc eux qui paieraient en premier”, souligne Pascal de Lima. “Matteo Renzi peut difficilement demander à des retraités et à des simples citoyens de perdre de l’argent, alors que tous les autres pays ont pu se faire aider par l’UE et le FMI”, souligne le Financial Times.

Le Premier ministre italien a bien compris l’enjeu politique et a annoncé, le 4 juillet, qu’il ferait tout pour sauver les banques y compris ignorer cette règlementation de 2014. Cette déclaration a fortement déplu à Berlin qui a balayé du revers de la main la possibilité d’aider directement les banques italiennes à travers un programme d’aide internationale, si Rome décidait de contourner “des règles adoptées il y a à peine deux ans”.

“L’Italie est dans une impasse”, conclut Pascal de Lima. Le gouvernement refuse de faire payer des petits actionnaires et l’Allemagne ne veut pas que des fonds européens soient prêtés à Rome si la réglementation de 2014 n’est pas respectée. Un bras de fer qui pourrait coûter cher à l’UE. Si des banques italiennes faisaient faillite, le risque de l’effet domino – la contagion à d’autres pays européens – pourrait créer l’environnement propice à une nouvelle crise de la zone euro.

Première publication : 08/07/2016

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Le Land de Rhénanie-Palatinat a décidé d’annuler la vente d’un aéroport à un investisseur chinois après avoir découvert que l’acquéreur n’existait pas et que l’offre était trop belle pour être honnête.

La mariée était trop belle. Elle s’appelle Shanghai Yiqian Trading (SYT), une société chinoise d’investissement qui avait fait une offre estimée à 16 millions d’euros pour acquérir l’aéroport régional de Francfort-Hahn. Las, le Land de Rhénanie-Palatinat, propriétaire à 85 % de ce lieu dédié aux vols low-cost, a mis le holà à cette vente mercredi 6 juillet. Et pour cause : l’acquéreur, introuvable, n’existe probablement pas.

L’opposition régionale de droite et les médias nationaux allemands se sont déchaînés contre l’exécutif local, qui a failli être responsable de l’un des plus grands ratés de l’histoire économique de cette région. Comment expliquer la légèreté avec laquelle le gouvernement local, constitué d’une alliance entre les sociaux démocrates du SPD et Les Verts, s’est engagé dans cette galère ?

Mystère au 319 Minlei Road

Il y a un mois, les autorités de Rhénanie-Palatinat affichaient la mine des vainqueurs. Elles avaient conclu, le 2 juin, un accord avec SYT qui, outre la promesse d’une belle somme, assurait vouloir préserver l’intégralité des emplois et inonder l’aéroport de Francfort-Hahn de touristes asiatiques. Shanghai Yiqian Trading offrait au gouvernement de sortir la tête haute d’un bourbier économique : l’aéroport Francfort-Hahn devait, en effet, être privatisé car il était chroniquement déficitaire et ses pertes commençaient à peser trop lourd sur les finances régionales.

Mais le soulagement des autorités a été de courte durée. Plusieurs médias allemands se sont intéressés au cas SYT, une société sans site internet, capable de mettre sur la table des millions d’euros alors que le principal concurrent à la reprise, un important conglomérat chinois dans le secteur de l’aéronautique (HNA), ne voulait pas mettre plus d’un euro symbolique dans l’affaire.

Des journaux allemands et chaînes de télévision ont dépêché des envoyés spéciaux au 319 Minlei Road, dans le quartier de New Pudong, à Shanghai, fin juin. C’est l’adresse postale du “Guo Qing Investment Company”, dont le propriétaire est aussi l’actionnaire principal de SYT. Sur place, surprise : l’immeuble, qui fait face à un poste de police, abrite un simple marchand de pneus. L’un des vendeurs a expliqué au journaliste du quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung que le siège de SYT se trouvait au 17e étage. Nouvel étonnement du journaliste qui a grimpé jusque là : aucune enseigne à l’entrée de cette société d’investissement et les “bureaux” se résument à une pièce vide avec quelques tables et un escalier menant à un débarras dans lequel traîne quelques cartons.

Un premier paiement qui se fait attendre

Derrière les apparences de coquille vide, la SYT semble surtout être l’arme du crime d’un investisseur douteux, a découvert, pour sa part, l’ARD, la première chaîne de télévision allemande. “Vous êtes l’un des clients floués ?”, a demandé l’un des vendeurs du magasin de pneus au reporter qui voulait en savoir plus sur l’énigmatique société. Il a assuré que l’an dernier, des clients mécontents venaient tous les jours demander où était passé leur argent investi dans la Guo Qing Investment, sans jamais trouver personne d’autre que les vendeurs de pneus pour écouter leurs doléances.

La multiplication des reportages à la recherche de l’investisseur ont fini par ébranler la confiance du gouvernement dans l’offre de SYT. Surtout qu’un premier paiement, en gage de garantie, n’avait toujours pas été versé, un mois après la signature de l’accord. Fin juin pourtant, les autorités rappelaient encore qu’une étude du cabinet KPMG avait confirmé la solidité financière de l’entreprise chinoise. De quoi mettre en cause le sérieux du travail d’audit effectué. Enfin, le 5 juillet, les autorités ont dépêché un émissaire à Shanghai qui n’a pu que confirmer qu’il n’y avait personne à l’adresse indiquée.

Lors d’une audience consacrée à cette affaire, jeudi 7 juillet, au Parlement de Rhénanie-Palatinat, au lendemain de l’annulation de la vente, les élus ont tous reconnu qu’il y avait une succession de ratés qui avait failli coûter cher à la région. Car dorénavant, la ministre-présidente de la région, la socio-démocrate Malu Dreyer, est convaincue que l’acheteur “avait l’intention criminelle” de partir sans laisser d’adresse après avoir empoché les subventions publiques que le Land s’était engagé à continuer de verser au début.

Première publication : 08/07/2016

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Alors que le ministère de la Justice a décidé mercredi de ne pas poursuivre Hillary Clinton dans l’affaire des emails adressés depuis une boîte privée, le département d’État a annoncé jeudi son intention de mener ses propres investigations.

Le Département d’État a annoncé jeudi 7 juillet la réouverture de son enquête interne, maintenant que le ministère de la Justice a achevé son propre travail. “Nous tenterons d’être aussi rapides que possible, mais nous n’imposerons pas d’échéance artificielle au processus”, a fait savoir John Kirby, porte-parole du département d’État, dans un communiqué, précisant que cette enquête interne pouvait désormais être menée à terme puisque le ministère de la Justice vient d’achever ses propres investigations sans inculper Hillary Clinton.

Il a refusé d’entrer dans les détails de cette procédure interne, en particulier d’expliciter quels éléments seront examinés.”Notre objectif est d’être aussi transparents que possible concernant nos conclusions, tout en respectant nos diverses obligations légales”, a poursuivi Kirby.

La ministre de la Justice Loretta Lynch a pour sa part annoncé mercredi que la candidate Clinton ne serait pas poursuivie pour avoir utilisé des serveurs et une messagerie d’emails privés quand elle dirigeait le département d’État. Ce faisant, le ministère de la Justice a suivi, comme Madame Lynch s’y était engagée en fin de semaine dernière, les recommandations de la police fédérale FBI dévoilée mardi.

“Négligence extrême”

Le FBI a recommandé de ne pas poursuivre la candidate démocrate, en transmettant à la justice son dossier d’enquête qui concluait toutefois que l’ex-secrétaire d’État avait fait preuve d’une “négligence extrême”.

Certains de ces emails étaient classés “secret” et des “personnes mal intentionnées” tels des espions étrangers ont théoriquement pu y avoir accès, avait précisé James Comey en dévoilant son rapport d’enquête lors d’une conférence de presse surprise. L’ancienne responsable de la diplomatie américaine (2009-2013) n’a, selon lui, cependant “pas eu l’intention” de violer la loi.

Pour une bonne partie de l’opinion publique américaine, Hillary Clinton a bénéficié d’une mansuétude en raison de ses relations cultivées depuis le temps où son époux était à la Maison Blanche. “Il existe une inquiétude légitime quant à un système de deux poids, deux mesures. Les gens se disent que s’ils ne portent pas le nom de Clinton et qu’ils ne font pas partie de la puissante élite, alors la Justice agira différemment à leur égard”, a résumé jeudi l’élu républicain Jason Chaffetz.

Avec AFP

Première publication : 08/07/2016

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Pas de salaire, pas de papiers et des conditions de travail très dures : le sort des Nord-Coréens en Pologne a été mis en lumière par un récent rapport. Un exemple inédit de système de travail forcé organisé par un État.

La Corée du Nord a empoché environ 15 millions d’euros par an en provenance de Pologne ces dernières années. Pas versé directement par les autorités, mais via un système plus que douteux qui ressemble à de “l’esclavage d’État”. Cette somme correspond aux salaires versés à des travailleurs nord-coréens, employés dans des conditions proches de l’esclavage, dépêchés en Pologne par le régime de Pyongyang pour y servir de vaches à devises. C’est l’une des conclusions d’un rapport sur le “travail forcé des résidents nord-coréens en Europe : le cas polonais“, publié mercredi 6 juillet, par le Leiden Asia Centre, un centre de recherches néerlandais qui a travaillé avec diverses ONG, comme l’Alliance européenne pour les droits de l’Homme en Corée du Nord (EAHRNK) et des spécialistes du droit international du travail.

C’est un fait divers – la mort d’un soudeur nord-coréen en 2014 – qui a attiré l’attention de ces chercheurs sur le cas polonais. L’enquête a montré qu’il n’avait pas de papier, pas de vrai contrat de travail, ne touchait quasiment aucune rémunération pour ses 12 heures de labeur quotidien, et était étroitement surveillé par des représentants de la Corée du Nord pour l’empêcher d’avoir des rapports avec des personnes extérieures. Il était un esclave moderne en plein cœur de l’Europe.

Des hommes comme “produits d’exportation”

Les auteurs du rapport ont pu établir qu’il était loin d’être le seul dans ce cas. Ils seraient “des centaines, voire des milliers”, d’après les responsables d’EAHRNK, à avoir été contraints au travail forcé en Europe par le régime de Pyongyang. La grande majorité d’entre eux finissent en Pologne… mais pas seulement. “Nous sommes en train de vérifier si ce système de travail forcé existe aussi dans les autres pays où se trouvent des ressortissants nord-coréens”, explique à France 24 Remco E. Breuker, spécialiste de l’Asie à l’Université de Leyde, aux Pays-Bas, qui a supervisé la rédaction du rapport.

Pour pouvoir exfiltrer ses travailleurs en Pologne, le régime de Pyongyang s’est associé à des firmes polonaises peu regardantes sur la provenance de la main d’œuvre, pourvu qu’elle soit bon marché. Les sociétés ainsi constituées ont ensuite servi soit d’employeurs directs, soit d’intermédiaires pour placer ces travailleurs dans d’autres entreprises, à la manière d’une agence d’intérim. Si la Corée du Nord verrouille férocement ses frontières, rien n’empêche, en effet, les entreprises européennes d’employer des Nord-Coréens, pourvu qu’ils soient dotés d’un visa de travail.

Une fois les travailleurs en poste, ils ne touchent qu’une fraction de leur salaire (entre 0 et 30 %), tandis que le reste est directement renvoyé dans les coffres de Pyongyang, assurent les auteurs du document. Pour ce pays coupé commercialement du reste du monde, qui subit régulièrement des problèmes de trésorerie, cette manne financière est la bienvenue. “Les autorités nord-coréennes semblent traiter leurs concitoyens comme de simples produits d’exportation”, résume Kevin Bales. Contacté par France 24, ce professeur à l’Université de Nottingham, en Angleterre, contribue au Global Slavery Index (l’indice de l’esclavage mondial, établi par l’ONG Walk Free Foundation).

Sous étroite surveillance

En Pologne, ces Nord-Coréens sont surtout employés sur les chantiers navals. Lorsqu’ils arrivent dans le pays, un “coordinateur” nord-coréen s’empare de leurs papiers d’identité, puis ils sont rassemblés dans des habitations basiques isolées du monde extérieur, avec comme consigne claire “de ne pas communiquer avec d’autres personnes dans le pays”, explique Remco E. Breuker.

Ces immigrés “signent” des contrats de travail dont ils ne voient en réalité probablement jamais la couleur, soupçonnent les auteurs de cette enquête. Ces derniers ont pu consulter des documents où les signatures “semblaient être toutes faites par la même personne”.

La “mère patrie” met tout en œuvre pour dissuader ceux qui seraient tentés de fuir de passer à l’acte. “Le régime choisit parmi les plus loyaux des sujets ceux qui sont mariés et ont des enfants, afin d’avoir un moyen de pression à distance”, précise Remco E. Breuker. Selon certains témoignages recueillis, les autorités vérifieraient même que le mariage est vraiment solide. À défaut, l’immigré pourrait être tenté de sacrifier femme et enfants pour échapper à son sort.

Tous ces Nord-Coréens sont aussi tenus d’assister à des réunions “idéologiques”. Officiellement, elles servent à célébrer les valeurs nationales mais “c’est aussi l’occasion de demander à chacun de dénoncer les éventuelles fautes de ses voisins”, relève Remco E. Breuker.

“La plupart des cas de travail forcé auxquels nous avons affaire sont saisonniers et mis en place par des groupes mafieux, explique Kevin Bales. Mais ici, c’est différent, il s’agit d’un système organisé sur le long terme et mis en place par un pays, un peu comme de l’esclavage étatique.” Cet expert ne connaît qu’un exemple identique : le sort réservé aux travailleurs forcés en Allemagne durant la période du nazisme.

L’ambassade de Corée du Nord en Pologne a contesté les conclusions du rapport. “Tout ça est absurde, personne ne confisque les salaires, ils travaillent et gagnent leur argent”, a assuré un fonctionnaire de l’ambassade, contacté par Les Échos.

Ces accusations de travail forcé en plein cœur de l’Europe pose aussi la question de la responsabilité de la Pologne et des autres pays. “L’Union européenne était au courant au moins depuis que j’en ai parlé à Bruxelles il y a quelques mois”, assure Remco E. Breuker. Il n’y a pas de doute, pour lui, qu’en l’espèce, l’UE se “rende complice, même involontaire, d’aide financière” à un régime très autoritaire.

Première publication : 08/07/2016