Archive for July 22nd, 2016

Le Val d’Oise, dans le nord de Paris, a connu sa quatrième nuit consécutive de violences, depuis la mort d’Adama Traoré, survenue lors de son arrestation. Dix personnes ont été interpellées.

Dix interpellations ont eu lieu, dans la nuit de vendredi 22 à samedi 23 juillet, dans le Val d’Oise, au cours de la quatrième nuit consécutive de violences depuis la mort d’Adama Traoré, 24 ans, décédé lors de son interpellation.

Son entourage considère qu’il s’agit d’une “bavure” et conteste l’autopsie, selon laquelle le jeune homme “manifestement […] n’aurait pas subi des violences”. D’après le procureur de Pontoise, Yves Jannier, Adama Traoré souffrait d'”une infection très grave” et le médecin légiste n’a pas relevé de “traces de violence” sur le corps, seulement des “égratignures”. La famille d’Adama Traoré a déposé une demande de contre-autopsie.

“Pas de justice, pas de paix”

Dans la nuit, les échauffourées ont été concentrées sur les communes de Beaumont-sur-Oise, Persan et Bruyères-sur-Oise. Selon la préfecture, dix gendarmes ont été très légèrement blessés au cours des affrontements. Par ailleurs, un incendie, ainsi que dix véhicules et des poubelles brûlés ont été recensés.

Plus tôt dans la journée de vendredi, entre 1 500 personnes, selon la police, et 5 000, selon les organisateurs, avaient défilé à Beaumont-sur-Oise en mémoire du jeune homme, originaire de cette commune.

#JusticePourAdama : beaucoup beaucoup de monde à la marche en mémoire d’Adama Traoré. pic.twitter.com/6mngg9pAXZ

— Sihame Assbague (@s_assbague) July 22, 2016

Vêtus de T-shirts “Justice pour Adama, sans justice vous n’aurez jamais la paix”, les proches du jeune homme ont mené la marche dans la petite ville du bord de l’Oise, annoncée comme silencieuse et finalement ponctuée d’applaudissements en hommage au jeune homme et de slogans comme “Je suis Adama” ou “Pas de justice, pas de paix”.

Deux enquêtes parallèles

Le jeune homme avait dans un premier temps été présenté comme étant suspecté dans une affaire d’extorsion de fonds. Selon une source proche de l’enquête, Adama Traoré se serait en fait interposé lors de l’interpellation de son frère, le véritable suspect recherché dans cette affaire, avant d’être lui-même interpellé, une thèse que dément l’avocat de la famille.

Deux enquêtes sont menées parallèlement par la section de recherches et l’inspection générale de la gendarmerie.

Avec AFP

Première publication : 23/07/2016

À l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, France 24 revient sur un front méconnu, celui de Palestine où les Britanniques se sont battus. De cette campagne militaire, il reste un stigmate : l’imposant cimetière de Jérusalem.

Depuis le début de l’année 2016, des milliers de touristes ont arpenté en France les lieux de combats de 14-18 à l’occasion du centenaire de la bataille de Verdun et de la Somme. Beaucoup se sont rendus dans les nécropoles pour déposer des fleurs sur les tombes des soldats fauchés durant la Grande Guerre ou au pied des monuments qui rendent hommage aux disparus.

Mais à des milliers de kilomètres des champs de bataille français, d’autres cimetières de la Première Guerre mondiale reçoivent beaucoup moins de visiteurs. C’est le cas de celui de Jérusalem. Loin des circuits touristiques, les guides de voyage se contentent de le mentionner sans en faire grand cas. Situé sur le Mont Scopus, à quatre kilomètres au nord-est de la vieille ville, il est pourtant chargé d’histoire. C’est ici qu’ont été enterrées, il y a un siècle, les dépouilles de plus de 2 500 soldats britanniques.

Le cimetière britannique de Jérusalem
  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Le cimetière de guerre britannique de Jérusalem se trouve sur le Mont Scopus, à environ quatre kilomètres au nord-est de la vieille ville de Jérusalem.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Le cimetière a été inauguré le 7 mai 1927 par Lord Allenby, l’ancien commandant en chef des forces britanniques en Palestine durant la Première Guerre mondiale.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    À l’entrée, sur les murs du cimetière, on peut voir les insignes gravées des différents régiments des soldats qui sont enterrés ici.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Plus de 2 515 soldats du Commonwealth morts durant la Première Guerre mondiale reposent dans ce cimetière. Une centaine d’entre eux n’ont pas été identifiés.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    La plupart des soldats étaient britanniques, mais aussi australiens, néo-zélandais, sud-africains ou encore indiens.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    La tombe la plus célèbre du cimetière est celle d’un soldat nommé William Shakespeare qui a perdu la vie le 23 mai 1918. Il n’était pas écrivain, comme son homonyme, mais chauffeur dans l’armée britannique.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Il y a également quelques tombes de soldats allemands engagés dans les combats au Proche-Orient lors de la Grande Guerre contre les forces britanniques.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Le cimetière comporte aussi des tombes de soldats ottomans, alors alliés de l’Allemagne durant la Première Guerre mondiale.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Dans le cimetière a aussi été construit un bâtiment appelé le “record room” dans lequel les visiteurs peuvent consulter les registres des tombes.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    L’intérieur de ce bâtiment, qui ressemble à une chapelle, a aussi été décoré par des mosaïques. Il est spécialement dédié au souvenir des soldats néo-zélandais morts en Palestine.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Le cimetière de Jérusalem compte aussi un Mémorial pour les soldats dont les corps n’ont pas été retrouvés lors des combats en Égypte et en Palestine. Il y a plus de 3 300 noms.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Jeffrey Mish, un Australien, responsable du Commonwealth War Graves Commission (CWGC) pour Israël, pose devant les noms de certains de ces soldats disparus originaires de son pays.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Quatre autres personnes travaillent à temps plein dans le cimetière pour l’entretien des tombes, principalement des jardiniers. Dans le monde, le CWGC s’occupe de plus de 23 000 cimetières et lieux de mémoire dans 154 pays différents.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    À l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, un nouveau système d’irrigation est mis en place pour conserver toujours dans un état irréprochable ce lieu de mémoire.

Un cimetière parfaitement entretenu

Ce qui frappe en pénétrant dans ce lieu, c’est cette impression de déjà vu. Le cimetière de Jérusalem se trouve au Proche-Orient, mais il ressemble en tous points aux cimetières qui parsèment le nord et l’est de la France. De part en part, des centaines de pierres tombales blanches marquées principalement d’une croix et d’un insigne militaire. Des parterres de fleurs colorées parfaitement entretenus ponctuent ces rangées impeccablement alignées.

Pas un brin d’herbe ne dépasse dans ce lieu dont la Commonwealth War Graves Commission (CWGC), l’organisme qui s’occupe partout dans le monde des tombes des soldats des États du Commonwealth morts au cours des deux guerres mondiales, a la charge. “Les jardiniers travaillent tous les jours. Il y a une équipe de quatre personnes à temps plein”, explique Jeffrey Mish, le responsable du CWGC en Israël, tout en désignant un des employés en train d’arroser un rosier devant l’une des tombes.

Ces hommes dont les dépouilles reposent à Jérusalem ont pour la plupart perdu la vie lors des combats qui ont fait rage dans la région de 1917 à 1918 entre les forces britanniques et l’empire Ottoman, alors allié de l’Allemagne. Comme le résume l’historien militaire Stuart Hadaway*, cette présence militaire britannique, bien loin de l’Europe, avait alors trois principales raisons.

“Beaucoup de politiciens et de généraux en Grande-Bretagne pensaient que la guerre ne pourrait pas se gagner sur le front de l’Ouest et cherchaient une autre façon de combattre les alliés de l’Allemagne et d’attaquer par l’arrière. L’autre objectif était de réduire la pression sur l’armée russe, en grande difficulté en 1917. Enfin, cette campagne était aussi un moyen pour les Britanniques de protéger le Canal de Suez qui était un lien vital pour l’industrie de guerre, permettant la circulation des navires marchands depuis l’Extrême-Orient”, résume ce spécialiste de la campagne de Palestine.

La campagne de Palestine

Le propre grand-père de Jeffrey Mish, un soldat australien, a combattu au cours de cette campagne qui a conduit notamment à la prise de Jérusalem le 9 décembre 1917. “Il faisait partie de l’Imperial Camel Corps, un régiment de cavaliers montés sur des chameaux. C’est incroyable que je sois moi-même ici, sur cette même terre, 100 ans après, à travailler pour le CWGC”, raconte son descendant, un horticulteur de profession.

Par miracle, l’ancêtre de Jeffrey Mish a survécu au conflit. Mais beaucoup de ses camarades ne sont jamais rentrés chez eux. Les conditions étaient en effet particulièrement éprouvantes pour les combattants en Palestine. “Tout d’abord, les Ottomans se défendaient très bien. Ils étaient durs, obstinés, courageux. Ils étaient bien plus endurants que les Européens”, décrit Stuart Hadaway.

“D’autre part, les troupes britanniques ont commencé à se battre dans le désert du Sinaï, puis elles ont été envoyées dans les Monts de Judée. Les soldats portaient au départ des uniformes légers et ils se sont retrouvés subitement en altitude avec des températures très basses et beaucoup de précipitations. Ils ont aussi souffert du manque d’eau et des difficultés de ravitaillement.”

Des archives photographiques sur l’armée britannique en Palestine durant la Grande Guerre
  • © Collection Stuart Hadaway

    Durant la campagne de Palestine, les soldats britanniques ont dû affronter des conditions particulièrement éprouvantes. Cette photographie montre des soldats britanniques au repos dans un camp dans le désert.

  • © Collection Stuart Hadaway

    Sur ce cliché, un cavalier britannique repose sa monture lors de l’avancée dans le nord de la Palestine.

  • © Collection Stuart Hadaway

    Cette autre photographie a été prise dans les Monts de Judée, situés entre la vallée du Jourdain à l’est et les plaines littorales de la mer Méditerranée à l’ouest, et montre une batterie d’artillerie britannique. L’altitude est d’environ 900 mètres dans cette région.

“À mon mari bien-aimé. Il ne sera jamais oublié”

Au total, au cours de cette campagne qui s’est soldée par la victoire des forces alliées le 31 octobre 1918 avec la signature de l’armistice de Moudros, les forces britanniques ont comptabilisé près de 550 000 morts, blessés ou disparus. Malgré l’importance de ces pertes, cet épisode de la Grande Guerre se résume souvent à quelques lignes dans les manuels d’histoire.

“La guerre au Moyen-Orient a été éclipsée par les destructions massives en France et en Belgique, là où se trouvait principalement les forces alliés et où l’Allemagne, le principal ennemi, a été battue, estime Stuart Hadaway. On ne se souvient finalement des combats de la Première Guerre mondiale dans cette région qu’à travers les exploits de Lawrence d’Arabie qui apparaissent beaucoup plus glamour que l’hécatombe du front de l’Ouest.”

Un siècle plus tard, les tombes du cimetière de Jérusalem sont les derniers témoins de cette campagne de Palestine. Même si ce lieu se veut particulièrement paisible et même étrangement reposant, chacune de ces pierres tombales saisissent les visiteurs. En un regard, elles rappellent le lourd tribut payé par l’armée britannique.

Comme dans tous les cimetières entretenus par le CWGC, la plupart de ces tombes comportent une inscription personnalisée, choisie par la famille du défunt. Des épitaphes particulièrement poignantes, symboles de jeunesses foudroyées et d’amours brisés. Sur celle du sous-lieutenant George Cecil Henry, mort à l’âge de 30 ans, le jour de la prise de Jérusalem, sa femme Dorothy a fait inscrire pudiquement : “À mon mari bien-aimé. Il ne sera jamais oublié.”

Les vestiges de la Grande Guerre dans la ville de Jérusalem
  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    La prise de Jérusalem a eu lieu le 9 décembre 1917. Deux sergents britanniques ont reçu ce jour-là la reddition de la ville par le maire. Un lieu marque l’emplacement de cette reddition : le Allenby Square.

  • © Wikimedia / Stéphanie Trouillard, France 24

    Le général Edmund Allenby était alors à la tête des forces britanniques dans la région. Sur la place qui porte son nom à Jérusalem, se trouve un monument en hommage à ses soldats.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Sur ce monument inauguré en 1920 sont notamment représentés des chevaliers avec leurs épées. Il s’agit d’une référence aux croisades.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Il est aussi inscrit sur ce monument qu’il a été érigé par les camarades de ceux tombés en Palestine lors de la bataille de Jérusalem en 1917.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Dans la vieille ville de Jérusalem, on trouve également des traces de la Première Guerre mondiale.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Le lieu emblématique de la Grande Guerre à Jérusalem est la porte de Jaffa. C’est ici que le général Allenby est entré dans la ville le 11 décembre 1917 après la reddition.

  • © Wikimedia / Stéphanie Trouillard, France 24

    Cette photographie du général Allenby est restée célèbre. Il est entré à pied, et non à cheval, par respect pour la ville sainte de Jérusalem. La tour de l’horloge a depuis été détruite, mais on reconnaît bien les lieux.

*Stuart Hadaway est l’auteur de l’ouvrage “From Gaza to Jerusalem: The First World War in the Holy Land”, The History Press, 2016


Première publication : 23/07/2016