Archive for August 1st, 2016

Le président du Conseil français du culte musulman et le ministre de l’Intérieur ont annoncé, lundi, la création d’une “fondation de l’islam de France”, destinée à clarifier ses financements, souvent jugés peu transparents.

Après l’échec de la fondation des œuvres de l’islam, créé en 2005, l’instance chargée du financement de la deuxième religion en France renaît de ses cendres. Anouar Kbibech, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), a annoncé, lundi 1er août, la création d’une nouvelle “fondation de l’islam de France”, à l’issue d’une rencontre avec le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve.

>> À lire sur France 24 : Peut-on se passer du financement étranger des mosquées comme le souhaiterait Valls ?

L’instance, qui fonctionnera de pair avec une association culturelle, est destinée à soutenir financièrement l’islam de France et clarifier son financement souvent critiqué pour son manque de traçabilité. “Cette fondation vivra des dons de mécènes et de particuliers, comme n’importe quelle fondation déclarée d’utilité publique avec des comptes certifiés pour garantir une complète transparence des sources de financements”, assure Anouar Kbibech à France 24.

Le financement étranger en question

L’annonce intervient moins d’une semaine après l’assassinat du prêtre Jacques Hamel à Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), à l’issue duquel Manuel Valls avait appelé à “bâtir un véritable pacte” avec la deuxième religion de France, à travers une “fondation pour l’islam de France”, dans les colonnes du JDD paru dimanche 28 juillet.

Après les attentats de Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, le Premier ministre avait même appelé à interdire des “financements d’un certain nombre de pays étrangers pour la construction des mosquées” en France.

Il n’est pourtant pas question pour la fondation de se priver de cette manne étrangère. “Nous ne fermons pas la porte aux mécénats étrangers, qui peuvent venir d’entreprises ou de personnalités ou de fonds publics, dès lors que les sources de financement sont claires”, prévient Anouar Kbibech. En réalité, très peu de mosquées ou salles de prières sont financées par des fonds étrangers. La quasi-totalité des lieux de cultes musulmans de l’Hexagone sont financés par des fidèles français”, précise le président.

“Une mauvaise idée”

Il ne serait pas non plus question que la fondation se prive des aides de l’État français. Bien que la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État interdise tout financement public de culte, des aides publiques pourraient être allouées à l’association culturelle rattachée à la fondation pour soutenir la recherche universitaire à travers le financement de thèses pour une meilleure connaissance de l’islam en France, de bourses pour les imams et aumôniers candidats aux 13 diplômes universitaires de formation “profane”. Pas question que la fondation ait cependant recours à des fonds publics pour construire des mosquées ou assurer la rémunération des imams.

À gauche, comme à droite, la question des fonds publics fait grincer des dents. Alexis Corbière, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, candidat de “La France insoumise” à la présidentielle, est monté au créneau sur RMC contre la piste d’un financement public. “Je ne suis pas d’accord avec l’angle, pris notamment par le Premier ministre Manuel Valls, qui vise en quelque sorte à remettre en cause la loi du 9 décembre 1905, car quand on lit entre les lignes, […] il s’agirait d’avancer vers un financement public du culte. Ce sont les fidèles qui doivent financer le culte, quel que soit le culte.”

Même réaction indignée à droite du député juppéiste, Benoist Apparu (LR). “J’entends qu’il puisse y avoir la nécessité de se dire qu’un financement public permettrait de régler un certain nombre de choses […]. En même temps dans la situation financière dans laquelle est la France […], ça me paraît une mauvaise idée.”

Halal et hajj mis en renfort

Mauvaises ou bonnes idées, les propositions ne manquent pas au sein des fédérations musulmanes pour trouver d’autres sources de financement, afin de réunir les cinq ou six millions d’euros nécessaires au fonctionnement de la fondation. Le président du CFCM espère ainsi lancer prochainement une “redevance sur le halal”, qui ne serait pas une taxe perçue par l’État – la législation ne le permet pas – mais une contribution pour service rendu perçue par les instances musulmanes, à partir d’un secteur d’activité évalué à plus de 5 milliards d’euros par an.

Le CFCM étudie également d’autres pistes : une redevance sur le grand pèlerinage à La Mecque, le hajj. “Il y a à peu près 30 000 pèlerins venant de France chaque année, dont les coûts de voyage vont de 4 000 à 9 000 euros. Le fait de rajouter 10 ou 20 euros par séjour comme contribution au financement du culte devrait être indolore pour les pèlerins, transparent pour les agences et les opérateurs du pèlerinage, et permettre au CFCM et au culte musulman d’avoir les moyens de leur fonctionnement”, a estimé Anouar Kbibech à l’AFP.

Reste la question du mode de fonctionnement de la fondation. Cette dernière devrait être composée d’un conseil d’administration composé de membres du CFCM, de responsables religieux mais pas seulement. Des chercheurs, intellectuels, des représentants du secteur privé ou de la société civile complèteront la gouvernance de l’instance musulmane.

Du côté de la place Beauvau, on annonce d’ores et déjà que le cadre juridique de la structure a été posé. On se risque même à parler d’une mise en route pour le mois d’octobre. Anouar Kbibech est confiant.

Première publication : 02/08/2016

Des milliers de personnes étaient rassemblées, mardi, en début d’après-midi à la cathédrale de Rouen pour assister aux obsèques du père Jacques Hamel, une semaine après son assassinat dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray.

La cérémonie des obsèques du père Jacques Hamel a commencé, mardi 2 août, peu après 14 h à la cathédrale de Rouen, en présence de nombreux fidèles et du ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, une semaine après son assassinat par deux terroristes dans une église de Saint-Etienne-du-Rouvray.

Porté par quatre personnes, le cercueil en bois a fait son entrée dans l’édifice, précédé et suivi par une procession de nombreux prêtres en aube blanche et étole violette. Le cercueil du prêtre a ensuite été posé sur un tapis à même le sol et entouré de quatre grands cierges blancs. L’aube blanche du prêtre et son étole ont ensuite été posées sur son cercueil, face aux 2 000 personnes réunies dans l’église.

L’archevêque de Rouen Dominique Lebrun, qui célèbre la cérémonie, a annoncé peu avant d’entamer la messe que la famille Hamel avait choisi pour la célébration le passage de l’évangile de Saint Matthieu, “le sermon sur la montagne”, dans lequel Jésus dit : “Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent”.

Dans son homélie, Mgr Lebrun s’est adressé à ceux qui sont tentés par le jihad. “Vous que la violence diabolique tourmente, vous que la folie meurtrière démoniaque entraîne à tuer (…) priez Dieu de vous libérer de l’emprise du démon. Nous prions pour vous, nous prions Jésus qui guérissait ceux qui étaient sous le pouvoir du mal”, a-t-il dit.

“Nous sommes blessés, atterrés, mais pas anéantis”, a dit l’archevêque à la communauté catholique, avant d’inviter ceux qui en ont “oublié le chemin” à se rendre à l’église le 15 août et à allumer une bougie “pour dire (leur) refus de voir souiller un lieu saint”.

Une cérémonie suivie sur écran géant

Parmi les personnes venues assister à cette célébration, des catholiques mais aussi des musulmans, ainsi que des représentants de l’église maronite du Liban, des protestants et des orthodoxes. Certaines personnes attendaient depuis plusieurs heures, sous la pluie, pour être certaines d’entrer.

Plus personne, à part les proches, ne pouvait entrer dans l’édifice, complet, peu après 13 h et une foule de plusieurs centaines de badauds s’est constituée devant la cathédrale pour suivre la cérémonie sur un écran géant.

Cette cérémonie se déroule sous haute sécurité : une vingtaine de camions de CRS sont en place, tandis que des dispositifs de filtrage avec fouille des sacs ont été installés.

Le père Hamel, 85 ans, a été égorgé alors qu’il célébrait une messe matinale pour cinq fidèles, trois religieuses et un couple d’octogénaires dont l’homme a été grièvement blessé. Les deux assassins – deux jihadistes de 19 ans se réclamant de l’organisation État islamique, ont été tués par les policiers juste après le meurtre, quand ils sont sortis de l’église.

Avec AFP

Première publication : 02/08/2016

La mairie de Paris a lancé, lundi, le nettoyage de la statue de la République. Devenue un lieu de recueillement après les attentats de janvier 2015, elle s’est par la suite transformée en symbole des luttes sociales avec le mouvement Nuit debout.

Au fil des événements tragiques que la France a connus depuis janvier 2015, elle était devenue un lieu de mémoire, un point de ralliement, le symbole d’une nation en deuil.

La mairie de Paris a lancé, lundi 1er août, le nettoyage par “hydro-gommage” de la statue de la place de la République. L’opération a débuté sous bonne surveillance car des barrières de sécurité ont été installées autour de l’édifice et une entreprise de sécurité privée a été mobilisée pour l’occasion.

“C’est un peu faux-jeton de faire ça en août”

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

Les habitants et les personnes qui fréquentent régulièrement le quartier ont d’abord été surpris car aucune annonce n’avait été faite au préalable par la mairie de Paris. Marie, qui travaille près de la place, se dit “assez partagée” par cette décision : “J’aimais bien quand on a transformé la statue en mausolée pour se souvenir des attentats mais après ça a dégénéré. On a écrit sur la tête de la fraternité, c’est un sacrilège. C’est plutôt une bonne chose de nettoyer mais ca me rend triste à la fois. C’est aussi un peu faux-jeton de faire ça en août, ils n’assument pas vraiment”.

Contactée par France 24, la mairie de Paris affirme n’avoir “jamais eu l’intention de cacher quoi que ce soit” et souligne avoir communiqué au préalable sur la collecte des objets disposés sur ces lieux de mémoire.

À l’heure actuelle, il est difficile pour beaucoup de personnes de choisir entre le besoin de se souvenir et celui de passer à autre chose. C’est ce que ressentent Christine et Marielle, deux touristes de Toulouse et Montpellier. Si la première dit avoir “un pincement au cœur car c’est toute la colère et la tristesse des gens qui étaient inscrites ici”, son amie se montre rassurante et affirme que “la vie continue” : “La peine s’est exprimée mais maintenant elle est intérieure. Ce n’est pas parce qu’il y a un nettoyage qu’elle n’est plus là. C’est dans nos mémoires”.

“Avec cet effacement, il y a l’idée que ça va recommencer”

Que deviendront donc les centaines de messages, bougies et fleurs déposés aux pieds de la statue ? Contactée par le site Buzzfeed, la mairie du 10e arrondissement, a assuré qu’une “attention particulière sera prêtée aux objets déposés autour du lion, formant un ‘autel’ spontané”. Comme après les attentats du 13 novembre, les objets en bon état seront déposés aux archives de Paris ou exposés au musée Carnavalet.

Reste que le lieu même du recueillement aura, lui, bien disparu. “Il n’est pas question d’ôter le caractère mémoriel de la statue, bien au contraire. Les personnes pourront toujours rendre hommage aux victimes à cet endroit comme au pied de l’arbre du souvenir qui a été planté un an après les attentats de janvier 2015”, assure Rémi Féraud, maire (PS) du Xe arrondissement, au HuffingtonPost.

Pour permettre aux Français de se recueillir, trois plaques ont été installées en janvier 2016, en hommage aux victimes des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, mais, pour le moment, rien n’a été érigé en mémoire des victimes des attentats du 13 novembre. La mairie de Paris assure que “le sujet est encore en discussion avec les familles, les associations de victimes et les lieux concernés” et que des annonces à ce sujet seront faites prochainement.

Pour la place de la République, elle explique avoir dû prendre une décision qui réponde à la fois au besoin de certaines personnes de venir se recueillir mais aussi à celui des associations de riverains de la place de la République “qui ont demandé que la place redevienne un endroit normal”.

Emmanuelle habite justement le quartier. Ce mardi matin, elle prend des photos du nettoyage de la statue sans trop savoir quoi en penser. “Cela fait partie du rythme de la vie de cette place. Il y a eu les manifs, les commémorations des attentats, et maintenant c’est une étape franchie, affirme la jeune femme, avant de concéder, “mais avec cet effacement, il y a l’idée que ça va recommencer et ça fout les jetons”.

Première publication : 02/08/2016