Archive for August 5th, 2016

La plateforme Action emploi réfugiés a été lancée fin juin pour donner “un coup de pouce” aux réfugiés à la recherche d’un travail en France, en misant sur leurs compétences professionnelles. Reportage.

“La vie est belle”. À la terrasse d’un café, place de la République, à Paris, Husnia, 29 ans, et Ali, 25 ans, parlent avec enthousiasme de leur journée de travail. Cela n’a l’air de rien mais c’est nouveau pour eux : elle est Afghane, lui est Syrien, tous deux sont réfugiés et c’est leur premier emploi salarié depuis qu’ils sont arrivés en France (fin 2013 pour elle, en septembre 2015 pour lui). Ce CDD de quatre mois décroché début juillet dans une association de lutte contre l’exclusion, ils le voient comme “une clé”. Un cap franchi avec l’aide d’Action emploi réfugiés. Après avoir créé un groupe Facebook, l’association a lancé fin juin une plateforme destinée à mettre en relation les réfugiés à la recherche d’un emploi et les employeurs prêts à recruter un réfugié.


Husnia est arrivée en France fin 2013. © AW/FRANCE24

“Cette plateforme vise à favoriser des opportunités. Le réfugié qui poste son CV accède ainsi à des offres d’emplois. C’est un coup de pouce, on n’intervient pas davantage”, explique Diane Binder, la cofondatrice d’Action emploi réfugiés. Après avoir postulé à une offre d’”intervenant social”, Husnia et Ali ont, de fait, passé chacun “un long entretien”. Les postes auxquels ils prétendaient étant en lien avec la crise des réfugiés, leur parcours s’est révélé être un atout : “Je parle arabe, français et anglais. Et puis j’ai été demandeur d’asile, je suis passé par la situation des gens que je dois accompagner. Je connais la procédure”, explique Ali. En Afghanistan, Husnia était professeure de droit international et européen et dès son arrivée en France, elle a fait du bénévolat, comme interprète notamment, dans différentes ONG. Pour elle, ce CDD d’intervenant social est donc complètement cohérent avec son parcours : “J’ai travaillé dans l’humanitaire et j’ai été demandeuse d’asile, les démarches administratives, je les connais”, raconte-t-elle.

Depuis la création, début 2016, du groupe Facebook Action emploi réfugiés qui a précédé la plateforme, 80 emplois ont été pourvus. Des contrats de tout type, de l’intérim au CDI, essentiellement dans le secteur des services à la personne : la restauration, l’hôtellerie, l’artisanat, la construction. Sans surprise, rares sont les réfugiés qui trouvent un emploi à la hauteur de leurs qualifications et de leurs compétences dans leur pays d’origine. “Les deux principaux obstacles pour les réfugiés en France sont la langue et l’équivalence de leur diplômes”, explique Diane Binder. “Tous ont conscience de ces difficultés mais le simple fait de travailler leur permet de mettre un pied à l’étrier. Beaucoup ont l’idée de reconstruire leur parcours plus tard”, précise-t-elle. En Syrie, Ali a obtenu un diplôme en chirurgie dentaire. Arrivé en France, il a bien essayé de postuler à des offres d’assistant dentaire mais “c’est très difficile d’avoir un entretien”. Son nouveau travail d’intervenant social représente néanmoins pour lui plus qu’un travail alimentaire : il se sent utile. Il se sent aussi plus chanceux que cet ami, Syrien lui aussi, pharmacien de formation, qui a trouvé un petit boulot dans la restauration. Et puis il y a tous ceux qui ne trouvent pas de travail du tout. “Beaucoup de refugiés ont des compétences, du savoir faire, mais c’est difficile pour un employeur de recruter quelqu’un qui n’a jamais travaillé en France”, analyse-t-il. À terme, Ali souhaiterait travailler dans le domaine médical mais il sait que cela prendra du temps. “Je suis nouveau ici. Il faut voir comment la société française fonctionne”, annonce-t-il, philosophe.

Des employeurs à la recherche de compétences avant tout

“Pour les employeurs, ce n’est pas qu’un geste de solidarité, ils sont avant tout à la recherche de compétences”, précise Diane Binder. Qui sont ces employeurs ? Des particuliers, des PME, des grandes entreprises… Paul, qui dirige une agence de communication à Paris, a engagé un réfugié syrien pour des gros travaux de peinture dans les nouveaux locaux de son entreprise : “On avait besoin d’un professionnel pour une dizaine de jours. Je me suis dit que c’était le bon compromis pour faire un essai. On avait bien spécifié les compétences requises et la personne que l’on a recrutée connaissait parfaitement son métier”, témoigne t-il. Au-delà du besoin de faire ces travaux, Paul ne cache pas qu’employer un réfugié était une façon pour lui de “faire quelque chose”. “À partir du moment où l’on accueille ces gens en France, c’est normal de chercher à les intégrer”.

L’intégration par le travail, la cofondatrice d’Action emploi réfugiés y croit dur comme fer : “Avoir un emploi permet aux réfugiés de mieux maîtriser le française et de se familiariser avec les codes culturels”. La démarche de l’association se veut toutefois pragmatique et sans naïveté : “On ne s’adresse qu’aux réfugiés qui ont le droit de travailler, c’est-à-dire ceux qui ont déjà le statut de réfugié ou ceux qui sont demandeur d’asile depuis plus de 9 mois”. Malgré tout, favoriser l’emploi des réfugiés dans le contexte économique actuel suscite la réticence de certains. Mais pour Diane Binder, avec 5 000 à 7 000 refugiés qui obtiennent le droit de travailler chaque année pour 330 000 offres d’emploi non pourvues en France selon le Medef, “les chiffres parlent d’eux-mêmes”. Et la co-fondatrice d’Action emploi réfugiés d’ajouter : “Une fois qu’ils ont le droit de travailler, les réfugiés ont les mêmes droits que les autres citoyens… et ils ont besoin d’un coup de pouce supplémentaire”.

Première publication : 06/08/2016

Au moins treize personnes ont trouvé la mort dans la nuit de vendredi à samedi dans un incendie, vraisemblablement d’origine accidentelle, qui s’est déclaré dans un bar de Rouen. C’est l’incendie le plus meurtrier en France depuis 2005.

Un incendie survenu dans la nuit du vendredi 5 au samedi 6 août dans un bar de Rouen a fait au moins treize morts et six blessés, dont un en urgence absolue, selon le ministère de l’Intérieur. Les victimes sont principalement des jeunes âgés de 18 à 25 ans.

Le quotidien local Paris-Normandie rapporte que le bar Au Cuba Libre avait été privatisé pour une soirée d’anniversaire. L’incendie s’est produit aux alentours de minuit et a été provoqué par la chute d’une personne qui portait un gâteau d’anniversaire garni de bougies, selon le parquet de Rouen.

“Quelqu’un est descendu avec un gâteau d’anniversaire avec des bougies et a chuté dans l’escalier”, a indiqué à l’AFP le vice-procureur Laurent Labadie. “Il y a eu projection des bougies sur les murs et sur le plafond” recouvert d’un isolant phonique et “il y a eu une inflammation immédiate et propagation de gaz”, a-t-il ajouté.

Selon le commissariat de police de Rouen, les victimes ont été intoxiquées par des gaz dans une salle située au sous-sol du bar où se déroulait la soirée. “Il n’y a pas eu d’explosion, ce sont les bougies utilisées pour une fête d’anniversaire qui ont enflammé le plafond constitué de polystyrène, libérant des gaz qui ont intoxiqué les victimes”, a déclaré à l’AFP la permanence du commissariat.

Enquête en cours

Plus de cinquante pompiers sont intervenus pour maîtriser les flammes et venir en aide aux personnes qui se trouvaient dans le bar. Une enquête est en cours pour déterminer les causes de l’incendie et une cellule de soutien médico-psychologique a été ouverte au CHU Charles Nicolle de Rouen.

Selon Paris-Normandie, Laurent Labadie, vice-procureur au parquet de Rouen, présent sur les lieux après le drame, a insisté “sur un incendie d’origine accidentelle”. Toujours selon Paris-Normandie, le maire PS de Rouen Yvon Robert, arrivé sur les lieux du drame peu avant 2 h, a déploré “la plus grande catastrophe” ayant touché Rouen.

Sur place, un périmètre de sécurité constitué de barrières métalliques a été mis en place devant ce qui restait de la façade rouge et orange du bar, dont toutes les vitres ont été soufflées et le store brûlé. Des policiers surveillaient les lieux.

Dès 4 h, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a déploré le drame dans un communiqué. “Une enquête judiciaire est en cours pour déterminer les causes de l’incendie”, a-t-il précisé, soulignant que les victimes avaient été “immédiatement prises en charge par le SAMU”. “Incendie grave à Rouen : profonde tristesse face à la tragédie qui a fauché 13 jeunes vies. Compassion et soutien aux familles éprouvées”, a de son côté tweeté le Premier ministre Manuel Valls.

Le président François Hollande a quant à lui exprimé “sa solidarité et sa compassion à l’égard des familles”, promettant que “tout sera fait” pour éclaircir les causes de l’accident.

Il n’y avait pas eu d’incendie aussi meurtrier en France depuis celui survenu, le 4 septembre 2005, dans un immeuble d’habitation à L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne), faisant 18 morts.

Cette année-là, en France, plusieurs incendies avaient ravagé des immeubles et des hôtels vétustes, causant des bilans tragiques. Le plus grave d’entre eux avait été celui de l’hôtel Paris-Opéra, un hôtel d’hébergement d’urgence, qui avait provoqué la mort de 24 personnes, dont 11 enfants.

Avec AFP et Reuters

Première publication : 06/08/2016