Archive for August 12th, 2016

Dans le cadre d’un vaste projet solidaire et alternatif, un camping a vu le jour en, à Paris, dans l’enceinte de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, dans le 14e. Une façon de vivre la ville différemment, mais pas seulement. Reportage.

Des rangées de tentes bleues à l’ombre des arbres et, au loin, la tour Montparnasse : le camping des Grands Voisins, seul camping intra-muros de Paris, a vu le jour en juin dans l’enceinte de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, avenue Denfert-Rochereau, dans le 14e arrondissement. “C’est vraiment cool ici”, s’enthousiasment Naomi, Charlotte et Emily, trois étudiantes anglaises, installées sur la terrasse de leur cabanon sur pilotis, en cette matinée du samedi 13 août. Arrivées la veille, les jeunes femmes ont réservé par Airbnb, pour 64 euros la nuit. Un tarif inespéré pour loger en plein cœur de la capitale. Entre les installations artistiques en bois coloré, la ressourcerie et le potager partagé, le lieu propose une expérience atypique de la ville.

Naomi et Charlotte, sur la terrasse de leur cabanon au camping Les Grands Voisins

© AW/FRANCE24

Mais le camping s’inscrit aussi dans un projet de solidarité plus vaste baptisé lui aussi “Les Grands Voisins” et présenté comme “une fabrique de biens communs” : depuis 2011, les plus de trois hectares de l’hôpital désaffecté ont été investis par trois ONG, avec l’aval de la Ville de Paris. Six cents résidents vivent ainsi sur place logés par l’association Aurore, spécialisée dans l’hébergement social et d’urgence. L’association Plateau-Urbain met, pour sa part, les locaux à disposition de plus de 130 structures – des associations, des artisans, des artistes… Quant à Yes We Camp, elle a pour mission d’ouvrir le lieu au public et de créer du lien social entre tout ce petit monde. D’où l’idée de ce camping unique en son genre.

“Un petit village”

Ce samedi-là, à 9 heures du matin, alors que le ballet des allers et venues à la douche commence, Victor, Maura et Justine, la petite vingtaine, prennent ensemble leur petit déjeuner au soleil. Chacun a dormi dans un hamac, pour 8 euros la nuit. C’est l’option la moins chère proposée par le camping. Mais Victor est ici en tant que bénévole : “Je leur rends service et on s’arrange”, explique-t-il. Ce qui l’a amené ici ? “J’ai entendu parler du lieu en Bretagne, dans le milieu associatif, et j’étais curieux”. Depuis son arrivée, il a déjà participé à un atelier de confection de chaises et doit maintenant aider à fixer un sol en caoutchouc sur une aire de jeux destinée aux enfants. Ce qui le séduit ici ? “La créativité des gens” et “la mixité de populations”. Comme les résidents peuvent aider au camping, tout le monde est en effet amené à se rencontrer. “Pour moi, c’est un cas d’école d’ouvrir un lieu comme ça dans une grande ville”, précise-t-il.

Justine Maura et Victor prennent leur petit déjeuner devant l’accueil du camping

Casquette sur la tête, Maura, qui est Italien, est ici pour faire “une pause” dans son tour d’Europe à vélo. Il est ici en tant que HelpX : logé et nourri, il va, en échange, faire des travaux de peinture pendant une dizaine de jours. “En Espagne, en tant que HelpX, je devais promener des chiens. Là, c’est plus intéressant”, explique t-il. Justine, qui préfère se faire appeler “Jus” – “comme du jus fruits” – connaissait déjà l’endroit : un ami le lui avait fait découvrir en juin, à l’occasion d’un festival et elle s’était promis de revenir. Elle qui a baroudé, et qui habite “partout et nulle part” en ce moment, se dit surprise par le degré d’organisation des Grands Voisins, “rare pour des Français”, selon elle. L’expérience n’est pas sans lui rappeler Christiania, ce quartier autogéré de Copenhague fondé dans les années 70. En moins dévoyé : “Ici c’est vraiment un petit village, un microcosme”, analyse-t-elle.

À l’accueil du camping, Maïa confirme l’impression générale : “Il y a pas mal de jeunes parmi les campeurs”. Plus inattendu, entre les backpackers et les touristes, le camping accueille aussi… des Parisiens : “Ils veulent se dépayser le temps d’un week-end. On a aussi eu une famille qui est venue fêter un anniversaire en séjournant ici”. Les campeurs restent en moyenne entre un et cinq jours, “comme dans un camping classique finalement”. Pour essayer de sensibiliser les nouveaux venus au projet des Grands Voisins, une soirée est organisée chaque jeudi pour accueillir les nouveaux campeurs. Une occasion festive destinée à faciliter les liens avec les résidents.

“Un modèle qui fonctionne”

Et sur le plan économique ? “C’est un modèle qui fonctionne”, se félicite Elena qui gère Yes We Camp. “Avant l’appel à projet de la Mairie de Paris, le site vide coûtait un million d’euros par an et les bâtiments inoccupés généraient de l’insécurité. Occupé, le site coûte 1,6 million d’euros mais les associations participent au budget”, explique-t-elle. Mais bénévoles et résidents le savent : l’occupation de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul est temporaire. L’autorisation de la Ville de Paris pour occuper le site ne court que jusqu’à mi-2017. Et ensuite ? Un éco-quartier doit voir le jour. Mais le projet Les Grands Voisins devrait laisser son empreinte : “La Ville décidera de ce qui a fonctionné aux Grands Voisins et s’en inspirera”, veut croire Elena.

Le camping des Grands Voisins compte 110 emplacements

© AW/AFP

Première publication : 13/08/2016

Dans le cadre d’un vaste projet solidaire et alternatif, un camping a vu le jour en, à Paris, dans l’enceinte de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, dans le 14e. Une façon de vivre la ville différemment, mais pas seulement. Reportage.

Des rangées de tentes bleues à l’ombre des arbres et, au loin, la tour Montparnasse : le camping des Grands Voisins, seul camping intra-muros de Paris, a vu le jour en juin dans l’enceinte de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, avenue Denfert-Rochereau, dans le 14e arrondissement. “C’est vraiment cool ici”, s’enthousiasment Naomi, Charlotte et Emily, trois étudiantes anglaises, installées sur la terrasse de leur cabanon sur pilotis, en cette matinée du samedi 13 août. Arrivées la veille, les jeunes femmes ont réservé par Airbnb, pour 64 euros la nuit. Un tarif inespéré pour loger en plein cœur de la capitale. Entre les installations artistiques en bois coloré, la ressourcerie et le potager partagé, le lieu propose une expérience atypique de la ville.

Naomi et Charlotte, sur la terrasse de leur cabanon au camping Les Grands Voisins

© AW/FRANCE24

Mais le camping s’inscrit aussi dans un projet de solidarité plus vaste baptisé lui aussi “Les Grands Voisins” et présenté comme “une fabrique de biens communs” : depuis 2011, les plus de trois hectares de l’hôpital désaffecté ont été investis par trois ONG, avec l’aval de la Ville de Paris. Six cents résidents vivent ainsi sur place logés par l’association Aurore, spécialisée dans l’hébergement social et d’urgence. L’association Plateau-Urbain met, pour sa part, les locaux à disposition de plus de 130 structures – des associations, des artisans, des artistes… Quant à Yes We Camp, elle a pour mission d’ouvrir le lieu au public et de créer du lien social entre tout ce petit monde. D’où l’idée de ce camping unique en son genre.

“Un petit village”

Ce samedi-là, à 9 heures du matin, alors que le ballet des allers et venues à la douche commence, Victor, Maura et Justine, la petite vingtaine, prennent ensemble leur petit déjeuner au soleil. Chacun a dormi dans un hamac, pour 8 euros la nuit. C’est l’option la moins chère proposée par le camping. Mais Victor est ici en tant que bénévole : “Je leur rends service et on s’arrange”, explique-t-il. Ce qui l’a amené ici ? “J’ai entendu parler du lieu en Bretagne, dans le milieu associatif, et j’étais curieux”. Depuis son arrivée, il a déjà participé à un atelier de confection de chaises et doit maintenant aider à fixer un sol en caoutchouc sur une aire de jeux destinée aux enfants. Ce qui le séduit ici ? “La créativité des gens” et “la mixité de populations”. Comme les résidents peuvent aider au camping, tout le monde est en effet amené à se rencontrer. “Pour moi, c’est un cas d’école d’ouvrir un lieu comme ça dans une grande ville”, précise-t-il.

Justine Maura et Victor prennent leur petit déjeuner devant l’accueil du camping

Casquette sur la tête, Maura, qui est Italien, est ici pour faire “une pause” dans son tour d’Europe à vélo. Il est ici en tant que HelpX : logé et nourri, il va, en échange, faire des travaux de peinture pendant une dizaine de jours. “En Espagne, en tant que HelpX, je devais promener des chiens. Là, c’est plus intéressant”, explique t-il. Justine, qui préfère se faire appeler “Jus” – “comme du jus fruits” – connaissait déjà l’endroit : un ami le lui avait fait découvrir en juin, à l’occasion d’un festival et elle s’était promis de revenir. Elle qui a baroudé, et qui habite “partout et nulle part” en ce moment, se dit surprise par le degré d’organisation des Grands Voisins, “rare pour des Français”, selon elle. L’expérience n’est pas sans lui rappeler Christiania, ce quartier autogéré de Copenhague fondé dans les années 70. En moins dévoyé : “Ici c’est vraiment un petit village, un microcosme”, analyse-t-elle.

À l’accueil du camping, Maïa confirme l’impression générale : “Il y a pas mal de jeunes parmi les campeurs”. Plus inattendu, entre les backpackers et les touristes, le camping accueille aussi… des Parisiens : “Ils veulent se dépayser le temps d’un week-end. On a aussi eu une famille qui est venue fêter un anniversaire en séjournant ici”. Les campeurs restent en moyenne entre un et cinq jours, “comme dans un camping classique finalement”. Pour essayer de sensibiliser les nouveaux venus au projet des Grands Voisins, une soirée est organisée chaque jeudi pour accueillir les nouveaux campeurs. Une occasion festive destinée à faciliter les liens avec les résidents.

“Un modèle qui fonctionne”

Et sur le plan économique ? “C’est un modèle qui fonctionne”, se félicite Elena qui gère Yes We Camp. “Avant l’appel à projet de la Mairie de Paris, le site vide coûtait un million d’euros par an et les bâtiments inoccupés généraient de l’insécurité. Occupé, le site coûte 1,6 million d’euros mais les associations participent au budget”, explique-t-elle. Mais bénévoles et résidents le savent : l’occupation de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul est temporaire. L’autorisation de la Ville de Paris pour occuper le site ne court que jusqu’à mi-2017. Et ensuite ? Un éco-quartier doit voir le jour. Mais le projet Les Grands Voisins devrait laisser son empreinte : “La Ville décidera de ce qui a fonctionné aux Grands Voisins et s’en inspirera”, veut croire Elena.

Le camping des Grands Voisins compte 110 emplacements

© AW/AFP

Première publication : 13/08/2016

Interpellé près de Toulouse lundi, l’homme suspecté d’avoir été en contact avec les deux tueurs de Saint-Étienne-du-Rouvray a été mis en examen et écroué pour “association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste criminelle”.

Des contacts sur la messagerie Telegram puis une mystérieuse rencontre avec les tueurs du père Jacques Hamel dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray : un suspect de 21 ans a été mis en examen, vendredi 12 août, et écroué dans l’enquête sur l’attentat du 26 juillet.

Après quatre jours de garde à vue, le jeune homme interpellé lundi à Pechbonnieu, dans la banlieue nord de Toulouse, a été mis en examen pour “association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste criminelle”, selon une source judiciaire. Il a été placé en détention provisoire, conformément aux réquisitions du parquet de Paris.

Radicalisation rapide

Titulaire d’un bac en électronique, sans emploi, le suspect, inconnu des services de renseignement, affirme s’être radicalisé rapidement, selon une source proche de l’enquête. Aux yeux des enquêteurs, il apparaît comme un jeune homme désœuvré et instable, actif sur les réseaux sociaux, et notamment Telegram, messagerie cryptée prisée des jihadistes pour sa confidentialité.

C’est par ce canal qu’il serait entré en contact avec Adel Kermiche qui, avec Abdel Malik Petitjean, a tué le père Jacques Hamel. Tous deux âgés de 19 ans, vivant à 700 km de distance l’un de l’autre, les tueurs avaient fait connaissance via Telegram quelques jours seulement avant leur passage à l’acte.

>> À lire sur France 24 : “Peut-on surveiller Telegram, la messagerie prisée des jihadistes ?”

Le 26 juillet, ils avaient surgi dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, près de Rouen, pris en otages cinq personnes et tué le prêtre en pleine messe dans son église, avant d’être abattus par la police. L’assassinat a été revendiqué par l’organisation jihadiste État islamique (EI).

Les enquêteurs sont remontés jusqu’au suspect toulousain parce que les portables des deux assaillants figuraient dans les contacts de sa ligne téléphonique, selon la source proche de l’enquête. En garde à vue, il a expliqué aux policiers de la SDAT (sous-direction antiterroriste) s’être rendu le 24 juillet à Saint-Étienne-du-Rouvray pour y suivre un “stage de religion” avec plusieurs personnes, parmi lesquelles les deux tueurs, a rapporté cette source.

“Le contact n’était pas bon”

Le jeune homme a raconté avoir passé la nuit sur place mais être reparti le lendemain matin parce que “le contact n’était pas bon”, a relaté une source policière. Que se sont-ils dit ? Le visiteur toulousain était-il au courant d’un projet d’attaque contre l’église ? Devant les enquêteurs, il a affirmé avoir quitté Kermiche et Petitjean sans rien savoir de leur projet jihadiste, selon la source policière.

Or, selon une source proche de l’enquête, les enquêteurs le soupçonnent d’avoir eu connaissance du contenu du compte Telegram de Kermiche qui y a dévoilé le scénario de l’attaque du 26 juillet. Le tueur avait en effet décrit par avance dans un message le mode opératoire de l’attaque, mentionnant “un couteau” ainsi qu'”une église”.

D’après ses déclarations, ce n’est qu’une fois reparti chez lui que le suspect toulousain aurait alors fait le lien entre l’attaque et ses récents contacts en Normandie, a relaté une source policière.

Dans cette affaire, un cousin d’Abdel Malik Petitjean, Farid K., a été mis en examen et écroué le 31 juillet. Né à Nancy, cet homme de 30 ans “avait parfaitement connaissance, si ce n’est du lieu et du jour précis, de l’imminence d’un projet d’action violente de son cousin”, selon le parquet de Paris.

Avec AFP

Première publication : 13/08/2016