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Jérôme Monod, ex-patron de Suez-Lyonnaise des Eaux, haut fonctionnaire et homme politique, est décédé jeudi dans le Vaucluse à l’âge de 85 ans. Il avait participé à la création du RPR en 1976 et a suivi Jacques Chirac jusqu’à l’Élysée.

Ancien patron de Suez-Lyonnaise des Eaux et très proche collaborateur de Jacques Chirac, Jérôme Monod est décédé jeudi 18 août à l’âge de 85 ans dans sa propriété de Lourmarin (Vaucluse), a-t-on appris auprès de sa femme, Françoise Monod, samedi. Il souffrait depuis quelques temps d’une insuffisance cardiaque et rénale, selon cette dernière.

Jérôme Monod était issu d’une grande famille protestante française qui comprenait notamment le prix Nobel Jacques Monod, le spécialiste des déserts Théodore Monod, le cinéaste Jean-Luc Godard ou encore nombre de banquiers suisses.

Dès son plus jeune âge, il fait ses classes dans les plus prestigieuses écoles, avant de suivre la filière classique des hauts fonctionnaires, Sciences-Po et l’ENA.

Co-fondateur du RPR

Il entame ensuite sa carrière au cabinet de Michel Debré, Premier ministre du général De Gaulle, avant de suivre Jacques Chirac dont il restera un fidèle compagnon.

En 1975, lorsque ce dernier devient Premier ministre, Monod le suit à Matignon en tant que directeur de cabinet. “Il dirigeait l’équipe d’une main de fer, en trois minutes tout devait être dit, sinon il nous fusillait de son regard bleu acier”, se souvient un ancien du cabinet. Un an plus tard, toujours avec Chirac, il crée le RPR, le parti gaulliste chargé de remporter les législatives de 1978. Il dit alors ne pas aimer la politique, mais agir juste par amitié pour un homme.

Puis il décide de rejoindre secteur privé où, dit-il, “on peut faire bouger” les choses. En 1980, il prend la tête de Lyonnaise des Eaux, entreprise dont il a fait un leader mondial de l’eau, de la propreté et de l’énergie en orchestrant notamment sa fusion avec Suez.

Un VRP à la conquête du monde

Il devient le VRP numéro un du groupe et part à la conquête du monde, parcourant les chantiers de l’Amérique du Sud au Japon, en passant par le Moyen-Orient ou la Chine. Sans états d’âme, à ceux qui lui reprochent d’ignorer la répression sanglante de Tiananmen, il rétorque “travailler pour le bien-être des masses”.

Mis en cause dans les affaires liées au financement des partis politiques dès la fin des années 80, Jérôme Monod a été l’un des premiers grands patrons français à mettre en place une charte éthique dans le groupe.

À l’âge de 70 ans, lors du second mandat de Jacques Chirac à l’Élysée, il redevient l’un des proches conseillers. Le président de la République le charge de préparer l’élection présidentielle de 2002 et la création de l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP).

Il s’impose alors comme l’éminence grise du cabinet du président. Quand Chirac est réélu en 2002, c’est lui qui distribue les investitures, exerçant en outre une grande influence dans la sphère économique.

Même dans son propre camp, il n’a pas que des amis. Ses relations avec Nicolas Sarkozy sont notoirement mauvaises et pourtant en 2007, c’est lui qu’il appelle à soutenir à la présidentielle.

Esprit brillant

Sa seule expérience directe des urnes reste l’élection municipale de 2001 à Lourmarin, où il a été battu.

À l’annonce de la mort de Jérôme Monod, L’Élysée a salué “un homme de fidélités” qui “a joué un rôle important dans la vie politique et économique de notre pays”. Alain Juppé (LR), dont il était très proche, a pour da part rendu hommage à “un homme d’action au service de la France, de l’État, de l’entreprise” et “un esprit brillant”.

Dans le monde économique, le président d’Engie et de Suez, Gérard Mestrallet, a salué le “rôle essentiel” joué par Jérôme Monod dans la construction de ces groupes. “Bâtisseur infatigable, il avait une vision mondiale des métiers de l’environnement et de l’énergie” et “restera une des grandes figures de l’industrie française”.

Avec AFP

Première publication : 20/08/2016