Archive for August 25th, 2016

Alors que le Conseil d’État a suspendu vendredi un arrêté anti-burkini, la créatrice de mode australienne qui a créé la tenue en 2004, a expliqué à France 24 qu’elle a conçu ce vêtement dans un souci d’intégration des femmes musulmanes.

La suspension, vendredi 26 août, par le Conseil d’Etat d’un arrêté anti-burkini fait suite à plusieurs semaines de polémique dans l’Hexagone sur le sujet. Dans ce contexte, France 24 a interviewé la styliste Aheda Zanetti, l’Australienne à l’origine du burkini.

France 24 : Cela peut paraître surprenant qu’une femme soit à l’origine du burkini. Quand l’avez-vous créé et quelle était votre intention ?

Aheda Zanetti. J’ai créé ce vêtement en 2004… pour l’intégration. L’idée était de faire un maillot de bain destiné à une fille ou une femme musulmane ou pour quiconque souhaitant être pudique. Nous avons enlevé le voile pour le remplacer par une capuche. Je me suis dit que cela donnerait un style vestimentaire occidental… mais qui ne transige pas avec la pudeur. Je pensais sincèrement que cela comblerait ma communauté. Je me disais qu’il y avait un marché : il n’y avait rien de satisfaisant pour les filles ou les femmes qui participaient à des activités sportives dans l’eau. Je voulais leur proposer quelque chose pour profiter de ce mode de vie australien et du fitness.

Je ne crois pas que la religion devrait faire partie du sport, mais en même temps on ne voulait pas transiger avec la pudeur. Et la pudeur n’est pas un gros mot. Beaucoup de gens ont besoin de cette pudeur pour plein d’autres raisons que la religion : cela peut être les personnes qui souffrent d’un cancer de la peau, les femmes à la peau très blanche qui ne peuvent pas s’exposer au soleil ou qui ne veulent tout simplement plus porter de bikini à cause de l’âge, de leur poids ou à cause de n’importe quoi. Le mot pudeur n’est pas à la mode mais je veux le remettre d’actualité : on peut être à la mode, sportive… et pudique.

Vous parlez de pudeur mais certains hommes politiques français disent que c’est une oppression de la femme…

Je ne comprends pas ce point de vue. Quand je choisis la pudeur, c’est ma propre décision. Je suis née musulmane mais j’ai choisi de rester musulmane. De nombreuses musulmanes ne portent pas le hijab et ne font pas ce choix de la pudeur. Mais elles n’en sont pas moins musulmanes pour autant. C’est un choix qui leur appartient, comme mon choix d’être pudique m’appartient. Et l’appartenance à telle ou telle religion n’a pas d’importance.

Ici, en France, le sujet est allé jusque devant le Conseil d’Etat. Est-ce que cela vous surprend ?

Oui, cela me surprend vraiment. Jamais je n’aurais imaginé que des hommes politiques débattraient et légiféreraient là-dessus… C’est un maillot de bain bon sang, c’est tout ce que c’est ! C’est un maillot de bain pour rendre les gens heureux et en forme. Quand on parle de vêtements de natation, les mots qui viennent automatiquement à l’esprit sont “liberté”, “bonheur”, “fitness”, “eau”, “soleil”, on ne parle pas de “politique”, de “haine”, de “terrorisme”, d’”obsession”. Alors oui, je suis surprise et même choquée.

>> À lire sur France 24 : “Burkini à Nice – la Madeleine entre désapprobation et bravade”

Première publication : 26/08/2016

Opposé à Nicolas Sarkozy sur les questions liées à l’islam et l’immigration, le candidat à la primaire de la droite, Alain Juppé, s’est prononcé vendredi contre une loi interdisant le burkini, tout en appelant à “ne pas jeter de l’huile sur le feu”.

Alain Juppé s’est fermement opposé à Nicolas Sarkozy, son rival pour la primaire de la droite, sur les questions liées à l’immigration et à l’islam dans un entretien publié vendredi 26 août sur le Figaro.fr.

>> À lire sur France 24 : “Identité heureuse ou malheureuse : la place des musulmans en France au cœur de la primaire de la droite”

Suite à la décision du Conseil d’État de suspendre l’arrêté prohibant le port de vêtement religieux sur les plages de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes), Alain Juppé a pris le contre-pied de Nicolas Sarkozy, qui milite pour une interdiction pure et simple du burkini dans l’Hexagone. L’ex-Premier ministre s’est dit fermement opposé à toute loi “de circonstance” exigée “au fil des polémiques médiatiques”. “Aujourd’hui, dans l’état de tension et de souffrance dans lequel se trouve la société française, nous serions tous bien inspirés d’arrêter de jeter de l’huile sur le feu”, a estimé le maire de Bordeaux.

Contre l’interdiction du voile à l’université

De même, Alain Juppé s’était déclaré contre l’interdiction du voile à l’université prônée par Nicolas Sarkozy, alors président de Les Républicains (LR) et pas encore candidat à la primaire des 20 et 27 novembre 2016.

“La question du port de signes religieux ostentatoires est importante, notamment en ce qu’elle peut constituer pour la femme une forme d’enfermement”, a expliqué le maire de Bordeaux au Figaro. “Il faudra l’aborder clairement, comme je le propose, dans un accord global entre l’État et les représentants du culte musulman”, a-t-il poursuivi. “La République doit engager un dialogue avec nos compatriotes musulmans pour fixer les règles du jeu dans un accord solennel sur les principes de la laïcité”, qui comprendra “une charte de la laïcité”.

À la question avec qui négocier cet accord, il répond : “C’est le problème”. “La représentativité du Conseil français du culte musulman est parfois contestée (…) Il faut qu’il soit vraiment représentatif des musulmans de France, sans connexion avec des États étrangers, ce qui suppose que nos compatriotes musulmans prennent leurs responsabilités pour s’organiser”, explique-t-il. “Ce n’est pas les culpabiliser ni les stigmatiser de dire cela”, ajoute-t-il.

“Des comportements de prosélytisme proches de la provocation”

Dans son entretien, Alain Juppé réfute avoir jamais parlé “d’accommodements raisonnables”, un concept venu du Canada et contesté par les tenants d’une laïcité offensive.

“Je le dis à nos compatriotes musulmans : on note aujourd’hui dans cette religion un durcissement, un retour à ce que certains considèrent comme la rigueur originelle, qui peut aboutir à des comportements de prosélytisme proches de la provocation. Il faut calmer le jeu d’un côté comme de l’autre”, ajoute le maire de Bordeaux.

Enfin, alors que Nicolas Sarkozy propose de suspendre le regroupement familial en cas d’alternance en 2017, l’ex-Premier ministre juge cette attitude “pas humaine”. “Je pense qu’il faut le maintenir à condition que la personne qui souhaite faire venir sa famille puisse justifier d’un revenu du travail”, explique l’édile.

Avec AFP et Reuters

Première publication : 26/08/2016

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La découverte du logiciel espion Pegasus sur iPhone a fait l’effet d’une petite bombe dans le monde de la sécurité informatique. Gert-Jan Schenk, vice-président Europe Moyen-Orient de Lookout, la société qui a analysé le virus, explique pourquoi.

Tous les utilisateurs d’iPhone ont été invités par Apple, jeudi 25 août, à installer d’urgence une mise à jour de sécurité pour leur éviter d’être infecté par le logiciel espion Pegasus. Cette cyber-arme est, en effet, “de loin la plus sophistiquée jamais détectée” sur mobile, affirme Gert-Jan Schenk, vice-président Europe, Moyen-Orient et Afrique de Lookout, la société américaine de sécurité informatique sur mobile qui a analysé ce virus. Il explique à France 24 en quoi Pegasus, créé par la société israélienne NSO pour espionner les utilisateurs de smartphone Apple, Android ou BlackBerry, sort du lot.

>> À lire sur France 24 : NSO, la start-up israélienne qui a créé le logiciel espion qui prend le contrôle des iPhone



France 24 : Qu’est-ce qui différencie Pegasus des autres logiciels espions sur mobile ?

Gert-Jan Schenk : Nous n’avons jamais vu un logiciel espion aussi sophistiqué. Son existence sur le smartphone infecté ne peut pas être détecté par l’utilisateur. De plus, aucun chiffrement des données n’est efficace pour s’en proteger et ses développeurs ont découvert à la fois trois failles de sécurité inconnues par Apple.

Lorsque vous dites que Pegasus ignore le chiffrement des données, est-ce que cela signifie qu’il permet de surveiller les conversations sur WhatsApp ou Telegram ?

Il faut comprendre comment Pegasus fonctionne. Ce logiciel espion s’installe au niveau du noyau du téléphone, c’est-à-dire au cœur du système d’exploitation, ce qui permet d’intercepter les conversations avant même que tout chiffrement n’ait lieu. C’est comme si les espions pouvaient voir ce que l’utilisateur tape sur son clavier. Donc, en effet, le chiffrement d’application comme WhatsApp ou Telegram est inutile face à Pegasus.



Ce logiciel pourrait donc être utilisé pour lutter contre les mouvements terroristes comme le groupe État islamique, dont les membres utilisent Telegram ?

Les services de renseignement peuvent, en effet, l’utiliser à cette fin. Mais c’est un outil sans équivalent pour en apprendre le plus possible sur n’importe qui, car après votre épouse ou compagnon, personne n’en connaît plus sur vous que votre téléphone.

Comme la réglementation en matière de vente cyber-armes est très floue, NSO peut décider de vendre Pegasus à qui bon lui semble. La société affirme ne fournir ce logiciel qu’aux “entités autorisées”, mais elle est seule à décider qui entre dans cette catégorie. Cela peut être un État répressif ou un service étatique d’espionnage industriel. Ce flou juridique est très dangereux lorsque l’on a affaire à une arme électronique aussi puissante.

Mais Apple a déployé une mise à jour de sécurité qui devrait réglé le problème ?

Tout d’abord, le même logiciel existe sur Android et BlackBerry, et on peut supposer qu’il est tout aussi puissant. Ensuite, la mise à jour d’Apple garantit seulement que Pegasus ne peut plus être installé sur les iPhone. Mais le logiciel espion continue d’exister sur les smartphones qui ont déjà été infectés, sans que les utilisateurs ne s’en aperçoivent.

Il nous reste à découvrir si la mise à jour d’Apple est efficace contre les cyberespions souhaitant accéder aux iPhone à distance.

Première publication : 26/08/2016

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La découverte de Pegasus, logiciel espion le plus sophistiqué jamais détecté sur iPhone, a mis un coup de projecteur sur son créateur : la start-up NSO, une société israélienne dont la marque de fabrique semble être la culture du secret.

Les 10 et 11 août 2016, le titulaire du prix Martin Ennals de défense des droits de l’Homme Ahmed Mansoor reçoit deux fois le même SMS sur son iPhone 6 l’incitant à cliquer sur un lien pour en apprendre plus sur les exactions du régime des Émirats. L’adresse internet lui semblant suspecte, l’activiste émirati l’envoie à l’un de ses contacts au Citizen Lab, un centre de recherche en sécurité informatique américain.

Deux semaines plus tard, et avec l’aide du spécialiste américain de la sécurité sur mobile, Lookout, ce SMS a permis de découvrir le logiciel espion sur iPhone le plus sophistiqué jamais détecté, et développé par l’un des vendeurs de cyber-armes les plus mystérieux du monde : NSO Group. Une découverte qui a contraint Apple, dès le 25 août, à déployer un correctif en urgence. Tous les utilisateurs d’Iphone sont appelés à faire une mise à jour pour éviter ce virus.

>> À lire sur Mashable.france24.com : “Apple a dû corriger en urgence de rarissimes failles de sécurité permettant d’infiltrer les iPhone

Effets dévastateurs

Car ce petit logiciel malveillant, qui exploitait trois failles de sécurité sur iPhone inconnues jusqu’à présent, peut avoir des effets dévastateurs. Baptisé Pegasus, il permet d’avoir accès à distance à l’intégralité ou presque du contenu et de l’activité de l’iPhone infecté. Les cyberespions peuvent ainsi récupérer les contacts, détails et contenus des appels, des SMS, des mails, des conversations WhatsApp, Skype et même Telegram (la célèbre messagerie censée être ultra-sécurisée et qui est, notamment, utilisée par les terroristes du groupe État islamique). Ils peuvent également actionner à distance l’appareil photo de l’iPhone, son micro et savoir à tout moment où se trouve l’utilisateur.

Pegasus a déjà été utilisé contre un journaliste mexicain, d’après les spécialistes de Citizen Lab, et semble être en circulation depuis plusieurs années. “C’est une cyber-arme qui a été spécifiquement développé pour espionner les utilisateurs d’iPhone sans qu’ils s’en rendent compte”, précise Gert-Jan Schenk, directeur Europe, Moyen-Orient et Afrique de Lookout, contacté par France 24.

C’est surtout la première fois que des chercheurs mettent la main sur le logiciel phare de la société israélienne NSO, l’un des acteurs les plus intriguants dans le domaine du cyberespionnage. “Nous étions au courant qu’ils vendaient Pegasus depuis au moins trois ans, mais nous ne savions pas à quel point ce logiciel espion était perfectionné”, reconnaît Gert-Jan Schenk.

“Père, mari” et “fantôme”

NSO joue à fond la carte du secret. La société israélienne, fondée en 2009, n’a pas de site Internet, n’est pas présente sur les réseaux sociaux, ses dirigeants ne donnent quasiment pas d’interviews et les informations au sujet de NSO sont pour le moins parcellaires.

Sur le site About.me, Omri Lavie, l’un des cofondateurs de cette structure, se décrit comme “Père, mari, entrepreneur, féru de Tech et amateur de bonne bouffe”. Difficile d’en déduire qu’il a contribué à créer une société dont les outils sont peut-être utilisés par des régimes répressifs. Et que cette même société joue dans la même cour que Hacker Team et Gamma Group, deux groupes qualifiés d’ennemis d’Internet par l’ONG de défense des journalistes, RSF. “Nous vendons nos solutions à des agences gouvernementales autorisées afin de combattre le crime et la terreur”, a indiqué un porte-parole de NSO au magazine américain Forbes, vendredi 26 août.

La seule trace d’un contrat entre NSO et un État remonte à 2015, lorsque le quotidien panaméen La Prensa a découvert que le gouvernement du Panama avait dépensé 8 millions de dollars pour mettre sur écoute 300 smartphones – 150 Android et 150 BlackBerry – grâce à Pegasus.

Ce culte de la confidentialité, Omri Lavi s’en est vanté dans l’une de ses très rares interviews accordées au magazine américain Defense News. “Nous sommes des fantômes et ne laissons pas de traces”, assurait-il. Il est même difficile de savoir à qui NSO appartient actuellement. En 2014, le Wall Street Journal et le quotidien israélien Haaretz affirmaient que le fonds d’investissement américain Francisco Partners en était le nouvel acquéreur. Un an plus tard, Reuters affirmait que NSO était de nouveau en vente…

Une chose est cependant certaine : Omri Lavi n’entretient pas seulement le secret, il possède aussi le sens des affaires et de l’ironie. Après avoir créé NSO, il a également contribué à fonder Kaymera, une start-up israélienne qui commercialise, bouclant la boucle, des solutions pour protéger les smartphones… contre les logiciels espions.

Première publication : 26/08/2016

Le Conseil d’État a suspendu vendredi l’arrêté anti-burkini pris par la ville de Villeneuve-Loubet. Plusieurs maires d’autres communes interdisant le burkini sur la plage ont annoncé maintenir l’arrêté malgré la décision de l’institution publique.

Le Conseil d’État, plus haute juridiction administrative française, a suspendu, vendredi 26 août, l’ordonnance du tribunal administratif de Nice qui avait autorisé l’arrêté dit “antiburkini”. Cet arrêté interdisait aux baigneurs portant des vêtements religieux l’accès aux plages de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes).

Dans cette décision de dernier recours, qui fera jurisprudence en France, le Conseil d’État rappelle à tous les maires qui ont invoqué le principe de laïcité qu’ils ne peuvent se fonder sur “d’autres considérations” que celles de l’ordre public, du “bon accès au rivage, [de] la sécurité de la baignade ainsi que l’hygiène et la décence” pour interdire l’accès aux plages.

[Communiqué de presse] Ordonnance du 26 août 2016 pic.twitter.com/WyxqACb9jk

— Conseil d’État (@Conseil_Etat) 26 août 2016

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Arrêté anti-burkini maintenu dans d’autres villes

“La mesure est suspendue, donc les policiers ne peuvent plus verbaliser”, a réagi à chaud l’un des avocats niçois de la commune de Villeneuve-Loubet, Me Olivier Suarès. Dorénavant, les maires devront lever l’arrêté anti-burkini ou ce dernier sera suspendu par les juridictions locales, en vertu de la décision du Conseil d’État.

Plusieurs maires, dont ceux de Nice (Alpes-Maritimes), Fréjus (Var) ou encore Sisco (Haute-Corse) ont d’ores et déjà annoncé vendredi soir maintenir leurs arrêtés anti-burkini, malgré la décision de l’institution publique. À Nice, les femmes portant un burkini “continueront d’être verbalisées”, tant que l’arrêté n’est pas invalidé, a notamment expliqué la commune.

Le Conseil d’État avait été saisie en urgence par la Ligue des droits de l’homme (LDH) et le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), pour qui ce type d’arrêté, pris dans plusieurs dizaines de villes balnéaires depuis fin juillet, était jugé “liberticide”. Les maires à l’origine de ces arrêtés invoquaient eux des risques de troubles à l’ordre public.

Le Conseil d’État invoque l’absence de risque de trouble à l’ordre public

“À Villeneuve-Loubet, aucun élément ne permet de retenir que des risques de trouble à l’ordre public aient résulté de la tenue adoptée en vue de la baignade par certaines personnes”, peut-on lire dans un communiqué du Conseil d’État. “En l’absence de tels risques, le maire ne pouvait prendre une mesure interdisant l’accès à la plage et la baignade.”

À l’audience jeudi, un autre avocat de Villeneuve-Loubet, François Pinatel, avait assuré que les burkinis y étaient devenus “pléthoriques” avant le 5 août, quand l’arrêté a été pris, et contribuaient à crisper le climat “dans une région fortement éprouvée par les attentats”.

“La décision du Conseil d’État sur le burkini s’inscrit dans une logique” estime Ismael Ferhat, maître de conférence sur la laïcité et les politiques éducatives à l’université de Picardie interrogé par France 24. “Depuis 1989, les avis du Consiel d’État ont été constants. C’est l’idée que le principe de laïcité, c’est d’abord l’État, les services publics, et leur rapport aux religions, et ceci ne concerne pas les citoyens ordinaires” a-t-il expliqué.

Le CCIF menace de saisir le Conseil d’État pour les autres communes

Le directeur du CCIF, Marwan Mohammed, a immédiatement salué la suspension de l’arrêté anti-burkini par le Conseil d’État, jugeant cette décision “symbolique” mais pas “suffisante”. Il a menacé les maires qui ont pris des arrêtés anti-burkini dans d’autres communes et qui ne les retirent pas de contester “chacuns d’entre eux dans les juridictions locales et au Conseil d’État”.

À peine l’arrêté anti-burkini de Villeneuve-Loubet suspendu par le Conseil d’État, plusieurs élus de droite ont réagi en indiquant qu’ils souhaitaient légiférer et proposer une loi d’interdiction du vêtement de baignade à l’échelle nationale, tandis que des élus de gauche, de leur côté, ont exprimé leur soulagement.

Avec AFP et Reuters

Première publication : 26/08/2016

Le quartier populaire de la Madeleine, dans l’ouest de Nice, accueille une forte communauté musulmane. Sur place, l’interdiction du burkini et la polémique qui s’en est suivi divisent la population. Reportage.

Fin de journée à Nice. Le soleil d’août jette ses derniers rayons sur le quartier de la Madeleine. L’endroit, multiculturel, est moins huppé que le Vieux-Nice. Plus vivant, aussi. Ici, plus de femmes voilées que sur la Promenade des Anglais, désertée depuis la vague de verbalisations qui s’y est abattue après un arrêté interdisant les tenues à caractère ostentatoire à proximité du bord de mer.

Avant, Audrey se baignait le long de ces sept kilomètres de plage. La jeune femme de 26 ans, convertie à l’islam il y a six ans, porte le jilbab, un voile qui couvre tout son corps à l’exception de son visage. Ses yeux, souriant, se voilent à l’évocation de ses enfants, privés de baignade depuis l’arrêté.

Le burkini, “trop moulant”

“Le plus jeune a un an, l’aîné en a deux et demi. Avant, on allait à la plage, le soir, quand il y avait moins de monde et je pouvais me baigner comme ça [avec mon voile]. Mais hier, lorsque nous sommes passés avenue de la Californie [parallèle à la Promenade des Anglais, NDLR], mon fils m’a dit : ‘Maman, on va à la plage ?’ et j’ai dû refuser.”

Si Audrey est indirectement affectée par l’arrêté visant le burkini, elle n’en aurait pas porté pour autant. “Pour moi, il montre encore trop les formes, il est trop moulant”, explique-t-elle.

En vacances à Nice, Nadia, parisienne de 45 ans, ne mettrait pas non plus de burkini. Mais pour d’autres raisons. Pour cette musulmane, pas besoin d’aller plus loin que “se couvrir les cheveux, les bras et les jambes. Le reste, comme celles qui portent des gants, c’est ridicule !, estime-t-elle. Même en Iran ils ne vont pas si loin !”

Quand on évoque le burkini, Najet, 53 ans, s’offusque : “Je suis totalement contre. Ce que représente le voile, je ne le tolère pas. Ne serait-ce que par respect pour celles qui ont pu être maltraitées. Mes parents jeûnaient pendant le ramadan, ils priaient. Ils étaient tout aussi musulmans que celles qui se cachent derrière un voile.”

“On n’aura plus rien si on paye l’amende”

Khira et Sabrina, deux copines algériennes qui surveillent leurs enfants au parc, sont arrivées en France il y a 12 ans. L’une s’est mise à porter le foulard, l’autre non.

Khira, au voile rose discret, a d’ores et déjà bravé l’interdit municipal : “On est quand même allé à la plage hier avec mes enfants. Mon fils était inquiet, il m’a dit : ‘Maman, je ne veux pas que tu payes 38 euros, c’est bientôt mon anniversaire et on n’aura plus rien.’ Ça m’a fait de la peine.” Mais Khira n’est pas allée jusqu’à se baigner. Surtout pas avec le burkini que sa mère lui avait offert pour remplacer ses vêtements en coton, vite alourdis par l’eau de mer.

Alors que les vacances d’été touchent à leur fin, le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative française, doit rendre, vendredi 26 août, sa décision sur la légalité d’un arrêté anti-burkini sur les plages de l’Hexagone. Une décision très attendue, pas seulement à Nice mais dans toute la France, tant le débat s’envenime.

Première publication : 26/08/2016