Archive for August, 2016

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La monnaie dématérialisée monero connaît depuis une semaine une impressionnante progression, grâce au roi des e-commerçants de drogues, armes et cartes de crédit volées, séduit par la promesse d’anonymat total du monero.

Le FBI et des polices du monde entier voyaient déjà d’un mauvais œil le bitcoin, accusé d’être le moyen de paiement privilégié des criminels 2.0. Ils risquent d’aimer encore moins monero, la nouvelle crypto-monnaie qui monte.

En une semaine, le cours de cette monnaie dématérialisée, née en 2014 et alternative au célèbre bitcoin, est passé d’un monero pour quatre dollars à un pour dix, lundi 29 août. La valeur totale de tous les moneros en cyber-circulation a bondi en sept jours de 40 à 120 millions de dollars.

Nouvel “Amazon de la drogue”

Le responsable de cette poussée de fièvre s’appelle Alphabay. Uniquement accessible sur le “darknet” (sites non référencés par Google qui peuvent être visités uniquement grâce à un navigateur Internet spécifique comme Tor), cet e-commerçant spécialisé dans tout ce qui est drogue, armes à feu ou encore faux papiers et cartes de crédits volées est devenue une référence. Les administrateurs du site ont annoncé le 23 août sur Reddit qu’ils allaient accepter les paiements en monero à partir du 1er septembre.

Pour la popularité d’une crypto-monnaie, cette annonce est un énorme coup de pouce, même s’il vient d’un univers pour le moins controversé. Ce supermarché de l’ombre fait figure d’héritier de Silk Road, l’”Amazon de la drogue”, fermé en 2013 par le FBI. Et le soutien de Silk Road pour le bitcoin avait déjà favorisé l’essor de cette monnaie dématérialisée née en 2009.

Même si elle est toujours acceptée par Alphabay, le site désire aussi promouvoir le monero, jugé plus anonyme. En effet, le bitcoin repose sur la technologie de la blockchain, un registre public en ligne accessible à tous, alors que pour monero, les informations sur chacun des paiements ne peuvent être consultées que par celui qui les reçoit, ne laissant ainsi aucune trace susceptible d’être exploitée par un service de police.

Spéculation et volatilité

Mais le monero n’est pas le premier moyen de paiement décentralisé à se lancer à l’assaut de la forteresse bitcoin en jouant la carte de la discrétion. D’autres s’y sont déjà cassé les dents. Ainsi, le dash, qui s’appelait darkcoin lors de son lancement en 2014, a tenté de dissimuler les traces laissées sur blockchain. Pari raté, puisque les utilisateurs avaient préféré l’original à la copie, et aucun site majeur n’a jamais accepté les paiements avec cette devise. “Dash est malin mais pas très sérieux, monero est vraiment une innovation en cryptologie”, a assuré sur Twitter Peter Todd, l’un des développeurs qui travaille sur le bitcoin.

Ce “vote de confiance” de l’une des figures du bitcoin ne signifie pas que le moreno va s’imposer sur le “darknet”. Il a beau être plus discret, il est plus compliqué à utiliser que son grand frère. Impossible d’encaisser directement ses morenos : il faut d’abord les convertir en bitcoins, qui, eux, peuvent être changés en dollars. Et cette opération laisse des traces qui pourraient être exploitées par des enquêteurs.

En outre, plusieurs internautes ont exprimé leur doute, sur Reddit, quant à la bonne foi des responsables d’Alphabay. Ils craignent l’opération spéculative, c’est-à-dire que les personnes derrière le site de e-commerce auraient fait cette annonce pour doper artificiellement le cours de la cyber-monnaie afin de revendre avec un confortable profit les moneros acquis avant l’envolée des prix.

Surtout, le cours de cette monnaie encore jeune risque d’être très volatile. Après tout, la simple annonce d’Alphabay adoubant le monero a entraîné un bond de 70 % de sa valeur en une semaine. Un éventuel contre-coup peut être tout aussi brutal. Difficile dans ce contexte de fixer les prix à l’avance. Par comparaison, le cours du bitcoin s’est stabilisé à près de 500 dollars depuis près d’un an, après avoir connu, lui aussi, des fortes fluctuations pendant plusieurs années. Pourquoi changer maintenant de fusil d’épaule, alors que la plus établie des crypto-monnaie a enfin trouvé son rythme de croisière ? Le petit gain en anonymat en vaut-il vraiment la peine ?

Les services de lutte contre le trafic de drogues et autres cybercrimes espèrent bien que le monero ne détrônera pas le bitcoin et son registre public. D’autant que le géant américain de la défense Lockheed Martin a été chargé par le département de la Sécurité nationale de développer un outil d’analyse de la blockchain pour “réduire le commerce illicite de bitcoin”.

Première publication : 29/08/2016

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L’entrepreneur américain Frank McCourt, ex-propriétaire du club de baseball des Los Angeles Dodgers, est entré en négociations exclusives pour racheter l’Olympique de Marseille à sa propriétaire, Margarita Louis-Dreyfus.

L’ex-propriétaire du club de baseball des Dodgers de Los Angeles, l’Américain Frank McCourt, est en passe de racheter l’Olympique de Marseille à sa propriétaire, Margarita Louis-Dreyfus, avec laquelle il est entré en négociations exclusives, ont annoncé lundi 29 août les deux parties.

“Il y a un processus en cours, il va nous amener jusqu’à la réalisation de la transaction dans quelques semaines”, a déclaré, en anglais, Frank McCourt lors d’une conférence de presse organisée à la mairie de Marseille.

Il est là … #VenteOM#Marseillepic.twitter.com/K3CYHlXlYf

— Jean-Claude Leblois (@jc_leblois) 29 août 2016

Aucun montant n’a été divulgué pour le rachat du club de football, sur lequel le comité d’entreprise de l’OM doit encore être consulté, mais selon RMC Sports, il s’établirait à 40 millions d’euros. “C’est un jour heureux pour moi et pour ma famille”, a déclaré l’homme d’affaires, affirmant acheter “le meilleur club de France et l’un des meilleurs du monde”. “Bonjour à tous ! Mon français n’est pas très bon. Donc ‘Droit au but'”, avait-il auparavant lancé en français, reprenant le slogan du club.

“Il va falloir gagner, il va falloir mettre des sous”

Également présent lors de la conférence de presse, le maire de la ville, Jean-Claude Gaudin, s’est félicité de cette décision : “Il va falloir gagner, il va falloir mettre des sous. Puisque vous en avez, c’est ce que vous ferez”.

De son côté, l’actuelle propriétaire du club phocéen, Margarita Louis-Dreyfus, s’est dite sûre que l’investisseur américain, choisi au terme “d’un processus à la fois exigeant et long”, était “le meilleur choix” pour l’OM.

Communiqué officiel de l’Olympique de Marseille https://t.co/TGwrfRIpQj

— Olympique Marseille (@OM_Officiel) 29 août 2016

“Pour maintenir actif le lien affectif qui existe entre ma famille et l’OM, je devrais conserver une petite participation dans le club et nous continuerons d’en être de fervents supporters”, a-t-elle ajouté, citée dans un communiqué publié par le club, qui précise qu’elle conservera 5 % de ses parts.

“Les deux parties souhaitent finaliser la transaction d’ici la fin de l’année, après la consultation du comité d’entreprise de l’Olympique de Marseille”, lit-on encore dans le communiqué diffusé par l’OM.

Réputation peu flatteuse

Franck McCourt s’est présenté comme un “passionné de sport depuis toujours”, qui a vendu les Dodgers en 2012 pour 2,15 milliards de dollars, un record outre-Atlantique. Il est à la tête de plusieurs sociétés d’investissements.

Jusqu’ici, son nom n’avait jamais été cité par la presse qui avait fait de la vente du club un feuilleton à rebondissements tout au long de l’été. Il jouit d’une réputation peu flatteuse aux États-Unis, où pour la chaîne ESPN, il reste le deuxième plus mauvais propriétaire dans toute l’histoire de la Ligue de baseball.

Avec AFP

Première publication : 29/08/2016

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À 12 ans, il a quitté le Rwanda où il vivait avec sa famille pour fuir le génocide. Aujourd’hui cet autodidacte de 35 ans issu d’une famille hindoue est à la tête d’un empire panafricain dont le chiffre d’affaires est estimé à un milliard de dollars.

Jeune, beau, riche et intelligent : en apparence, Ashish Thakkar a tout pour plaire aux femmes. Et il le leur rend bien, puisque cet été, au milieu d’un emploi du temps de ministre, le fondateur du groupe Mara a trouvé le moyen de venir assister à un forum de femmes entrepreneures organisé au Cap, en Afrique du Sud – le forum DWEN ( (pour Dell Women’s Entrepreneur Network) – pour partager avec elles son parcours et ses convictions. Comme celle-ci, par exemple : “Je suis persuadé que les femmes ne veulent pas particulièrement bénéficier de passe-droits. Tout ce qu’elles veulent, c’est être traitées de la même manière que les hommes. Et nous devons tout mettre en œuvre pour que cela soit le cas, parce qu’elles le méritent amplement !”

Applaudissements dans la salle. Sourires admiratifs. Il faut dire qu’en plus de sa mise élégante, Ashish Thakkar, aujourd’hui à la tête d’un conglomérat panafricain opérant dans de multiples domaines allant de la technologie au BTP en passant par l’agriculture, a une histoire personnelle qui force l’admiration. À première vue, qui pourrait deviner en effet, s’il ne le disait pas d’entrée de jeu comme l’élément clé d’un “story telling” bien rodé, que ce golden boy ougando-britannique a obtenu le statut de réfugié à l’âge de 12 ans et quitté l’école à 15 ans, après avoir connu une vie d’exode avec sa famille, ballottée d’un pays à l’autre, au gré des dictatures et des génocides ?

Rescapé du génocide rwandais, il monte son entreprise à 15 ans

Son histoire commence en 1981, lorsqu’il voit le jour à Leicester, en Angleterre. C’est là que ses parents, issus de la quatrième génération d’Indiens installés en Afrique, avaient trouvé refuge une fois que le dictateur ougandais, Idi Amin Dada, eut décidé, en 1972, d’expulser du pays les 50 000 commerçants indo-pakistanais qui en constituaient le poumon économique. En 1993, la famille d’Ashish décide de revenir sur le continent africain, cette fois au Rwanda. Las, un an plus tard, la situation du pays vire au drame avec le génocide des Tutsis. Le jeune garçon, alors âgé de 12 ans, et sa famille se mettent à l’abri de l’Hôtel des Mille Collines, devenu célèbre grâce au film “Hôtel Rwanda”, avant d’être exfiltrés vers le Burundi et de se réinstaller plus tard en Ouganda.


Ashish enfant, dans sa maison de Leicester au Royaume-Uni, où sa famille avait trouvé refuge après avoir été chassée d’Ouganda. © DR Mara Group

Ashish retourne à l’école, mais plus pour très longtemps : entre-temps, grâce à un ordinateur que ses parents lui avaient offert, le jeune garçon s’est découvert une passion pour le commerce. Il le revend avec une plus-value de 100 dollars, en rachète un nouveau, réitère l’opération, demande à ses parents un prêt de 5 000 dollars, les supplie de le laisser quitter l’école, et se lance à plein-temps dans l’achat et la revente de biens informatiques : disquettes, moniteurs, pièces détachées. Toutes les semaines, le jeune garçon part s’approvisionner à Dubaï en matériel. En chemin, il réalise que les marchands qui, comme lui, font la navette entre l’Afrique et Dubaï pour affaires ont beaucoup de mal à se financer auprès des banques. Et s’il y avait là une opportunité ? Ni une ni deux, Ashish Thakkar décide de se lancer dans le prêt bancaire à haut risque, et pose, en 1996, la première pierre de ce qui deviendra le groupe Mara.

“L’heure est au lion africain”

Vingt ans plus tard, sa petite entreprise a grandi. Basée à Dubaï, elle est aujourd’hui présente dans 27 pays, dont 25 sur le continent africain. Plus comparable à une holding de participations qu’à une multinationale centralisée, le groupe Mara, qui a fait l’objet d’un cas de la prestigieuse Harvard Business School en 2014, ne publie pas de résultats consolidés. Difficile dans ces conditions de se faire une idée exacte de sa taille et de ses revenus, mais selon diverses estimations, dont celles du magazine Forbes, il générerait 11 000 emplois pour un milliard de dollars de chiffre d’affaires. De quoi faire de son fondateur, 35 ans à ce jour, le plus jeune milliardaire d’Afrique, un continent pour lequel cet hindou a une foi de charbonnier.


Tous les ans, le forum DWEN (Dell Women’s Entrepreneurs Network) regroupe 150 cheffes d’entreprise venues du monde entier. © DR Dell

“Investissez en Afrique !, lançait-il encore en juin 2016 auprès des femmes entrepreneurs réunies en conférence au Cap. Depuis que j’opère sur ce continent, j’ai vu s’y développer une transformation phénoménale. Taux de croissance, espérance de vie, investissements productifs, qualité de la gouvernance, niveau d’infrastructures : dans la majorité des 54 pays africains, les indicateurs sont extrêmement positifs, notamment au Rwanda, au Kenya, en Ouganda, en Tanzanie, au Ghana, au Nigeria, en Éthiopie, en Zambie, et même, sous certaines réserves, au Mozambique.” Autant de pays où, alliant les actes à la parole, Ashish Thakkar a investi l’argent de son groupe. En ce moment, il mise particulièrement sur les prêts de particulier à particulier – un domaine qui va exploser, selon l’homme d’affaires. “Imaginez, d’ici à 2020, 700 millions de smartphones vont déferler sur le continent pour équiper jusqu’à 85 % de la population. Quand on sait tous les changements que les simples mobiles ont entraînés, cela laisse présager leur immense potentiel”, poursuit Ashish Thakkar, convaincu qu’après “le tigre indien et le dragon chinois, l’heure du lion africain [animal que le groupe Mara s’est choisi pour logo, NDLR] est venue.”

Et ne lui parlez pas de terrorisme, de corruption, de dictatures et autres guerres civiles qui minent l’image du continent à l’international. Ou plutôt, parlez-lui en, et cet optimiste forcené contrecarrera poliment mais fermement vos propos. “Tous les pays d’Afrique ne peuvent pas être mis dans le même sac. Si par exemple, un problème survenait en Hongrie, cela vous paraîtrait idiot que les investisseurs se mettent à fuir la France, n’est-ce pas ? Et bien, c’est la même chose pour ce continent. Chaque pays doit être examiné séparément.”

“Pas de cadavre dans le placard”

Selon lui, la meilleure méthode – qu’elle soit obligatoire ou pas – pour s’introduire dans telle ou telle région du continent consiste à s’associer à un acteur local, comme le groupe Mara. “Les entreprises viennent avec leur expertise-métier, et nous leur apportons la connaissance terrain”, résume-t-il. C’est d’ailleurs sur ce modèle que s’est construit une bonne partie de l’empire d’Ashih Thakkar, à l’instar d’Atlas Mara, une entreprise de services bancaires qu’il a développée en partenariat avec Bob Diamond, l’ex-patron de la banque Barclays, aussi flamboyant et controversé qu’Ashish Thakkar se veut humble et irréprochable.

De fait, lorsqu’on lui demande quel est son secret pour avoir transcendé son destin d’enfant-réfugié et s’être hissé au sommet du monde des affaires, sa réponse est toute trouvée. “J’ai toujours beaucoup travaillé”, indique-t-il. “Je tâche aussi de penser à long terme et de me comporter de façon éthique”. Car la corruption, ce mal qui sévit dans le monde entier et notamment dans bon nombre de pays d’Afrique, “est une voie à double sens, prévient Ashish Thakkar. Il ne peut y avoir de gens qui prennent que s’il y a des gens qui donnent. Aussi, dès que je sens que quelqu’un cherche à tirer sur la corde, je n’hésite pas à en parler, quitte à crier très fort. Je peux me comporter de la sorte parce que je n’ai pas de cadavre dans le placard”.

Une image savamment entretenue

En plus de ses activités lucratives, Ashish Thakkar a créé, en 2009, la fondation Mara. Sa vocation ? Soutenir les jeunes entrepreneurs du continent africain à travers des programmes de financement et une plateforme de mentorat en ligne revendiquant 800 000 inscrits. Depuis 2015, il préside par ailleurs le Conseil pour l’entrepreneuriat au sein de la Fondation des Nations unies (soutenu financièrement par Dell, tout comme la conférence du Cap), et multiplie les prises de parole au sein desquelles il défend tour à tour la cause des femmes, des réfugiés, des entrepreneurs ou encore de l’Afrique. “Le succès ne devrait pas se mesurer à se mesurer à l’argent que l’on amasse, mais plutôt au nombre de vies que l’on touche”, proclame-t-il. Affable, souriant, volontiers disponible pour une interview ou un brin de conversation, il semble vouloir tout faire pour garder les pieds sur terre, malgré les 905 000 abonnés à son fil sur Twitter et sa fortune présumée. “Ashish incarne à merveille la génération de ‘nouveaux entrepreneurs’ qui savent donner du sens à ce qu’ils font et gérer habilement l’équation délicate entre profit et responsabilité”, affirme Elizabeth Gore, entrepreneure en résidence chez Dell à qui Ashish Thakkar a succédé à la tête du Conseil pour l’entrepreneuriat au sein de la Fondation des Nations Unies.

So emotional & inspiring being at @ZaatariCamp#Jordan yesterday – global communities need to step up @UNHCRinSYRIApic.twitter.com/H46d0uaenp

— Ashish J. Thakkar (@AshishJThakkar) 15 août 2016

Mais dans la sphère des affaires africain, tout le monde ne partage pas cet enthousiasme débordant. “Officiellement, oui, Ashish Thakkar est un brillant entrepreneur. Il a pas mal de tchatche, il présente bien, il est très américain dans l’esprit, genre ‘tech entrepreneur’, et il a certainement beaucoup bossé pour en arriver là “, décrypte le directeur d’un fonds de private equity très actif en Afrique. “Mais côté business, je ne suis que moyennement impressionné. Sur les nouvelles activités, y compris la banque, son groupe n’a pas vraiment de stratégie. Il multiplie les effets d’annonce avec peu de réalisations intéressantes à la clé”, nuance-t-il.

Après son passage par Le Cap, Ashish Thakkar devait endosser sa casquette onusienne et s’envoler avec toute son équipe du Conseil pour l’entrepreneuriat vers la Suède et la Jordanie. Le but du voyage ? Y rencontrer des réfugiés et tâcher de trouver des remèdes à la crise migratoire. “Il y a 60 millions de réfugiés dans le monde. Ils conservent ce statut, en moyenne, dix-sept ans. C’est long. Le défi est de leur donner des outils pour s’en sortir. Je suis sûr que l’entrepreneuriat peut être une solution. Vous savez, ce n’est pas parce que les gens sont réfugiés qu’ils sont moins débrouillards ou moins intelligents que les autres. Compte tenu de leur expérience, je dirais même que c’est plutôt l’inverse”, avance-t-il en guise de conclusion – car trois autres journalistes attendent encore de l’interviewer. S’il en fallait un pour le prouver, ce serait bien lui.

Première publication : 29/08/2016

Plusieurs syndicats agricoles ont appelé à un mouvement d’action nationale dès lundi pour tenter de faire plier le géant laitier Lactalis après l’échec des négociations sur les prix d’achat. Un rendez-vous téléphonique est prévu lundi.

Les producteurs de lait accentuent la pression sur Lactalis. Les syndicats agricoles ont appelé à une forte mobilisation nationale dès lundi 29 août, afin de contraindre le géant laitier à remonter ses prix d’achat. “Après la déception de vendredi, une grosse mobilisation est en préparation dans l’ensemble des régions”, a déclaré dimanche soir à l’AFP Xavier Beulin, président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) , s’exprimant également au nom de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) et des Jeunes Agriculteurs (JA), à l’issue d’une concertation téléphonique entre les producteurs.

Quelques heures plus tôt, les trois organisations syndicales nationales avaient lancé “d’un mot d’ordre national pour aboutir à un accord avec Lactalis” sur le prix du lait. Une nouvelle réunion téléphonique doit avoir lieu lundi à 12 h pour “pour acter les différents rassemblements et sites qui feront l’objet d’actions”, a indiqué le président Beulin.

“Lactalis devra plier ou alors ça lui coûtera très cher”

Les actions des agriculteurs en colère pourraient notamment se traduire par des manifestations autour de différents sites de production de Lactalis, et devraient débuter en fin de journée, a indiqué le patron de la FNSEA. Toutefois, certains producteurs ont décidé, sans attendre, d’aller faire des opérations de collage des produits Lactalis dans certains points de vente et d’aller à la rencontre des consommateurs, a-t-il ajouté.

“Nous sommes très déçus du comportement de Lactalis, qui se dit prêt à participer aux négociations, mais qui à côté de ça ne propose que des prix dérisoires” au regard des moyens dont il dispose, avait déclaré la numéro deux de la FNSEA, Christiane Lambert.

Les agriculteurs “se sont sentis humiliés par tant d’arrogance” et “meurtris par cette incapacité à sortir d’une relation moyenâgeuse entre un seigneur et ses serfs”, ajoutait un communiqué commun des syndicats agricoles. “Lactalis devra plier ou alors ça lui coûtera très cher”, a pour sa part averti Philippe Jéhan, président de la FDSEA Mayenne.

De son côté, Lactalis est resté silencieux. Depuis vendredi “personne n’a eu le moindre contact avec eux ou de nouvelles de leur part”, a indiqué Xavier Beulin se déclarant prêt à entamer de nouvelles négociations. Le groupe laitier a proposé une augmentation de 15 euros la tonne de lait à compter du 1er septembre, soit environ 271 euros. Cette proposition a été perçue comme un véritable camouflet par les agriculteurs, qui estiment leur coût de production à 300-320 euros au minimum la tonne.

Le gouvernement impuissant

Le médiateur du gouvernement avait lui fait une proposition à 280 euros la tonne. Ce montant correspond au prix pour les 5 derniers mois de l’année, ce qui sur l’année revient à rémunérer 272 ou 271 euros la tonne, a expliqué Sébastien Amand, vice-président de l’Organisation de producteurs Normandie Centre. Or “pour ramener de la rentabilité, il faudrait 340” euros la tonne, selon Pascal Clément, président de la section laitière de la FRSEA du Grand Ouest.

Lactalis achète actuellement le lait à 256,90 euros la tonne, bien en dessous du prix payé par d’autres transformateurs comme Laïta et la société Silav (290 euros la tonne) ou la laiterie Saint-Père, filiale d’Intermarché (300 euros les 1 000 litres). Un producteur sur cinq en France travaille pour Lactalis, soit 20 % de la collecte française, ou 5 milliards de litres de lait collectés sur un total de 25 milliards produits annuellement.

Deux rounds de négociations menés avec Lactalis la semaine dernière se sont soldés par un échec. Il n’est “pas possible de rester dans cette forme de mépris de la part de Lactalis”, s’est indigné Xavier Beulin.

Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a estimé pour sa part que Lactalis, numéro un mondial des produits laitiers, ne pouvait “pas payer le prix le plus bas en France”, tout en reconnaissant que le gouvernement ne disposait d’aucun moyen pour forcer ce dernier à remonter ses prix.

Avec AFP

Première publication : 29/08/2016

Bernard Cazeneuve organise, le 29 août, une journée de consultations sur l’islam de France qui réunira responsables cultuels, personnalités de la société civile et parlementaires pour mettre sur pied la future Fondation pour l’islam de France.

La polémique politique autour du burkini, la tenue de bain islamique, n’est pas encore retombée. Mais lundi sera un autre jour. Le ministre français de l’Intérieur organise le 29 août une “journée de consultations sur l‘islam de France”, une initiative visant à mieux “ancrer dans les valeurs de la République” une religion au cœur de débats fiévreux. “Cet épisode positif va mettre fin à la séquence nauséabonde du burkini”, espère le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Anouar Kbibech.

Fil rouge de cette journée : une série de réunions avec des responsables cultuels, personnalités de la société civile et parlementaires pour mettre sur pied la future Fondation pour l’islam de France. Cette structure est en gestation depuis des mois mais sa préparation a été accélérée après l’attentat de Nice et l’assassinat par des jihadistes d’un prêtre près de Rouen, en juillet.

Sur France 24 : “Islam de France, comment réformer ?”

Objectif de cette fondation laïque et de l’association cultuelle qui lui sera adossée : lever des financements français, alors que ceux venant de l’étranger sont jugés peu transparents.

La direction de la fondation en question

Jean-Pierre Chevènement, ex-ministre de l’Intérieur qui avait lancé en 1999 une “consultation des musulmans de France” ayant abouti en 2003 à la création du CFCM, doit prendre la présidence de la fondation. Mais le choix d’un non-musulman a suscité de l’incompréhension dans les rangs de la deuxième confession de France et la classe politique.

“Qu’un grand républicain en prenne la tête au moment de sa création, avec en son sein de nombreux musulmans, revêt une vraie dimension symbolique, puisque cette nouvelle structure sera le pont entre la République et les musulmans de France”, plaide le ministre de l’Intérieur dans un entretien publié dimanche soir sur le site du quotidien La Croix.

Séparation de l’État et des cultes oblige, la Fondation pour l’islam de France ne traitera que de questions profanes : financement de thèses d’islamologie, bourses d’études, formations pour les imams et aumôniers, etc… Son conseil d’administration comprendra onze personnes, parmi lesquelles le président du CFCM et trois représentants de l’État. En outre, un “conseil d’orientation” composé d’une vingtaine de personnes – professeurs, avocats, cadres… – sera chargé de chercher les projets à financer.

Garantir la transparence des fonds

Une association cultuelle, dont l’État sera absent, se chargera du financement de la formation théologique des cadres musulmans et de la construction des mosquées. “Nous souhaitons que transitent par elle des fonds dont elle garantira la transparence : non pas une taxe mais une contribution – volontaire et négociée – des acteurs de la filière halal, ainsi que les dons des fidèles”, a précisé le ministre.

Pour Anouar Kbibech, “donner aux institutions musulmanes des moyens financiers va contribuer à renforcer leur rôle dans la prévention de la radicalisation, en particulier via l’habilitation des imams”. Selon lui, pour cette fondation, “tout le monde est dans un esprit constructif afin que, cette fois-ci, ce soit la bonne”.

Beauvau voit dans la relance de la fondation une “nouvelle étape” dans un processus déjà marqué, en juin 2015 puis mars 2016, par la convocation d’une “instance de dialogue” élargie, censée pallier les carences du CFCM.

Première publication : 29/08/2016

Bernard Cazeneuve organise, le 29 août, une journée de consultations sur l’islam de France qui réunira responsables cultuels, personnalités de la société civile et parlementaires pour mettre sur pied la future Fondation pour l’islam de France.

La polémique politique autour du burkini, la tenue de bain islamique, n’est pas encore retombée. Mais lundi sera un autre jour. Le ministre français de l’Intérieur organise le 29 août une “journée de consultations sur l‘islam de France”, une initiative visant à mieux “ancrer dans les valeurs de la République” une religion au cœur de débats fiévreux. “Cet épisode positif va mettre fin à la séquence nauséabonde du burkini”, espère le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Anouar Kbibech.

Fil rouge de cette journée : une série de réunions avec des responsables cultuels, personnalités de la société civile et parlementaires pour mettre sur pied la future Fondation pour l’islam de France. Cette structure est en gestation depuis des mois mais sa préparation a été accélérée après l’attentat de Nice et l’assassinat par des jihadistes d’un prêtre près de Rouen, en juillet.

Sur France 24 : “Islam de France, comment réformer ?”

Objectif de cette fondation laïque et de l’association cultuelle qui lui sera adossée : lever des financements français, alors que ceux venant de l’étranger sont jugés peu transparents.

La direction de la fondation en question

Jean-Pierre Chevènement, ex-ministre de l’Intérieur qui avait lancé en 1999 une “consultation des musulmans de France” ayant abouti en 2003 à la création du CFCM, doit prendre la présidence de la fondation. Mais le choix d’un non-musulman a suscité de l’incompréhension dans les rangs de la deuxième confession de France et la classe politique.

“Qu’un grand républicain en prenne la tête au moment de sa création, avec en son sein de nombreux musulmans, revêt une vraie dimension symbolique, puisque cette nouvelle structure sera le pont entre la République et les musulmans de France”, plaide le ministre de l’Intérieur dans un entretien publié dimanche soir sur le site du quotidien La Croix.

Séparation de l’État et des cultes oblige, la Fondation pour l’islam de France ne traitera que de questions profanes : financement de thèses d’islamologie, bourses d’études, formations pour les imams et aumôniers, etc… Son conseil d’administration comprendra onze personnes, parmi lesquelles le président du CFCM et trois représentants de l’État. En outre, un “conseil d’orientation” composé d’une vingtaine de personnes – professeurs, avocats, cadres… – sera chargé de chercher les projets à financer.

Garantir la transparence des fonds

Une association cultuelle, dont l’État sera absent, se chargera du financement de la formation théologique des cadres musulmans et de la construction des mosquées. “Nous souhaitons que transitent par elle des fonds dont elle garantira la transparence : non pas une taxe mais une contribution – volontaire et négociée – des acteurs de la filière halal, ainsi que les dons des fidèles”, a précisé le ministre.

Pour Anouar Kbibech, “donner aux institutions musulmanes des moyens financiers va contribuer à renforcer leur rôle dans la prévention de la radicalisation, en particulier via l’habilitation des imams”. Selon lui, pour cette fondation, “tout le monde est dans un esprit constructif afin que, cette fois-ci, ce soit la bonne”.

Beauvau voit dans la relance de la fondation une “nouvelle étape” dans un processus déjà marqué, en juin 2015 puis mars 2016, par la convocation d’une “instance de dialogue” élargie, censée pallier les carences du CFCM.

Première publication : 29/08/2016

À Villeneuve-Loubet, après la suspension de l’arrêté interdisant la baignade en burkini, les fameux maillots étaient toujours introuvables. Drôle de ville symbole de la lutte contre cette tenue que les habitants ont souvent découvert dans les médias.

L’été, Villeneuve-Loubet se remplit. De touristes, surtout. D’Italiens, pas mal, de Belges, aussi, beaucoup. Et de journalistes, depuis le vendredi 26 août, et la décision du Conseil d’État de suspendre l’arrêté municipal interdisant la baignade “à toute personne ne disposant pas d’une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et du principe de laïcité”, en clair, aux femmes vêtues d’un burkini.

Pendant deux jours, et malgré un temps tout à fait clément, la plage de galets a donc été inhabituellement ombragée. Par l’ombre des journalistes penchés sur les baigneurs tentant tant bien que mal de sécher au soleil, assaillis par la question vite devenue rituelle : “Vous avez vu des burkinis ?”

Les sourcils froncés et les mentons secoués ont constitué le seul aboutissement de cette quête illusoire. “Pas vu de l’été”, nous a-t-on répondu à l’infini. Et nous ne sommes pas les seuls à être revenus bredouille de cette chasse. Depuis que la polémique au sujet de cette tenue de bain a éclaté, aucune des grandes agences de presse (sauf AP, comme le rappelle Slate) n’a réussi à prendre des images de femmes portant ce vêtement sur une plage française. Elles se contentent de clichés pris en Tunisie, en Algérie ou en Australie, repris en boucle par les médias.

14 000 habitants, zéro burkini

C’est le paradoxe de Villeneuve-Loubet. Cette ville de 14 000 habitants à l’année, dont les maisons dévalent deux collines pour se ruer vers la mer, est sous les projecteurs depuis son arrêté du 5 août y interdisant le burkini. Pourtant, les habitants peinent à se rappeler en avoir jamais vu. Le député-maire (LR) Lionnel Luca, l’écharpe tricolore à peine remisée au placard après avoir célébré un mariage, explique à France 24 pourquoi il a malgré tout pris cette décision : “On avait eu quelques cas, qui nous avaient été rapportés, alors j’ai pris cette décision pour éviter tout prosélytisme, pour éviter que ça contraigne d’autres femmes à suivre le mouvement, qu’elles se disent ‘Je serai mieux vue si je mets un burkini’. Et puis, un mois après l’attentat de Nice… Je n’ai jamais pensé que celles qui portent des burkinis soient l’avant-garde du terrorisme, mais vous ne pouvez pas empêcher les gens de parler.”

En trois semaines, la municipalité a répertorié “moins d’une demi-douzaine de cas de burkinis” et, grâce à la coopération des femmes concernées, qui ont chaque fois accepté de quitter la plage, les agents de police n’ont procédé à aucune verbalisation. Selon Albert Calamuso, adjoint délégué à la tranquillité publique, tout s’est déroulé dans le calme. Pas de quoi donc, en faire toute une affaire. De fait, le maire Lionnel Luca regrette que le Conseil d’État ait suspendu son arrêté et blâme les mairies de Cannes ou de Nice pour avoir, contrairement à lui, utilisé la méthode forte pour faire appliquer leur décision. “Il y a eu des dérives inacceptables”, regrette-t-il, évoquant des équipes de “trois ou quatre sbires envoyés sur les plages pour verbaliser des contrevenantes”.

L’utilité de l’arrêté en question

Mais au-delà du cas villeneuvois, la polémique autour des arrêtés municipaux anti-burkini déclenchée par le maire de Cannes le 28 juillet et alimentée par la trentaine d’autres édiles à avoir suivi son exemple pourrait avoir fait plus de mal que de bien. De nombreux islamologues français jugent en effet que les images de femmes musulmanes malmenées sur les plages risquent d’alimenter la propagande jihadiste, bien que ce vêtement soit jugé inacceptable par les salafistes et islamistes. “Dans ces milieux, les femmes ne vont tout simplement pas à la plage ou alors dans des conditions beaucoup plus strictes et sûrement pas en burkini, entourées d’autres femmes en bikini. Le burkini est jugé non conforme à leur interprétation du Coran et de la sunna [la loi divine]”, a ainsi expliqué David Thompson, journaliste de RFI spécialiste de ces questions, dans une interview sur France Info.

Alors, forcément, certains à Villeneuve-Loubet se questionnent sur l’utilité d’un tel arrêté. Et déplorent que sa surmédiatisation, ajoutée à l’obsession du personnel politique à cet égard, fasse oublier d’autres sujets plus importants à leurs yeux. “Les médias en font une tonne, mais les hommes politiques en font trois”, jure Marie-Paule, assise sous un parasol. “C’est un truc électoral, analyse Joël, venu de la commune voisine de Biot avec son épouse Nadine. La droite essaie de déstabiliser le gouvernement avec le burkini alors qu’il y a des sujets plus importants, comme l’emploi.”

Presque jamais observé “en vrai”, mais découvert “à la télé” ou “dans les articles des journaux”, le burkini fait tout de même réagir. À l’unanimité, les Villeneuvois – à l’année ou la semaine – interrogés sont contre, mais de là à l’interdire avec un arrêté, les avis sont partagés.

Beaucoup auraient privilégié le libre-arbitre. “Je suis contre, mais je respecte la religion de ces femmes et si elles souhaitent se voiler pour se baigner, c’est leur droit. Chacun fait ce qu’il veut”, résume Kylian, plagiste de 44 ans. “On doit être libre de choisir, abonde Hermann Monai, touriste italien venu de Brusimpiano, à la frontière suisse. Je ne voudrais pas qu’on décide de ma tenue à ma place.”

“On n’est plus en France”

D’autres sont trop attachés à leurs coutumes pour se montrer aussi tolérant. Vincent, la quarantaine, chaîne en or visible, observe une partie de pétanque dans le centre-ville. “Tu penses qu’il va tirer ?”, demande-t-il à son voisin avant de tiquer à la mention du mot burkini “autorisé” par le Conseil d’État. “Toi, t’as plus le droit à ta crèche (de Noël) ni à ta croix, mais eux [les personnes de confession musulmane], ils font ce qu’ils veulent, s’énerve-t-il. On n’est plus en France.” A-t-il pu observer directement un burkini ? “J’en ai pas vu”, concède-t-il brièvement avant de reprendre sa diatribe.

Cette perception du burkini comme étranger à la France est partagé par certains. À l’image de Pascal, chef de cuisine, qui cite Tanger, où il serait “normal” de “se baigner habillées”, contrairement à la France. À l’évocation des Françaises converties, à qui il serait difficile de conseiller de “rentrer chez elles” pour s’y baigner en burkini, Pascal, comme les autres, est embarrassé.

Mais la véhémence de Vincent est tout de même loin d’être la norme. Sur la plage, on regrette aussi, plus calmement, que l’arrêté ait été suspendu, “pour des questions d’hygiène”, “parce que la majorité n’ont pas réellement choisi de le porter”, ou simplement parce que “si le maire a pris sa décision, on n’aurait pas dû le contredire”.

Et lorsqu’on lui rapporte que certains de ses administrés nous ont raconté que certaines femmes ont continué de se baigner habillées après la prise de l’arrêté, le soir au bout de la plage, Lionnel Luca, le regard du général de Gaulle comme témoin dans son dos, déclare, magnanime : “Tant qu’elles le faisaient de façon discrète et sans embêter personne, on ne leur aurait de toute façon pas fait d’ennuis”. Une façon de reconnaître qu’aussi bien la mise en place de l’arrêté que sa suspension n’auront au bout du compte, pas changé grand chose à Villeneuve-Loubet.

Première publication : 28/08/2016

De nombreux maires ayant publié un arrêté anti-burkini ont décidé de le maintenir malgré la décision du Conseil d’État. L’avocat de la Ligue des droits de l’Homme affirme que ces arrêtés “vont être attaqués” comme l’a été celui de Villeneuve-Loubet.

La polémique sur le burkini n’en finit pas. Malgré la suspension par le Conseil d’État de l’arrêté anti-burkini de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes), plusieurs communes, Nice en tête, résistent, s’exposant à de nouveaux recours.

Le Conseil d’État a mis, vendredi 26 août, un coup d’arrêt aux interdictions des tenues “ne respectant pas la laïcité” sur les plages publiques prises par une trentaine de communes du littoral, en appelant au “respect des libertés garanties par les lois”.

Le premier concerné, Lionnel Luca, député-maire LR de Villeneuve-Loubet, a annoncé qu’il se conformerait à la décision de la juridiction administrative suprême. “J’appliquerai bien sûr, la décision du Conseil d’État, quoi qu’on en pense”, a réagi M.Luca, tout en se disant favorable à une loi sur cette question, à l’instar de nombreux élus de droite et d’extrême droite.

>> À lire sur France 24 : “Burkini à Nice : la Madeleine entre désapprobation et bravade”

Toutefois, de nombreux maires – notamment ceux de Nice, Menton, Fréjus, Mandelieu-la-Napoule, ou encore de Sisco en Haute-Corse, de Leucate (Aude) ou du Touquet (Pas-de-Calais) – ont fait savoir que leurs arrêtés demeuraient en vigueur.

Une prise de position symbolique puisque ceux-ci ont une durée d’application limitée à fin août, mi-septembre, selon les cas, et que les verbalisations ont été rares.

“Tous ces arrêtés, s’ils sont maintenus, vont être attaqués”, a averti samedi Me Patrice Spinosi, avocat de la Ligue des droits de l’Homme qui avait saisi le Conseil d’État. “La LDH a d’ores et déjà prévu de demander le retrait de ces différents arrêtés” qui “ne sont pas conformes aux libertés fondamentales”. “J’ai du mal à comprendre comment des hommes politiques continuent à argumenter sur une polémique qui n’a plus lieu d’être”, a-t-il ajouté.

La décision du Conseil d’État “n’épuise pas le débat qui s’est ouvert”

Le Premier ministre, Manuel Valls, estime que la décision du Conseil d’État “n’épuise pas le débat qui s’est ouvert” sur cette question. “Rester silencieux, comme par le passé, c’est un petit renoncement. Une démission de plus”, a-t-il dit sur sa page Facebook, au moment où le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, prônait “l’apaisement”.

À Nice, la mairie a fait savoir que les femmes portant un burkini “continueront d’être verbalisées”, tant que l’arrêté n’est pas invalidé.

Le maire FN de Fréjus, David Rachline, soutient que son arrêté reste “valable”, jusqu’au 12 septembre, n’étant sous le coup d'”aucune procédure”.

>> À voir sur France 24 : “Les arrêtés anti-burkini en France, une dérive politique ?”

Le député-maire LR du Touquet, Daniel Fasquelle, juge que son arrêté visant à “assurer la sécurité sur la plage” n’a été que “partiellement invalidé” par la décision du Conseil d’État et “continuera de s’appliquer”.

Le député-maire LR de Menton a affirmé à l’AFP qu’il maintenait son arrêté, qui s’applique jusqu’au 31 août, et que la situation “extrêmement tendue” dans sa ville frontalière avec l’Italie “doit être prise en compte”.

Quelques maires changent d’avis

En revanche, d’autres maires ont décidé de retirer leur arrêté. C’est le cas du maire d’Eze, une petite commune des Alpes-Maritimes, Stéphane Cherki (DVD) qui a annoncé l’annulation de son arrêté “par respect du Conseil d’État”, précisant qu’aucune femme en burkini n’avait été verbalisée dans sa commune.

Le maire DVD de Cagnano (Haute-Corse) Albert Mattei va lui aussi retirer l’arrêté qu’il avait pris au lendemain de celui de Sisco.

“J’avais peut-être été un peu vite car, personnellement, j’ai fait cet arrêté pour défendre la liberté des femmes, mais on constate que beaucoup de gens demandent à pouvoir le porter”, a-t-il dit à l’AFP. “Je ne vais pas restreindre les libertés individuelles, sinon on va finir par prendre un arrêté anti-seins nus ou autres. Et enfin, ça ne gêne pas grand monde” a-t-il affirmé.

Sur le littoral azuréen, Antibes est la seule grande commune à ne pas avoir pris de mesure d’interdiction. Le député-maire LR, Jean Leonetti, proche d’Alain Juppé, avait affirmé que ces arrêtés étaient “faciles à prendre mais très difficiles à mettre en œuvre”.

Dans ce débat, les deux principaux candidats à la primaire de la droite ont défendu des lignes divergentes, l’ancien président Nicolas Sarkozy appelant à une interdiction du burkini, tandis que l’ex-Premier ministre Alain Juppé se dit opposé à “une loi de circonstance”.

Avec AFP

Première publication : 28/08/2016

Il y a cent ans, des travailleurs chinois débarquaient en France. Une centaine de milliers d’hommes avaient été recrutés par les autorités françaises et britanniques pour pallier le manque de main d’œuvre du fait de la Première Guerre mondiale.

En cette fin d’été 1916, une animation inhabituelle agite les rues de la capitale française. “À travers Paris ont passé un millier de Chinois, allant de la gare de Lyon à la gare de Saint-Lazare”, relate avec curiosité le journal Le Gaulois dans son édition du 29 août. “Ils étaient solides et bien plantés, vêtus d’une veste et d’un pantalon bleus, avec un chapeau de paille, et chacun portait allègrement son baluchon. Aucune mélancolie chez ces émigrés. Ils regardaient avec des yeux amusés et émerveillés les maisons, les monuments et aussi les passants qui s’arrêtaient sur leur passage.”

Ces émigrés, comme le quotidien les appelle, sont des travailleurs qui ont débarqué quelques jours auparavant dans le port de Marseille. Ils ont été envoyés en France à la faveur d’un accord conclu en mai 1916 avec les autorités chinoises. “Les Français cherchaient de la main d’œuvre un peu partout en raison de la pénurie dûe à la guerre”, explique Laurent Dornel, maître de conférences à l’université de Pau, spécialiste de la main d’œuvre coloniale pendant la Première Guerre mondiale. “Comme les Français et les Britanniques avaient des concessions en Chine, ils ont eu l’idée d’aller y chercher des travailleurs. Il y avait aussi déjà cette tradition des ‘coolies’, ces Chinois qui avaient quitté leur pays pour travailler à la Réunion, aux Antilles ou qui avaient même participé à la construction du chemin de fer aux États-Unis au XIXe siècle”.

L’arrivée des travailleurs chinois annoncée dans le numéro du 22 août 1916 du quotidien l’Excelsior

© Collection BDIC

“Des sujets jeunes, robustes”

Alors que l’Europe se déchire depuis deux ans, la Chine, officiellement neutre dans le conflit, accepte sans trop de difficultés cet envoi de main d’œuvre qui lui permet de participer à l’effort de guerre des Alliés. Âgés de 20 à 35 ans, la majorité de ces hommes est recrutée par contrat pour des durées de trois à cinq ans, dans les provinces du Shandong, du Hebei, et du Jiangsu dans l’est du pays. Comme le souligne le Figaro dans un article d’août 1916, la sélection a été faite très “judicieusement”. Il s’agit de”sujets jeunes, robustes, capables de supporter toutes les conditions de travail qui leur seront imposées, habiles en leur diverses spécialités”.

En tout, ce sont environ 37 000 Chinois qui sont recrutés par la France et un peu moins de 100 000 par le Royaume-Uni. Selon cette répartition, le sort de ces travailleurs n’est pas le même. Alors que ceux sous tutelle britannique sont directement commandés par des officiers au sein du Chinese Labour Corps et sont envoyés à l’arrière de la ligne de front pour des travaux près du champ de bataille, ceux sous tutelle française dépendent du dépôt des travailleurs coloniaux et sont répartis un peu partout en France. “Ils étaient plutôt dans les régions industrielles employés comme manutentionnaires ou comme manœuvre dans des usines. Certains étaient aussi affectés au débarquement des marchandises dans des ports comme Rouen, Brest ou la Rochelle. On en trouvait aussi un peu dans des poudreries”, décrit Laurent Dornel.

Des photographies de travailleurs chinois pendant la Première Guerre mondiale
  • © Collections BDIC

    Les premiers travailleurs chinois ont débarqué fin août 1916 en France. Sur cette photographie, certains d’entre eux arrivent dans la gare de Lunéville, en Meurthe-et-Moselle, en 1917.

  • © Collections BDIC

    La grande majorité de ces travailleurs a été recrutée par les Britanniques au sein du Chinese Labor Corps. Sur ce cliché, on peut voir l’appel dans un camp britannique en mai 1918 à Samer dans le Pas-de-Calais. Le nom de chaque homme est inscrit sur des banderoles.

  • © Collections BDIC

    Les tâches de ces travailleurs étaient très diverses. Sur cette photo, des Chinois préparent des toiles camouflées, en août 1918, à Abbeville, dans la Somme.

  • © Collections BDIC

    Sur celle-ci, ils procèdent au nettoyage d’un tank britannique, en juin 1918, à Saint-Pol-sur-Ternoise, dans le Pas-de-Calais.

  • © Collections BDIC

    Après la guerre, les travailleurs chinois, dont les contrats n’avaient pas encore expiré, ont été employés au nettoyage des champs de bataille comme ici près de Ypres, en Belgique, en septembre 1919.

Des révoltes des travailleurs chinois

Mais ce séjour sur le sol français ne se passe pas toujours très bien. Isolés du reste de la population, vivant le plus souvent dans des baraquements ou même dans des camps, ne parlant pas un mot de français, ces ouvriers sont soumis à des contrôles permanents. “Ils avaient des contrats de travailleurs libres, mais l’administration a voulu appliquer aux Chinois la militarisation qui était en place pour les travailleurs coloniaux comme les Algériens, les Tunisiens ou les Malgaches. Les Chinois, qui de fait ne venaient pas d’une colonie française, ont très mal pris d’être considérés comme eux”, explique l’historien, spécialiste de la Grande Guerre. Preuve de ces tensions, le journal Le Matin relate en janvier 1917 une “rixe sanglante entre Chinois et Kabyles” dans l’usine de Bassens, près de Bordeaux. À la suite de l’intervention de soldats qui ont dû faire feu, le bilan de cette bagarre se révèle lourd : deux morts et une dizaine de blessés.

Certains travailleurs chinois réclament également des augmentations de salaire ou de meilleures conditions de vie. Des révoltes éclatent même dans certaines usines. C’est le cas par exemple le 28 décembre 1916 dans la manufacture d’armes de Châtellerault où des Chinois protestent contre l’arrestation de l’un des leurs. Des soldats sont envoyés sur place pour mater la mutinerie et procèdent à une quinzaine d’arrestations.

Lorsque l’armistice est enfin signé, il n’est pas question pour ces travailleurs de rentrer chez eux. Ils sont en effet toujours sous contrat : “Après la guerre, ils ont été utilisés pour ‘désobuser’ les champs de bataille et nettoyer les tranchées car les Français mobilisés étaient retournés à leur poste de travail. Ils ont aussi beaucoup servi à déterrer les cadavres lors des regroupements de sépultures”.

Sur les traces des travailleurs chinois à Paris
  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Pour rendre hommage aux travailleurs chinois de la Première Guerre mondiale, une première plaque a été apposée le 11 novembre 1988 rue Chrétien-de-Troyes, près de la gare de Lyon, à Paris.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Cette plaque rappelle que quelques milliers de travailleurs chinois sont restés en France après la guerre et ont créé près de la gare de Lyon une communauté.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Une stèle a été inaugurée dix ans plus tard, en novembre 1998, dans le Jardin Baudricourt, dans le 13e arrondissement de Paris, surnommé le quartier chinois.

  • © Stéphanie Trouillard, France 24

    Cette plaque comporte cependant une erreur car elle mentionne “les combattants chinois morts pour la France”, or ils n’ont pas pris les armes durant la Grande Guerre.



“Le symbole de la domination occidentale sur la Chine”

Au début des années 1920, des rapatriements sont enfin organisés pour leur permettre de retourner en Chine. La grande majorité d’entre eux choisit le voyage retour, mais quelques milliers décident de s’installer en France, notamment à Paris ou dans quelques villes de province. Le dernier de ces survivants, Wouei Cheng Tchou devenu Jean Tchou, arrivé en France en 1916, est décédé en 2002 à l’âge de 105 ans à La Rochelle, sans jamais être retourné dans son pays natal.

Pendant près d’un siècle, le parcours de Jean Tchou et de ses camarades est resté méconnu. Ce n’est que très récemment que des historiens ont décidé de mettre en lumière cet épisode de la Grande Guerre. “Côté chinois, pendant très longtemps, c’était une histoire honteuse. Elle était vécue comme le symbole de la domination occidentale sur la Chine, résume Laurent Dornel. En France, elle a aussi été négligée car on a favorisé la mémoire combattante de la Première Guerre mondiale qui apparaissait comme plus glorieuse.” Pourtant, ces travailleurs ont joué un rôle important durant le conflit en palliant le manque de main d’œuvre masculine. Certains y ont d’ailleurs laissé leur vie. Sur les quelque 140 000 Chinois, qui ont été envoyés en France, une dizaine de milliers d’entre eux y sont morts, le plus souvent de maladie.

Des fiches de travailleurs chinois morts durant la Grande Guerre
  • © Mémoire des Hommes

    Sur les 140 000 travailleurs chinois envoyés en France, une dizaine de milliers sont morts durant la Guerre. Certains ont obtenu la mention “Mort pour la France”, comme Cheng Ly Te, décédé en décembre 1917 à Marseille de maladie.

  • © Mémoire des Hommes

    Beaucoup de travailleurs chinois sont morts après l’armistice, alors qu’ils étaient toujours sous contrat, à l’image de Zhang Sou Kou, décédé en janvier 1919, à Marseille, d’une tuberculose pulmonaire contractée en service.

  • © Mémoire des Hommes

    Certains travailleurs n’ont en revanche pas obtenu le statut de “Mort pour la France”, comme Fong Tim, décédé de maladie en octobre 1917 à Marseille.

  • © Mémoire des Hommes

    C’est aussi le cas de Ts’ing Ki Tchang, un travailleur chinois de la poudrerie de Bassens, mort en août 1917, à Bordeaux, des suites d’une double pneumonie.


Première publication : 27/08/2016

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C’est un contrat historique qu’a décroché Alstom aux États-Unis. Le constructeur français a vendu 28 nouveaux trains à grande vitesse pour 1,8 milliard d’euros. Ces TGV circuleront sur le couloir Nord-Est entre Boston et Washington.

Alstom a décroché un contrat de 1,8 milliard d’euros pour fournir à l’opérateur ferroviaire américain Amtrak 28 nouveaux trains à grande vitesse et en assurer la maintenance “à long terme”, a annoncé vendredi 26 août le groupe français.

#Alstom to provide #Amtrak with its new gen #highspeed#train for Northeast Corridor https://t.co/ll1K4tvRvfpic.twitter.com/1wpXaT9Qj4

— Alstom (@Alstom) 26 août 2016

Ces trains, appelés Avelia Liberty et voués à remplacer les trains Acela actuellement en service, circuleront sur le couloir Nord-Est (CNE) des États-Unis, entre Boston et Washington, précise Alstom dans un communiqué.

La décision d’Amtrak permettra “d’augmenter la capacité de transport de voyageurs”, de “fournir un service plus fréquent”, de “diminuer les temps de trajet” et “d’optimiser les frais d’exploitation et l’efficacité énergétique”, affirme le communiqué du constructeur français.

Une vitesse de 300 km/h à terme contre 200 km/h actuellement

Ces trains pourront ainsi transporter plus de 400 passagers, soit un tiers de plus que les rames actuelles et sera capable d’atteindre, à terme, la vitesse de 300 km/h, contre une vitesse moyenne inférieure à 200 km/h actuellement et une vitesse maximale de 240 km/h sur un court tronçon. Les trains Avelia Liberty seront cependant limités dans un premier temps à une vitesse maximale de 257 km/h.

“Amtrak prend les actions nécessaires afin de permettre à nos passagers, à la région Nord-Est et à l’économie des États-Unis d’aller de l’avant”, a déclaré Joe Boardman, PDG d’Amtrak, dans le communiqué. “Ces trains ainsi que la modernisation et l’amélioration de l’infrastructure fourniront à nos clients la mobilité et l’expérience du futur.”

“L’attribution de ce contrat est une preuve de la réussite de la stratégie d’Alstom visant la proximité avec ses clients”, a affirmé dans le communiqué Jérôme Wallut, vice-président d’Alstom Amérique du Nord.

Une région habitée par un Américain sur sept

Le vice-président des États-Unis, Joe Biden, présent lors de la cérémonie d’annonce de ce contrat, a qualifié le CNE de “fondamentalement important” pour l’économie américaine et a rappelé que “cette région allant de Boston à Washington est habitée par un Américain sur sept”.

Les rames Avelia Liberty destinées au CNE seront en grande partie produites aux États-Unis. Les rames seront fabriquées sur le site historique d’Alstom à Hornell, dans l’État de New York. Leur maintenance sera réalisée dans les dépôts d’Amtrak à Boston, New York et Washington DC, dans le cadre d’un contrat de fourniture de pièces de rechange et d’assistance technique avec le soutien des sites Alstom de New York, du Delaware et de l’Illinois pendant une période de 15 ans, avec une option pour 15 années supplémentaires.

Première publication : 27/08/2016