Archive for September 15th, 2016

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Les autorités américaines veulent infliger une amende de 14 milliards de dollars à la Deutsche Bank. Washington estime en effet que la banque allemande est l’un des principaux responsables de la crise des subprimes. Rappel des faits.

Ce serait la plus lourde amende jamais infligée par les États-Unis à une banque étrangère. La banque allemande Deutsche Bank a révélé, dans la nuit de jeudi 15 à vendredi 16 septembre, que le département américain de la Justice lui réclamait la somme de 14 milliards de dollars (12,4 milliards d’euros) pour mettre un terme à une procédure en cours relative à la crise des subprimes. À côté, les 8,9 milliards de dollars que la BNP a dû payer en 2014 font figure d’aimable réprimande.

“Ce n’est que le début des négociations. La banque s’attend à ce qu’elles débouchent sur une issue similaire à celle que d’autres banques ont pu connaître [une révision à la baisse de l’amende après les négociation, NDLR]”, a prévenu la Deutsche Bank dans un communiqué. Elle ne pourrait, de toute façon, pas payer cette somme “sans procéder à une augmentation de capital”, a assuré Clemens Fuest, le président de l’Institut IFO, l’un des principaux centres de recherche économique allemands. Les réserves de la Deutsche Bank ne sont que de 60 milliards d’euros et “les investisseurs ne supporteraient pas que ce filet de sécurité soit réduit”, précise l’économiste allemand à l’agence Reuters.

Moteur de la bulle des subprimes

Cette annonce a d’autant plus de mal à passer côté allemand que la banque s’attendait à devoir payer entre deux et trois milliards de dollars. La plupart des analystes estiment que toute amende au dessus de cinq milliards de dollars pourrait mettre la Deutsche Bank en difficulté financière.

Ces 14 milliards de dollars placent la Deutsche Bank au même niveau que les établissements américains Bank of America et JP Morgan, considérés par les autorités américaines comme les moutons financiers les plus noirs de la crise des subprimes (des prêts immobiliers hautement risqués). La première a accepté de payer 16,65 milliards de dollars en août 2014 et la deuxième a reçu une amende de 13 milliards de dollars en novembre 2013.

La sévérité du ministère américain de la Justice peut se comprendre : la Deutsche Bank a été l’un des principaux moteurs de la bulle des subprimes. Elle a même été l’acteur étranger le plus actif sur ce marché dont l’effondrement, à partir de 2007, est à l’origine de la crise financière de 2008.

La banque allemande a ainsi droit à un chapitre entier dans le très volumineux rapport “Wall Street et la crise financière : Anatomie d’un effondrement financier” publié par la Commission d’enquête permanente du Sénat américain en 2011. Aux yeux des autorités américaines, la Deutsche Bank a pêché par excès de CDO (collateralized debt obligation). Ces produits financiers étaient des pots-pourris de créances plus ou moins douteuses (comme les subprimes) vendus par les banques à prix d’or à des investisseurs peu regardants. Entre 2006 et 2007, la banque allemande était le quatrième plus important créateur et revendeur de CDO derrière Merrill Lynch, JP Morgan et Citigroup.

Les financiers allemands ont mis au point 47 CDO jusqu’en 2008 pour une valeur totale de 32,2 milliards de dollars. La commission sénatoriale reproche à la Deutsche Bank d’avoir “agressivement” cherché à écouler ses titres spéculatifs alors même que le marché des subprimes commençait à montrer des signes de faiblesse au début de l’année 2007. Lorsque les investisseurs américains ont commencé à se détourner de ces CDO remplis de créances qui apparaissaient de plus en plus toxiques, les banquiers de la Deutsche Bank ont cherché des clients en Asie et en Europe, semant ainsi les germes de la contagion de la crise des subprimes à l’international.

Les avertissements du patron des traders

La Deutsche Bank n’est pas la seule institution financière à avoir misé trop longtemps sur les subprimes. Mais elle a une circonstance aggravante : elle cherchait frénétiquement à vendre ses CDO d’un côté, et misait sur leur effondrement de l’autre.

Dès 2006, Greg Lippmann, le patron des traders de la Deutsche Bank incarné par Ryan Gosling dans le film “The Big Short”, se doute que le marché de l’immobilier américain va s’effondrer à cause des crédits hypothécaires accordés trop libéralement à des acheteurs qui n’ont pas les moyens de rembourser leurs dettes (les subprimes). Il avertit à plusieurs reprises ses supérieurs et obtient le droit de… miser sur l’effondrement de ce système.

Cette stratégie, qui allait à l’encontre des efforts de la banque pour vendre des produits financiers remplis de subprimes, a rapporté cinq milliards de dollars à la Deutsche Bank. Un pari qui a permis de compenser en partie les pertes dues à la chute brutale de valeur des CDO créés par la Deutsche Bank.

Greg Lippmann a donc peut-être permis à son employeur de s’en tirer sans trop de bosses au lendemain de la crise financière. Mais tous ses avertissements et ses emails dans lesquels il qualifie de “pourries” des créances que ses équipes doivent, par ailleurs, revendre, sont autant de munitions dont le ministère américain de la Justice entend se servir pour dépeindre la Deutsche Bank en grand méchant de la crise financière et lui faire payer le prix fort de son double jeu.

Première publication : 16/09/2016

Comment Adama Traoré, un jeune décédé au cours de son arrestation, est-il mort ? Le récit d’un pompier, dont Le Monde a publié des extraits mercredi, vient contredire la version des gendarmes, alimentant les doutes de la famille sur une bavure.

L’affaire avait provoqué quatre nuits d’émeutes à Beaumont-sur-Oise, dans le Val-d’Oise. Deux mois après la mort d’Adama Traoré, un jeune homme décédé en banlieue parisienne alors qu’il venait d’être arrêté par les gendarmes, un témoignage crucial vient discréditer l’attitude des forces de l’ordre, accusées de “bavure” par la famille du défunt. Ce témoignage met à mal la version donnée à l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (l’IGGN) par les gendarmes présents le jour du drame.

Ce témoin est le pompier qui est intervenu dans la cour de la gendarmerie de Beaumont-sur-Oise pour porter secours au jeune homme et qui a constaté sa mort.

“Quand j’arrive sur la victime, il y a du monde autour, mais personne ne s’en occupe”, explique le secouriste lors de son audition le 2 août à l’IGGN, selon des comptes-rendus que Le Monde a pu consulter. “La victime se trouve face contre terre, sur le ventre, mains dans le dos menottées.” Quand le sapeur-pompier constate qu’Adama Traoré ne respire plus, il doit insister pour que les gendarmes lui ôtent les menottes.

Les gendarmes pensent qu’Adama Traoré simule

Un récit qui contredit largement ce qu’ont raconté les gendarmes à l’IGGN. Dans leur version des faits, les militaires placent “immédiatement” Adama Traoré “en PLS [position latérale de sécurité]”. “Il est possible qu’il [Adama Traoré] ait pu tomber s’il a été mis en PLS” car “c’est impossible de tenir sur le côté avec les mains dans le dos menottées” précise toutefois le secouriste.

Pendant leur audition, les militaires admettent qu’ils pensaient que le jeune homme était peut-être en train de feindre un malaise. “Nous n’étions pas encore sûrs qu’il était vraiment inconscient et qu’il ne simulait pas”, reconnait l’un des gendarmes.

C’est à la fin de son transfert en voiture, à son arrivée à la gendarmerie, qu’Adama Traoré aurait été pris d’un malaise. D’après la version des gendarmes, ils découvrent à ce moment-là que “sa tête se met à pencher en avant comme quelqu’un qui est en train de s’endormir”. “Il semble inconscient, il ne bouge pas du tout”, rapporte un des trois gendarmes entendus par l’IGGN.

La mort par asphyxie

Au cours de l’interpellation d’Adama Traoré, les gendarmes avaient procédé à un plaquage ventral pour pouvoir le menotter. Les deux rapports d’autopsie pratiqués fin juillet ont conclu à un décès par “syndrome asphyxique”, sans que les causes de cette asphyxie soient déterminées.

Pour sa part, depuis le début de l’affaire, le procureur de Pontoise Yves Jannier questionne la santé du jeune homme. Le magistrat s’appuie sur les résultats de la première autopsie qui parlait de “lésions d’allures infectieuses [poumons, foie, ganglions cervicaux et de la carène]” présentes chez Adama Traoré avant sa mort. Puis il pointe l’existence d’une “maladie cardiaque”, d’après des hypothèses émises dans un rapport médical. Mais la deuxième autopsie du corps de la victime le contredit, en révélant l’”absence d’anomalie cardiaque” chez le jeune homme.

De son côté, la famille du défunt a toujours contesté la version de la crise cardiaque ou d’une quelconque maladie grave chez Adama Traoré. Les Traoré évoquent de possibles violences de la part des forces de l’ordre ayant entrainé l’asphyxie. Les proches accusent la “méthode du plaquage ventral”, pratiquée sur Adama Traoré par les gendarmes au moment de son interpellation. Une technique d’immobilisation maintes fois dénoncée par des associations de défense des droits de l’Homme pour le risque d’asphyxie mortelle qu’elle comporte.

Plainte pour non-assistance à personne en danger

Depuis la mort d’Adama Traoré, sa famille soutient la thèse de la “bavure” des forces de l’ordre. À la suite de la publication du rapport de l’IGGN, elle n’a pas tardé à réagir en déposant une nouvelle plainte contre les gendarmes pour non-assistance à personne en danger.

Et pendant que les doutes s’installent sur la sincérité du témoignage des gendarmes, la mobilisation populaire a grandi autour de la famille Traoré, qui n’est pas seule dans ce combat judiciaire. Aux côtés de plusieurs frères et sœurs d’Adama s’est organisé un mouvement de protestation qui dénonce plus largement le racisme. Le mouvement a déjà pris une dimension nationale et un écho médiatique sur lesquels comptent bien s’appuyer les proches.

Cet été, plusieurs personnalités du monde artistique français issu des minorités, comme l’acteur Omar Sy, ont fait savoir qu’elles apportaient leur soutien à la famille. Et, pour la première fois en France, un millier de personnes se sont rassemblées en la mémoire d’Adama Traoré à Paris sous la banderole “Black Lives Matter France” (“Les vies des Noirs comptent”), du nom de ce mouvement militant afro-américain créé aux États-Unis pour dénoncer les violences policières contre des citoyens noirs.

Première publication : 16/09/2016

Au terme de douze heures d’audience et d’une nuit blanche, le tribunal correctionnel de Bastia a condamné les cinq prévenus de la rixe de Sisco à des peines de prison. Le principal prévenu Mustapha Benhaddou a été condamné à deux ans ferme.

Des peines allant de six mois de prison avec sursis à deux ans ferme ont été prononcées, vendredi 16 septembre, par le tribunal correctionnel de Bastia à l’encontre des cinq hommes prévenus dans l’affaire de la violente rixe de Sisco (Haute-Corse).

Presque douze heures d’audience

Au terme de presque douze heures d’audience, le principal prévenu, Mustapha Benhaddou, 33 ans, a été condamné à deux ans de prison ferme avec maintien en détention pour violence en réunion avec armes lors de cette bagarre, le 13 août, entre une famille d’origine marocaine et des habitants de ce village côtier du Cap corse.

Deux villageois, le boulanger Lucien Straboni, 50 ans, et un employé municipal de 22 ans, Pierre Baldi, ont été condamnés respectivement à un an et à huit mois, avec sursis.

Absents à l’audience, car affirmant, selon leurs avocats, craindre pour leur sécurité, deux autres frères Benhaddou, Abdelillah, 38 ans, et Jamal, 29 ans, ont été condamnés chacun à six mois avec sursis. Un quatrième frère Benhaddou, Moucine, présent lors de la rixe, est en fuite depuis et n’a donc pas pu être jugé.

Le procureur Nicolas Bessone avait requis trente mois de prison dont vingt-quatre ferme contre Mustapha Benhaddou, déjà plusieurs fois condamné pour outrages, violences, actes de destruction et délits liés aux stupéfiants.

“La société française et la société corse, qui en fait partie, sont traversées par des fractures, mais ce n’est pas la réalité du dossier, qui est à la fois quelque chose de plus classique et de plus minable”

Durant cette audience qui s’est déroulée dans le calme en dépit de crainte d’incidents, il a dénoncé la participation des cinq hommes à “une crise paroxystique où tous les bas instincts sont ressortis”. Les cinq condamnés ont exprimé leurs regrets à l’issue des débats, auxquels ont assisté de nombreux habitants de Sisco.

“La société française et la société corse, qui en fait partie, sont traversées par des fractures, mais ce n’est pas la réalité du dossier, qui est à la fois quelque chose de plus classique et de plus minable”, avait insisté Nicolas Bessone dans son réquisitoire.

Mustapha Benhaddou, qui a été incarcéré après sa mise en examen, a été décrit comme l’élément déclencheur des incidents de Sisco.

Les deux villageois, Lucien Straboni et Pierre Baldi, étaient poursuivis pour avoir porté des coups à Jamal Benhaddou, alors que celui-ci était au sol puis sur une civière portée par des pompiers.

VIDÉO. #Sisco La foule rassemblée devant le tribunal de Bastia #Corsehttps://t.co/fRkE4qqfu3pic.twitter.com/weuU1qjzjA

— Corse-Matin (@Corse_Matin) September 15, 2016

Quatre personnes avaient été légèrement blessées lors de la rixe, qui avait nécessité l’intervention d’une centaine de gendarmes et policiers.

Volonté de “privatiser” la plage en multipliant les incidents

À l’origine des violences, des photos prises depuis le bord de la route. Installé avec sa famille depuis le matin dans une petite crique de Sisco, Mustapha Benhaddou, dont le procureur a dénoncé la volonté de “privatiser” la plage en multipliant les incidents, n’apprécie pas et le fait savoir, d’abord à un couple de touristes, puis à un groupe de jeunes.

Des invectives sont échangées avec les jeunes. Mustapha Benhaddou reconnaît avoir “secoué et giflé” Jerry Neumann, un jeune du village âgé de 18 ans, partie civile au procès. À partir de là, la rixe prend de l’ampleur, quand des villageois descendent porter secours aux jeunes “secoués”, déclenchant ce que le procureur Bessone a qualifié de “lynchage collectif”. “On a frôlé la catastrophe”, a résumé le procureur.

“Vous avez conscience que tout cela aurait pu s’achever sur un drame ?”

“Vous avez conscience que tout cela aurait pu s’achever sur un drame ?”, avait demandé la présidente Anne David à Lucien Straboni et Pierre Baldi, qui ont acquiescé, tout en cherchant à minimiser leur rôle.

Plusieurs centaines de personnes s’étaient rassemblées devant le palais de justice durant l’audience pour soutenir les deux Siscais, à l’appel notamment du parti indépendantiste Corsica Libera, dont le président de l’Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni est l’un des dirigeants.

Invoquant la “sûreté des prévenus” et critiquant “l’immixtion du politique” dans l’affaire, les avocats de l’un des frères Benhaddou avaient demandé le dépaysement du procès, une demande rejetée jeudi matin.

Quelques mois après l’agression de pompiers dans un quartier populaire d’Ajaccio le soir de Noël, qui avait été suivie d’une manifestation émaillée de slogans racistes et du saccage d’une salle de prière musulmane, la rixe de Sisco avait ravivé les tensions sur l’île.

Le 16 août, le maire PS de Sisco, Ange-Pierre Vivoni, présent à l’audience, avait interdit le burkini dans sa commune. Sa décision a été validée par le tribunal administratif de Bastia, qui a pris le contre-pied du Conseil d’État et mis en avant la rixe pour justifier sa décision.

Avec AFP

Première publication : 16/09/2016