Archive for September 18th, 2016

En nommant le sénateur-maire de Fréjus David Rachline directeur de campagne, Marine Le Pen a fait le choix stratégique de réconcilier tous les courants du FN. Le jeune élu est une des rares personnalités du parti à s’entendre avec tout le monde.

L’homme s’est souvent présenté comme “Lepéniste intégral” et c’est, sans doute, l’aspect le plus important à retenir de la nomination de David Rachline comme directeur de campagne de Marine Le Pen. Avec lui, la candidate du Front national à l’élection présidentielle de 2017 peut s’appuyer sur quelqu’un capable de faire le lien entre les deux grands courants du parti : les adeptes de la ligne Florian Philippot, plaçant le souverainisme et les questions sociales en tête de leurs préoccupations, et les tenants d’une ligne plus traditionnelle et identitaire, aujourd’hui incarnée par Marion Maréchal-Le Pen.

Pur produit du militantisme sauce FN, David Rachline, 28 ans, a éclos dans les dernières années de Jean-Marie Le Pen à la tête du parti. C’est d’ailleurs l’accession de ce dernier au deuxième tour de l’élection présidentielle, en 2002, qui le décide à adhérer au Front national à seulement 15 ans. Rapidement, le jeune militant monte dans l’organigramme du parti d’extrême-droite. D’abord président de la section varoise du Front national de la jeunesse, il devient, lors de l’ultime campagne présidentielle du fondateur du FN, président des “Jeunes avec Le Pen”.

Ce jeune ambitieux a de la suite dans les idées. Lorsqu’éclate la guerre familiale chez les Le Pen, David Rachline prend soin de ne pas se griller et épouse sans sourciller la ligne de dédiabolisation voulue par la nouvelle dirigeante du FN, Marine Le Pen. Aujourd’hui totalement dévoué à celle-ci, il représente le parfait trait d’union entre l’ancien et le nouveau FN, sa grande force étant d’être compatible avec toutes les tendances.

“Il a ce grand avantage de pouvoir faire le grand écart entre la base militante et les notables”, souligne notamment Nicolas Lebourg, chercheur à l’Université de Montpellier et à l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès.

Rôle de mobilisation de la base en vue du premier tour

Car si David Rachline, élu maire de Fréjus et sénateur du Var en 2014, représente notamment les succès du Front national nouvelle version, il sait également cultiver son image de frontiste traditionnel. D’abord en tant qu’ancien membre du mouvement Égalité et Réconciliation d’Alain Soral, qui appelle à un patriotisme dépassant les clivages partisans, ethniques ou religieux, mais aussi en s’opposant, lors de la campagne des municipales, à la construction d’une mosquée dans sa ville.

“La stratégie de Marine Le Pen, qui a besoin de conserver les électeurs traditionnels du FN peu adeptes de la ligne Philippot, pourrait être de se servir de son directeur de campagne pour contrebalancer son nouveau profil très lissé, analyse Nicolas Lebourg. Elle est sur un positionnement de second tour, tandis que David Rachline lui servira de doublure sur les plateaux TV en vue du premier tour.”

En clair, comme elle l’a fait lors de son discours, dimanche 18 septembre, la candidate du FN s’adressera à l’ensemble des Français, pendant que son directeur de campagne sera chargé de mobiliser l’ensemble du parti. Or, comme le souligne un dirigeant, il est l’un des rares en interne à être “bien avec tout le monde”.

Une stratégie qui n’est toutefois pas sans danger. “Le risque, c’est d’être pris en porte-à-faux et de donner une impression de cacophonie”, estime Nicolas Lebourg, qui évoque par ailleurs “le CV un peu chargé” de David Rachline question radicalité, “alors que Marine Le Pen fait tout pour adoucir son image”.

Première publication : 19/09/2016

Les surveillants de la maison d’arrêt d’Osny ont manifesté, lundi, après un nouvel incident au sein de l’unité de déradicalisation (UD) de leur prison. L’efficacité de ces fameux programmes, mis en place en 2016, fait plus que jamais débat.

“On n’en peut plus ! Ce qu’il s’est passé ce n’est pas une simple agression, c’est un acte terroriste”. Stéphane Touil, le secrétaire général adjoint de FO Pénitentiaire, contacté par France 24, se remet difficilement de l’agression au couteau de deux surveillants de la prison d’Osny, la semaine dernière. Lundi 19 septembre, il a manifesté aux côtés de ses collègues pour dénoncer l’insécurité croissante sur son lieu de travail. “Ces actes ont été perpétrés par des profils extrêmement dangereux. Nous avons besoin d’un personnel encadrant, d’effectifs supplémentaires pour gérer au mieux ces unités spéciales”. Le détenu mis en cause, Bilal Taghi, avait peint avec le sang d’une des victimes un cœur sur le mur de la prison.

#prison Colère des surveillants de la maison d’arrêt d’#Osnypic.twitter.com/S14uiuVQXt

— Vincent Lesage (@vince_actu) 19 septembre 2016

Le détenu ultra-radicalisé faisait pourtant partie d’une “unité dédiée” (UD), sorte de programme de déradicalisation. Ce n’est pas la première fois que les UD se retrouvent au cœur d’une polémique. Ces cellules de regroupement d’individus radicalisés, mis en place au début de l’année 2016, font débat. Pour les uns, ils constituent un terrain fertile pour l’élaboration de projets terroristes ou la création de réseaux jihadistes. Pour les autres, ils permettent de protéger la population carcérale, d’éloigner les autres détenus d’un possible embrigadement.

Mais comment fonctionnent-ils ? Que proposent-ils ? Et quels sont les critères de sélection pour y être transférés ? France 24 fait le point.

Cinq “unités” réservées aux hommes seuls

Il existe actuellement cinq “unités dédiées” en France : une à la maison d’arrêt de Fresnes, une à celle d’Osny, deux à celle de Fleury-Mérogis, et une au centre de détention de Lille-Annœullin. Leur mise en place, entre janvier et mars 2016, a été décidée dans le cadre du plan de lutte contre le terrorisme (PLAT) lancé par le Premier ministre l’année dernière. Il s’agissait alors “d’éviter d’une part les pressions et la propagation du prosélytisme religieux radical et, d’autre part, de favoriser la prise en charge de personnes radicalisées.”

En d’autres termes, de tenter de les remettre sur le droit chemin. “On nous a dit qu’il fallait ramener ces individus à une vie normale”, explique Stéphane Touil. “Qu’il fallait ‘casser’ leur quotidien.”

Selon le rapport du Contrôleur général des lieux de privation de libertés (CGLPL), en juin 2016, les UD sont réservées aux hommes seuls, prévenus ou condamnés. Les femmes et les mineurs ne sont pas concernés. Les 5 “unités dédiées” offrent au total une capacité de 117 places.

Chaque UD regroupe entre 20 et 30 personnes. Elle est généralement située dans une partie du centre pénitentiaire située à l’opposé de la zone où est détenue le reste de la population carcérale, ou à un étage supérieur. Les détenus y sont incarcérés en cellule individuelle pendant une durée limitée, d’environ 6 mois, avant de retourner en détention classique.

Ils ne reçoivent aucune contrepartie à leur présence au sein de ces programmes spéciaux : aucune remise de peine n’est possible.

Quels profils dans les UD ?

Selon le CGLPL, les personnes susceptibles d’être dirigées vers les programmes des UD sont “principalement” celles qui ont été écrouées “pour des faits de terrorisme liés à l’islamisme radical violent”. Mais peuvent y être admises aussi des personnes “repérées comme radicalisées” et prônant une action violente.

Jamais les “participants” des UD ne doivent entrer en contact avec les autres détenus. En théorie, du moins. “À Osny, on sait que les détenus des UD peuvent communiquer avec les autres prisonniers, notamment par les fenêtres, précise Stéphane Touil. On a également retrouvé dans certaines cellules, des armes artisanales et des téléphones portables. Il n’y a pas d’étanchéité.”

• Comment les répartir ?

L’affectation est liée au degré de radicalisation de la personne. On trouve à Osny ou à Fleury-Mérogis les personnes censées être les “moins” radicalisées, les plus “accessibles à une remise en question”. Les cas les plus sévères sont dirigés vers Lille-Annœullin, en raison de son quartier haute-sécurité.

Mais toujours selon le syndicaliste Stéphane Touil, la maison d’arrêt d’Osny n’a pas les épaules pour accueillir ce “programme carcéral expérimental”. “Ici, cinq agents se relaient pour encadrer les 18 détenus de l’UD. Sur place, ils sont deux par jour”. Trop peu, estime-t-il.

“Nos ressources sont inexistantes. Ce qui est arrivé [au surveillant agressé] est susceptible de se reproduire. Tout ce qu’on veut, c’est la sécurité du personnel. On ne demande pas des armes à feu mais plus de personnel et au moins quelque chose pour se défendre. Face à 18 détenus dangereux, nous n’avons ni menottes, ni gaz lacrymogène. Juste un sifflet.”

• Quels programme de réhabilitation suivent les détenus ?

Dans la mesure où les UD ont été crées pour “déradicaliser” les détenus, le gouvernement a mis en place une importante structure éducative. Les détenus des UD ont donc droit à des activités culturelles, sportives (comme des cours d’escrime à Osny), et à des ateliers.

>> Sur France 24 : “Face à la radicalisation dans les prisons, la France fait appel aux aumoniers musulmans”

L’accent est surtout mis sur la curiosité intellectuelle. Des cours d’histoire, de religion, d’anglais, de théâtre sont dispensés, sur la base du volontariat. Des éducateurs, des psychologues viennent épauler les équipes en place. À Osny, par exemple, un professeur agrégé d’histoire vient donner des leçons de géopolitique aux détenus. Un programme obligatoire hebdomadaire a également été mis en place par l’Éducation nationale (alphabétisation, arts plastiques…)

“Ces dispositifs éducatifs porteront peut-être leurs fruits mais ça ne marchera pas avec tout le monde, déplore Stéphane Touil. Certains sont trop radicalisés. Ils parlent d’égorger des surveillants”. Le syndicaliste s’étonne aussi qu’aucune mesure de sécurité particulière ne soit mise en place pour protéger les éducateurs. Le professeur d’histoire, par exemple, “est seul avec les détenus”.

Le syndicat FO réclame la fermeture pure et simple des UD. “S’il faut les regrouper, je pense qu’il faudrait les rassembler dans un établissement spécifique avec un encadrement spécifique”, conclut Stéphane Touil. Ca ne va pas plaire à tout le monde, mais je pense qu’il faudrait songer à créer une sorte de Guantanamo à la française.”

Première publication : 19/09/2016

Un adolescent a été arrêté dans le cadre de l’enquête sur la fausse alerte attentat à Paris de samedi. Deux jeunes avaient revendiqué ce canular, appelé “swatting”, une pratique illégale qui consiste à faire envoyer la police sous un faux prétexte.

Un adolescent a été interpellé, lundi 19 septembre, dans le cadre de l’enquête sur la fausse alerte attentat de samedi 17 septembre à l’église Saint-Leu dans le quartier de Châtelet, à Paris. S’agit-il de Tylers Swatting et Zakhaev Yamaha ? Derrière ces pseudonymes se cachent deux jeunes de 16 et 17 ans qui avaient confessé au site de L’Obs être les auteurs de la “blague” qui a entraîné le déclenchement d’une alerte attentat, la mobilisation d’un hélicoptère, de la Brigade de recherche et d’intervention et le bouclage du secteur autour de l’église Saint-Leu, dans le 1er arrondissement.

Ils ont expliqué comment ils avaient dupé les forces de l’ordre par téléphone, leur faisant croire que l’appel provenait de l’intérieur de l’église. L’un d’eux s’est fait passé pour le “père Mathis” expliquant qu’il était “caché dans la cave et que dix Maghrébins étaient rentrés avec des armes dans l’église”. Ils ont également fait écouter au journaliste une partie de l’enregistrement de la conversation avec la police.

“Dix journaux [télé], hihi”

Visiblement inconscients de la portée de leur acte, Tylers Swatting et Zakhaev Yamaha ont assuré à l’Obs voir “fait ça pour le buzz. Si les gens ont eu peur, c’est leur problème”.

Ils s’étaient aussi vantés de leur exploit sur Facebook, samedi, affirmant avoir “fait déplacer des hélicos, le gouvernement, 50 voitures de flics” et avoir créé un événement qui a fait “10 journaux [télé], hihi”.

Ces deux adolescents ont également assuré vouloir récidiver à l’occasion de la Paris Game Week, le salon du jeu vidéo qui doit se dérouler dans la capitale française fin octobre.

Mais, depuis dimanche, ils ont mis leur esprit bravache en sourdine. Le ministère de l’Intérieur a qualifié leur acte de “totalement irresponsable dans le contexte de menace terroriste”. Une enquête pour “dénonciation de crime imaginaire” et “divulgation de fausses informations afin de faire croire à une destruction dangereuse” a été ouverte. Tylers Swatting et Zakhaev Yamaha risquent jusqu’à deux ans de prison et 30 000 euros d’amende chacun. Les deux adolescents ont cherché à effacer les pistes qui pourraient permettre de les localiser.

Fans d’Ulcan

Ils ont réalisé qu’ils avaient poussé le bouchon de la déjà très controversée pratique du “swatting” trop loin. Le défi technologique de ce type de mauvaise blague consiste à utiliser des serveurs chiffrés pour dissimuler l’origine réelle de l’appel et faire croire qu’il provient du domicile de la personne piégée ou, dans le cas de la fausse alerte à l’attentat, près de Châtelet, de l’église.

Le “swatting”, dont le nom provient du terme anglais Swat, qui désigne les forces d’intervention spéciales aux États-Unis, était jusqu’à présent essentiellement cantonné au monde du jeu vidéo. Il a connu un véritable essor avec la popularité grandissante des sites comme Twitch qui permettent aux internautes de se filmer et se montrer en direct en train de jouer. Un “swatting” réussi consiste alors à faire intervenir la police en pleine diffusion en direct. Ce phénomène a pris une telle ampleur aux États-Unis que plusieurs États ont adopté des législations spécifiques. En novembre 2015, une proposition de loi – qui n’a pas encore été débattue – a été soumise au Sénat pour en faire un délit fédéral. En mai 2015, un jeune américain de 17 ans a été condamné à 16 mois de prison après avoir avoué être l’auteur de plus de 25 “swatting”.

En France aussi, la justice a déjà sévi. Trois adolescents ont été condamnés à des peines allant de six mois avec sursis à deux ans de prison ferme, début juillet 2016, pour avoir envoyé sous un faux prétexte la brigade des mœurs chez un joueur célèbre qui était en train de diffuser en direct une de ses parties.

Ces jeunes étaient des membres de la plateforme de chat privé “Viol Vocal”, créé en 2011 par la plus célèbre figure du “swatting” en France : le très controversé pirate informatique franco-israélien Gregory Chelli, connu sous son nom de guerre Ulcan.Ce dernier est un spécialiste des canulars téléphoniques mal intentionnés et s’en était notamment pris à des journalistes du site Rue89, pour des articles qui lui avaient été consacrés. Il est aussi une inspiration pour “Tylers Swatting” et “Zakhaev Yamaha”. Les deux adolescents se sont dits “fans” de Gregory Chelli… ce qui leur a valu une réponse cinglante de ce dernier qui les a qualifiés d’”immatures”.

Première publication : 19/09/2016