Archive for October 3rd, 2016

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Une première étude sur les conséquences sur l’économie mondiale des insectes envahissants, publiée mardi, évalue le montant des dégâts à 69 milliards d’euros. Une facture qui pourrait encore augmentée à la faveur du réchauffement climatique.

Le termite de Formose, ce grand ennemi de l’économie mondiale. Originaire de Chine, il ne mesure que 1,25 cm. Mais les ravages de ce petit insecte coûtent 26,7 milliards d’euros par an dans les pays où il sévit, d’après la première étude sur l’impact économique des insectes envahissants publiée, mardi 4 octobre, dans la revue Nature Communication.

L’équipe internationale de scientifiques à l’origine de l’étude estime que les 70 espèces d’insectes envahissants observés font perdre chaque année au moins 69 milliards d’euros à l’économie mondiale, soit l’équivalent du PIB de la République dominicaine. Ces catastrophes économiques ambulantes sont des teignes, des moustiques, des capricornes et toutes les espèces “introduites par l’homme dans un environnement où elles s’établissent et posent des problèmes écologiques ou économiques”, explique Franck Courchamp, écologue du CNRS et coauteur principal de l’étude, contacté par France 24.

Termite de Formose devant la teigne des choux

Le termite de Formose est le roi incontesté de ces nuisibles, loin devant la teigne des choux (4,1 milliards d’euros) et le longicorne brun de l’épinette (4 milliards de dollars par an). L’étude a identifié dix espèces d’insectes envahissants dont l’impact négatif sur l’économie dépasse le milliard d’euros.

Les dommages économiques retenus par les scientifiques à travers l’étude de 737 articles et rapports scientifiques vont des dégâts matériels à la propagation de maladies. Le termite de Formose, par exemple, anéantit sans pitié du mobilier et de l’immobilier, ce qui peut fortement réduire la valeur du terrain et entraîne souvent de fortes dépenses publiques pour maîtriser une invasion de ce serial destructeur.

Le coût des épidémies comme celles de dengue ou de chikungunya, propagées par certains moustiques, est estimé à 6,18 milliards d’euros par an. Et encore “nous n’avons retenu que les effets directs sans prendre en compte l’impact économique indirect de la perte d’activité due à la maladie ou de périodes plus ou moins longues sans éducation pour les enfants qui vont avoir des répercussions par la suite sur l’économie d’un pays”, souligne le spécialiste de l’écologie.

Près de 300 milliards d’euros pour réaliser des études

Cet expert estime que l’impact économique réel des insectes envahissants est bien supérieur à ce qui peut être scientifiquement corroboré. La principale raison à son pessimisme provient de la pauvreté du nombre d’études consacré à ces insectes. Elles sont quasiment inexistantes en Asie ou encore en Océanie et en Afrique. Même en Europe, la littérature scientifique à ce sujet est peu répandue comparée aux États-Unis. Difficile de se faire une image d’ensemble. “Nous estimons que si un nombre équivalent d’études était réalisé en Europe et aux États-Unis, le coût constaté pour l’économie serait d’environ 270 milliards d’euros par an”, estime Franck Courchamps.

Les données sont, en outre, incomplètes. Certains insectes – dont la dangerosité est pourtant avérée – n’ont pas du tout été étudiés. C’est le cas, notamment, du charançon du cotonnier “qui s’attaque à 80 espèces de plantes cultivées et peut détruire jusqu’à 70 % d’une plantation”, résume l’écologue français.

De plus, les effets économiques ne sont pas toujours quantifiables. Comment évaluer les conséquences parfois désastreuses à long terme de l’introduction d’un insecte nuisible dans un nouvel écosystème ? Il peut s’en prendre à des espèces locales utiles, par exemple, pour la pollinisation ou altérer la qualité de l’eau, notent les auteurs du rapport.

L’Europe particulièrement menacée

Ces petites bêtes vont aussi devenir de plus en plus envahissantes et nocives pour l’économie au fur et à mesure du réchauffement climatique. “Ce sont des insectes à sang froid et leur propagation est limitée par les températures, mais avec le réchauffement climatique, la superficie de territoire propice à leur propagation augmente”, constate Franck Courchamps. D’ici 2050, la surface du globe sur laquelle les insectes envahissants se sentiront à l’aise aura augmenté de 18 %, estiment les auteurs du rapport.

L’Europe est particulièrement exposée à ces bouleversements induits par la hausse des températures. Le Vieux Continent était jusqu’à présent protégé des insectes envahissants par une “barrière thermique”. Mais elle est de moins en moins efficace et l’arrivée du moustique tigre – vecteur de maladies comme la dengue, ou Zika – en France métropolitaine illustre cette évolution.

Face à cette menace l’Europe est, en outre, moins bien préparée que des régions qui doivent lutter depuis des décennies contre les insectes envahissants. La prévention et la mise en place de mesures de biosécurité (formation des douaniers, listes de produits à risque) “est bien plus développée dans des pays comme l’Australie ou les États-Unis qu’en Europe”, note Franck Courchamps. Il rappelle que dans certains cas, comme les maladies transmises par les moustiques, cette prévention peut diviser par dix la facture à payer pour lutter contre les insectes envahissants.

Pour voir les images et vidéos sur vos tablettes et mobiles, cliquez ici.


© CNRS

Première publication : 04/10/2016

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L’annonce par la Première ministre britannique de l’ouverture des discussions sur le Brexit d’ici fin mars a fait plonger la monnaie britannique qui est tombée, mardi, à son niveau le plus faible face au dollar depuis 1985.

La livre sterling poursuit sa chute mardi. Deux jours après l’annonce de la Première ministre britannique Theresa May, qui a déclaré dimanche vouloir enclencher la procédure de sortie de l’Union européenne d’ici fin mars, la livre est tombée à un nouveau plus bas en 31 ans face au dollar.

Vers 7 h 25 GMT, la livre valait 1,2757 dollar, soit son plus faible niveau depuis 1985. La devise britannique a également atteint un nouveau plus bas en plus de trois ans face à la monnaie européenne à 87,56 pence pour un euro vers 7 h GMT.

Inquiétude des investisseurs

Ce plongeon, en cours depuis lundi, illustre un regain d’incertitudes des investisseurs qui craignent que le Royaume-Uni opte pour un “Brexit dur”, c’est-à-dire un Brexit qui serait sans compromis avec Bruxelles. Les milieux d’affaire redoutent ce scénario, qui pourrait être synonyme de perte de l’accès au marché unique.

Il semble illusoire pour l’heure d’envisager un rebond de la livre “compte tenu de la solidité du calendrier du Brexit qui vient d’être annoncé […] et la fermeté avec laquelle May a indiqué vouloir contrôler les frontières même si cela signifie perdre une place dans le marché unique”, expliquait Connor Campbell, analyste chez Spreadex.

La baisse de la livre profitait par ailleurs à l’indice vedette de la Bourse de Londres qui évoluait au-dessus des 7 000 points dans les premiers échanges pour la première fois depuis juin 2015. Une dépréciation de la devise constitue en effet un coup de pouce pour les grandes entreprises du FTSE-100 tournées vers l’international et réalisant une bonne part de leurs profits à l’étranger.

Avec AFP

Première publication : 04/10/2016

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Paris a annoncé la commande de 15 TGV à Alstom. Ils seront assemblés à Belfort afin d’assurer la survie de ce site, dont la fermeture aurait été un coup dur pour le gouvernement à moins d’un an de la présidentielle.


© Studio France 24

Alstom à Belfort vaut bien 15 TGV à l’utilité discutable. L’État va commander l’assemblage de 15 trains à grande vitesse à Alstom tandis que la SNCF a demandé la livraison de six trains à grande vitesse supplémentaire pour la ligne Paris-Turin-Milan. Ces commandes doivent assurer la pérennité de l’activité du site de Belfort, qui est devenu un enjeu politique et social pour le gouvernement de François Hollande.

L’État va dépenser 450 millions d’euros – le prix catalogue d’un TGV est de 30 millions d’euros – pour éviter la fermeture du site. Les 480 salariés qui travaillent à Belfort ont ainsi du pain sur les rails jusqu’à 2021, date à laquelle Alstom et la SNCF vont mettre le TGV de nouvelle génération en chantier.

Vivement que DCNS soit en difficulté pour qu’on commande 16 sous-marins nucléaires qui feront péniche sur la Seine et le Rhône. #Alstom

— Marko A. Ramius ⚓ (@MarkoA_Ramius) 4 octobre 2016

Si ces trains ont un rôle social et politique évident – sauver des emplois à moins d’un an de la prochaine présidentielle – leur utilité sur le réseau ferroviaire demeure controversée. La SNCF avait affirmé en 2013 qu’elle n’avait plus besoin de nouveaux TGV jusqu’à la livraison de la prochaine génération de locomotives.

Le secrétaire d’État à l’Industrie, Christophe Sirugue a affiché son désaccord. Il a expliqué que ces rames étaient destinées aux lignes Intercités Bordeaux-Marseille, Bordeaux-Toulouse et Montpellier-Perpignan. Problème : ces lignes sont à moyenne vitesse, c’est-à-dire que ces nouveaux TGV ne vont rouler qu’à deux tiers de leur vitesse de croisière. Christophe Sirugue a justifié cette commande en arguant qu’elle permettait de préparer le terrain, car les liaisons Bordeaux-Toulouse et Montpellier-Perpignan sont vouées à devenir un jour des lignes à grande vitesse.

Première publication : 04/10/2016

La Franco-Tunisienne Nourane Houas libérée lundi après avoir été retenue en otage au Yémen pendant 10 mois se repose en Oman, qui a joué un rôle important dans sa libération. Les conditions de sa remise en liberté n’ont pas été divulguées.

L’employée franco-tunisienne de la Croix-Rouge libérée lundi 3 octobre après avoir été retenue en otage durant 10 mois au Yémen se repose actuellement au sultanat d’Oman, ont indiqué à l’AFP des sources diplomatique et humanitaire.

Nourane Houas, 38 ans, a été transférée dans la soirée de lundi à Mascate, capitale du sultanat, qui a joué un grand rôle dans sa libération. Les conditions de sa remise en liberté n’ont toutefois pas été précisées. Des sources diplomatiques à Mascate ont cependant indiqué que l’employée du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) avait été victime d’une “entreprise criminelle à but lucratif, et non politique”. Mais il y avait “peut-être des accointances” entre les ravisseurs qui exigeaient une rançon et certains militants politiques, a dit à l’AFP une de ces sources.

Motifs “crapuleux”

Nourane Houas, responsable d’un programme de protection humanitaire au sein de la mission de l’ONG au Yémen, avait été enlevée le 1er décembre 2015 dans la capitale Sanaa, sous contrôle des rebelles chiites Houthis. Un employé yéménite du CICR avait été également capturé avant d’être relâché quelques heures plus tard.

Ce n’est que six mois plus tard, au début de mai, qu’une vidéo la montrant en vie, dont France 24 eut connaissance, fut diffusée. Visiblement fatiguée, la jeune femme s’adressait au président français François Hollande, au président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi et aux responsables du CICR. Wassim Nasr, journaliste spécialiste de la région à France 24, indiquait alors que les motifs des ravisseurs étaient “crapuleux”. “Les ravisseurs sont des gens de la région. Nourane Houas s’est retrouvée au milieu d’un conflit local, dont ses ravisseurs entendent tirer profit”, commentait-il alors.

Mon intervention concernant la première preuve de vie de la franco-tunisienne Nourane Houas @france24https://t.co/hXMPQkRId3

— Wassim Nasr (@SimNasr) 6 mai 2016

Le Yémen a connu de nombreux enlèvements d’étrangers ces dernières décennies. Véritable industrie dans ce pays à forte tradition tribale, l’enlèvement d’étrangers a longtemps permis aux tribus de demander des avantages au gouvernement.

“Soulagement”

La jeune femme “se repose et restera à Mascate deux ou trois jours”, a indiqué une source diplomatique, ajoutant qu’elle avait appelé ses parents en Tunisie et qu’après Oman, elle se rendrait “peut-être à Genève”, où se trouve le siège du CICR.

L’ex-otage, citée par l’agence omanaise de presse ONA, a tenu à remercier, à son arrivée à Mascate, “le sultanat, sans lequel [sa] libération n’aurait pas eu lieu”. Elle a également salué les efforts des gouvernements français et tunisien ainsi que du CICR.

>> À lire sur France 24 : “Le sultanat d’Oman confirme son rôle de médiateur au Moyen-Orient”

Le président français François Hollande a “exprimé sa gratitude à tous ceux qui ont permis l’issue heureuse de cette épreuve, et notamment au sultan Qabous Ibn Saïd”, tout en saluant “le courage de Nourane Houas pendant sa longue détention”.

Tunis a également exprimé “son profond soulagement après cette bonne nouvelle”, tandis que le CICR remerciait “tous ceux qui ont contribué à faciliter la libération de Mme Houas, en particulier sa Majesté le sultan Qabous d’Oman”.

Sur les réseaux sociaux

Au Yémen, une porte-parole du CICR, Rima Kamal, a déclaré que l’organisation humanitaire préférait “ne pas spéculer” sur les raisons de l’enlèvement et “ne pas partager d’informations liées aux ravisseurs ou leur identité” afin de ne pas mettre en péril “la sécurité de [ses] équipes au Yémen”.

En août, de nombreux Tunisiens avaient appelé sur les réseaux sociaux à ne pas oublier Nourane Houas, après la diffusion d’une vidéo de l’otage. Début septembre, le gouvernement tunisien avait affirmé qu’elle “allait bien”, sans plus de précisions.

Première publication : 04/10/2016

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Le think thank Terra Nova préconise, dans un rapport, de s’appuyer sur le modèle de régulation des jeux en ligne pour légaliser la vente de cannabis en France, pays en tête des classements européens en matière d’usage de la substance.

La création d’une Autorité de régulation du cannabis (Arca), calquée sur l’Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel), permettrait la légalisation du cannabis en France sur un marché contrôlé, estime Terra Nova dans un rapport publié mardi 4 octobre.

Selon le think tank (cercle de réflexion), la problématique du cannabis se rapproche de celle des jeux en ligne, car les comportements des consommateurs sont similaires, tout comme l’offre, “où se côtoient désormais offre physique et offre en ligne”.

Comme la loi du 12 mai 2010 légalisant le marché des jeux d’argent et de hasard, le pari de la légalisation du cannabis est “l’assèchement du marché criminel d’un côté, la prise en compte d’un problème de santé publique de l’autre”, explique le rapport.

La France en tête des pays consommateurs

Car avec 4,6 millions de Français ayant connu au moins un épisode de consommation de cannabis en 2014, selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (ODT), la France est toujours en tête des classements européens en matière d’usage de cannabis. Et “les campagnes de prévention menées en population générale n’ont été que d’une faible efficacité”, rappelle Terra Nova, qui souligne aussi l’inefficacité de la politique pénale.

“Les interpellations pour possession ou usage de cannabis ont plus que doublé sur la décennie 2000”, souligne le rapport, alors que “le nombre de consommateurs a continué de croître”.

>> A lire sur France 24 : “Le cannabis en passe d’être légalisé au Canada”

Une fois légale, la vente de cannabis pourrait être confiée, selon Terra Nova, à des détaillants agréés par l’autorité de régulation spécialement dédiée l’Arca, dans “le réseau des débitants de tabac, celui des officines pharmaceutiques ou un nouveau réseau de magasins”.

“Interdiction aux mineurs”

Comme pour le tabac, la commercialisation devrait alors être soumise à une “interdiction aux mineurs”, des “avertissements sanitaires et un packaging neutre”, ainsi qu’à “une interdiction de la consommation dans les lieux à usage collectif et de travail clos et couverts”.

Quant à la production, elle “pourrait soit se faire par des agriculteurs français autorisés par des licences du ministère de l’Agriculture, soit par des entreprises étrangères”, avec un dosage en THC (Delta-9-tétrahydrocannabinol) limité, précise Terra Nova.

La création d’une autorité administrative indépendante aurait enfin “l’avantage de déconnecter un marché du cannabis générateur de recettes fiscales et les ministères du Budget ou des Finances”, estime le think tank, les pouvoirs publics ayant “la fâcheuse habitude de devenir dépendants aux recettes fiscales faciles”.

Avec AFP

Première publication : 04/10/2016

La maire de Calais a pris un arrêté visant à interrompre la construction du mur “anti-intrusions” de migrants sur la rocade portuaire de sa ville. L’État entend toutefois poursuivre les travaux afin de “sécuriser” la zone.

La maire de Calais, Natacha Bouchart (LR), a annoncé lundi 3 octobre avoir pris un “arrêté interruptif” des travaux du mur “anti-intrusions” de migrants sur la rocade portuaire de sa ville, dont la construction a démarré le 20 septembre. Mais l’État a aussitôt réaffirmé qu’il passerait outre.

“Dès [lundi] soir, la préfecture du Pas-de-Calais prendra un arrêté suspendant l’arrêté municipal interruptif de travaux, afin de permettre la poursuite des travaux du mur végétalisé”, a immédiatement répliqué la préfecture, qui défend la pertinence de ce dispositif.

La préfecture argue que “dans un contexte international de crise migratoire durable”, la sécurisation de la zone doit être “pérennisée pour les prochaines années”, au-delà du démantèlement, “afin de diminuer l’attractivité du Calaisis pour les passeurs”. Sur le terrain, les travaux en sont encore aux fondations, a constaté, lundi, un correspondant de l’AFP.

Le mur “n’a plus lieu d’être”

Natacha Bouchart estime que l’édification de ce mur végétalisé de 4 m de hauteur et 1 km de long, prolongeant les grillages déjà installés sur la rocade près du port, n’a “plus lieu d’être” depuis l’annonce le 2 septembre par le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, du prochain démantèlement de la “Jungle”.

>> À voir sur France 24 : “Hollande à Calais : ‘Nous devons démanteler définitivement la jungle'”

Cette opération d’envergure – entre 7 000 et 10 000 migrants y vivent selon les comptages – doit intervenir avant le début de l’hiver. Financé par le Royaume-Uni (2,7 millions d’euros), ce mur vise à protéger la rocade des assauts répétés de migrants, qui tentent de monter à bord des camions en partance pour l’Angleterre.

Dans son communiqué, la maire de Calais, qui était à l’origine favorable à la construction de ce mur, explique avoir pris cet arrêté “en l’absence de réponse satisfaisante de la part de l’État” et de la société chargée de la construction. L’arrêté “est en cours d’affichage sur le site concerné”, précise-t-elle.

Natacha Bouchart, soutien de Nicolas Sarkozy dans la primaire de la droite, avait écrit à François Hollande, à la suite de sa visite à Calais le 26 septembre, pour lui réclamer de nouveau l’interruption des travaux, trois jours après avoir menacé de prendre un tel arrêté.

>> À lire sur France 24 : “Nicolas Sarkozy à Calais : mauvaise foi et approximations”

Elle fonde sa demande sur des “entraves au code d’urbanisme et de l’environnement”, évoquant notamment le fait que le secteur concerné est “classé en zone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager, devenu site classé remarquable”. La préfecture a réfuté ces arguments.

L’annonce de la maire de Calais a en revanche fait bondir Jean-Marc Puissesseau, le patron du port de Calais, organisme qui a en charge la responsabilité du projet. “Je ferai tout pour que nous arrêtions d’avoir un port qui n’est pas sécurisé et qui va perdre cette année 9 millions d’euros de chiffre d’affaires à cause de l’effet migratoire”, a-t-il soutenu à l’AFP.

Avec AFP

Première publication : 04/10/2016

Le 4 octobre 1916, le Gallia, un croiseur auxiliaire de l’armée française, était torpillé par un sous-marin allemand. En 15 minutes, plus de 1 300 soldats ont disparu dans la plus grande catastrophe maritime de la Grande Guerre.

“L’arrière du Gallia s’enfonce, les mâts tombent, des craquements sinistres se font entendre. Un immense tourbillon, une vague énorme qui nous recouvre et puis plus rien. Que de l’écume blanche, des épaves, des noyés, le grand silence.” Nous sommes le 4 octobre 1916. Le Gallia, un croiseur auxiliaire de l’armée française, est en train de couler au sud de la Sardaigne. Quelques années plus tard, dans les pages de “La Route de la Victoire”, un livre sur l’histoire de la Grande Guerre, un rescapé de ce naufrage raconte toute l’horreur de ce qu’il a vécu : “Quelques mulets sont remontés à la surface de l’eau. Ils nagent à côté de notre barque. Ils tentent de grimper et risquent de nous faire chavirer. Avec les débris que nous ramassons dans la mer, nous les assommons”.

Le Gallia était un paquebot transatlantique français de la Compagnie de navigation Sud-Atlantique lancé en 1913

© Archives départementales du Cher

La veille, le Gallia avait quitté Toulon en direction de Salonique après avoir embarqué 1 650 soldats français, 350 serbes et 350 marins pour rejoindre le front d’Orient. Inauguré en 1913, ce bateau était à l’origine un paquebot transatlantique, réquisitionné deux ans plus tard pour assurer le transport de troupes en mer Méditerranée en pleine Première Guerre mondiale. “Il y avait à bord un régiment d’infanterie et quatre régiments d’infanterie territoriales. C’étaient des soldats qui avaient en moyenne 30/35 ans, et que l’on considérait comme trop âgés pour servir sur le front de l’Ouest. Ils étaient pour la plupart mariés et pères de famille”, détaille Tristan Lecoq, professeur des universités, associé à la Sorbonne et spécialiste d’histoire maritime.

Face au plus grand sous-marin allemand

En ce début du mois d’octobre, le Gallia navigue seul jusqu’en Grèce. Le croiseur qui doit l’escorter, le Guichen, a eu une avarie et n’est pas au rendez-vous. “À l’époque, on n’avait pas encore imaginé les systèmes de convoi. On avait simplement mis en place des routes patrouillées, c’est-à-dire qu’on donnait au commandant des indications nautiques en lui disant où passer et les endroits dangereux à éviter. On savait que cela était relativement inefficace, mais les alliés n’arrivaient pas à s’entendre pour améliorer cette situation”, explique Tristan Lecoq.

Vers 14 h, le Gallia reçoit ainsi un message qui lui indique la présence d’un sous-marin allemand dans les environs. “Il s’agit de l’U-35, qui est commandé par le plus grand as allemand de tous les temps, le lieutenant de vaisseau Lothar von Arnauld de La Perière. Il a coulé au total 194 navires, soit 450 000 tonnes. Vous pouvez toujours regarder pendant la Seconde Guerre mondiale, personne n’a jamais égalé ce chiffre.”

Quelques mois plus tôt, le 26 février 1916, Lothar von Arnauld de La Perière avait déjà inscrit à son tableau de chasse, le torpillage du croiseur auxiliaire La Provence II, faisant plus de 900 victimes. Face au Gallia, l’officier allemand se montre tout aussi efficace. Même si le croiseur français a modifié sa route, le sous-marin le repère avec ses grandes cheminées et la vapeur qu’il dégage. Vers 17 h 30, il lance sa torpille. Des vigies l’aperçoivent, mais il est déjà trop tard, comme le décrit Tristan Lecoq : “Ce qui est terrible, c’est qu’elle explose au niveau de la soute arrière tribord, contre la paroi de la soute à munitions. Cela crée des réactions en chaîne. Les cloisons cèdent les unes après les autres”.

Le sous-marin U-35 patrouillant en mer Méditerranée en 1915

© Wikimedia

Coulé en 15 minutes

Sur le bateau, les officiers et l’équipage essayent tant bien que mal de garder leur calme, mais les hommes de troupe, dont la plupart ne savent pas nager, se précipitent vers les chaloupes. “Tout le monde se sauvait sur l’avant en courant, c’était noir de monde et c’était un affolement général, les barques étaient surchargées et il en montait encore, ça s’écrasait l’un sur l’autre. […] J’assistais alors à un spectacle horrible à voir, à la place du navire, des épaves de toutes sortes, des planches, des voitures, des bottes de paille et de tout et accrochés à tout cela, des malheureux sans qu’on pût leur porter secours”, a raconté un autre rescapé, le soldat Constant Paquet du 59e régiment d’infanterie territorial, dans une lettre à sa femme.

En seulement 15 minutes, le Gallia coule corps et biens. Selon le bilan officiel, 1 338 personnes disparaissent dans les flots. Une soixantaine de survivants réussissent à gagner les côtes italiennes et à donner l’alerte. Mais la plupart des rescapés, environ 600 hommes, sont recueillis le lendemain par le croiseur Châteaurenault, qui fait route dans le même secteur.

“Des choses difficilement racontables”

C’est le cas des deux frères Paillard, Marcel et Fernand, soldats du 35e régiment d’infanterie. Cent ans après leur sauvetage, les archives départementales du Cher ont reconstitué leur parcours grâce à un don effectué par Alexandre Paillard, le fils de Marcel. “Je voulais faire partager cette histoire et aider d’autres familles qui font des recherches à ce sujet”, explique ce dernier, âgé de 91 ans.

Des rescapés du torpillage du Gallia dont les frères Paillard

© Archives départementales du Cher

À la mort de son père, Alexandre Paillard a récupéré des lettres, des photos, des cartes postales et des attestations de sa présence sur le Gallia. De son vivant, l’ancien poilu, originaire de Bourges, n’aimait pas spécialement parler de cet épisode. “La guerre 14-18 l’avait tellement marqué qu’il n’était pas très bavard. Il nous a seulement raconté des petites anecdotes. Il se souvenait des soldats qui s’étaient mis à crier en voyant la torpille”, se souvient-il. “Il nous avait aussi dit que c’était le sauve-qui-peut et que dans certains endroits dans les coursives, les hommes se battaient à coups de couteau pour pouvoir se sauver les premiers. Il y avait aussi des malheureux qui s’accrochaient à des bouts de bois et qui finissaient par couler. Ce sont des choses difficilement racontables.”

Âgé de 26 ans à l’époque, Marcel Paillard a été marqué par cette tragédie, mais c’est surtout la mort de son frère quelques mois plus tard qui l’a profondément meurtri. Après avoir réchappé au torpillage, les deux soldats du Cher ont quand même été envoyés sur le front d’Orient. C’est en Macédoine que Fernand est décédé le 3 avril 1917, à la suite de blessures de guerre. “Si tu savais ma chère maman comme je suis seul maintenant. On a beau être fort, la force d’un homme a des limites. Ce coup m’a complètement démoralisé et je n’ai plus de goût a rien”, avait écrit Marcel, quelques jours après pour annoncer la triste nouvelle à sa famille.

Un siècle plus tard, son fils essaie d’entretenir, à son échelle, cette mémoire. Il regrette surtout l’oubli qui entoure la tragédie du Gallia, qui est pourtant la plus grande catastrophe maritime de la Grande Guerre, et le destin de tous les soldats qui ont combattu dans les Balkans : “Quand on parle du centenaire, on ne mentionne jamais l’armée d’Orient, alors qu’il y a eu des tués de toutes sortes. Ils ne sont pas morts pour rien. Il n’y qu’à penser au Gallia. Il y en a eu des milliers d’un seul coup”.

Pour Tristan Lecoq, ce silence s’explique par plusieurs raisons. “Il faut souligner que les pertes de la marine durant la Première Guerre mondiale sont quand même plus faibles. Cela représente 1 % des marins contre 20 % des fantassins. Il était plus dangereux d’être dans les tranchées que sur un bateau. Et puis, pour la France, l’essentiel du conflit se jouait sur le front de l’Ouest. Peu de monde parlait du Front d’Orient. Pour la population, la Première Guerre mondiale, c’était Verdun“, souligne ce passionné d’histoire maritime. “Mais il ne faut pas oublier que la Grande Guerre a en partie été gagnée sur mer, notamment grâce au blocus maritime, qui a permis d’asphyxier en partie l’Allemagne et l’Autriche. Les navires comme le Gallia ont aussi joué un rôle majeur, absolument essentiel, en ravitaillant et transportant les troupes”.


Première publication : 04/10/2016