Archive for October 20th, 2016

Le Conseil d’État a estimé vendredi que des crèches de Noël pouvaient être installées, sous certaines conditions, dans des bâtiments publics. Le débat faisait rage depuis plusieurs mois : la Nativité est-elle compatible avec la laïcité ?

L’âne, le bœuf et le petit Jésus ont-il leur place dans une mairie de la République au moment des festivités de Noël ? À l’approche des fêtes de fin d’année, la question revient dans l’espace public. Mais elle agitait depuis plusieurs mois la sphère politique. Revenons en 2015, il y a tout juste un an. François Baroin (LR), président de l’Association des maires de France (AMF), délivrait alors, à l’intention de toutes les municipalités de l’Hexagone, une série de recommandations sur le comment-vivre-ensemble-en-respect-avec-la-laïcité.

L’AMF appelait, entre autres choses, les maires à ne pas installer de crèche dans les bâtiments administratifs au nom de la “neutralité religieuse” de l’État. Levée de boucliers : des dizaines d’élus ont dénoncé une “laïcité intégriste”. De nombreux édiles frontistes se sont alarmés de “l’abandon des racines chrétiennes”. D’autres au contraire ont applaudi la recommandation. “Il n’y aura pas de #CrechesDeNoel à la mairie de #Conches. Un sapin oui. Des boules oui. Mais aucun signe religieux ou apparenté!”, a tweeté un adjoint d’une mairie de Normandie.

La crèche est-elle vraiment incompatible avec la laïcité ? Le rapporteur public du Conseil d’État a tranché, vendredi 21 octobre. Non, la crèche n’est pas une atteinte aux valeurs de la République. La représentation de la Nativité dans les bâtiments administratifs sera désormais autorisée sous plusieurs conditions : être “temporaire”, sans “aucun signe de prosélytisme religieux” et de caractère “festif”.

#Crèches La “dimension pacificatrice de la laïcité” est mise en avant dans cet avis du Conseil d’État pic.twitter.com/M9roRaW13t

— franceinfo (@franceinfo) 21 octobre 2016

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Folklore catholique et foi

À deux mois de Noël, il y avait urgence à statuer. Ces derniers mois, deux cours administratives d’appel avaient rendu des arrêts diamétralement opposés. En octobre 2015, la cour d’appel de Nantes avait validé l’installation d’une crèche au conseil général de Vendée. Une semaine plus tard, la justice de Paris avait au contraire refusé son aménagement à la mairie de Melun, pour non-respect de la loi de 1905 : “Il est interdit […] d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions.”

Cette contradiction judiciaire n’a rien d’étonnant pour François Mabille, chercheur au Groupe religion, société et laïcité (GRSL) au CNRS. La crèche, explique-t-il à France 24, se situe à mi-chemin entre un emblème religieux et un objet du patrimoine. “Dire qu’une crèche est un objet religieux n’est pas tout à fait exact. Il relève du domaine du folklore catholique et non pas de la foi. Beaucoup de croyants savent que la crèche, l’âne et le bœuf sont une légende. Une crèche est plutôt un support folklorique de la religion”, développe-t-il.

Le Conseil d’Etat a recommandé d’autoriser les #crèches dans les Mairies ! Une bonne nouvelle pour notre culture et nos traditions ! pic.twitter.com/7kilNWwsmp

— Jean-François Copé (@jf_cope) 21 octobre 2016

Sa représentation n’appartient pas pour autant au domaine patrimonial. “La crèche dépend plutôt de la culture européenne occidentale, relève-t-il. Dans le conscient collectif de la plupart des Français, la crèche est l’équivalent du père Noël. Elle revêt un caractère populaire, dénué de toute signification religieuse. Elle s’associe à l’idée d’une fête de fin d’année.” Et l’expert de citer des exemples : “Prenez les grands magasins [à Paris]. À Noël, ils proposent des animations avec des symboles [comme des chandelles, des anges, NDLR] qui ont pu être religieux mais qui ne le sont plus.”

Laïcité ou la gestion du pluralisme religieux

Pour François Mabille, le débat reste surtout éminemment politique. “Ce qui a fait peur à l’AMF, ce sont les possibles revendications des autres groupes religieux, juifs, musulmans, protestants [dans l’espace public]… “, précise-t-il. Le problème de fond, ce n’est pas tant la laïcité que la “gestion du pluralisme religieux en France”.

Un argument qui se tient quand on se souvient de la sortie de Robert Ménard, le maire FN de Béziers, qui n’avait pas hésité à se servir allègrement de la polémique sur la crèche pour la transformer en un débat sur l’islam et non plus sur la laïcité. “Quand la Mairie de Paris organise une soirée festive pour le début du ramadan, c’est considéré comme un événement culturel par Manuel Valls lui même, et quand il s’agit d’une crèche on dit ‘c’est religieux'”, avait-il déclaré en décembre 2014.

La décision du Conseil d’état est contraire au principe laïc de séparation de l’église et de l’Etat ! #CrechesDeNoel

— Nathalie Delattre (@n_delattre) 21 octobre 2016

Le seins nus de Marianne

Confondre religion et politique de la religion est un écueil dangereux, argue enfin François Mabille. Doit-on, au nom de la laïcité, également revendiquer un athéisme de l’État ? “Faudrait-il interdire la présence de représentants du gouvernement au dîner du Crif [dîner annuel organisé par le Conseil représentatif des institutions juives de France auquel sont invités de nombreuses personnalités politiques], faudrait-il dénoncer la présence des représentants de l’État à la rupture du jeûne du ramadan ? Faudrait-il interdire l’épiphanie et la tradition de la galette des rois à l’Élysée ?” Tout cela pourrait “marginaliser” la France en matière de laïcité.

Pour décrisper la situation, il reste l’humour. Sur les réseaux sociaux, les internautes ont rivalisé de dérision pour évoquer la laïcité et la place du petit Jésus dans l’espace public. L’un d’eux a proposé un accord républicain que d’aucuns pourraient trouver raisonnable et adéquat. “OK pour les #crèches dans les mairies, si on met un buste de Marianne les seins à l’air dans les églises.”

OK pour les #crèches dans les mairies, si on met un buste de Marianne les seins à l’air dans les églises…

— NicoKilen (@KilenNico) 21 octobre 2016

Avec AFP

Première publication : 21/10/2016

Le conseil d’État a autorisé vendredi l’installation des crèches de Noël dans les bâtiments publics, sous conditions : qu’elles soient temporaires, qu’elles ne fassent pas de prosélytisme religieux et qu’elles revêtent un caractère festif.

Le rapporteur public du Conseil d’État a recommandé vendredi 21 octobre d’autoriser, sous conditions, l’installation de crèches de Noël dans les bâtiments administratifs, au nom du principe de laïcité.

Selon le rapporteur public Aurélie Bretonneau, l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905 et plus généralement le principe de neutralité “n’interdit pas d’installer des crèches sur le domaine public”, sauf quand une “intention religieuse” préside à une telle manifestation.

Pour résumer, installer une crèche dans une mairie – ou dans un lieu public – ne peut être autorisé qu’à trois conditions, que cette exposition soit “temporaire”, qu’elle ne s’accompagne d’aucune manifestation de “prosélytisme religieux” et enfin qu’elle revête le “caractère d’une manifestation culturelle ou au moins festive”, a nuancé le rapporteur.

En octobre 2015, la cour d’appel de Nantes avait validé l’installation d’une crèche au conseil général de Vendée, alors que celle de Paris avait au contraire donné raison à l’association qui refusait l’installation d’une crèche à la mairie de Melun.

La fronde était partie de François Baroin, le maire de Troyes, et de l’association des maires de France (AMF), qui avaient jugé que les crèches de Noël n’étaient “pas compatibles” avec la laïcité.

Avec AFP

Première publication : 21/10/2016

Les policiers ont continué d’exprimer leur ras-le-bol jeudi soir : des centaines d’entre eux ont manifesté à Paris et en région. François Hollande a annoncé qu’il allait recevoir les syndicats en début de semaine prochaine.

François Hollande a annoncé jeudi soir qu’il recevrait en début de semaine prochaine des organisations de policiers, qui manifestent depuis plusieurs jours leur “ras-le-bol” devant la montée des violences.

Depuis Bruxelles où il assistait à un sommet européen, le chef de l’État a assuré que le gouvernement et lui étaient “dans une démarche de dialogue”.”Je recevrai les organisations représentatives de policiers dans le début de semaine”, a ajouté le président, jugeant “important (de) donner une perspective et une réponse immédiate” au mouvement des policiers.

La réaction de François Hollande

De nouvelles manifestations

L’exécutif a multiplié les gestes d’apaisement pour tenter d’enrayer la fronde de forces de l’ordre qui ont organisé des manifestations spontanées depuis quatre nuits. Les policiers étaient encore près de 500 à Paris jeudi soir sur l’esplanade du Trocadéro à entonner la Marseillaise avant de prendre la direction des Champs-Élysées. Ils ont ensuite tenté de rejoindre le ministère de l’Intérieur avant d’être bloqués par les gendarmes. Après avoir annoncé qu’une délégation serait reçue place Beauvau vendredi, les manifestants se sont dispersés dans le calme peu avant 1h du matin.

Env 800 policiers maintenant. Le cortège vise Beauveau par la place de l’étoile et les Champs Elysées @franceinfopic.twitter.com/3lzQQJYHZ8

— Jules de Kiss (@JulesDeKiss) 20 octobre 2016

Ce mouvement de protestation inédit a débuté après une attaque au cocktail Molotov contre deux patrouilles de police à Viry-Châtillon, dans l’Essonne, qui a grièvement blessé deux policiers, dont l’un est toujours hospitalisé, plongé dans un coma artificiel.

“Continuer le dialogue”

Face à la mobilisation qui s’étend, le Premier ministre Manuel Valls a exhorté jeudi les policiers à “continuer le dialogue”, le gouvernement condamnant par ailleurs l'”utilisation politique” du mouvement par l’opposition.

Le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas qui a promis “la plus grande fermeté” envers ceux qui s’en prennent aux fonctionnaires de police, a dit dans un entretien à La Croix vouloir remédier au “manque d’informations” sur les suites judiciaires données aux interpellations afin de démontrer qu’il n’y pas de laxisme de la justice.

La veille, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve avait promis aux syndicats policiers qu’une concertation serait lancée dès lundi dans les départements.

À #Toulon, manif de policiers improvisée au pied de la préfecture #ManifPolicepic.twitter.com/f7ijaupEPV

— Eric Marmottans (@emarms) 20 octobre 2016

Avec AFP et Reuters

Première publication : 21/10/2016