Archive for November 10th, 2016

À quelques jours du premier tour de la primaire à droite en France, l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche a relancé la bataille entre les candidats, provoquant un regain de tensions entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé.

L’ouragan Trump a été ressenti jusque sur les rives françaises. La victoire du milliardaire américain à la Maison Blanche s’est immiscée dès mercredi 9 novembre dans le débat de la primaire de la droite française. Comparaison, distanciation, mise en garde… chacun des sept candidats a pu tirer les conclusions qui s’imposaient – ou qui l’arrangeaient. Et conséquence plus inattendue : la victoire de Donald Trump a plus que jamais relancé la bataille entre les candidats.

“Raciste”, “dangereux”, “effrayant”

Officiellement, aucun des candidats de la primaire ne s’est réjoui de la victoire du candidat républicain. Exception faite de Jean-Frédéric Poisson, trumpiste assumé, qui a félicité le nouveau président des États-Unis, saluant, après le Brexit, une “nouvelle victoire des électeurs contre le système”. Il faut dire qu’avant son triomphe à la tête des États-Unis, les candidats français ne cachaient pas quelques réserves à l’endroit du milliardaire américain. Ni même leur “terreur”. “Ce monsieur ne mérite pas tant d’intérêt que cela, déclarait Nicolas Sarkozy lors d’un meeting à Londres le 24 mars. Ce qui est assez effrayant c’est l’impact qu’il a. Je trouve terrifiant qu’il y ait 30 % d’Américains qui peuvent se reconnaître là-dedans”.

François Fillon ne montrait pas davantage d’enthousiasme. “Voir ce Monsieur Trump, dont les valeurs sont aux antipodes des miennes, accéder à la présidence des États-Unis, n’est absolument pas un motif de fascination”, révélait l’élu sarthois dans Paris Match le 9 mars dernier. Alain Juppé, de son côté, espérait tout simplement qu’il “n’aille pas jusqu’au bout”. Un homme “raciste” pour Jean-François Copé, “dangereux” selon Bruno Le Maire… bref, le magnat de l’immobilier peinait à recueillir les louanges, même les plus modestes, de nos républicains français.


L’effet Trump

Depuis mercredi, la victoire aidant, les discours se sont policés. Et chaque candidat a même pu tirer de ce succès inattendu une justification à sa propre candidature. De cette élection, les sept candidats ont tout d’abord voulu retenir les erreurs des instituts de sondage qui redonnent aux principaux concurrents d’Alain Juppé l’espoir de voir leur candidature sous-estimée par les enquêtes d’intentions de vote.

À commencer par Nicolas Sarkozy, inexorable numéro deux de la primaire, qui ne cesse de répéter en petit comité qu’il est, à l’instar de Trump, le “vote caché” de la majorité silencieuse. Celui dont on n’ose assumer les idées en public mais dont on dont glisse bien volontiers le bulletin à son nom dans l’enveloppe, caché dans l’isoloir, à l’abri des regards.

Si François Fillon a rappelé lors de son déplacement à Lille que “la comparaison entre la vie politique française et la vie politique américaine n'[était] absolument pas raisonnable”, il a bien vite succombé lui aussi à l’idée d’avoir été, comme Trump, victime d’une mauvaise appréciation des sondeurs. “Les sondages seront également démentis par les faits, le 20 novembre”, tente de se convaincre le troisième homme de la primaire lors d’un déplacement à Lille. Même Jean-Frédéric Poisson, bon dernier dans les sondages, s’est récemment senti pousser des ailes : “Trump est parti de très loin et cela m’ouvre évidemment des perspectives nouvelles”.

Sarkozy veut faire main basse sur le “choc” Trump

Mais au-delà des débats autour de la fiabilité des sondages, il semble surtout que la victoire de Donald Trump ait donné l’avantage aux candidats les plus à droite de l’échiquier politique. Ce constat n’a pas échappé à Nicolas Sarkozy. Depuis mercredi, le candidat républicain, jusque-là fidèle soutien à Hillary Clinton, n’a pas cessé de mettre en évidence les points communs qu’il partage avec le président fraîchement élu. “Vous avez vu Trump ? Un candidat qui parle directement au peuple, qui refuse la pensée unique, qu’on annonçait battu… et le voilà qui gagne. Ça dit forcément quelque chose, hein ?”, a lancé Nicolas Sarkozy, en arrivant mercredi à son QG de campagne parisien, comme ragaillardi par la nuit d’élection américaine.

Le pourfendeur de la bien-pensance va plus loin dans sa récente identification à Donald Trump. Les deux hommes labourent les mêmes terres identitaires, prônent le retour des frontières, la régulation de l’immigration, la lutte active contre le terrorisme. Ils partagent aussi le goût pour la provocation, les discours clivants. “Un fort rejet va toujours avec une forte adhésion, et c’est l’adhésion qui compte, explique-t-il aux médias. Regardez Simone Veil, pour laquelle j’ai la plus grande admiration : elle a fait 8 % aux européennes, pourquoi ? Parce qu’elle suscitait une immense sympathie, donc pas de rejet, mais pas non plus d’adhésion.” Toute allusion à Alain Juppé, candidat du rassemblement, serait purement fortuite…

Mais la comparaison entre Trump et Sarkozy s’arrête là car ce dernier reste fidèle à une certaine orthodoxie libérale en matière économique, notamment sur le libre-échange, la dérégulation des marchés ou la réduction des services publics.

“Le résultat américain peut bouleverser la donne de cette primaire”

Reste à voir si la victoire de Trump ne va pas libérer un peu plus la parole de l’ancien maire de Neuilly. “Sarkozy va y aller à fond dans la transgression, en prenant pour bêtes noires l’intelligentsia et les sondages qui se trompent, explique Yves Thréard dans son édito paru sur le site d’Europe 1. Il est persuadé que l’élection de Trump va encore un peu plus libérer l’expression du malaise du peuple. Il est sûr de pouvoir gagner et l’avenir pourrait lui donner raison. Le résultat américain peut bouleverser la donne de cette primaire”.

Un bien mauvais scénario pour Alain Juppé qui se pose comme le rempart au populisme. “Je ne veux pas que la France s’engage dans la voie de l’extrémisme et de la démagogie, a déclaré le maire de Bordeaux. Je ne veux pas que l’avenir ce soit le Front national et tous ceux qui sont à la remorque de ses idées.” Suivez son regard.

.@Dbussereau “ce qui m’a choqué depuis ce matin, c’est la récupération politique de certains. Du FN à la droite.” #AJBordeaux

— Aurore Bergé (@auroreberge) 9 novembre 2016

Craignant que les vents populistes qui soufflent actuellement sur l’Amérique ne viennent balayer les côtes françaises, Alain Juppé garde le cap et contre-attaque. “Plus que jamais, j’appelle au rassemblement et à la mobilisation de tous ceux qui se font ‘une certaine idée’ de la République et de la France”, a tonné le candidat soucieux de s’extraire du dangereux rôle de favori. Les prochains échanges entre les candidats pourraient devenir de plus en plus houleux, notamment à l’occasion du débat qui se tiendra jeudi 17 novembre sur France 2. Avis de vents violents à venir dans les jours prochains.

Première publication : 11/11/2016

Devant la polémique suscitée par le mégafichier regroupant les données personnelles des Français, le gouvernement a consenti, jeudi, des “évolutions” sur les empreintes digitales qui pourront ne pas apparaître si les usagers le souhaitent.

Le mégafichier regroupant les données personnelles des Français a subi des ” évolutions”. C’est du moins ce qu’ont annoncé le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, et la secrétaire d’État au Numérique, Axelle Lemaire, jeudi 10 novembre, pour tenter d’éteindre la polémique sur la protection des données personnelles. Les Français pourront donc refuser que la prise de leurs empreintes digitales n’apparaissent dans le fichier de renseignement.

Après s’être publiquement affrontés, les deux membres du gouvernement ont en effet annoncé, côte à côte, devant la presse, depuis la place Beauvau, des modifications. “Il n’y a pas de couac” au gouvernement, a déclaré Axelle Lemaire, reçue dans la matinée par son collègue, alors qu’elle avait dénoncé, quelques jours auparavant, un “dysfonctionnement majeur” avec un décret “pris en douce par le ministère de l’Intérieur”.

“Excès de pouvoir”

Objet d’un décret paru le 30 octobre au Journal officiel, le fichier controversé, baptisé “Titres électroniques sécurisés” (TES), réunit dans une seule base les données (identité, couleur des yeux, domicile, photo, empreintes digitales…) des détenteurs d’un passeport et d’une carte d’identité et concerne potentiellement près de 60 millions de Français.

La Commission nationale informatique et libertés (Cnil) avait rapidement émis des critiques et le débat, à gauche et à droite, n’a cessé de s’amplifier, sur fond de craintes pour les libertés publiques ou face aux risques de piratage informatique.

Un recours au Conseil d’État pour “excès de pouvoir” a en outre été déposé jeudi par un simple citoyen. Tout citoyen a la possibilité de saisir la plus haute juridiction administrative de France s’il peut se prévaloir d’un intérêt à agir et s’il est directement concerné par le décret qu’il conteste. Un autre recours devrait être déposé la semaine prochaine par un think-tank libéral, “GénérationLibre”. Mais ces recours, qui portent sur le fond, ne devraient pas être examinés avant plusieurs mois.

Le gouvernement assure que le fichier a pour seul objectif de sécuriser la délivrance ou le renouvellement des titres et de prévenir et détecter les falsifications et contrefaçons. Et qu’il ne peut servir à l’identification des personnes, par exemple dans une enquête.

Avec AFP

Première publication : 11/11/2016