Archive for November 20th, 2016

François Fillon et Alain Juppé, qualifiés pour le second tour de la primaire de la droite, se sont exprimés à la télévision lundi soir. Le premier s’est montré confiant en ses chances et le second a taclé le programme de son adversaire.

Déterminés et prêts à en découdre, c’est ainsi que sont apparus à la télévision, sur deux chaînes différentes, les deux finalistes de la primaire de la droite et du centre. François Fillon, arrivé en tête au 1er tour avec 44,1 % des voix, a affirmé lundi 21 novembre au soir sur TF1 qu’il “ne [craignait] pas le retournement” de l’électorat au second tour dimanche.

>> À lire sur France 24 : “Primaire de la droite : la surprise Fillon”

“Je crois que les Français qui ont choisi, alors que tout le système politico-médiatique leur indiquait que je n’avais aucune chance avec mon programme (…) pour qu’ils aient choisi à un pourcentage aussi élevé de me soutenir, c’est qu’ils ont adhéré à ce projet”, a-t-il déclaré. “Donc, je ne crains pas le retournement”, a dit l’ex-Premier ministre, qui affrontera dimanche Alain Juppé,

“Ça fait des mois que je vous dis que les électeurs ne se laisseront pas impressionner par un scénario écrit à l’avance”, a-t-il martelé.

Fillon, “d’une très grande brutalité sociale”

Alain Juppé, qui a rassemblé 28,6 % des voix au premier tour, est quant à lui parti à l’assaut des positions défendues par François Fillon, dont le programme économique est selon lui “d’une très grande brutalité sociale” et dont la conception de l’organisation de la société “traditionaliste”.

“Je n’ai jamais hésité une seconde à continuer le combat”, a-t-il déclaré sur France 2, démentant la rumeur selon laquelle il avait envisagé de renoncer dimanche soir. “Je vais mettre toute la gomme”, a-t-il ajouté, disant attendre “beaucoup du prochain débat” télévisé de jeudi.

>> À lire sur France 24 : “Alain Juppé peut-il refaire le coup de Chirac en 1995 ?”

Il a estimé que le ralliement de Nicolas Sarkozy, battu dimanche, à François Fillon ne relevait pas du hasard. “Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est la reconstitution de l’équipe Fillon-Sarkozy qui nous a dirigé de 2007 à 2012”, a-t-il souligné.

“Sur le plan économique, son programme est d’une très grande brutalité sociale. Supprimer 500 000 emplois de fonctionnaires, porter la durée du travail dans la fonction publique dès 2017 à 39 heures, augmenter la TVA de 16 milliards d’euros sont des mesures d’une brutalité telle que certaines sont inapplicables”, a-t-il poursuivi.

L’autre angle d’attaque est sociétal. “François Fillon appartient à une famille traditionaliste, moi je suis plus ouvert au modernisme, je me sens plus proche du pape François que de Sens commun ou de la Manif pour tous (les mouvements contre le mariage homosexuel-NDLR)”, a estimé Alain Juppé en critiquant les “ambiguïtés” de son rival sur le droit à l’avortement.

“On est dans une caricature”

Interrogé au même moment sur TF1, François Fillon a répliqué : “On est manifestement dans une caricature, dans une tentative pour essayer de remonter la pente.”

Alain Juppé se juge aussi mieux placé que François Fillon “pour faire échec à Marine Le Pen”. “La grande question que doivent se poser nos électrices ou nos électeurs, c’est de savoir [qui est] celui qui sera le mieux à même de rassembler pour barrer la route au Front national d’un côté et naturellement faire échec à la gauche qui n’est pas morte, contrairement à ce qu’on dit”, a-t-il conclu.

>> Pour voir l’infographie des programmes des deux candidats, cliquez ici


Avec AFP

Première publication : 21/11/2016

Déjouant tous les pronostics, François Fillon a remporté le 20 novembre le premier tour de la primaire de la droite à laquelle des électeurs de courants différents ont participé. Décryptage de l’électorat qui a porté le Sarthois à la victoire.

Il a tracé son sillon “calmement, sérieusement”, dit-il. Au soir du premier tour de la primaire de la droite et du centre, François Fillon a récolté le fruit d’un long travail de campagne qui a commencé le 8 mai 2013 pour en goûter la saveur dimanche 20 novembre. Trois ans à arpenter la France et répandre son libéralisme économique teinté de conservatisme social sur les terres françaises.

Du grand ouest catholique au sud-est réactionnaire, en passant par les diagonales des contrées ouvrières et rurales, les électeurs français ont vu dans la candidature de ce provincial toujours “droit dans ses bottes” comme il aime le rappeler, l’homme providentiel. Devant ses rivaux dans 87 départements, le besogneux, jugé trop austère et pas assez charismatique, a réussi l’exploit de gagner le cœur de plusieurs droites qui n’ont pas grand chose en commun.

>> À lire sur France 24 : “Primaire de la droite : la surprise Fillon”

François Fillon a d’abord su capter les voix de l’électorat traditionnel de la droite, courant le plus puissant qui réclame des réformes en rupture avec la politique qu’a menée François Hollande. Son positionnement très libéral, avec la double promesse d’une forte réduction du nombre de fonctionnaires et d’une baisse importante de la dépense publique, a incontestablement séduit la base.

François Fillon pour tous

Le Sarthois a également su trouver un soutien de poids auprès de l’électorat catholique. Clairement positionné contre le mariage pour tous, l’ancien Premier ministre a su fédérer les catholiques réfractaires au mariage homosexuel mobilisés autour de la Manif pour tous et de Sens commun, mouvement politique crée au sein du parti Les Républicains qui a rejoint sa campagne dès la fin août 2016.

Sa porte-parole, Madeleine de Jessey, n’a d’ailleurs pas ménagé sa peine lors des derniers meetings. “L’électorat catholique s’est retrouvé dans l’image du père de famille nombreuse qui incarne les valeurs de la famille traditionnelle française”, explique Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof, le Centre de recherches politiques de Sciences Po, à France 24.

Françoise Fressoz, éditorialiste au Monde, va plus loin en considérant que toute “la dynamique Fillon s’inscrit dans le prolongement de La Manif pour tous. Une partie du peuple de droite a envie de s’exprimer fortement, de prendre sa revanche sur la gauche, d’affirmer ses valeurs face à la gauche.”

>> À lire sur France 24 : “Les parlementaires et les patrons qui soutiennent François Fillon”

Pas question que François Fillon ne devienne pour autant l’apôtre de la cause catholique. En habile équilibriste, il a préféré laissé ce rôle à Jean-Frédéric Poisson. Un habile calcul quand on voit le maigre petit pourcentage que l’élu du parti chrétien démocrate a recueilli au premier tour du scrutin (1,5 %). “Il n’est pas un catholique identitaire, rappelle Bruno Retailleau, sénateur de Vendée et fidèle soutien de François Fillon. Il ne brandit pas sa foi de manière électoraliste.” Une pique à peine masquée adressée à Alain Juppé qui, trois jours avant le premier tour, a envoyé une lettre aux catholiques français.

À droite toute !

Un électorat catholique donc, mais pas seulement. “Curieusement, François Fillon a su combiner le vote de la droite catholique traditionnelle tout en séduisant la droite de la droite, celle des sarkozystes, flirtant avec le FN, sensibles aux questions identitaires, juge Bruno Cautrès. Il a su incarner le visage de l’autorité en prônant le rétablissement de l’ordre, le contrôle aux frontières, la régulation de l’immigration, l’identité nationale.”

Une bien mauvaise nouvelle pour le Front national qui aurait certainement préféré voir Alain Juppé remporter cette primaire. “Très clairement, la candidature de François Fillon met Marine Le Pen en difficulté, note encore le chercheur. Le Front national ne va certainement pas avoir du mal à se qualifier au second tour de la présidentielle. Mais il lui sera compliqué de ravir la victoire finale face à un François Fillon qui bénéficiera d’un solide soutien du camp de la droite. Car il ne va pas y avoir d’éparpillement des voix.”

>> À lire sur France 24 : “Pour battre François Fillon, Alain Juppé peut-il devenir un candidat anti-libéral et progressiste ?”

La France des “taiseux”

Durant sa campagne, François Fillon n’a pas voulu oublier la France rurale, celle dont on ne parle pas. Dimanche, ces derniers ne l’ont pas oublié. Dans les jours qui viennent, “il faudra décortiquer de près l’électorat filloniste, mais nul doute qu’on y trouvera cette France des ‘taiseux’, qui ancre son identité dans la terre, explique Jérôme Cordelier dans un article du Point.fr, paru lundi (…) Une France rurale – ce qui ne veut pas dire nostalgique, voire pétainiste, funeste appréciation – ou plutôt une France des territoires, souvent plus innovante que la capitale, qui se méfie comme d’une guigne des effets de mode, des mouvements de balancier médiatique et des hommes providentiels autoproclamés. Cette France provinciale, comme l’on disait jadis, que l’on juge ringarde à Paris (…) mais dont le pouvoir d’influence, scrutin après scrutin, sondage après sondage”, ne cesse de démentir.

Fillon a donc semble-t-il su incarner toutes ces France. Alain Garrigou, professeur en sciences politiques à l’Université de Paris Ouest, appelle toutefois à la prudence. “Le programme de sa candidature attrape-tout qui a su concilier les contraires a surement joué une part non-négligeable dans sa victoire mais pas autant que les sondages, souligne le professeur à France 24. Fillon a surtout gagné sur des considérations tactiques d’électeurs-stratèges qui ont voulu désigner celui qui serait le plus à même de s’opposer à la gauche et l’extrême-droite”.

Ironie du sort, l’outsider qui a tant dénigré les sondages lors de sa campagne, se retrouve aujourd’hui en position de grand favori de tous les instituts. Reste donc à savoir si les électeurs conserveront la même tactique au second tour.

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Première publication : 21/11/2016

Favori de la primaire de la droite et du centre, François Fillon bénéficie du soutien de quelque 60 parlementaires, mais aussi de nombreux patrons qui œuvrent dans son équipe de campagne. Revue de détails.

Fort de ses 44,1 % des voix au premier tour de la primaire de la droite et du centre, François Fillon est devenu le grand favori de cette élection, dont le résultat sera connu dimanche 27 novembre. Si certaines figures politiques lui ont assuré leur soutien pour le second tour au soir des résultats (Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire, Laurent Wauquiez, Edouard Balladur), l’ancien Premier ministre s’appuie depuis le début de la campagne sur la confiance de quelque 60 parlementaires. L’ancien sénateur de la Sarthe (2005-2007) et député de Paris (depuis 2012) Les Républicains (ex-UMP), a su faire apprécier son sens de la mesure et son savoir-faire sur les bancs de l’Assemblée et au Sénat.

>>> À lire aussi : La surprise Fillon


“Je pense que François [Fillon] créera la surprise”, clamait dès le 18 novembre Gérard Larcher sur France Info. Le président du Sénat, soutien de la première heure de l’ancien Premier ministre alors même qu’il n’était qu’en troisième position dans les sondages, a toujours été séduit par le programme du candidat qu’il qualifie de “plus abouti, plus courageux […] et le plus adapté à la situation.” Son ami de longue date l’a accompagné dans plusieurs meetings (Sablé, Reims, Paris, etc.) et a défendu son projet dans les médias. “Je connais François Fillon, ce qu’il annonce là, même si certaines mesures sont difficiles, notamment l’ajustement dans la fonction publique, je pense qu’il le fera tout en écoutant et en regardant les réalités”, a-t-il argué. Plus discret dans les médias, l’ancien président de l’Assemblée Bernard Accoyer soutient également François Fillon, capable de “reconstruire l’identité nationale et la paix civile”.

Bernard Debré, conseiller ?

Parmi les nombreux parlementaires, le député de Paris peut aussi compter sur le fidèle Jérôme Chartier. Le député du Val d’Oise le soutient depuis 2012, quand François Fillon se lançait dans la course à la présidence de l’UMP. Il est devenu le porte-parole du candidat – avec la députée Valérie Boyer- pour défendre “l’homme de la situation pour redresser la France”.


De son côté, le député de Paris Bernard Debré n’a pas non plus caché sa préférence pour François Fillon, “le seul qui travaille”, a-t-il estimé (alors que son frère jumeau, Jean-Louis, s’affiche aux côtés d’Alain Juppé). S’il s’exprime peu dans les médias, le médecin de formation a déjà affiché son ambition de devenir conseiller au palais présidentiel. D’autres parlementaires, tels que Lionel Tardy (Haute-Savoie) et le député des Français de l’étranger Thierry Mariani se sont également ralliés à François Fillon.


Depuis le début de la campagne, l’ancien chef du gouvernement peut aussi se prévaloir du soutien de deux de ses anciens ministres : Gérard Longuet et Hervé Novelli. L’ancien ministre de la Défense n’a cessé de défendre chez François Fillon son “courage de dire la vérité”, sa “mesure dans le comportement”, son “attitude respectueuse avec ses interlocuteurs”. Quant à l’ancien ministre aux PME, au Commerce et au Tourisme, il partage avec lui la même vision sur la liberté d’entreprendre : “Donner la main aux entreprises en améliorant leur environnement fiscal, leur permettre de négocier au plus près de leur réalité, donner plus de liberté dans les investissements, proposer un statut du travailleur indépendant, aligner le régime fiscal sur celui des auto-entrepreneurs, en finir avec les 35 heures et les régimes de retraite exceptionnels…”, a rappelé Hervé Novelli.

Des ministres issus de la société civile


Mais François Fillon, qui opte pour un positionnement néothatchérien sur le plan économique, s’appuie aussi fortement sur son réseau de chefs d’entreprise : l’ancien PDG d’Axa Henri de Castries, Patrick Pouyanné (Total), Denis Ranque (Airbus), Denis Payre (fondateur de Kiala) ou encore Alain Afflelou. Fait surprenant, l’élu sarthois a même nommé l’ancien patron de British Telecom et de Numericable Pierre Danon directeur adjoint de sa campagne. Autre figure notable : le banquier Arnaud de Montlaur, bien implanté dans les finances, a été chargé de lever des fonds.

Dans le cas d’une victoire à la primaire et ensuite la présidentielle de mai 2017, le Sarthois entend nommer des ministres issus de la société civile. “Il m’a toujours dit qu’il voulait le faire, et aujourd’hui, il faut le prendre très sérieusement”, a affirmé, lundi 21 novembre, Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat et autre soutien du candidat. “Il veut faire émerger des talents, il pense que les partis politiques manquent de légitimité et qu’il faut de nouvelles têtes venant de la société civile”, a-t-il ajouté. Henri de Castries, ami personnel de François Fillon de longue date, pourrait faire partie des ministrables.

Première publication : 21/11/2016

Le ministère de l’Intérieur a annoncé l’interpellation de sept personnes à Strasbourg et Marseille dans le cadre d’une enquête sur un projet terroriste. “Un nouvel attentat a été déjoué”, a fait savoir Bernard Cazeneuve.

“Un nouvel attentat” a été “déjoué” en France lors d’une opération antiterroriste menée dans la nuit de samedi à dimanche à Strasbourg et Marseille avec l’interpellation de sept personnes au total, a annoncé lundi 21 novembre le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve.

“L’aboutissement du travail de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) a permis de mettre en échec une action terroriste envisagée de longue date sur notre sol”, a expliqué le ministre.

.@BCazeneuve : le défi est immense, mais on ne peut garantir le risque zéro. Tout est mis en œuvre à chaque minute pr protéger les Français pic.twitter.com/FeapyjL5r7

— Ministère Intérieur (@Place_Beauvau) 21 novembre 2016

Sept personnes âgées de 29 à 37 ans et de nationalités française, marocaine et afghane, ont été interpellées lors de cette opération menée dans le cadre d’une enquête ouverte au parquet antiterroriste depuis “plus de huit mois”, a précisé le ministre. Six étaient inconnues des services de renseignement et un Marocain avait été signalé par un pays partenaire.

Une première série d’interpellations de cinq personnes liées au même réseau était intervenue le 14 juin 2016, quelques jours après le début de l’Euro de football. À la suite de cette première opération, deux des cinq personnes avaient été incarcérées.

La déclaration de Bernard Cazeneuve

L’enquête, conduite sous l’autorité du procureur de la République de Paris, “s’attachera à définir les rôles respectifs des personnes interpellées et établir si l’attentat ainsi déjoué était une attaque coordonnée visant à frapper simultanément plusieurs sites sur le territoire”, a déclaré Bernard Cazeneuve.

Ces nouvelles arrestations portent à 418 le nombre d’interpellations d’individus en lien avec des réseaux terroristes réalisées depuis le début de l’année 2016. Depuis le 1er septembre 2016, il y a eu 143 interpellations, 52 personnes ont été écrouées et 21 placées sous contrôle judiciaire.

Avec AFP

Première publication : 21/11/2016

Fin d’une carrière politique de 40 ans en forme de sortie de route pour Nicolas Sarkozy, sèchement éliminé, dimanche, dès le premier tour de la primaire à droite. L’ex-président voit, cette fois-ci, ses ambitions à la fonction suprême balayées.

Il rêvait d’être le premier à réussir le retour d’un ex-chef de l’État à l’Élysée, mais c’est une soirée cauchemardesque qu’a vécue Nicolas Sarkozy, dimanche 20 novembre. Éliminé dès le premier tour de la primaire de la droite et du centre pour 2017, battu par son ancien premier ministre François Fillon, il voit ses ambitions balayées.

“Il n’y a pas de plus grosse humiliation pour Nicolas Sarkozy que d’être éliminé, dès le premier tour de la primaire, par la remontée éclair de son ancien Premier ministre et ‘collaborateur’. ‘Mister nobody’, disait-il, même s’il choisit aujourd’hui de lui apporter son soutien. (…). Fillon signant l’arrêt de mort politique de Sarkozy : ce boomerang de l’histoire, double surprise de la primaire de la droite et du centre, restera dans les annales”, résume ce lundi 21 novembre l’éditorialiste des Échos, Cécile Cornudet.

Je souhaite le meilleur pour mon pays et pour celui qui aura à conduire la France que j’aime tant – NS pic.twitter.com/xNYy61YUVV

— Nicolas Sarkozy (@NicolasSarkozy) 20 novembre 2016

“Aucune amertume” ni “tristesse”

Cette défaite cinglante signe la fin d’une carrière politique de 40 ans. “Si je perds, c’est que je n’ai vraiment plus de pif”, confiait-il pourtant il y a quinze jours. L’ampleur de sa défaite n’en est que plus vertigineuse. Nicolas Sarkozy a obtenu 20,6 % des voix au premier tour de cette primaire inédite à droite dont il ne voulait pas au départ. Et suprême humiliation, il recueille plus de deux fois moins de voix que François Fillon (44, 2%). Il est aussi largement distancé par Alain Juppé, dont il ne pensait faire qu’une bouchée au second tour. Nicolas Sarkozy promettait pendant la campagne un “blast” qui lui a explosé à la figure.

Dans son propre fief des Hauts-de-Seine, il obtient moins de 15 % des suffrages. “Nicolas Sarkozy et ses soutiens tombent de très haut. Ils se sont auto-persuadés que l’affluence dans les meetings et les queues devant les libraires pour les séances de signatures avaient valeur de sondages imparables. Quelle illusion d’optique !””, constate ce lundi matin Hervé Favre du quotidien La Voix du Nord. Depuis plusieurs jours, les sondages donnaient des résultats très serrés, mais aucun n’avait envisagé l’éviction pure et simple dès le premier tour de l’ancien chef de l’État.

Beau joueur dans son discours d’après-défaite, Nicolas Sarkozy a fait ses adieux à la politique, allant beaucoup plus loin que lors de sa déclaration de mai 2012, après avoir perdu face à François Hollande : “Il est temps pour moi d’aborder une vie avec plus de passion privée et moins de passion publique”, a-t-il lancé sans “aucune amertume” ni “tristesse” en choisissant Fillon plutôt que Juppé pour le second tour.

>> À lire : Primaire de la droite, le blast

“Sarkozy, c’est toi ? T’as cinq minutes, pas plus”

Après sa défaite de 2012, il avait été plus prudent en parlant de faire de la politique “autrement”. Sans convaincre qui que ce soit. Pas même lui. Pendant les deux ans et demi qui ont suivi, Nicolas Sarkozy s’est réfugié dans ses bureaux d’ex-président, où journalistes, élus, décideurs économiques et autres “visiteurs du soir” défilaient. L’animal politique était loin d’avoir rendu les armes. Il en avait profité pour faire de nombreuses conférences (grassement payées) à l’étranger, ce qu’il pourra désormais continuer à faire, tel Bill Clinton ou Tony Blair.

En novembre 2014, il était redevenu chef de parti – président de l’UMP, rebaptisée par lui Les Républicains – avec un unique objectif : reconquérir l’Élysée.

Sa carrière politique avait débuté en 1975. À 20 ans tout juste, Sarkozy avait su se faire remarquer par le président-fondateur du RPR, Jacques Chirac, un homme dont il admirait le charisme. Lors d’un grand rassemblement à Nice, Jacques Chirac avait interpellé le tout jeune et nouveau président des jeunes RPR. “Sarkozy, c’est toi ? T’as cinq minutes, pas plus”. Le jeune homme se saisit du micro, harangue le public en s’écriant : “Être gaulliste, c’est être révolutionnaire”. Le “patron” est bluffé. La carrière du jeune Sarkozy est lancée. Après plusieurs postes à responsabilités au sein du parti, Sarkozy, à 28 ans à peine, prend la mairie de Neuilly-sur-Seine à un Charles Pasqua sidéré par tant de culot.

À partir de 1988, il est élu sans interruption député des Hauts-de-Seine. Puis en 2007, c’est la consécration : il devient le sixième président de la Ve République, un poste auquel il pensait même “en se rasant”. Entre-temps, il aura connu une traversée du désert, consécutive à son ralliement en 1995 à Edouard Balladur au détriment de Jacques Chirac. Une “trahison”, diront les chiraquiens qui ne lui pardonneront jamais.

Avec AFP

Première publication : 21/11/2016

Qualifié pour le deuxième tour de la primaire de la droite et du centre mais largement distancé par François Fillon, Alain Juppé peut-il transformer le scrutin en présidentielle avant l’heure et attirer à lui progressistes et électeurs de gauche ?

Alain Juppé le sait : il n’a, sur le papier, aucune chance de gagner contre François Fillon (44,2 %), dimanche 27 novembre, au deuxième tour de la primaire de la droite et du centre. Distancé de plus de 600 000 voix lors du premier tour, et alors que Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire ont annoncé qu’ils soutenaient François Fillon, la montagne semble définitivement trop haute à gravir pour le maire de Bordeaux. Celui-ci ne dispose de presque aucune réserve de voix, à l’exception, à ce jour, de celles de Nathalie Kosciusko-Morizet (environ 100 000).

La question de son abandon, dès l’annonce des résultats, dimanche 20 novembre, s’est donc légitimement posée au sein de son équipe, pour finalement être écartée. “J’ai décidé de continuer le combat !”, a-t-il lancé dès le début de son discours, dimanche soir, comme pour rassurer ses troupes.

J’ai décidé de continuer le combat pour l’idée que je me fais de la France ! pic.twitter.com/JU7OcyYb20

— Alain Juppé (@alainjuppe) 20 novembre 2016

Il lui faut désormais décider de sa stratégie. Les grands principes sont connus : présenter François Fillon comme un candidat ultra-libéral proposant des réformes à la fois beaucoup trop dures pour les Français et non réalisables en l’état, pendant que lui s’efforcera d’incarner le candidat des “réformes crédibles” et “équitables”, dont “tous les Français tireront bénéfice”.

Le problème, pour Alain Juppé, c’est que le cœur de l’électorat de droite, à la vue des résultats du premier tour de la primaire, ne veut pas de la modération qu’il propose. Celle-ci aurait été sa carte maîtresse contre les outrances identitaires et sécuritaires d’un Nicolas Sarkozy. Mais face au sérieux et à la crédibilité incarnés par François Fillon, elle devient un point faible.

Alain Juppé, candidat des anti-libéraux et des progressistes

Sauf… Sauf à oser sortir du cadre. Sauf à vouloir transformer la primaire de la droite en une élection présidentielle avant l’heure, en appelant clairement les électeurs du centre, mais aussi et surtout ceux du centre-gauche, à se rallier à lui.

“C’est un combat projet contre projet qui s’engage”, a tout de même affirmé Alain Juppé dimanche soir, comme si deux visions diamétralement opposées de la société française étaient ici proposées. Cette phrase n’est pas anodine. Et on ne peut s’empêcher de penser à l’élection présidentielle de 1995 et au duel fratricide entre Jacques Chirac et Édouard Balladur, le premier menant une campagne “à gauche” axée sur la “fracture sociale” et dépeignant le second comme un conservateur libéral coupé des réalités des Français.

Avouons que voir Alain Juppé, qui mit la France dans la rue trois semaines durant, en novembre et décembre 1995, se transformer en champion des couches populaires face à François Fillon, vingt et un ans plus tard, ne manquerait pas d’ironie.

Il n’est en tout cas pas impossible que le maire de Bordeaux appelle, une nouvelle fois, les déçus de François Hollande à voter pour lui au second tour. Avant le premier, il s’était appuyé sur l’anti-sarkozysme des électeurs de gauche, conscient que le vainqueur de la primaire a de fortes chances d’accéder à l’Élysée au printemps prochain.

Il n’y a donc aucune raison qu’il ne récidive pas en soulignant non seulement, les velléités libérales de François Fillon, mais aussi son conservatisme sur les questions de société. Alain Juppé, ou son équipe de campagne, ne devrait en effet pas manquer de rappeler que le député de Paris est le candidat qu’a choisi de soutenir le mouvement Sens Commun issu de la Manif pour Tous et la plupart des “catholiques tradi”.

Alain Juppé endosserait alors un costume véritablement inédit, à savoir celui du candidat des anti-libéraux et des progressistes. Reste à savoir si l’outsider de la course voudra vraiment aller jusqu’au bout de cette démarche, et entrer ainsi en conflit ouvert avec son propre parti.

Première publication : 21/11/2016

Porté par une participation massive avec près de 4 millions d’électeurs, François Fillon (44,2 %) est arrivé largement en tête du premier tour de la primaire de la droite et du centre, devant Alain Juppé (28,6 %) et Nicolas Sarkozy (20,6 %), éliminé.

Les sondeurs ne pourront pas être accusés de ne pas avoir vu venir la vague Fillon. Mais ils pourraient bien se voir reprocher de l’avoir sous-estimée ? Car si les enquêtes d’opinion montraient depuis deux semaines une forte poussée de l’ancien Premier ministre, aucune n’a indiqué qu’elle serait aussi puissante et que le candidat Fillon recueillerait plus de 44 % des voix, selon des résultats quasi-définitifs portant sur plus de 90 % des bureaux de vote. Forte d’une participation de près de 4 millions d’électeurs, cette vague a tout balayé sur son passage, dimanche 20 novembre, permettant à François Fillon de reléguer Alain Juppé loin derrière à 28,6 % et même se payer le luxe d’éliminer de la course l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy (20,6 %).

>> À voir sur France 24 : “Fillon et Juppé qualifiés, Sarkozy hors-jeu : revivez les moments forts du premier tour de la primaire de la droite”

Comment expliquer ce succès ? La première grande force de François Fillon aura d’abord été de toujours croire en ses chances. Même quand tous les sondages le plaçaient en quatrième position, à environ 10 % d’intentions de vote, lui affirmait à qui voulait l’entendre qu’il serait présent au deuxième tour. Candidat à la présidentielle depuis le printemps 2013, le député de Paris a pris le temps de faire campagne en allant à la rencontre des Français, dans l’Hexagone, mais aussi en outre-mer et à l’étranger. Et alors que les sondages le donnaient largement battu il y a encore un mois, il citait justement ses rencontres avec les Français “sur le terrain” pour accréditer sa thèse d’une présence au second tour.

“Depuis des mois et des mois, je trace mon sillon calmement”

Dimanche soir, après s’être félicité de la très forte participation au premier tour, c’est donc cette campagne au plus près des Français, à l’ombre des caméras, qu’il a d’abord voulu mettre en avant. “Depuis des mois et des mois, je trace mon sillon calmement, sérieusement, avec un projet précis, puissant, a-t-il affirmé lors de son discours. Autour de nous une dynamique puissante est enclenchée. Je suis porté par celles et ceux qui veulent redresser la France et qui assument un langage de vérité.”

>> À voir sur France 24 : “En vidéo : retrouvez les discours de Fillon, Juppé et Sarkozy”

Les résultats sont également sans appel sur les attentes des électeurs de droite : une très grande majorité d’entre eux ne veut ni de l’alternance version Alain Juppé et qualifiée de “molle” par Nicolas Sarkozy, ni d’un retour en arrière avec un ancien président qui n’a cessé de jouer la surenchère droitière durant sa campagne.

Ayant au contraire fait de la libération de l’économie et du retour de l’autorité de l’État ses deux principaux thèmes de campagne, François Fillon a ainsi parfaitement su identifier ce qui était primordial pour les électeurs de sa famille politique. “Partout mes compatriotes m’ont dit leur volonté de changement face à un système bureaucratique qui brise leur énergie, a-t-il souligné. Partout ils m’ont dit leur volonté d’autorité. Partout ils m’ont dit leur volonté d’être respectés en tant que Français.”

>> À lire sur France 24 : “Retraité, provincial et libéral : le profil-type de l’électeur à la primaire de la droite”

Enfin, François Fillon a pour lui d’avoir clairement exposé sa vision, son programme et sa méthode pour transformer la France, sans changer de position au moindre fait divers ou à la publication de tel ou tel sondage. Son sérieux et ses convictions ont été soulignés à de maintes reprises par ses soutiens, notamment lors de son dernier meeting de campagne à Paris, vendredi 18 novembre.

Juppé condamné à jouer la carte du modéré face à Fillon le libéral

Longtemps largement en tête dans les sondages, Alain Juppé a, lui, frôlé la correctionnelle. Il se qualifie confortablement pour le deuxième tour vis-à-vis de Nicolas Sarkozy mais est bien conscient qu’il n’a manqué que quelques points à François Fillon pour l’emporter dès le premier tour. À tel point que ses premiers mots, dimanche soir, ont été pour rassurer ses soutiens. “J’ai décidé de continuer le combat !”, a-t-il ainsi lancé à son QG.

Il devra toutefois compter sur un autre ressort que l’anti-sarkozysme – désormais caduque – pour créer “l’autre surprise” qu’il appelle de ses vœux au second tour face à François Fillon. Il est fort probable qu’il joue l’unique carte à sa disposition : à savoir celle de “Juppé le modéré” contre “Fillon le libéral”, en mettant en avant la pondération de ses réformes économiques en comparaison avec celles de son adversaire. C’est d’ailleurs ce qu’il a clairement laissé entendre dimanche soir, déclarant vouloir “rassembler les Français autour de réformes crédibles” et allant jusqu’à affirmer que son duel qui s’engageait face à François Fillon était “un combat projet contre projet”.

Mais de tels arguments ne sont susceptibles de convaincre que les électeurs du centre-droit, du centre et de la gauche. Or, avec seulement entre 12 % et 15 % d’électeurs sympathisants de la gauche ayant pris part au vote, dimanche, selon l’institut Elabe, et, surtout, l’élimination de Nicolas Sarkozy dès le premier tour, difficile d’imaginer cet électorat faire l’effort d’aller voter le 27 novembre alors même qu’Alain Juppé est déjà donné perdant.

La ligne Sarkozy-Buisson définitivement mise en échec

Pour l’ancien chef de l’État, enfin, cette défaite marque l’échec de son retour en politique. Revenu aux affaires en 2014 avec comme unique objectif de retrouver l’Élysée, Nicolas Sarkozy n’a jamais réussi à convaincre les électeurs de droite qu’il réussirait à faire lors du prochain quinquennat ce qu’il n’a pas fait entre 2007 et 2012. Cela fait déjà dix ans que ces derniers attendent la rupture. Ils ont aujourd’hui cessé de croire en un Nicolas Sarkozy qui a, une fois de plus, privilégié durant sa campagne les discours identitaires aux discours réformistes. Comme en 2012, la ligne Patrick Buisson, qui consiste à adopter des thématiques et des positions du Front national afin de capter une partie de son électorat, a donc définitivement montré ses limites. C’est sans doute sur cette défaite que s’achève la carrière politique de l’ancien président de la République, qui a annoncé dimanche soir qu’il voterait pour François Fillon au deuxième tour.

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Outre le ralliement de Nicolas Sarkozy, le grand vainqueur de la soirée peut également compter sur celui de Bruno Le Maire (2,4 %). Nathalie Kosciusko-Morizet (2,6 %), en revanche, préfère soutenir Alain Juppé “pour défendre [ses] idées”. Jean-Frédéric Poisson (1,5 %) et Jean-François Copé (0,3 %), en revanche, ne se sont pas encore prononcés.

La bataille de l’entre-deux-tours est donc bel et bien engagée. Un sondage Ifop Fiducial, diffusé le 17 novembre, donnait les deux concurrents à égalité (50-50) en cas de duel au deuxième tour. Un autre sondage, réalisé par Opinionway et diffusé le 15 novembre, donnait François Fillon vainqueur à 54 % face à Alain Juppé (46 %). À la vue des résultats de dimanche soir, tout laisse à penser que l’écart sera en réalité bien plus important. Mais qui sait ? Les dernières élections, à l’étranger ou lors de ce premier tour, ont montré que les résultats inattendus sont presque devenus la norme des soirées électorales.

Première publication : 21/11/2016

Peu après l’annonce des premiers résultats du premier tour de la primaire de la droite, les trois candidats arrivés en tête du premier ont pris la parole. Fillon triomphant, Juppé combatif, Sarkozy s’inclinant : retrouvez-les en vidéo.

François Fillon, arrivé largement en tête du premier tour de la primaire de la droite, a pris la parole dimanche soir depuis son QG pour se féliciter de ses résulats, estimant qu'”une dynamique puissante est enclenchée”. Il a dit avoir “une pensée particulière pour Nicolas Sarkozy“, arrivé troisième derrière Alain Juppé.

“La défaite ne doit humilier personne parce que nous aurons besoin de tout le monde. J’ai une pensée particulière pour Nicolas Sarkozy qui a été le président de la France”, a déclaré François Fillon.

François Fillon : “Une dynamique puissante est enclenchée”

Alain Juppé, arrivé nettement derrière François Fillon au premier tour de la primaire de la droite, a “décidé de continuer le combat” au second tour contre son rival, “projet contre projet”, a-t-il annoncé.

“Je crois plus que jamais que le peuple de France a besoin de se rassembler pour tourner la page d’un quinquennat désastreux qui a abaissé notre pays et pour faire barrage au Front National qui nous entraînerait dans la pire des aventures”, a dit celui qui n’a pas eu un mot pour son rival Nicolas Sarkozy, battu au premier tour de la primaire.

“J’ai décidé de continuer le combat” annonce Alain Juppé

Nicolas Sarkozy, enfin, a concédé sa défaite et annoncé qu’il voterait au second tour pour François Fillon, avec lequel il dit sentir plus d’affinités politiques qu’avec Alain Juppé.

L’ex-président, donné battu avec environ 22 % des voix selon les résultats partiels, a par ailleurs laissé entendre qu’il pourrait prendre du recul par rapport à la vie politique.

“J’ai beaucoup d’estime pour Alain Juppé, mais les choix politiques de François Fillon me sont plus proches. Les électeurs qui m’ont fait confiance sont naturellement libres de leur décision”, a déclaré Nicolas Sarkozy.

Nicolas Sarkozy, qui avait annoncé son retrait de la vie politique après sa défaite à la présidentielle de 2012 avant de faire son retour en 2014, a poursuivi sa déclaration en

affirmant qu’il mènerait à l’avenir sa vie “avec plus de passions privées et moins de passions publiques”.

Nicolas Sarkozy apporte son soutien à François Fillon

Le second tour de la primaire aura lieu dimanche prochain.

Avec AFP

Première publication : 21/11/2016