Primaire de gauche : “Si François Hollande y va, il est mort”

Primaire de gauche : “Si François Hollande y va, il est mort”

Alors que s’ouvre jeudi le dépôt des candidatures pour les primaires de la gauche, François Hollande ne s’est toujours pas déclaré. Candidat ou pas ? Primaire ou pas ? “Il n’a pas de choix heureux”, juge le politologue Dominique Reynié.

Qu’attend donc François Hollande pour se déclarer candidat ? L’attentisme du président cristallise toutes les attentions. Le suspense devient insoutenable chez les socialistes. Le dépôt des candidatures pour les “primaires citoyennes de l’unité” a débuté jeudi 1er décembre, le président sortant a jusqu’au 15 décembre, minuit, pour se manifester.

“Le chef de l’État prend son temps, il réfléchit beaucoup car il se trouve dans une situation très compliquée, commente Dominique Reynié, professeur à Sciences Po et directeur général de la fondation pour l’innovation politique. Parmi tous les choix qui s’offrent à lui, il essaie d’opter pour la décision la moins coûteuse.”

En coulisses, les hollandistes s’accordent à dire que le président souhaite ardemment briguer un second mandat, comme l’ont d’ailleurs fait tous les présidents sortants depuis le début de la Ve République. “Ne pas y aller serait pour lui un aveu d’échec”, commente de son côté la directrice d’études chez BVA Opinion, Christelle Craplet. Deux indicateurs lui sont aujourd’hui favorables. D’abord les bons chiffres de l’emploi du mois d’octobre confortent la tendance d’une lente inversion de la courbe du chômage sur l’année 2016. Ils permettent au chef de l’État, qui en avait fait une condition à une nouvelle candidature, de défendre son bilan. Ensuite, la désignation à la primaire de la droite de François Fillon, positionné franchement à droite, laisse du terrain pour un rassemblement de la gauche.

Bousculé dans les débats

Le président devrait donc vraisemblablement emprunter le chemin des primaires du 22 et 29 janvier, même s’il semble toutefois très périlleux en raison de sa forte impopularité – 83 % d’opinion défavorable en octobre dernier. Pour cela, il va devoir sortir de sa fonction de chef d’État pour se retrouver en position de candidat afin de descendre dans l’arène et débattre. “Il va être bousculé sur son bilan par ses adversaires qui sont, pour certains, des anciens ministres [Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, NDLR], note Dominique Reynié. S’il y va, il est mort et il le sait”. Les études d’opinion le donnent perdant au second tour face à Arnaud Montebourg, ajoute Christelle Craplet.

Pour éviter le scénario d’une défaite cuisante, le premier cercle de François Hollande laisse entendre, depuis plusieurs jours, qu’il pourrait se présenter directement à la présidentielle. Bruno Le Roux, président du groupe PS à l’Assemblée, ou encore Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement, ont infusé l’idée que la primaire, sous sa forme actuelle, ne “permet pas le rassemblement” ou encore “ne sert à rien”.

De son côté, la journaliste Maryse Burgot, détachée à l’Élysée, explique dans un tweet : “L’entourage de [François] Hollande nous rappelle que le président n’a jamais dit lui même formellement qu’il participerait à la #Primaire…” L’avocat Jean-Pierre Mignard, l’un des proches du chef de l’État, est encore plus formel : “Le président de la République sortant ne peut pas aller devant la primaire”.

Éviter la primaire ou la fin du PS

Dans ce cas, François Hollande serait alors en lice pour la présidentielle de 2017. Son nom viendrait alors s’ajouter à la multitude de candidats déjà déclarés à gauche pour le premier tour, sans compter celui désigné par la primaire de la gauche. Ce passage en force “sonnerait le glas du dernier espoir de qualifier la gauche au second tour”, a averti de son côté Benoît Hamon, autre candidat PS et ancien ministre de l’Éducation. “C’est le suicide politique assuré de la gauche”, confirme Dominique Reynié.

Mais si le président socialiste décide d’outrepasser la primaire, “il risque surtout un procès pour ne pas se plier à l’exercice démocratique” entériné par les statuts de son propre parti, ajoute Dominique Reynié. Cette idée, qualifiée de ’49-3 élyséen’ par Arnaud Montebourg […] serait la fin, la destruction finale, du parti socialiste et du parti de Jean Jaurès”, a-t-il dénoncé.

Cela impliquerait également pour le président-candidat de mobiliser tout un appareil de campagne. Or, “le Parti socialiste soutiendra le candidat désigné lors de cette primaire et non François Hollande”, argue Dominique Reynié.

L’hôte de l’Élysée “n’a pas de choix heureux”, conclut le politologue Dominique Reynié. Lequel sera le moins coûteux ? Réponse le 10 décembre, selon Didier Guillaume, invité de l’émission “L’Épreuve de vérité” de Public Sénat, le 22 novembre.

Première publication : 01/12/2016

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