Entre Bayrou, Fillon et Macron, le centre à nouveau écartelé

Entre Bayrou, Fillon et Macron, le centre à nouveau écartelé

Avec peut-être trois candidats à l’élection présidentielle qui voudront recueillir sur leur nom les voix du centre, la famille centriste pourrait bien se retrouver écartelée en 2017, alors même que son espace politique n’a jamais semblé aussi grand.

Bientôt un candidat de plus pour le centre ? Après Emmanuel Macron, qui lorgne sur les électeurs centristes, et François Fillon, qui souhaite rassembler le centre derrière lui, François Bayrou a fait un pas de plus, mercredi 30 novembre, vers une quatrième candidature à l’élection présidentielle.

“Je n’exclus rien, je ne ferme aucune porte”, a-t-il indiqué dans le 20 heures de France 2, au sujet d’une éventuelle candidature, ajoutant vouloir “bâtir un programme présidentiel” en organisant à partir de cette semaine “des rencontres publiques”.

J’ai passé ma vie à me battre pour que cette partie de la France, qui n’a ni l’avoir, ni l’aisance, ni le pouvoir, soit entendue. #JT20hpic.twitter.com/fWrPAVonbR

— François Bayrou (@bayrou) 30 novembre 2016

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Comme il l’avait déjà fait auparavant, François Bayrou a vivement critiqué le projet “dangereux pour l’alternance” proposé par François Fillon. “Il y a une idéologie politique qui court sur toute la planète, celle de l’accroissement continuel des inégalités”, a-t-il affirmé, fustigeant notamment un programme qui “annonce que le travail va être payé moins”, en référence à l’allongement du temps de travail voulu par le candidat de la droite, pour les fonctionnaires comme pour les salariés du privé.

Le troisième homme de la présidentielle de 2007 ira-t-il au bout de sa démarche ou bien cherche-t-il à se mettre en position de force pour négocier son ralliement à François Fillon ? Impossible de le savoir pour le moment. Ses déclarations, en revanche, ajoutent clairement à la cacophonie qui règne au sein de la grande et morcelée famille centriste.

Les centristes de l’UDI entre dispersion et petits calculs

“C’est assez paradoxal toutes ces divisions, car avec la candidature de François Fillon à droite et son positionnement, nous sommes justement à un moment où s’ouvre un espace pour que nos idées puissent exister dans la future majorité”, regrette Yves Jégo, député de Seine-et-Marne et vice-président de l’UDI, contacté par France 24.

Et si elle a soutenu Alain Juppé lors de la primaire de la droite et du centre, l’Union des démocrates et indépendants (UDI) s’est, depuis sa création en 2012, toujours alliée avec la droite. C’est donc en toute logique que son président, Jean-Christophe Lagarde, a rencontré mercredi matin François Fillon pour entamer des discussions en vue d’un accord sur un projet commun. “François Fillon m’a réitéré son souhait de pouvoir rassembler le centre derrière sa candidature, a déclaré le député de Seine-Saint-Denis à Reuters. Je lui ai indiqué qu’il fallait qu’on prévoie une méthode de travail pour pouvoir regarder le projet, le préciser, l’amplifier sur certains sujets.”

Pourtant des dissenssions se font déjà jour, au sujet notamment de la proposition de loi PS sur le délit d’entrave à l’IVG, discutée jeudi 1er décembre à l’Assemblée, puisque les députés Les Républicains ont annoncé qui’ils s’y s’opposeraient, tandis que le chef de file de l’UDI Philippe Vigier a annoncé un soutien “majoritaire” de son groupe.

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Derrière la bataille des idées se joue également la question des investitures pour les élections législatives de juin 2017 et, éventuellement, de postes ministériels au sein du futur gouvernement en cas de victoire de François Fillon en mai 2017. L’enjeu, pour l’UDI, est d’obtenir au minimum un groupe parlementaire en ayant une quinzaine de députés à l’Assemblée nationale.

Sauf que chez les centristes, rien n’est simple. Hervé Morin et Maurice Leroy, deux figures de l’UDI, ont fait part mardi de leur intention de créer une nouvelle force politique du centre et comptent bien négocier en parallèle une alliance avec François Fillon. À ces querelles de personnes s’ajoutent les défections de 130 jeunes UDI – des élus, cadres et militants – qui ont annoncé dans une tribune, lundi 28 novembre, qu’ils soutenaient la candidature d’Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron troisième homme de la présidentielle ?

Des ralliements toujours bons à prendre pour celui qui pouvait déjà compter sur le soutien du député européen UDI Jean Arthuis et qui se positionne sur la ligne du “ni de gauche, ni de droite”.

“Le problème, c’est que l’ambiguïté du ni droite ni gauche ne peut pas fonctionner avec notre système, nos institutions, estime Yves Jégo. Tous ceux qui ont essayé se sont heurtés à la logique de camp : quel que soit le véhicule, quel que soit le moteur, si vous avez une route trop étroite, ça ne passe pas.”

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Le fondateur d’En marche espère bien démontrer le contraire et a donc besoin d’attirer vers lui des personnes de tous horizons. Il a d’ailleurs tendu la main, au soir du deuxième tour de la primaire de la droite et du centre, à François Bayrou. “J’appelle François Bayrou, s’il n’est pas à l’aise avec le programme de François Fillon, à nous rejoindre parce qu’il y a beaucoup de convergences”, a-t-il affirmé sur BFM TV.

Si le président du MoDem n’a pas jugé utile de lui répondre, ses sympathisants, en revanche, pourraient, tout comme les jeunes UDI, être tentés par Emmanuel Macron. D’autant qu’un tout récent sondage Kantar Sofres-OnePoint, publié mercredi dans Le Figaro, sur RTL et LCI, fait de lui, avec des intentions de vote comprises entre 13 % et 17,5 % selon les différents cas de figure (candidature Hollande ou Valls ou Montebourg pour la gauche, candidature ou non de Bayrou), le troisième homme de la présidentielle de 2017.

À un peu moins de cinq mois du premier tour de la présidentielle, ces sondages ressemblent fort à une équation qui comporte encore beaucoup trop d’inconnues.

Première publication : 01/12/2016

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