Archive for December 22nd, 2016

Particulièrement touchés par l’abstention, les quartiers populaires se mobiliseront-ils lors de l’élection présidentielle de 2017 ? Des associations tentent de convaincre les citoyens de s’inscrire avant le 31 décembre sur les listes électorales.

Dernière ligne droite pour les bénévoles du Centre social et culturel (CSC) du Neuhof, à Strasbourg. Dans ce quartier difficile classé “Quartier Prioritaire de la Ville” (QPV), ces derniers sont à pied d’œuvre. Il ne leur reste plus qu’une semaine pour inciter les habitants à s’inscrire sur les listes électorales avant le 31 décembre, date limite pour pouvoir participer à l’élection présidentielle de 2017.

En France, 7 % du corps électoral, soit environ 3 millions de personnes, n’est pas inscrit sur les listes. Un chiffre relativement bas mais qui ne reflète pas les disparités importantes existant selon l’origine sociale et le lieu d’habitation. Dans les quartiers populaires, ce sont ainsi entre 20 % et 25 % des habitants qui ne sont pas inscrits, parmi lesquels les Français d’origine étrangère, les non-diplômés et les hommes d’une trentaine d’années sont surreprésentés.

Face à un tel constat, le CSC du Neuhof a lancé en 2016 un “Challenge citoyen” à travers toute la France. Son but ? Mobiliser les habitants des quartiers populaires en vue des échéances électorales de 2017. L’initiative a rencontré un certain succès. Au total, ce sont 48 quartiers répartis dans 36 villes de France et représentant un peu plus d’un million d’habitants qui ont participé.

“Nous sommes agréablement surpris car nous avons rencontré un public davantage intéressé et plus engagé que ce que nous avions imaginé, explique Nesrine Savas, du CSC du Neuhof. Nous n’avons pas encore les chiffres concernant les inscriptions, mais il y en a eu beaucoup et nous sommes satisfaits de ce que cela a apporté, d’autant que nous avons créé un beau réseau national et que notre travail va se poursuivre.”

Ce “Challenge citoyen” permettra-t-il une poussée du nombre d’inscrits sur les listes électorales similaire à ce qu’ont connu les quartiers populaires il y a dix ans ? Dans le contexte d’une élection présidentielle qui suivait les émeutes urbaines de 2005, plusieurs associations de terrain, aidées par des vedettes comme le comédien Jamel Debbouze, le rappeur Joey Starr ou l’ex-footballeur Lilian Thuram, et relayées par les grands médias, s’étaient fortement mobilisées pour pousser les habitants des “quartiers” à s’inscrire sur les listes électorales. Le résultat avait été spectaculaire : près de 10 % d’inscrits en plus au niveau national par rapport à la précédente élection présidentielle, le nombre total d’inscrits en France passant de 38,7 millions en 2002 à 42,4 millions en 2007.

Un calendrier d’inscription particulièrement contraignant

Mais ce vent démocratique qui avait soufflé sur les quartiers populaires il y a dix ans est retombé depuis longtemps. En l’absence d’une campagne médiatique de grande ampleur, beaucoup de citoyens habitant ces quartiers ne pensent tout simplement pas à aller s’inscrire à temps.

“Le calendrier d’inscription en France est particulièrement contraignant, car celui-ci oblige les gens à s’inscrire à un moment où les campagnes n’ont pas débuté”, souligne Céline Braconnier, directrice de Sciences-Po Saint-Germain-en-Laye et co-auteure, avec Jean-Yves Dormagen, de “La démocratie de l’abstention”.

Le problème a été en partie résolu grâce à une loi datant de 1997 permettant l’inscription automatique de tous les jeunes de 18 ans ayant effectué leur journée d’appel et de préparation à la défense (JAPD). Une nouvelle avancée significative a par ailleurs été votée par le Parlement en 2016 : une loi, qui entrera en vigueur au plus tard en 2019, permettra aux Français de s’inscrire sur les listes électorales jusqu’à 30 jours avant l’élection.

En attendant, les associations actives dans les quartiers populaires font comme elles peuvent et se sentent bien seules sur le terrain. Les partis politiques ont en effet déserté ces territoires et semblent peu intéressés par leur mobilisation électorale.

“Il n’y a pas de tradition, en France, de campagne de mobilisation pour s’inscrire sur les listes électorales, regrette Céline Braconnier. Plutôt que de lier l’inscription sur les listes à un acte citoyen, les campagnes mises en place par les villes donnent davantage l’impression de communiquer sur des formalités administratives à accomplir. Les partis politiques ont tort. Ils ne réalisent pas à quel point ils ont intérêt à inciter les gens à s’inscrire.”

Au Centre social et culturel du Neuhof, Nesrine Savas préfère utiliser à son avantage l’absence d’intérêt pour les quartiers populaires des partis politiques. “Nous essayons de faire entendre aux gens que les hommes politiques suivent une stratégie en s’adressant en priorité à ceux dont ils savent qu’ils se déplaceront pour voter, et que leur intérêt est de satisfaire les plus présents et les plus actifs, explique-t-elle. Le nombre de cartes électorales dans un quartier compte énormément. Il ne faut pas se plaindre de ne pas être vu si on ne se fait pas voir.”

Première publication : 23/12/2016