Archive for December 26th, 2016

a48c250b6d.jpeg

Ray Dalio, le patron du plus important hedge fund au monde, Bridgewater Associates, développe un algorithme qui pourrait lui succéder afin de perpétuer la controversée culture d’entreprise qu’il impose à ses collaborateurs.

D’ici cinq ans, les trois quarts des décisions managériales seront prises par un algorithme au sein de Bridgewater Associates, le plus important hedge fund au monde. Du moins, tel est le plan de Ray Dalio, le PDG de ce mastodonte de l’investissement qui gère 160 milliards de dollars, d’après le quotidien américain Wall Street Journal.

Ce patron milliardaire a fait appel à David Ferrucci, qui était en charge du développement du système d’intelligence artificielle d’IBM Watson, pour diriger le Systematized Intelligence Lab, une unité de recherche mise en place en 2015, dont l’un des objectifs est de créer cette intelligence artificielle managériale.

Suivi de très près par l’algorithme

Ce projet d’automatisation des prises de décision, baptisé “The Book of future” (le livre du futur) ou Principles Operating System (PriOS, le système d’exploitation des principes), n’entend pas seulement confier à un logiciel le soin de définir une stratégie générale d’investissement. Ray Dalio souhaite que son futur algorithme puisse gérer jusqu’au moindre détail de la vie de l’entreprise et du quotidien de ses employés. La machine doit pouvoir décider des promotions internes, de l’évaluation des candidats à l’embauche et de l’agenda des salariés.

Ces derniers seront suivis de très près par PriOS. Ray Dalio imagine un algorithme capable de jauger l’opportunité pour un employé de répondre à tel ou tel coup de fil, précise le Wall Street Journal qui s’est entretenu avec des salariés et des ex-employés de Bridgewater Associates. “L’algorithme est en cours de développement et les contours précis de ses fonctions sont encore discutées en interne”, précise le quotidien.

Les ambitions du PDG de Bridgewater peuvent paraître démesurées. Mais elles correspondent à la culture d’entreprise que le fondateur du hedge fund inculque à ses collaborateurs. Mieux, PriOS apparaît comme une extension informatique du style managérial de Ray Dalio. “C’est comme s’il cherchait à transférer son cerveau dans l’ordinateur”, a ainsi affirmé un employé sous couvert de l’anonymat au Wall Street Journal.

If this is what Ray Dalio and others means by the singularity, I’d prefer to simply die when I get old.https://t.co/eWoUOAo9NU

— Cathy O’Neil (@mathbabedotorg) 23 décembre 2016

Car Bridgewater Associates est non seulement connu à Wall Street pour ses succès financiers, mais aussi pour sa culture d’entreprise hétérodoxe. Ray Dalio a consigné le code de travail et de comportement qu’il attend de ses collaborateurs dans une sorte de bible de 120 pages intitulée “Principes”. Il y compare notamment 84 fois le fonctionnement des hommes à celui des machines, a comptabilisé le magazine Fortune. C’est un condensé en 277 points de la philosophie du travail de Ray Dalio, qui estime que “les émotions nuisent au fonctionnement optimal de la machine humaine”, résume le magazine Fortune. PriOS est censé pouvoir répondre à toute question que se poserait un employé en puisant dans ces “Principes”.

Transparence trop radicale ?

L’algorithme sera aussi nourri par un flot immense et continu de données que Bridgewater collecte depuis des années sur le travail de chacun des collaborateurs. Il pourra ainsi avoir accès à la retranscription de chaque discussion, chaque réunion qui se déroulent dans l’entreprise. Elles sont toutes enregistrées et numérisées afin d’être mises à disposition de tous pour satisfaire à l’un des principes essentiels pour Ray Dalio : la “transparence radicale”.

Les collaborateurs sont également équipés d’un lot d’applications qu’ils utilisent au quotidien et qui produisent tout autant de précieuses données. L’une des plus importantes est “dots collector” (collecteur de points) qui permet de noter le travail des collègues d’après une douzaine de critères (efficacité, rapidité etc.). Les résultats permettent d’établir des fiches qui indiquent, pour chaque salarié, les forces et les faiblesses. Une autre application, “The Contract” (le contrat), oblige les employés à définir des buts à atteindre et indiquer leur progression. Les salariés sont aussi invités, notamment durant les réunions, à créer des sondages pour juger de la pertinence d’une proposition ou “même de l’utilité de la réunion”, note le Wall Street Journal.

Un ensemble de pratiques qui suscite le jugement perpétuel et explique la raison pour laquelle Bridgewater Associates est réputée pour le nombre de nouvelles recrues qui démissionnent durant la première année. Dans un entretien accordé au New York Times, Ray Dalio a reconnu que plus de 30 % des nouveaux arrivants ne supportent pas cette “transparence radicale”, faite de critiques souvent brutales qui sont ensuite consignées et consultables par tous.

PriOS représente l’aboutissement logique de cette culture de la donnée et de la “transparence radicale”. Pour Ray Dalio, c’est aussi une assurance “que son groupe continue à fonctionner selon sa philosophie même lorsqu’il ne sera plus aux commandes”, souligne le quotidien britannique The Guardian. La question de la succession de l’influent dirigeant de 66 ans se pose avec de plus en plus d’insistance. Il avait décidé au début de l’année 2016 de prendre du recul et devenir le mentor de potentiels successeurs. Mais l’expérience a fait long feu. Ray Dalio a repris les rênes de son groupe avant l’été. PriOS pourrait donc devenir son dauphin désigné. Reste à savoir qui des banquiers ou de l’algorithme sera plus efficace à ses yeux.

Première publication : 27/12/2016

a48c250b6d.jpeg

Ray Dalio, le patron du plus important hedge fund au monde, Bridgewater Associates, développe un algorithme qui pourrait lui succéder afin de perpétuer la controversée culture d’entreprise qu’il impose à ses collaborateurs.

D’ici cinq ans, les trois quarts des décisions managériales seront prises par un algorithme au sein de Bridgewater Associates, le plus important hedge fund au monde. Du moins, tel est le plan de Ray Dalio, le PDG de ce mastodonte de l’investissement qui gère 160 milliards de dollars, d’après le quotidien américain Wall Street Journal.

Ce patron milliardaire a fait appel à David Ferrucci, qui était en charge du développement du système d’intelligence artificielle d’IBM Watson, pour diriger le Systematized Intelligence Lab, une unité de recherche mise en place en 2015, dont l’un des objectifs est de créer cette intelligence artificielle managériale.

Suivi de très près par l’algorithme

Ce projet d’automatisation des prises de décision, baptisé “The Book of future” (le livre du futur) ou Principles Operating System (PriOS, le système d’exploitation des principes), n’entend pas seulement confier à un logiciel le soin de définir une stratégie générale d’investissement. Ray Dalio souhaite que son futur algorithme puisse gérer jusqu’au moindre détail de la vie de l’entreprise et du quotidien de ses employés. La machine doit pouvoir décider des promotions internes, de l’évaluation des candidats à l’embauche et de l’agenda des salariés.

Ces derniers seront suivis de très près par PriOS. Ray Dalio imagine un algorithme capable de jauger l’opportunité pour un employé de répondre à tel ou tel coup de fil, précise le Wall Street Journal qui s’est entretenu avec des salariés et des ex-employés de Bridgewater Associates. “L’algorithme est en cours de développement et les contours précis de ses fonctions sont encore discutées en interne”, précise le quotidien.

Les ambitions du PDG de Bridgewater peuvent paraître démesurées. Mais elles correspondent à la culture d’entreprise que le fondateur du hedge fund inculque à ses collaborateurs. Mieux, PriOS apparaît comme une extension informatique du style managérial de Ray Dalio. “C’est comme s’il cherchait à transférer son cerveau dans l’ordinateur”, a ainsi affirmé un employé sous couvert de l’anonymat au Wall Street Journal.

If this is what Ray Dalio and others means by the singularity, I’d prefer to simply die when I get old.https://t.co/eWoUOAo9NU

— Cathy O’Neil (@mathbabedotorg) 23 décembre 2016

Car Bridgewater Associates est non seulement connu à Wall Street pour ses succès financiers, mais aussi pour sa culture d’entreprise hétérodoxe. Ray Dalio a consigné le code de travail et de comportement qu’il attend de ses collaborateurs dans une sorte de bible de 120 pages intitulée “Principes”. Il y compare notamment 84 fois le fonctionnement des hommes à celui des machines, a comptabilisé le magazine Fortune. C’est un condensé en 277 points de la philosophie du travail de Ray Dalio, qui estime que “les émotions nuisent au fonctionnement optimal de la machine humaine”, résume le magazine Fortune. PriOS est censé pouvoir répondre à toute question que se poserait un employé en puisant dans ces “Principes”.

Transparence trop radicale ?

L’algorithme sera aussi nourri par un flot immense et continu de données que Bridgewater collecte depuis des années sur le travail de chacun des collaborateurs. Il pourra ainsi avoir accès à la retranscription de chaque discussion, chaque réunion qui se déroulent dans l’entreprise. Elles sont toutes enregistrées et numérisées afin d’être mises à disposition de tous pour satisfaire à l’un des principes essentiels pour Ray Dalio : la “transparence radicale”.

Les collaborateurs sont également équipés d’un lot d’applications qu’ils utilisent au quotidien et qui produisent tout autant de précieuses données. L’une des plus importantes est “dots collector” (collecteur de points) qui permet de noter le travail des collègues d’après une douzaine de critères (efficacité, rapidité etc.). Les résultats permettent d’établir des fiches qui indiquent, pour chaque salarié, les forces et les faiblesses. Une autre application, “The Contract” (le contrat), oblige les employés à définir des buts à atteindre et indiquer leur progression. Les salariés sont aussi invités, notamment durant les réunions, à créer des sondages pour juger de la pertinence d’une proposition ou “même de l’utilité de la réunion”, note le Wall Street Journal.

Un ensemble de pratiques qui suscite le jugement perpétuel et explique la raison pour laquelle Bridgewater Associates est réputée pour le nombre de nouvelles recrues qui démissionnent durant la première année. Dans un entretien accordé au New York Times, Ray Dalio a reconnu que plus de 30 % des nouveaux arrivants ne supportent pas cette “transparence radicale”, faite de critiques souvent brutales qui sont ensuite consignées et consultables par tous.

PriOS représente l’aboutissement logique de cette culture de la donnée et de la “transparence radicale”. Pour Ray Dalio, c’est aussi une assurance “que son groupe continue à fonctionner selon sa philosophie même lorsqu’il ne sera plus aux commandes”, souligne le quotidien britannique The Guardian. La question de la succession de l’influent dirigeant de 66 ans se pose avec de plus en plus d’insistance. Il avait décidé au début de l’année 2016 de prendre du recul et devenir le mentor de potentiels successeurs. Mais l’expérience a fait long feu. Ray Dalio a repris les rênes de son groupe avant l’été. PriOS pourrait donc devenir son dauphin désigné. Reste à savoir qui des banquiers ou de l’algorithme sera plus efficace à ses yeux.

Première publication : 27/12/2016