Archive for January 9th, 2017

L’ancien chef du “gang des barbares”, Youssouf Fofana, a été condamné mardi à une peine de 10 ans de prison pour tentatives d’extorsion de fonds et menaces de mort. En 2009, il avait été condamné à perpétuité pour l’assassinat d’Ilan Halimi.

Incarcéré depuis 2006 pour le meurtre d’Ilan Halimi, Youssouf Fofana a écopé, mardi 10 janvier, d’une peine de 10 ans de prison pour des tentatives d’extorsion et des menaces entre 2002 et 2004. Cette condamnation du tribunal correctionnel de Paris, qui a suivi les réquisitions du procureur Youssef Badr, est assortie d’une période de sûreté des deux tiers.

Pour justifier cette peine, la présidente de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, Isabelle Prévost-Desprez, a souligné la “gravité extrême” des faits.

“Je suis le trader de la terreur”

Lors de l’audience, le prévenu âgé de 36 ans, vêtu d’une veste de costume sur une chemise à carreaux, s’est présenté comme un “trader de la terreur”, avant de demander rapidement à retourner en détention. “Emmenez Monsieur Fofana”, a alors réagi Isabelle Prévost-Desprez.

Il était accusé d’avoir envoyé, entre 2002 et 2004, des lettres de menaces et des

demandes de rançons à une quarantaine de personnes, pour la plupart dirigeantes d’entreprises, de Rolex à Whirlpool en passant par Toshiba.

“Montée en puissance”



“Aujourd’hui, on avait la possibilité de comprendre la montée en puissance” de Youssouf Fofana, a regretté le procureur Youssef Badr lors de son réquisitoire, évoquant des tentatives d’extorsion qui pourraient presque passer pour celles d’un “amateur” mais qui constituaient les prémices de l’assassinat en 2006 d’Ilan Halimi, supposé riche parce que juif.

En 2009, Youssouf Fofana a été condamné à la réclusion à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans – jusqu’à 2028 – pour l’assassinat d’Ilan Halimi. Enlevé le 20 janvier 2006 à Sceaux, où il avait été attiré dans un guet-apens par une jeune fille servant d'”appât”, le jeune homme de 23 ans a été retrouvé agonisant après de vaines

négociations avec sa famille pour une rançon de 450 000 euros.

Quatre ans auparavant, cinq personnes recevaient des menaces accompagnées de demandes de paiement d’un impôt revendiqué au nom du Front de libération de la Palestine. En 2004, d’autres victimes recevaient des lettres similaires sous couvert des groupes “MAFIA K1 FRY” et “Armata Corsa”.

Agressions en prison



Il a fallu attendre février 2006 pour que des rapprochements entre ces tentatives d’extorsion de fonds et l’assassinat d’Ilan Halimi mènent les enquêteurs jusqu’à Youssouf Fofana. Ce dernier a reconnu son implication dans ces faits en 2007 et 2008.

Condamné à 11 reprises entre 2000 et 2013, notamment pour vols et violences aggravées et apologie du terrorisme, Youssouf Fofana est détenu à la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne), la plus sécurisée de France. Il y a agressé plusieurs surveillants.

Avec AFP et Reuters

Première publication : 10/01/2017

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La Commission européenne a donné son feu vert au plan de recapitalisation d’Areva par l’État français. Le spécialiste français du nucléaire a demandé une suspension du cours de son action pour éviter les mouvements spéculatifs.

C’est un “oui, mais…” que Bruxelles a adressé à Paris dans le très épineux dossier du sauvetage d’Areva. La Commission européenne a donné, mardi 10 janvier, son feu vert sous conditions au plan de refinancement du géant français du nucléaire qui croule sous les dettes et tente de se recentrer sur la gestion du combustible nucléaire (comme l’extraction d’uranium et la fabrication du fuel).

Cette très attendue décision européenne intervient quelques heures après qu’Areva a demandé la suspension de sa cotation en Bourse pour “éviter tout mouvement spéculatif”. Même après l’annonce de Bruxelles, le groupe a demandé que la suspension soit maintenue “dans l’attente d’un nouveau communiqué”.

“Nouvelle étape dans la restructuration”

Le feu vert de la Commission européenne implique que l’État français, actionnaire à 85 % d’Areva, peut avancer 4,5 milliards d’euros sur les 5 milliards nécessaires à la recapitalisation du groupe. L’autorité européenne ne considère pas qu’il s’agit d’une aide publique illégale. Le reste de l’argent doit provenir des Japonais Mitsubishi et JNFL.

“Nous venons de franchir une nouvelle étape dans la restructuration du groupe. Nous continuons à travailler avec détermination à la mise en place du ‘nouvel Areva'”, a réagi une porte-parole du groupe français interrogée par Reuters. C’est surtout un feu vert crucial : Areva ne pouvait faire face seul aux sept milliards d’euros de dette à rembourser. Sans l’accord de la Commission européenne, l’avenir du géant du nucléaire était sérieusement compromis.

L’Autorité de la sécurité nucléaire décisive

Mais le tour n’est pas encore joué. La Commission européenne a conditionné son accord à deux points qui peuvent encore poser problème. Areva doit, tout d’abord, obtenir le feu vert de l’Autorité de la sécurité nucléaire (ASN) au sujet de la conformité de la cuve de l’EPR (réacteur de troisième génération) en construction à Flamanville. L’ASN est censée rendre son rapport dans les mois qui viennent. Deuxième hic : Bruxelles attend que le rachat des activités réacteurs d’Areva par EDF soit validé. Mais le géant de l’électricité a, lui-même, conditionné son offre à un feu vert de l’ASN.

Les opérations de recapitalisation ne peuvent donc pas débuter avant que cette autorité ne publie ses conclusions. En attendant, pour sortir Areva de l’ornière financière, l’État a consenti au groupe un prêt d’actionnaire de 3,3 milliards d’euros, également approuvé par Bruxelles. Le feuilleton Areva pourra donc encore connaître des rebondissements.

Avec AFP et Reuters

Première publication : 10/01/2017

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Tout en faisant preuve de bonne volonté, les constructeurs automobiles ne bouleversent pas leurs plans d’investissements face aux menaces de Donald Trump. Directement concerné par l’intimidation du président élu, le Mexique pourrait saisir l’OMC.

Depuis le 9 janvier, l’industrie automobile tient sa grand-messe annuelle à Détroit, dans le Michigan. Dans ce haut lieu de la construction automobile, l’interventionnisme de Donald Trump, qui est parti en croisade contre les délocalisations au Mexique, est au centre des discussions. Mettant en application son slogan “America First !”, le président élu menace, depuis quelques semaines, les constructeurs de mettre en place des droits de douane plus contraignants. La réponse des principaux intéressés ? Multiplier les déclarations vantant leurs investissements américains.

Attaqué par Donald Trump sur Twitter le 5 janvier, Toyota a tendu la main au futur président des États-Unis à Détroit, en insistant sur un plan d’investissement de 10 milliards de dollars sur le territoire américain. Toutefois, hors de question de renoncer à ses intérêts mexicains pour le moment.

Toyota Motor said will build a new plant in Baja, Mexico, to build Corolla cars for U.S. NO WAY! Build plant in U.S. or pay big border tax.

— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) 5 janvier 2017

L’industrie automobile allemande a elle aussi tenu à montrer patte blanche en rappelant via Mathias Wissman, le président de la fédération VDA, qui regroupe notamment Daimler, BMW et Volkswagen, qu’elle avait “quadruplé (sa) production aux États-Unis entre 2009 et 2016”.

Mais au-delà de cette déclaration diplomatique, Matthias Wissman a glissé un tacle à Donald Trump en soulignant qu'”il serait habile de ne pas remettre en question l’absence de taxes à l’importation au sein de l’Alena”. Quitter l’association de libre-échange américaine visant à baisser voire supprimer les tarifs douaniers entre le Mexique et les États-Unis est pourtant le cœur de la stratégie de Donald Trump pour faire revenir les usines automobiles sur la bonne rive du Rio Grande.

Rapatrier les usines aux États-Unis

Le Mexique est aujourd’hui le quatrième pays exportateur de véhicules légers dans le monde et le septième fabricant mondial de voitures. Ce pays ne compte pas de constructeur automobile national mais 80 % des véhicules assemblés sont destinés à l’exportation, principalement vers les États-Unis (72,2 % des exportations) grâce au traité de libre-échange nord-américain (Alena).

Mis en cause régulièrement durant la campagne de Donald Trump, Ford a renoncé début janvier à un investissement de 1,6 milliard au Mexique. Une preuve d’efficacité du président élu ? Pas vraiment. Derrière cette obséquiosité se cachent des raisons purement pragmatiques, comme nous le soulignions dans un précédent article.

>> À lire sur France 24 : Ford cède bien volontiers à Trump

Autre constructeur très présent au Mexique, Fiat-Chrysler a lui caressé le tumultueux milliardaire dans le sens du poil et annoncé rapatrier aux États-Unis la production d’un pick-up, ce qui se traduirait par la création de 2 000 emplois.

Pas de changements majeurs pour General Motors et Renault-Nissan

Le “protectionnisme par le tweet” semble toutefois atteindre ses limites. Attaqué dans un message de 140 caractères le 3 janvier, le géant américain Général Motors a totalement exclu de céder à Donald Trump, comme le souligne le média d’opposition mexicain Aristegui Noticias. Sa directrice générale Mary Barra a estimé qu’il était extrêmement difficile d’annuler les investissements prévus au Mexique : “Ce sont des négociations sur le long terme avec des investissements en capitaux très intensifs. Ces décisions ont été prises il y a deux, trois ou quatre ans”, explique la dirigeante de General Motors. Rejetant tout changement de stratégie, elle estime “qu’il est trop tôt pour spéculer” sur l’impact de la politique économique de Donald Trump.

General Motors is sending Mexican made model of Chevy Cruze to U.S. car dealers-tax free across border. Make in U.S.A.or pay big border tax!

— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) 3 janvier 2017

Du côté de Renault-Nissan, on ne panique pas non plus devant l’agressivité du président élu. Sans rien changer à sa stratégie, son PDG Carlos Goshn a estimé que les ambitions du milliardaire pouvaient très bien être “compatibles” avec les intérêts du constructeur qui, avec General Motors, Fiat Chrysler, Ford et Volkswagen, fait partie des principaux exportateurs depuis le Mexique.

Le Mexique pourrait saisir l’OMC

Le Mexique n’a cependant pas l’intention de rester sans rien faire face aux intimidations de Donald Trump. Devant la menace de tarifs douaniers rehaussés entre les deux pays, le gouvernement serait en droit de saisir de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) si les barrières douanières dépassent un certain seuil, comme l’a souligné l’Association mexicaine de l’industrie automobile (Amia) le 9 janvier.

Pour taxer l’importation d’automobiles en provenance du Mexique, les États-Unis devraient d’abord quitter l’Alena, a rappelé Eduardo Solis, président de l’Amia. Si le président américain élu choisissait cette option, les États-Unis resteraient toutefois assujettis aux règles de l’OMC, organisation dont ils sont membres et “qui leur interdit d’imposer des taxes supérieures à 2,5 %” pour les véhicules légers et “de 25 % pour les pick-ups”, selon Eduardo Solis.

Avec AFP

Première publication : 10/01/2017

La justice française a écarté définitivement mardi la qualification terroriste de l’affaire de Tarnac, l’enquête sur un groupuscule d’ultra-gauche accusé d’avoir saboté des lignes de la SNCF en 2008.

La Cour de cassation n’a donc pas suivi le parquet général de Paris. La plus haute juridiction française a définitivement écarté, mardi 10 janvier, la qualification terroriste pour les poursuites contre Julien Coupat et les autres membres du groupe de Tarnac.

“Il n’existe pas de charges suffisantes permettant de retenir que les infractions (…) auraient été commises en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur”, note la Cour de cassation.

Les huit personnes seront donc jugées devant un tribunal correctionnel, dont quatre sous le chef d'”association de malfaiteurs”, pour des dégradations sur des lignes TGV en novembre 2008.

Les juges d’instruction étaient arrivés à cette conclusion en août 2015. Ils n’avaient pas retenu de qualification terroriste, mais seulement une opération de dégradations sur des lignes TGV dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, à Dhuisy (Seine-et-Marne), à l’encontre de Julien Coupat et de son ex-épouse Yildune Lévy, qui nient les faits.

Un “acharnement” pour la défense



Le parquet de Paris avait fait appel, en s’appuyant en particulier sur le fameux pamphlet signé par le Comité invisible, “L’Insurrection qui vient”, qu’il attribue à Julien Coupat et qui selon lui ne laisserait “aucun doute quant à la finalité de renverser par la violence l’État et détruire la société occidentale actuelle”.

Cet appel avait échoué devant la chambre de l’instruction. Le parquet général de Paris avait alors pris le relais en formant un pourvoi en cassation, s’attirant des reproches d'”acharnement” de la part de la défense.

L’affaire avait suscité en 2008 un retentissement politique et médiatique très important, la ministre de l’Intérieur de l’époque Michèle Alliot-Marie n’hésitant pas à agiter le spectre de “risques de résurgence violente de l’extrême gauche radicale”.

Avec AFP

Première publication : 10/01/2017

De nombreux migrants ont reformé, depuis quelques jours, des mini-campements autour du centre humanitaire de Paris. La police, qui tente de les déloger, est accusée de violences et d’avoir confisqué des couvertures.

Ils sont installés entre le boulevard Ney et le boulevard des Maréchaux, dans le nord de Paris, coincés entre les pots d’échappement des deux voies de circulation qui encerclent leur mini-campement. David, 18 ans, et Bereket, 16 ans, deux jeunes Érythréens, ont installé leurs tentes là, à quelques mètres seulement du centre humanitaire de Paris. En tout, ils sont une petite quinzaine. Tous affirment être arrivés il y a deux semaines, après être passés par l’Italie.

Pour survivre, ils s’appuient sur les ONG. “Les associations nous aident. Elles viennent souvent nous voir pour nous demander si on a besoin de quelque chose. De ce côté-là, tout va bien”, explique Bereket, dans un anglais parfait, emmitouflé dans sa doudoune. Le jour “ça va”, continue-t-il, ce qui est compliqué, c’est l’arrivée de la nuit. Il fait froid, très froid. Sans les couvertures offertes par les associations, le jeune garçon ne sait pas comment il tiendrait.

#Paris : 8 #migrants proches de l’hypothermie pris en charge par #MSF. La #police doit cesser de les harceler @croisepattes@Anne_Hidalgo

— MSF France (@MSF_france) 7 janvier 2017

Bereket n’a pas entendu parler du communiqué de Médecins sans Frontières (MSF), qui stipule que la police confisquerait les couvertures des migrants pour empêcher la reformation de campements dans Paris. En une semaine, les équipes de MSF “ont déjà dû prendre en charge huit personnes proches de l’hypothermie”.

>> À lire : Après Calais, quel avenir pour les “mini-jungles” de Paris ?

Lundi 9 janvier, le ministre de l’Intérieur, Bruno Le Roux, s’était offusqué de la mise en cause des forces de l’ordre. “Je ne partage absolument pas la vision [de MSF]”, avait-il déclaré. Depuis le mois de novembre, il n’existe officiellement plus aucun camp de migrants dans la capitale française.

“Ils nous réveillent à l’aube presque tous les matins”

Bereket et David côtoient tous les jours les forces de l’ordre, mais ils ne se plaignent pas de violences. “Ils nous réveillent à l’aube presque tous les matins et nous demandent de rejoindre la file d’attente pour le centre [de La Chapelle]. Ils nous demandent de partir”. Selon les deux jeunes garçons, jamais la police n’a confisqué leurs couvertures ni saisi leurs tentes. “Comment on ferait sinon ?”, demande naïvement Bereket. Le petit groupe ne sait pas, en revanche, si les autres mini-campements, à plusieurs dizaines de mètres d’eux, de l’autre côté du boulevard, ont eu la même chance qu’eux.

#LaChapelle#migrants La police les réveille chaque matin pour partir mais ne prend pas leurs couvertures, disent-ils. pic.twitter.com/R3f25zfmr8

— Charlotte Boitiaux (@chaboite) 10 janvier 2017

Apparemment pas, selon Utopia 56, une association d’aide aux migrants. Présente quotidiennement devant le centre humanitaire du 18e arrondissement, l’association confirme les allégations de MSF. “Nous avons constaté des dispersions des migrants présents sous les ponts aux abords du centre”, explique Yvan, coordinateur de l’association à Paris. “Pendant les vacances de Noël, il n’y a rien eu, mais depuis deux semaines, je dirais que des policiers sont venus deux ou trois fois. Ils ont récupéré des sacs de couchages et des tentes”.

Chaque soir, pour protéger les migrants du froid, les bénévoles d’Utopia 56 distribuent devant le centre humanitaire une centaine de couvertures qu’ils récupèrent le lendemain dans la file d’attente. Les duvets sont alors “décontaminés” avant d’être redistribués. De nombreux migrants patientent jour et nuit devant l’entrée du centre de La Chapelle, qui affiche complet, dans l’espoir d’une place d’hébergement. Mais le centre parisien ne laisse passer qu’au compte-goutte de nouveaux arrivants, ses 400 places en chambres chauffées étant toutes occupées. En plein hiver et avec des températures qui passent sous la barre de 0 degré la nuit, dormir dehors peut avoir des conséquences dramatiques.

La France des droits de l’homme s’effondre aujourd’hui aussi brutalement que la température extérieure #honte#inhumanitéhttps://t.co/HATiwhQLVA

— Eva Joly (@EvaJoly) 7 janvier 2017

L’omniprésent rêve anglais

Pour remédier au problème, Emmaüs, le gestionnaire du centre d’accueil, a mis en place, la semaine dernière, un nouveau mode de fonctionnement : l’association fixe désormais des rendez-vous nominatifs aux personnes qui patientent à l’extérieur. Elle espère ainsi inciter les migrants à ne pas rester dormir devant le centre, la nuit.

Bereket et David ne se sentent pas concernés par ce dispositif. Ils ne veulent pas intégrer le centre mais rejoindre le Royaume-Uni. Pour cela, ils cherchent à rallier Calais, même si la “jungle” n’existe plus. Paris n’est qu’une étape, une transition. “Nous restons ici en attendant de savoir comment aller dans le Nord, sans se faire attraper par la police”, explique David. “Ici [dans le centre humanitaire] ils prennent nos empreintes digitales. Je ne veux pas y aller, même pour y être au chaud”.

>> À lire : Comment fonctionne le camp de réfugiés à La Chapelle ?

Le centre parisien “de premier accueil” pour migrants a ouvert le 10 novembre. Plus de 2 200 hommes seuls y ont été transité depuis, pour une durée de cinq à dix jours. L’État et la Ville de Paris ont promis 200 places supplémentaires. Le centre a été créé pour mettre fin au cycle qui a vu s’enchaîner l’installation et le démantèlement d’une trentaine de campements dans le nord de la capitale depuis l’an dernier.

Première publication : 10/01/2017

Originaire de la région de Nangarhâr en Afghanistan, Omaid vit depuis un an en France. Il rêve de pouvoir rentrer dans son pays natal, mais en attendant, il a repris les études… à Sciences-Po.

Omaid Shegiwal paraît plus jeune que son âge, aussi bien par son apparence physique que sa manière d’être. Le jeune homme a les traits tirés mais un sourire éclaire son visage. À 28 ans, il a tout quitté en Afghanistan pour rejoindre la France, laissant derrière lui sa femme et ses deux enfants en bas âge. Un père médecin, un travail à l’ambassade américaine : Omaid était pourtant promis à un bel avenir. Mais menacé par les Taliban, il a dû fuir son pays en septembre 2015. Avec un visa touriste, il se réfugie en France, où vit un de ses cousins. Il fait alors une demande d’asile et, en mai dernier, son dossier est accepté. Il obtient le statut de réfugié et un titre de séjour de 10 ans.

S’intégrer au plus vite

Un jour, en cherchant sur Internet comment reprendre les études, le jeune homme, dont les cheveux foncés encadrent le visage, tombe sur le programme “Welcome refugees” de l’association Wintegreat. Fondé par deux étudiants de 21 ans pour “redonner du lien social et intégrer au mieux les migrants”, le programme propose 20 heures de cours par semaine tout au long de l’année scolaire dans des grandes écoles. Des cours de français, d’anglais et de vivre-ensemble sont dispensés à un groupe de 20 réfugiés. Et c’est à Sciences-Po, “cette mythique école, connue dans le monde entier” comme il la décrit, que Omaid reprend le chemin de l’école.

Plus qu’un enseignement, le programme “Welcome refugees” lui permet de faire de nouvelles rencontres et d’éviter le sentiment d’isolement, que de nombreux réfugiés ressentent dans un nouveau pays car confrontés à une langue inconnue et pour la plupart, à une culture bien différente de la leur. Omaid se souvient d’ailleurs de son premier étonnement à son arrivée en France. “En Afghanistan, quand on va au restaurant, c’est toujours l’homme le plus âgé qui paye l’addition. Ici, vous partagez. Je trouve ça super” s’amuse-t-il.


En Afghanistan, Omaid travaillait à l’ambassade américaine. © Omaid Shegiwal

Les cours de vivre-ensemble permettent, par exemple, de se familiariser avec les us et coutumes de la France, à travers des leçons d’histoire, de vie politique mais aussi des enseignements sur les médias. “Une bonne manière pour s’intégrer” résume Omaid. Entre deux cours, il passe beaucoup de temps à la bibliothèque, “pour apprendre au plus vite le français”, clé de l’intégration selon lui. Il regarde aussi de nombreux films et écoute de la musique. “J’adore Indila et Stromae. Et en plus, ça me permet d’apprendre le français d’une manière ludique”. Ou comment allier l’utile à l’agréable.

À la rentrée prochaine, il espère être admis au master “politiques publiques : administration publique” de Sciences-Po. D’ici là, le jeune homme, qui soigne toujours son apparence vestimentaire, souhaite trouver un emploi le plus rapidement possible. Fort de son expérience à l’ambassade en Afghanistan, il postule dans le secteur administratif.

S’occuper pour éviter de penser

Le quotidien d’Omaid ne se résume pas seulement à ces activités. Deux fois par semaine, pendant 2 heures, il aide les migrants avec l’association Utopia56 et le comité de soutien des migrants de La Chapelle. En tant qu’interprète bénévole, il fait le lien entre les institutions, les associations et les réfugiés afghans. Omaid participe également aux distributions de vêtements. Et quand le jeune afghan rentre chez lui, il cuisine pour ensuite partager le repas avec des migrants qui dorment dans les rues de Paris. En somme, il ne s’arrête jamais. Son temps libre, il le passe à visiter la ville et ses environs : parcourir le musée d’Orsay, se balader dans les jardins du château de Versailles ou encore flâner dans les rues de la capitale avec ses nouveaux amis.


Omaid se donne deux ans pour réussir en France, sinon il retournera dans son pays. © Omaid Shegiwal

Derrière ce rythme intense se cache le besoin d’être occupé, de ne pas trop penser et “d’éviter d’avoir de mauvaises idées, de déprimer”. Car sa vie d’avant lui manque. En premier lieu, sa femme et ses enfants. Chaque jour, grâce à Internet, il correspond avec eux. Mais le virtuel ne remplace pas le réel. Il repense aussi souvent à son travail en Afghanistan. Difficile de tout reprendre à zéro. “J’avais une vie confortable chez moi mais c’est comme ça” lâche-t-il d’un ton fataliste. “Au pays, je gagnais 1 500 dollars par mois. Aujourd’hui je touche 470 euros de la CAF (NDLR : Caisse d’allocations familiales). Ça me permet de payer mon loyer” explique celui qui vit avec son cousin et trois autres personnes dans un petit appartement de Saint-Denis, en région parisienne. Quand il parle de son pays, ses yeux brillent. Sur son téléphone, les nombreuses photos de sa vie en Afghanistan en témoignent. Mais comme toujours, il ne perd pas son naturel optimiste. “Quand j’aurai un travail, j’essayerai de faire venir ma femme et mes enfants” renchérit-il. Cependant, Omaid ne s’attendait pas à ce que les choses soient si compliquées. “Je pensais que j’aurais vite un appartement, que trouver du travail serait plus facile” confesse-t-il. Il se donne deux ans pour y arriver. Sinon il retournera chez lui où, il espère, les Taliban ne le chercheront plus.

Première publication : 10/01/2017

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Le PDG du géant du luxe LVMH, Bernard Arnault, a rencontré le président élu Donald Trump à New York, lundi. L’homme d’affaires est la première personnalité française a être reçue par le futur locataire de la Maison Blanche.

C’est une rencontre qui pèse lourd… en terme de fortune. Le président élu américain et multi-milliardaire, Donald Trump, a acceuilli à la Trump Tower, lundi 9 janvier, le PDG du géant du luxe LVMH Bernard Arnauld, dont la fortune est estimée à 30,33 milliards d’euros. L’homme d’affaires est la première personnalité française reçue par le futur locataire de la Maison Blanche.

Donald Trump a qualifié son interlocuteur de “grand homme” avec lequel il avait parlé de “grandes choses, de choses merveilleuses”. Celui qui affirme mettre l’emploi américain au cœur de son action a ajouté qu’il avait été question avec Bernard Arnault “d’emplois, de beaucoup d’emplois”.

JUST IN: Trump speaks to reporters in Trump Tower lobby again after meeting with the chief executive of luxury goods company LVMH. pic.twitter.com/ZsJ3VMo1b9

— CNBC Now (@CNBCnow) 9 janvier 2017

Bernard Arnault et Jack Ma

LVMH dispose, à quelques pas de la Trump Tower, d’un des magasins Vuitton les plus emblématiques de la planète. Bernard Arnault a précisé qu’il comptait développer Vuitton aux États-Unis “en raison du succès de ces produits”. Il a également évoqué de façon lapidaire “un projet d’implantation au Texas ou en Caroline”. Vuitton dispose déjà d’un atelier de production à San Dimas, en Californie, où le maroquinier de luxe fabrique des produits pour le marché américain depuis 25 ans.

Dans la même journée, Donald Trump a également rencontré Jack Ma, l’emblématique patron et fondateur d’Alibaba, le géant chinois du commerce en ligne. Ce symbole d’un succès économique chinois souvent critiqué par Donald Trump a assuré qu’il avait trouvé le président élu “ouvert d’esprit”. Jack Ma a précisé que les deux hommes avaient notamment discuté des petites et moyennes entreprises dans les États du Midwest.

Première publication : 10/01/2017