Archive for January 13th, 2017

Les jeunes socialistes ont fait passer un grand oral samedi, à Paris, aux candidats à la primaire de la gauche. L’occasion de sonder une jeunesse souvent tiraillée entre plusieurs candidats et parfois tentée d’aller voir ailleurs qu’au PS.

Une demi-heure chacun, et pas une minute de plus. Tout au long de la journée du samedi 14 janvier, les candidats à la primaire de la gauche se sont succédés sur la scène de la Bellevilloise, à Paris, pour présenter, devant les jeunes socialistes, leur idées pour la jeunesse. Le tutoiement était de rigueur pour ce rendez-vous intitulé “Les jeunes font la primaire”. Seule Sylvia Pinel n’est finalement pas venue au rendez-vous.

>> À lire sur France 24 : “Primaire de la gauche : des divergences mais un premier débat sans passion ni vainqueur”

Premier à ouvrir le bal : Manuel Valls. Très formel, l’ancien Premier ministre a semblé peu à l’aise devant les jeunes socialistes… qui l’ont d’ailleurs bien moins applaudi que ses concurrents. Il faut dire qu’entre l’affaire Leonarda et la Loi travail, ses relations avec le MJS (Mouvement des Jeunes Socialistes), plus marqué à gauche que le PS, ont été houleuses lorsqu’il dirigeait le gouvernement.

Mais il avait quelques soutiens dans la salle… comme Arnaud, 25 ans. Militant au MJS depuis quatre ans, il estime qu’ils sont 20 à 25 % au sein du mouvement, à soutenir, comme lui, l’ancien Premier ministre.

S’il concède quelques “désaccords ponctuels” sur l’ensemble du quinquennat, même la Loi travail, si décriée à gauche, trouve grâce à ses yeux – “enfin, dans sa deuxième version”-, précise-t-il. S’il envisage également de voter pour Vincent Peillon, il est plus critique à l’égard des autres candidats. Arnaud Montebourg ? “Au niveau européen, son programme pêche, et sur l’écologie, c’est le néant total”. Benoît Hamon ? “Son idée de revenu universel est intéressante mais ce n’est pas d’actu pour 2017”. Surtout, il reproche à ce dernier d’avoir cherché à “barrer la route au gouvernement”.

>> À lire sur France 24 : “Le pavé du revenu universel dans la mare de la gauche”

Fan de Michel Rocard

Mais si Manuel Valls semble être, pour lui, le choix de la raison, celui qui l’enflamme vraiment- “pour son charisme, son sens du dialogue social, son ouverture sur le plan des mœurs” – n’est pas candidat. Et pour cause, il s’agit de… Michel Rocard. Arnaud porte d’ailleurs un tee-shirt à l’effigie de celui qui a incarné “la nouvelle gauche”, décédé en juillet 2016 . Quand on lui fait remarquer qu’Emmanuel Macron revendique, en partie, l’héritage de Michel Rocard, Arnaud botte en touche : “tous les candidats le font un peu”.

Plus détendu, et aussi plus applaudi, Vincent Peillon a parlé laïcité et éducation, non sans égratigner, sans les nommer, Manuel Valls – “nous nous sommes laissés gagnés par les thèses identitaires” – et Benoît Hamon et sa taxe sur les robots. C’est à lui que William, 22 ans, compte donner sa voix lors des deux tours de la primaire. Ce sympathisant de gauche venu d’Amiens avec deux amis plus militants voit en lui “un entre-deux” qui lui convient. Il juge en revanche Manuel Valls “trop autoritaire”et.Benoît Hamon “trop utopiste”. “Son idée de revenu universel n’est pas réaliste”, tranche-t-il.

“Arnaud, président !”

Du haut de ses 19 ans, Océane se dit de gauche “depuis toujours”. Elle agite son drapeau rose et blanc “Jeunes socialistes, le mouvement” à la fin des interventions de chaque candidat. Adhérente au mouvement depuis deux ans, elle est venue de Perpignan pour “entendre les arguments de chacun”. “Au MJS, beaucoup sont partis pour aller chez Macron et au FN”, déplore-t-elle. À son niveau, en relayant les positions des candidats socialistes, elle espère contribuer à détourner certains citoyens du vote FN.

Lorsqu’Arnaud Montebourg succède sur scène à François de Rugy, l’ambiance monte d’un cran. Des “Arnaud, président ! ” fusent. Après avoir longuement parlé de la sixième république, il dit croire en une victoire de la gauche à la présidentielle… à condition de “donner un coup d’épaule à l’Histoire”. Comme tout un petit groupe qui restera debout tout au long de son intervention, Adrien, 23 ans, n’est venu que pour lui. “C’est le seul qui parle aux classes populaires et aux classes moyennes”, juge-t-il. Et Benoît Hamon ? “Il est moins présidentiel”, lâche-t-il en emboîtant le pas au cortège Montebourg.

“Hamonistes” à 80 %

Voilà Benoît Hamon justement, accueilli par une ovation. Celui qui a commencé sa carrière au MJS en 1993 est ici en terrain conquis : les jeunes socialistes sont “hamonistes” à 80 %. La connivence avec son auditoire est évidente. Il y a de nombreux “Jeunes avec Hamon” dans l’assemblée.

C’est le cas d’Anaïs, 20 ans. Pour elle, Benoît Hamon est celui qui a “le meilleur diagnostic sur l’état de la société” et qui propose “les solutions les plus modernes”. Elle qui travaille 25 heures par semaine pour financer ses études, est particulièrement séduite par son projet de revenu universel. Un autre candidat la convainc sur les questions d’éducation : Vincent Peillon. Et si ni Benoît Hamon, ni Vincent Peillon ne remportait la primaire de la gauche ? “Alors je penserais à voter Mélenchon“.

Accueilli avec un enthousiasme très second degré, Jean-Luc Bennahmias conclut la journée en parlant dépénalisation du cannabis. La salle rit de bon cœur à ses traits d’humour… Pas sûr que cela lui suffise pour rallier des voix le 22 janvier prochain.

>> À lire sur Franec 24 : “Primaire de la gauche : le grain de sel de Jean-Luc Bennahmias “

Première publication : 14/01/2017

François Fillon a officiellement été investi candidat de la droite et du centre à la présidentielle. Lors du conseil national des Républicains samedi à la Mutualité, à Paris, il a affirmé son autorité face aux anciens soutiens de Nicolas Sarkozy.

“Que ma victoire ait pu décevoir certains je puis le concevoir, mais j’attends de mon parti de la responsabilité et de la discipline”. François Fillon a affiché son autorité face à ses troupes samedi 14 janvier, à l aMutualité, à Paris, lors du premier conseil national des Républicains depuis son plébiscite à la primaire de la droite et du centre.

Officiellement investi candidat à l’élection présidentielle d’avril prochain, l’ancien Premier ministre a délivré une fin de non-recevoir à ceux des anciens soutiens de Nicolas Sarkozy qui prônent des amendements “sociaux” à son programme libéral pour ne pas s’aliéner l’électorat populaire.

>> À lire : Sur la santé, Fillon veut “un audit des comptes sociaux” et promet une “concertation”

Je ne vais pas changer ce que je crois et ce que je veux en fonction des vapeurs des uns et des injonctions du microcosme. pic.twitter.com/hcLyqWDecH

— François Fillon (@FrancoisFillon) January 14, 2017

“Je ne vais pas changer ce que je crois et ce que je veux en fonction des vapeurs des uns et des autres”, a-t-il insisté à l’intention de Christian Estrosi, absent samedi, et de Laurent Wauquiez, qui a de nouveau fait entendre sa différence après avoir plaidé cette semaine pour le retour aux heures supplémentaires défiscalisées, mesure phare de Nicolas Sarkozy.

“L’unité n’est pas l’uniformité !”, a lancé à la tribune le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes. “Que les choses soient claires : François, tu as tout notre soutien”, mais “tu n’as pas besoin de clones autour de toi”.

Avant lui, Brice Hortefeux, qui ne s’est pas exprimé à la tribune, avait répété devant la presse son vœu de voir le programme “enrichi sur les questions sociales”.

“Ne tombons pas dans le piège de nos adversaires”

En réponse, plusieurs membres du parti ont tenté d’apaiser la situation en portant le “message d’unité” de l’ancien chef d’État. “Nicolas Sarkozy n’a pas d’héritier […] mais il a engagé la famille politique qu’il a construite à rester unie”, a par exemple dit Gérald Darmanin, ancien coordinateur de la campagne de Nicolas Sarkozy et maire de Tourcoing. “Ce message doit être entendu, […] ne pas rester unis serait un crime contre notre pays”.

Luc Chatel, président du conseil national et ancien conseiller politique de Nicolas Sarkozy, lui a fait écho : “Ne tombons pas dans le piège de nos adversaires. Utiliser les mots de la gauche, c’est céder à leur idéologie”.

Les fillonistes se sont chargés de répéter l’avertissement. “Quand on a une suggestion à faire à notre candidat, c’est à lui que nous la faisons, pas devant un micro”, a déclaré Bernard Accoyer, le nouveau secrétaire général des Républicains.

“La diversité n’a de sens que si elle orientée vers un projet collectif”, a souligné pour sa part Bruno Retailleau, coordinateur de la campagne de François Fillon.

Avec Reuters

Première publication : 14/01/2017

L’impact retentissant des cyberattaques sur la campagne présidentielle américaine ont alarmé les autorités françaises, qui sensibilisent les partis politiques aux risques de piratage qui planent sur la campagne pour la présidentielle de 2017.

Un président élu perçu comme l’otage d’une puissance étrangère rivale. Une élection majeure dont les dés ont été pipés à coups de cyberattaques et de campagnes d’influence. Une classe dirigeante divisée, et donc affaiblie, où le futur chef de l’État est en désaccord avec ses agences de renseignements – ses propres “grandes oreilles” selon la formule consacrée.

La prise de fonction mouvementée de Donald Trump aux États-Unis illustre tout ce que les autorités françaises souhaitent éviter pour la présidentielle de 2017. À cinq mois de l’élection, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) s’efforce ainsi de tirer les leçons du piratage de la campagne présidentielle américaine.

“On est manifestement face à des gens qui ne font pas des coups comme ça pour essayer. Il y a véritablement une stratégie d’ensemble qui inclut du cyber, de l’influence, de la diffusion d’informations (…) Ce sont des gens que l’on suit évidemment de près. Même si on ne peut pas être certain que ce sont absolument les mêmes, ce sont des attaquants qui tapent régulièrement à la porte de nos ministères”, explique à France 24 Guillaume Poupard, le directeur de cette agence en charge, notamment, de sécuriser la remontée du décompte des bulletins des bureaux de votes vers les préfectures et le ministère de l’Intérieur.

Les formations politiques en ligne de mire

En France comme aux États-Unis, les partis et les messageries des responsables politiques et membres des équipes de campagne sont le ventre mou par lequel des hackers ont le plus de chance de s’infiltrer.

L’attaque dévastatrice dont a été victime le Parti démocrate américain a ainsi commencé par une vaste campagne de phishing. Cette technique consiste à obtenir des renseignements personnels en faisant croire à la cible qu’elle s’adresse à une personne ou une entité de confiance. Une des méthodes les plus couramment utilisées est de diriger la victime vers la copie exacte d’un site internet à partir duquel elle entrera ses données de connexion – identifiants et mots de passe qui termineront évidemment dans l’escarcelle du hacker.

“On assiste en fait à un transfert de méthodes d’attaque qui existent déjà dans la domaine de l’espionnage industriel. Pour les formations politiques, il est même plus facile d’obtenir les organigrammes, l’identité des responsables ou des sous-traitants. Il y a une composante humaine et communicante beaucoup plus marquée. Les partis organisent aussi plus d’évènements publics où ils peuvent être victimes de vols de téléphones ou d’ordinateurs portables “, affirme Cyrille Bathélémy, le PDG d’Intrasec, une des sociétés de cyber sécurité recommandée par l’ANSSI.

Autant d’informations qui permettent au pirate d’identifier les proches de sa cible, d’usurper leur identité, et de potentiellement atteindre le saint graal des hackers : infiltrer la messagerie privée d’un dirigeant. L’idée est de remonter aussi loin que nécessaire dans la vie de la cible afin de récolter toute information qui puisse compromettre et embarrasser l’infortuné propriétaire de la boite mail. Les messageries des membres de l’équipe de campagne peuvent également être piratées pour obtenir les mots de passe des sites internet et des comptes de réseaux sociaux type Facebook ou Twitter.

Des partis démunis face aux menaces de cyber attaques

Si les techniques n’ont pas véritablement évolué, l’envergure de la menace informatique s’est décuplée. L’adolescent recouvert d’acné bidouillant à distance depuis son garage – l’incarnation du hacker dans l’imaginaire populaire – a laissé place à de véritables bataillons de pirates informatiques. Selon les services secrets américains, les auteurs de l’attaque contre la campagne présidentielle aux États-Unis étaient ainsi entrainés, financés, et encadrés par le GRU, le service de renseignements de l’armée russe.

“C’est assez grave car on a d’un côté des attaquants plutôt forts et, de l’autre, des partis politiques. Fondamentalement, [les formations politiques sont] un peu comme des PME (…) elles ne sont pas a priori armées pour faire face toutes seules”, affirme Guillaume Poupard, le directeur de l’ANSSI.

L’agence gouvernementale se limite pour l’heure à faire de la pédagogie en amont et à inciter les partis à faire appel à des prestataires extérieurs, sur une liste de compagnies validées par l’ANSSI. Un colloque destiné aux partis politiques présents aux parlements français et européen a ainsi été organisé en octobre 2016 afin d’inciter les responsables des systèmes de sécurité informatiques à améliorer leur sécurité.

Le monde opaque de la cyber sécurité

Le domaine de la cyber sécurité étant opaque par nature, il est difficile de faire un état des lieux des attaques passées ou en cours. L’ANSSI ne communique pas sur les attaques et les partis politiques affirment que leurs systèmes de sécurité informatique sont au cœur de leur préoccupation.

“[Il n’y a eu] aucun changement dans notre approche des choses, étant donné que nous avons toujours été très vigilants face aux éventuels risques, assurant une veille sur les menaces et les outils” affirme dans un email à France 24 Gaëtan Bertrand, le responsable du pôle numérique de la campagne de Marine Le Pen.

Le parti Les Républicains a quant à lui déclaré au JDD que le piratage de l’élection américaine “n’avait pas vraiment été une surprise”. Le parti a néanmoins renforcé son système de sécurité visant à protéger les prises USB dans les locaux du parti et à empêcher le piratage des systèmes internes par d’éventuels visiteurs.

Si tous les partis reconnaissent des tentatives d’intrusion, seul le mouvement d’Emmanuel Macron a admis avoir essuyé une attaque réussie ces dernières semaines. “On a subi une attaque informatique sur notre site internet au mois d’octobre. Ça nous a demandé au moins une nuit de travail pour réparer les dégâts. On ne communique pas sur les détails mais on prend la sécurité informatique très au sérieux” a confié à France 24 une porte-parole du mouvement En Marche.



Communication de crise

Des premières révélations sur le piratage de la messagerie du directeur de campagne d’Hillary Clinton jusqu’aux remous suscités par le rapport des renseignements américains accusant Moscou, la cyber attaque contre la présidentielle américaine s’apparente à un poison lent et corrosif, qui endommage les fondements mêmes du régime démocratique.

Un scénario cauchemardesque que les autorités françaises sont déterminées à éviter en cas de piratage réussi.

“Si ça se produisait en France et qu’il y avait de l’information volée qui était révélée, je pense qu’on interviendrait très vite pour expliquer ce qui a pu se passer et mettre en garde sur le fait que les informations révélées ne sont pas forcément justes, de manière à éviter une sorte d’emballement”, affirme ainsi Guillaume Poupard.

“Pour les agences de renseignement américaines, communiquer vis-à-vis du grand public n’était pas naturel. Ils ne sont pas à l’aise, ils ne peuvent pas tout dire sans risquer de révéler comment ils ont obtenu leurs informations (…) En France, l’ANSSI a une parole assez directe et n’a pas de conflit d’intérêt puisque nous, nous n’avons pas de capacité de renseignement”, ajoute le patron de l’agence gouvernementale.

Une communication de crise qui risquerait néanmoins de ne pas pouvoir pointer du doigt les auteurs supposés de l’attaque. Les experts de cybersécurité expliquent en effet qu’il est quasiment impossible de déterminer qui sont les auteurs d’une telle attaque informatique sur une base purement technique. C’est le domaine où interviennent ensuite les services de renseignements et les enquêteurs de police judiciaire.

La dénonciation d’un rival étatique dépend alors d’une décision politique d’autant plus délicate que l’État en question est puissant.

Première publication : 14/01/2017

L’impact retentissant des cyberattaques sur la campagne présidentielle américaine ont alarmé les autorités françaises, qui sensibilisent les partis politiques aux risques de piratage qui planent sur la campagne pour la présidentielle de 2017.

Un président élu perçu comme l’otage d’une puissance étrangère rivale. Une élection majeure dont les dés ont été pipés à coups de cyberattaques et de campagnes d’influence. Une classe dirigeante divisée, et donc affaiblie, où le futur chef de l’État est en désaccord avec ses agences de renseignements – ses propres “grandes oreilles” selon la formule consacrée.

La prise de fonction mouvementée de Donald Trump aux États-Unis illustre tout ce que les autorités françaises souhaitent éviter pour la présidentielle de 2017. À cinq mois de l’élection, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) s’efforce ainsi de tirer les leçons du piratage de la campagne présidentielle américaine.

“On est manifestement face à des gens qui ne font pas des coups comme ça pour essayer. Il y a véritablement une stratégie d’ensemble qui inclut du cyber, de l’influence, de la diffusion d’informations (…) Ce sont des gens que l’on suit évidemment de près. Même si on ne peut pas être certain que ce sont absolument les mêmes, ce sont des attaquants qui tapent régulièrement à la porte de nos ministères”, explique à France 24 Guillaume Poupard, le directeur de cette agence en charge, notamment, de sécuriser la remontée du décompte des bulletins des bureaux de votes vers les préfectures et le ministère de l’Intérieur.

Les formations politiques en ligne de mire

En France comme aux États-Unis, les partis et les messageries des responsables politiques et membres des équipes de campagne sont le ventre mou par lequel des hackers ont le plus de chance de s’infiltrer.

L’attaque dévastatrice dont a été victime le Parti démocrate américain a ainsi commencé par une vaste campagne de phishing. Cette technique consiste à obtenir des renseignements personnels en faisant croire à la cible qu’elle s’adresse à une personne ou une entité de confiance. Une des méthodes les plus couramment utilisées est de diriger la victime vers la copie exacte d’un site internet à partir duquel elle entrera ses données de connexion – identifiants et mots de passe qui termineront évidemment dans l’escarcelle du hacker.

“On assiste en fait à un transfert de méthodes d’attaque qui existent déjà dans la domaine de l’espionnage industriel. Pour les formations politiques, il est même plus facile d’obtenir les organigrammes, l’identité des responsables ou des sous-traitants. Il y a une composante humaine et communicante beaucoup plus marquée. Les partis organisent aussi plus d’évènements publics où ils peuvent être victimes de vols de téléphones ou d’ordinateurs portables “, affirme Cyrille Bathélémy, le PDG d’Intrasec, une des sociétés de cyber sécurité recommandée par l’ANSSI.

Autant d’informations qui permettent au pirate d’identifier les proches de sa cible, d’usurper leur identité, et de potentiellement atteindre le saint graal des hackers : infiltrer la messagerie privée d’un dirigeant. L’idée est de remonter aussi loin que nécessaire dans la vie de la cible afin de récolter toute information qui puisse compromettre et embarrasser l’infortuné propriétaire de la boite mail. Les messageries des membres de l’équipe de campagne peuvent également être piratées pour obtenir les mots de passe des sites internet et des comptes de réseaux sociaux type Facebook ou Twitter.

Des partis démunis face aux menaces de cyber attaques

Si les techniques n’ont pas véritablement évolué, l’envergure de la menace informatique s’est décuplée. L’adolescent recouvert d’acné bidouillant à distance depuis son garage – l’incarnation du hacker dans l’imaginaire populaire – a laissé place à de véritables bataillons de pirates informatiques. Selon les services secrets américains, les auteurs de l’attaque contre la campagne présidentielle aux États-Unis étaient ainsi entrainés, financés, et encadrés par le GRU, le service de renseignements de l’armée russe.

“C’est assez grave car on a d’un côté des attaquants plutôt forts et, de l’autre, des partis politiques. Fondamentalement, [les formations politiques sont] un peu comme des PME (…) elles ne sont pas a priori armées pour faire face toutes seules”, affirme Guillaume Poupard, le directeur de l’ANSSI.

L’agence gouvernementale se limite pour l’heure à faire de la pédagogie en amont et à inciter les partis à faire appel à des prestataires extérieurs, sur une liste de compagnies validées par l’ANSSI. Un colloque destiné aux partis politiques présents aux parlements français et européen a ainsi été organisé en octobre 2016 afin d’inciter les responsables des systèmes de sécurité informatiques à améliorer leur sécurité.

Le monde opaque de la cyber sécurité

Le domaine de la cyber sécurité étant opaque par nature, il est difficile de faire un état des lieux des attaques passées ou en cours. L’ANSSI ne communique pas sur les attaques et les partis politiques affirment que leurs systèmes de sécurité informatique sont au cœur de leur préoccupation.

“[Il n’y a eu] aucun changement dans notre approche des choses, étant donné que nous avons toujours été très vigilants face aux éventuels risques, assurant une veille sur les menaces et les outils” affirme dans un email à France 24 Gaëtan Bertrand, le responsable du pôle numérique de la campagne de Marine Le Pen.

Le parti Les Républicains a quant à lui déclaré au JDD que le piratage de l’élection américaine “n’avait pas vraiment été une surprise”. Le parti a néanmoins renforcé son système de sécurité visant à protéger les prises USB dans les locaux du parti et à empêcher le piratage des systèmes internes par d’éventuels visiteurs.

Si tous les partis reconnaissent des tentatives d’intrusion, seul le mouvement d’Emmanuel Macron a admis avoir essuyé une attaque réussie ces dernières semaines. “On a subi une attaque informatique sur notre site internet au mois d’octobre. Ça nous a demandé au moins une nuit de travail pour réparer les dégâts. On ne communique pas sur les détails mais on prend la sécurité informatique très au sérieux” a confié à France 24 une porte-parole du mouvement En Marche.



Communication de crise

Des premières révélations sur le piratage de la messagerie du directeur de campagne d’Hillary Clinton jusqu’aux remous suscités par le rapport des renseignements américains accusant Moscou, la cyber attaque contre la présidentielle américaine s’apparente à un poison lent et corrosif, qui endommage les fondements mêmes du régime démocratique.

Un scénario cauchemardesque que les autorités françaises sont déterminées à éviter en cas de piratage réussi.

“Si ça se produisait en France et qu’il y avait de l’information volée qui était révélée, je pense qu’on interviendrait très vite pour expliquer ce qui a pu se passer et mettre en garde sur le fait que les informations révélées ne sont pas forcément justes, de manière à éviter une sorte d’emballement”, affirme ainsi Guillaume Poupard.

“Pour les agences de renseignement américaines, communiquer vis-à-vis du grand public n’était pas naturel. Ils ne sont pas à l’aise, ils ne peuvent pas tout dire sans risquer de révéler comment ils ont obtenu leurs informations (…) En France, l’ANSSI a une parole assez directe et n’a pas de conflit d’intérêt puisque nous, nous n’avons pas de capacité de renseignement”, ajoute le patron de l’agence gouvernementale.

Une communication de crise qui risquerait néanmoins de ne pas pouvoir pointer du doigt les auteurs supposés de l’attaque. Les experts de cybersécurité expliquent en effet qu’il est quasiment impossible de déterminer qui sont les auteurs d’une telle attaque informatique sur une base purement technique. C’est le domaine où interviennent ensuite les services de renseignements et les enquêteurs de police judiciaire.

La dénonciation d’un rival étatique dépend alors d’une décision politique d’autant plus délicate que l’État en question est puissant.

Première publication : 14/01/2017