Archive for February 2nd, 2017

La ville de Paris a lancé officiellement vendredi sa campagne de communication internationale pour l’organisation des Jeux olympiques de 2024, en dévoilant son slogan “Made for sharing” sur la Tour Eiffel.

“Made for Sharing” (“Venez partager”, pour la déclinaison en français) est le slogan officiel de la candidature de Paris aux Jeux olympiques 2024. Dévoilé vendredi 3 février sur la Tour Eiffel, ce slogan en anglais a été choisi par les organisateurs pour “donner un caractère universel au projet français”, a déclaré le co-président de Paris-2024 Tony Estanguet, ancien champion de canoé.

“Nous voulons partager la passion des Jeux lors d’une célébration inédite, dans les stades et dans les rues, a-t-il clamé. Organiser des Jeux du partage dans un monde du partage.”

Le lancement du slogan accompagne celui de la campagne de communication internationale en vue de l’élection de Lima qui opposera Paris à Los Angeles et Budapest, le 13 septembre. Le comité de candidature a ainsi présenté vendredi soir son projet en détail à la presse internationale réunie au Trocadéro.

Armand de Rendinger, consultant international du sport, parle de la candidature parisienne.

Rassurer sur la sécurité

L’occasion pour le Premier ministre Bernard Cazeneuve, interrogé par des médias étrangers, de rassurer sur les aspects sécuritaires après l’agression de militaires à la machette dans le Carrousel du Louvre. La gestion de cette agression a “montré la rapidité de la capacité de réaction de nos forces” de sécurité, a-t-il estimé. Un argument qu’Anne Hidalgo, maire de la ville, a également mis en avant lors de son intervention.

Avec AFP

Première publication : 03/02/2017

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Le Sénat américain a enterré vendredi une disposition qui obligeait les grands groupes énergétiques à rendre publiques les sommes payées à des gouvernements étrangers. La fin d’une mesure de transparence pour lutter contre la corruption.

C’est au petit matin, vendredi 3 février, que le Sénat américain a définitivement enterré une disposition de l’ère Obama censée réduire le risque de corruption dans le secteur énergétique. La fin de l'”extraction rule” (règle sur l’extraction) avait déjà été votée mercredi 1er février par la Chambre des représentants, le jour-même où la nomination de Rex Tillerson au poste de secrétaire d’État a été approuvée par le Sénat.

Une coïncidence qui en a interpellé plus d’un aux États-Unis. Cette règle intéressait en premier lieu le géant pétrolier Exxon, dont le nouveau chef de la diplomatie américaine fut le PDG. L'”extraction rule” obligeait en effet les grands groupes pétroliers, miniers et gaziers à publier chaque année un récapitulatif détaillé des sommes versées à des gouvernements étrangers dans le cadre des contrats publics d’extraction de ressources naturelles.

Rex Tillerson personnellement opposé à la mesure

L’adoption de cette mesure en 2015, censée apporter un peu de transparence dans le monde très opaque du versement des commissions, avait été saluée comme un grand pas en avant par les ONG qui luttent contre la corruption dans les pays en développement riches en matières premières. Elle permettait aussi aux États-Unis de se hisser au niveau de l’Europe et du Canada, qui disposent de règles similaires.

Mais le puissant lobby américain de l’énergie y était farouchement hostile. Rex Tillerson s’était même rendu en personne à Washington pour manifester son opposition à cette disposition. Pour ces multinationales, cette obligation de transparence conférait un avantage à leurs concurrents russes ou à ceux du Golfe, qui ne sont pas soumis aux mêmes règles.

Cette mise à mort de l'”extraction rule” a suscité un vif émoi dans le camp démocrate. “La priorité économique de la majorité républicaine au Congrès n’est visiblement pas d’augmenter le niveau de vie des Américains ou de lutter contre la montagne de dette des étudiants, mais de faire un cadeau à Exxon et aux groupes pétroliers et gaziers qui va enrichir des régimes corrompus et autoritaires. Et pourra, aussi, servir à financer en sous-main des réseaux terroristes”, s’est emportée la sénatrice démocrate du Massachussetts, Elizabeth Warren.

Trump veut démanteler la loi Dodd-Frank

La décision du Congrès de s’attaquer à cette mesure est aussi en phase avec la priorité affichée du président Donald Trump de démanteler la loi Dodd-Frank, un ensemble de règles adoptées en 2010 pour tenter de moraliser la finance afin de corriger les excès qui avaient menés à la crise financière de 2008. Le principe de l'”extraction rule” faisait partie de ce vaste corpus législatif.

Donald Trump a promis de remplacer la loi Dodd-Frank par un ensemble plus léger de règles. Il doit, dès vendredi 3 février, signer plusieurs décrets en ce sens. Durant la campagne, il avait accusé cette réglementation emblématique de l’ère Obama d’être une usine à gaz qui heurtait avant tout les petites et moyennes entreprises en compliquant l’accès au crédit et en multipliant les démarches administratives. Pas sûr que s’attaquer en premier à une mesure qui ne concerne que quelques mastodontes du secteur énergétique donne l’impression que la motivation première du démantèlement de la loi Dodd-Frank soit la défense des PME.

Première publication : 03/02/2017

Selon Buzzfeed, Anne Faguer, assistante parlementaire de François Fillon, travaille sur la campagne de son patron alors que la loi exige qu’elle se cantonne à ses tâches au Parlement. Le chef de campagne du candidat déclare sa situation en règle.

Selon un article publié par Buzzfeed News vendredi 3 février, Anne Faguer, une des assistantes parlementaires du candidat Les Républicains François Fillon, participe à la campagne présidentielle de son patron à l’Assemblée nationale au mépris des règles édictées par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP). Dans l’édition 2016 de son “guide du candidat et du mandataire”, l’organisme rappelle que “la participation” des assistants parlementaires à “une campagne électorale pendant les heures de travail est proscrite”.

Une participation que confirme le directeur de campagne de François Fillon dans un communiqué de presse publié vendredi soir. Dans celui-ci, Patrick Stefanini juge toutefois légale cette participation, soulignant que depuis le 16 janvier, Anne Faguer est employée à 80 % par Les Républicains pour la campagne de François Fillon, en contrat à durée déterminée.

Son contrat de travail à l’Assemblée nationale a été modifié, précise encore le communiqué, Anne Faguer restant attachée parlementaire pendant 20 % de son temps.

Plusieurs documents corroborent l’implication d’Anne Faguer

Pour montrer l’implication d’Anne Faguer dans la campagne, Buzzfeed News a présenté une séquence tournée au meeting de La Villette de François Fillon diffusée dans “Envoyé spécial” le 2 février sur France 2. Alors que les journalistes tentent d’interroger Penelope Fillon, épouse du candidat, à propos de l’affaire dite du “Penelopegate”, l’équipe du service public se retrouve nez à nez avec Anne Faguer, équipée d’une oreillette et d’un talkie-walkie.


© Capture d’écran, France 2

Autre élément mis en avant : une lettre datée du 28 juin 2016 à destination d’Yves d’Amécourt, vice-président du groupe LR de Nouvelle-Aquitaine et un des parrains de François Fillon pour la primaire de la droite. Dans ce courrier siglé du logo de campagne, le candidat fait directement référence à Anne Faguer comme l’une des deux “collaboratrices” à contacter “pour toute question (…) sur l’organisation de la campagne”.

Pour répondre à ces deux élements, Patrick Stefanini indique que cette présence et cette mention sont tout à fait normales et justifiées, puisque le contrat d’Anne Faguer était déjà en vigueur à ce moment.

Anne Faguer toujours assistante parlementaire

Les profils Linkedin et Twitter de l’intéressée n’indiquent pas un éventuel changement professionnel ou son implication dans la campagne.

Plus officielle, la déclaration d’intérêts remplie par François Fillon disponible sur le site de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique et datée de 2014, n’indiquent pas non plus un changement de statut d’Anne Faguer. Or une déclaration faite par l’organisme à Buzzfeed indique : “C’est à l’initiative du député d’effectuer des modifications si elles sont nécessaires. Dans le cas présent, ce qui est en ligne est valable à notre connaissance.”

La campagne du candidat Fillon a promis, vendredi, de faire la modification dans les deux mois à venir.

Le règlement de CCNP est clair : si un assistant parlementaire souhaite s’impliquer dans une campagne électorale, soit il doit le faire en suspendant son contrat pour un congé sans solde, soit militer sur ses congés payés et donc sans percevoir de rémunération pour son implication dans la campagne. Il existe toutefois une exception, si l’assistant parlementaire conclut un contrat à durée déterminée spécifiquement lié à l’élection, qui peut se présenter sous la forme d’un contrat complémentaire si l’emploi n’est pas à plein temps.

Ces interrogations sur la situation d’Anne Fauger surviennent plus d’une semaine après la mise en cause de l’épouse de François Fillon pour des emplois présumés fictifs. Officiellement, le candidat ne prévoit pas de retirer sa candidature à la présidentielle, mais au sein des Républicains, certains ont demandé son retrait.

Les Républicains divisés sur le soutien à apporter à François Fillon

Première publication : 03/02/2017

Interrogée mercredi par une journaliste de la chaîne américaine CNN sur des propos qu’elle aurait tenus en 2012 sur les migrants, la candidate frontiste Marine Le Pen a nié les avoir prononcés avant d’évoquer un problème de traduction.

“C’est une plaisanterie j’espère ?” C’est avec ces mots que Marine Le Pen s’est défendue mercredi 1er février quand la journaliste de CNN Christiane Amanpour lui a attribué certaines anciennes déclarations sur les migrants.

Le 8 mai 2012, la présidente du Front national avait déclaré sur la chaîne australienne SBS être “extrêmement tolérante et hospitalière”, lançant ensuite au journaliste qui l’interroge : “Vous l’êtes vous-même. Est-ce pour ça que vous accepteriez que 12 clandestins viennent s’installer dans votre appartement ? Vous n’accepteriez pas. Et que de surcroît, ils changent votre papier peint. Et que même pour certains d’entre eux, ils volent votre portefeuille et qu’ils brutalisent votre femme. Vous n’accepteriez pas. Bon bah voilà ! Par conséquent, nous sommes accueillants mais c’est nous qui décidons avec qui nous sommes accueillants”, avait-elle insisté à l’époque.

Une défense mise à mal par la journaliste

Face à la journaliste américaine qui lui rappelait ses propos, Marine Le Pen a dans un premier temps nié avoir prononcé ces mots, puis a évoqué une mauvaise traduction. “Ces propos sont extrêmement mal traduits”, a-t-elle répondu sèchement, avant de finalement soutenir que ces paroles ont bien été prononcées mais pour comparer la France à une maison. “Ce que je dis, c’est que notre pays nous appartient. Nous en sommes les propriétaires. Par conséquent, nous avons la liberté de décider qui vient, qui nous décidons d’accueillir”, a-t-elle argué.

“J’avais fait un parallèle avec le domicile personnel en disant que vous n’accepteriez pas que quelqu’un que vous n’avez pas invité chez vous vienne, s’installe, décide de la couleur de la tapisserie, décide du menu du soir ou décide de l’école où doivent aller vos enfants”, a soutenu la présidente du parti frontiste. Malgré les relances de la journaliste américaine, Marine le Pen insiste, affirmant qu’elle ne “parlai(t) pas des immigrés clandestins, mais des personnes qui arrivent dans un pays sans y être invités”.

Après la diffusion de l’interview, la journaliste américaine Christiane Amanpour a diffusé l’extrait en question, invitant les téléspectateurs à “juger par eux-mêmes”.

I ask @MLP_officiel about her controversial 2012 comments on illegal immigration. https://t.co/xTmjOtJHkF

— Christiane Amanpour (@camanpour) 1 février 2017

Le FN veut taxer les travailleurs étrangers

Reste que l’éventualité d’une victoire de Marine Le Pen à la présidentielle française pourrait s’avérer lourde de conséquences pour les migrants, mais aussi pour les résidents étrangers en France. La candidate frontiste a annoncé une série de mesures dans une interview accordée au quotidien Le Monde jeudi 2 février.

Si elle est élue au sommet de l’État, Marine Le Pen entend créer une taxe additionnelle sur tout nouveau contrat d’employé étranger, ajoutant que la recette serait reversée à l’indemnisation des chômeurs. Nous appliquerons la priorité nationale à l’emploi, a-t-elle déclaré sans préciser comment elle comptait mettre en place cette mesure. Le montant de cette taxe pourrait être de 10 % du salaire brut chaque mois, une somme payée par l’employeur, a précisé sur la radio RTL Florian Philippot, le vice-président du Front national.

Or une taxe similaire existe déjà en France. Selon le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, un chef d’entreprise doit obtenir une autorisation de travail pour recruter un employé étranger. Le patron doit alors payer une taxe forfaitaire auprès de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, lors de la première embauche et pour une durée limitée.

Première publication : 03/02/2017

Dans la seconde partie de ce carnet de bord, la journaliste discute avec Rachid Kassim, échange avec des “sœurs” qui semblent vouloir monter une action et rencontre sur un parking une collégienne de 14 ans qui tient absolument à partir en Syrie.

C’est l’histoire d’une prise de contact avec un continent inconnu, celui des femmes dans le jihad. Comment en quelques semaines, une jeune journaliste, qui ne connaissait rien ou presque à l’islam, au jihad, peut-elle pénétrer dans la djihadosphère et parler directement avec des membres de Daech qui incitent à la Hijra ou au meurtre?

Cette jeune journaliste a tenu un carnet de bord pour les reporters Marina Ladous, Etienne Huver et Roméo Langlois, qui ont réalisé “Les soeurs, les femmes cachées du jihad“.

Le documentaire a été diffusé le jeudi 2 février sur France 2 et France 24. Slate.fr vous propose en exclusivité le récit jour par jour de leur investigation. Une enquête de Slug News et Tv Presse avec la rédaction d’Envoyé spécial et France 24.

Pour lire la première partie, cliquez ici.

1. En direct avec Rachid Kassim – Partir, donner de l’argent ou “faire un truc de ouf”

Mercredi 17 août. Je me connecte à Telegram, Rachid Kassim m’a laissé un message. Il me demande si j’ai assez d’argent avant de me dérouler tout un plan pour rejoindre les terres du califat par la Turquie.

C’est lui qui est revenu vers moi, directement. Le profil d’une jeune française convertie, inconnue du réseau l’intéresse-t-il? J’engage la conversation pour connaître le quotidien sur place, là-bas au Cham.

Il m’assure qu’arrivée, je serai avec des Français. Je ne serai pas seule ni isolée. Je n’ai pas besoin d’avoir une grande connaissance de la religion pour les rejoindre. J’apprendrai petit à petit selon lui. Il reprend sa posture de grand frère, en me disant qu’il est là pour moi, que je peux lui poser toutes les questions que je veux.

Il me demande de nouveau si je veux me marier avant de me demander si je suis contre la polygamie.

En France, la presse commence à parler de Rachid Kassim ; il est suspecté d’actionner des hommes en France pour commettre des attentats. Dans nos conversations, il prend le rôle du recruteur. Une femme est utile si elle se marie, et qu’elle donne naissance à la future génération de moudjahidine, les combattants de Dieu.

Jeudi 18 août. Rachid Kassim me demande de venir en secret tchat, une option sur Telegram qui permet de sécuriser davantage les conversations. Là selon lui, je suis en mode problème (LOL). Kassim parle beaucoup en langage SMS…

Il m’envoie le lien d’un article d’un média français qui le présente comme étant l’inspirateur d’Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean, les assassins du prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray le 26 juillet.

La version Secret tchat n’est disponible que sur les smartphones. On achète un téléphone et on attend.

Mardi 23 août. Kassim sur Sabre de lumière est très virulent aujourd’hui. Il demande aux frères de se réveiller. Pourquoi n’attaquez-vous pas en France. Son énervement vient-il d’un coup de pression de l’Etat islamique?

Presque lassée de ses messages, j’en viens à ne plus me rendre compte de la gravité de leur sens. Cela me rassure un peu de l’entendre s’énerver. Au moins, personne ne lui obéit. Ses messages de haine semblent vains. Le compteur de sa chaine affiche pourtant 261 membres. Combien est-il en mesure de convaincre?

Mercredi 24 août. Sur Sabre de lumière, Rachid Kassim explique que les chemins pour aller au Cham par la Turquie sont bloqués.

Comme c’était la route qu’il m’avait indiquée lors de nos premiers échanges, je vais lui parler en le questionnant: si je ne peux plus venir en passant par ce pays, comment faire ?

Il m’assure qu’il y aura une solution.

Pour le moment, il me propose simplement de me préparer. Ses propos sont plus secs que d’habitude et cela m’inquiète. J’imagine qu’il se concentre pour activer des frères. Tant qu’il n’aura pas eu ce qu’il veut, il ne lâchera rien.

Jeudi 25 août. Laborieuses. C’est le meilleur qualificatif que j’ai trouvé pour désigner mes relations avec des sœurs ces derniers temps. Combien d’entre elles suivent Sabre de Lumière? Impossible de savoir. Rachid Kassim ne se prononce pas clairement sur le rôle des femmes.

Je lui demande des conseils.

Voici sa réponse : “moi il n’y a pas de problème, je peux te conseiller, mais ça dépend de toi ce que tu veux faire. Une personne qui te dit qu’elle veut attaquer en France, tu ne vas pas lui donner les même conseils qu’une qui te dit je veux faire la hijra ou qu’une qui te dit je veux aider de différentes façons. Mais tu dois être sure de ce que tu faire. Qu’est-ce que tu veux ? Qu’est-ce que tu te sens de faire pour ta communauté ? Qu’est-ce que tu veux faire pour la victoire de l’islam ? Réfléchis bien et après je peux te conseiller.”

Vendredi 26 août. J’insiste. Nouveau message: Quel rôle moi, une sœur je suis censée jouer? J’ajoute un remerciement car il prend du temps pour moi. J’aimerais savoir si je suis la seule fille avec qui il joue ce rôle.


Il répond: “Ne dis jamais que tu me prends du temps, je suis là pour ça. C’est juste que des fois je suis débordé, c’est moi qui m’excuse de ne pas être assez présent. Pour aider, tu peux envoyer de l’argent, dans les adorations faire des douas (invocation en arabe). Par rapport au choix que tu voulais faire, soit tu essaies de venir ici, soit tu essaies de faire un truc de ouf là-bas.”

Déjà, il est plus clair. Un truc de ouf là-bas ça veut dire faire une attaque en France.

Mardi 30 août. La console de jeu est arrivée. Oubliez les portables, Facebook, les ordis, Telegram, Zora la sœur qui a plus de 3.600 amis est de retour.

Elle me donne rendez-vous pour qu’on puisse discuter toutes les deux. Selon elle, la console de jeu c’est hyper tranquille, sécurisé. En l’attendant, je navigue sur son profil: on peut voir tous ses jeux et ses scores: une guerrière. A quelques exceptions près, elle affiche de nombreux jeux violents à son palmarès.

Zora se branche à la console de jeu, je la lance directement sur le plan de départ au Cham qu’elle a évoqué sur Facebook quelques semaines plus tôt. Zora est évasive. Elle se méfie encore mais me dit qu’elle va faire des recherches pendant la nuit, et qu’on peut en parler demain.

Sur Telegram, Sabre de Lumière a désormais 310 membres sur sa chaîne. Depuis ma dernière connexion, il a posté 61 messages. Entre les messages qui appellent, encore et encore à passer à l’attaque, il assure qu’un groupe de sept frères s’apprête à faire une action en France. Kassim prétendait la même chose quelques jours avant. Il sait pertinemment que des journalistes et sans doute les services de renseignements suivent sa chaine. Il veut effrayer ou motiver…

Mercredi 31 août. Je me remets sur la console de jeu avec Zora. Elle me parle de l’itinéraire auquel elle a pensé. Et cette fois-ci elle veut prendre son temps. Elle s’est déjà faite arrêter une première fois. Ce coup-ci, elle ne veut pas se louper.

Avec l’équipe, nous avons toujours des doutes sur elle. Nous lui demandons quel âge elle a. Nous sommes tous sous le choc quand la réponse s’affiche sur l’écran. Zora a 14 ans.

Mardi 6 septembre. Les propos de Rachid Kassim sont toujours ambigus à mon égard. Il me dit que la hijra est vraiment bloqué pour le moment à cause de la Turquie qui envahit les “terres” de l’EI. Il m’assure qu’il ne va pas me pousser comme il est en train de pousser un frère.

2. Les sœurs au grand jour – Un nouveau groupe

Mercredi 7 septembre. Sophie (cuisine entre sœurs qui ne cuisine rien sur Telegram) psychote beaucoup. Elle non plus n’a plus de nouvelles d’Amina, qui disait avec sa petite voix vouloir mourir en martyr début août avant de disparaître des réseaux.

Pour Sophie, Amina a été arrêtée, ou elle a changé d’avis, ou c’est un flic.

Elle soupçonne beaucoup de monde. J’ai du mal à la cerner. Avec elle, chaque mot prononcé est un test.

Jeudi 8 septembre. Avec une amie, nous finissons notre bouteille de vin blanc à la terrasse d’un bar. On profite encore des soirées d’été.

22H18 : appel entrant. C’est l’un des réalisateurs : “Viens tout de suite au bureau, on doit aller sur les réseaux sociaux”. En route, j’apprends que trois jeunes femmes ont été interpellées en Essonne.

Elles sont suspectées d’être à l’origine de l’attentat manqué à la voiture piégée près de Notre-Dame-de-Paris. Trois jours plus tôt, un véhicule a été retrouvé rempli de bonbonnes de gaz à proximité de la cathédrale.

Vendredi 9 septembre. Les “sœurs” sont désormais sur le devant de la scène. L’enquête va-t-elle prendre un tournant?

Sophie dit ne pas connaître les filles arrêtées. A chaque discussion, j’ai l’impression de gagner un peu sa confiance. Elle exige à nouveau ma photo: elle veut vérifier que je ne suis pas un frère ou un flic. Elle se montre même agressive.

Faire une photo sans qu’on me reconnaisse est une mission. Je suis en niqab, elle ne verra que mes yeux. Sophie m’envoie sa photo à son tour. Je ne vois que ses yeux aussi. Elle est voilée. Un gag, mais ça la décide à me téléphoner. Sa voix est douce et juvénile. Nous ne parlons de rien précisément, de prières, de nos lectures et de nos vies, pour elle qui semble à l’abandon. Sophie explique qu’elle n’a pas d’autre quotidien que la Dawla sur la toile…

Rachid Kassim nie avoir poussé les sœurs à l’action, il dit ne pas les connaître. Cependant, il les compare à la femme du Prophète Mahomet qui a combattu. Un compliment donc.

Pour conclure, il m’interroge moi. Suis-je décidée? Qu’est-ce que je compte faire? Je ne réponds pas.

Kassim me relance sur l’argent. Après la hijra, c’est sa nouvelle lubie.

Lundi 12 septembre. Rachid Kassim fait la Une des médias français et même internationaux. Je lui dis cash que j’ai l’impression que tous ceux à qui ils parlent se font arrêter. En effet, cette semaine, plusieurs mineurs ont été interpellés pour apologie du terrorisme. Tous auraient été en lien avec Rachid Kassim. Pour lui, comme d’habitude, “les médias mêlent le vrai au faux” et il suffit d’être prudent et il n’y a rien de “chaud cacao…”

Mardi 13 septembre. Kassim me relance sur l’argent. Après la hijra, c’est sa nouvelle lubie, Kassim me dit que c’est une façon de combattre. Il dit qu’il connaît des frères qui ont un moyen sécurisé pour recevoir l’argent.

Mercredi 14 septembre. Zora est difficilement joignable ces temps-ci.

Elle a repris le collège. Est-ce possible qu’elle ait vraiment 14 ans, elle et ses quelque 3.600 amis? Zora ne se connecte que tard le soir. Est-ce parce qu’elle se cache de ses proches? Sur son mur, ses posts paraissent également plus “calmes”.

Je continue de nouer des liens avec Sophie. Elle est toujours sur ses gardes, joue à la confidente puis à la suspicieuse. Aujourd’hui, elle me dit directement qu’elle espère que je ne suis pas une infiltrée. Elle me demande ensuite ce que je compte faire pour la Dawla ? J’esquive par un “et toi?”

Elle attend juste d’autres personnes pour pouvoir faire quelque chose.

Pendant ce temps, Rachid Kassim annonce sur sa chaine qu’il va fermer Sabre de lumière. Il y a de nouvelles arrestations. En message privé, il m’assure que ce sont des gens surveillés depuis longtemps. Des gens qu’il ne connaît pas.

Vendredi 16 septembre. Changement de stratégie pour Kassim. Selon lui, je ne dois plus me précipiter pour faire la hijra. Les “portes du Cham” sont bloquées actuellement.

Mais si je tiens à tout prix à aider Daech, je peux toujours envoyer de l’argent. Encore l’argent? Pourquoi demande-t-il des “dons” à une jeune fille un peu paumée, à des centaines de kilomètres de la zone irako-syrienne ?

On ne peut pas financer Daech, ne serait-ce qu’avec quelques dizaines d’euros! On ne répond pas.

3. La fin d’une investigation – Argent, menaces et rencontre

Mercredi 21 septembre. “Entre akhawettes XXX”: Sophie vient de m’ajouter dans son nouveau groupe de sœurs. Nous commençons par le même rituel : prénom, âge, lieu.

Sophie mène la danse: elle publie des photos de propagande, et des anasheed. Par ailleurs, elle demande qui connaît Sabre de lumière. Je ne réponds pas, les autres sœurs, elles,répondent oui.

Nous sommes sept membres.

Hormis Sophie, je perçois une autre forte personnalité. Une meneuse: Fatima.

Fatima demande très vite “bon on fait quoi maintenant?”. Elle dit avoir la trentaine passée, elle serait la plus âgée et la plus engagée. Dans la soirée, Fatima dit “J’ai pas mal d’idées…” et conclut par “On en parle plus tard”.

Fatima veut qu’on se voit toutes, en vrai.

Sophie et Fatima continuent à se méfier de moi. Elles finissent par me menacer d’envoyer mon adresse à des frères au Cham. J’ai la trouille mais je sais que je suis intraçable. Je ne sais rien de plus de ces deux filles, je pense souvent à elles, elles m’effrayent.

Samedi 24 septembre. Rachid Kassim me recontacte en secret tchat, pour que je lui envoie l’argent. Je lui dis que je mets l’argent sur le compte lundi. J’essaie de la faire patienter. A qui dois-je envoyer le mandat? Le circuit est simple. On envoie l’argent à un civil en France qui lui-même l’envoie à Daech. .

Mardi 27 septembre. Rachid Kassim me salue. Il veut sûrement des nouvelles pour l’argent. C’est aussi le jour de son dernier message sur sa chaîne Sabre de lumière. Ensuite, il ne se connecte plus… Silence radio.

Jeudi 6 octobre. Rachid Kassim est silencieux sur Sabre de lumières mais il refait signe en privé, il me dit comment et à qui envoyer l’argent. Il me donne le contact d’un irakien, avec qui je dois valider sur Telegram quand j’ai viré l’argent. Je suis censée passer par une banque en ligne. Bien sûr, nous ne comptons pas envoyer l’argent.

La Dawla, elle y croit depuis Charlie Hebdo, elle a déjà été arrêtée par les services antiterroristes.

C’est mon dernier message avec Rachid Kassim. Il disparaît totalement des réseaux sociaux.

13 octobre. J’ai proposé à Zora qu’on se voie. Face à sa détermination, nous ne croyons toujours pas à son âge, 14 ans.

On prévoit un lieu, une date, et un horaire de rendez-vous.

25 Octobre. Je rencontre Zora. Le rendez-vous est fixé à 15h10. Je pars avec l’un des réalisateurs en train, vêtue de mon jilbeb et équipée d’une caméra cachée. Le reste de l’équipe est partie plus tôt, pour repérer les lieux.

Quel âge a-t-elle vraiment? A-t-elle 14 ans comme elle le prétend?

J’arrive sur le parking du rendez-vous. Je suis le protocole de sécurité. Je cherche Zora. Je repère une jeune fille mais elle s’éloigne. Puis elle revient, oui elle a 14 ans… Pas de voile, un jeans, des baskets, elle est intimidée. Moi aussi.

Je me concentre pour ne pas poser trop de questions. Zora qui félicitait l’auteur de l’attentat de Nice sur les réseaux sociaux, n’est pas la même dans vraie vie. Elle regarde beaucoup son téléphone portable, elle vérifie l’heure et parle. Elle est timide.

La Dawla, elle y croit depuis Charlie Hebdo, elle a déjà été arrêtée par les services antiterroristes.

Lorsqu’une voiture passe ou s’arrête. Zora cesse de parler et surveille. Elle est aux aguets. Tout à coup, elle se lève et prétexte un rendez-vous. Elle abrège le rendez-vous. C’est elle qui mène la danse.

Je monte dans le train et note les infos essentielles de notre échange :

Elle s’est faite arrêtée à la sortie d’un train où elle devait rejoindre une sœur.

Elle n’a jamais reparlé à cette sœur.

Elle voulait être une combattante mais on lui a dit que ce n’était pas le rôle des femmes donc elle veut y aller pour aider.

Un frère lui a dit qu’il fallait passer par l’Italie mais elle n’a aucune idée de la suite

Elle fait croire à sa famille qu’elle est repentie

On s’est quittées en se disant qu’on se téléphonerait dès qu’elle aurait une puce sur son téléphone, et qu’on se reverrait.

Elle me renvoie un message dans la soirée sur Facebook. Puis, elle ne répond plus. Jamais. Son compte Facebook est toujours ouvert à l’heure où j’écris.

Une enquête de Slug-News TV Presse avec la rédaction d’Envoyé spécial et France 24.

Cet article a été originellement publié sur Slate.fr.

Première publication : 03/02/2017

Comment en quelques semaines, une jeune journaliste, qui ne connaissait rien ou presque à l’islam, au jihad, peut-elle pénétrer dans la jihadosphère ? Carnet de bord d’une investigation.

C’est l’histoire d’une prise de contact avec un continent inconnu, celui des femmes dans le jihad. Comment en quelques semaines, une jeune journaliste, qui ne connaissait rien ou presque à l’islam, au jihad, peut-elle pénétrer dans la jihadosphère et parler directement avec des membres de Daech qui incitent à la Hijra ou au meurtre?

Cette jeune journaliste a tenu un carnet de bord pour les reporters Marina Ladous, Étienne Huver et Roméo Langlois, qui ont réalisé “Les sœurs, les femmes cachées du jihad“.

Le documentaire a été diffusé jeudi 2 février sur France 2 et France 24. Slate.fr vous propose en exclusivité le récit jour par jour de leur investigation. Une enquête de Slug News et Tv Presse avec la rédaction d’Envoyé spécial et France 24.

1. Les débuts – S’inventer une vie

Fin juin. Le djihad? Pas vraiment mon sujet. Et pourtant, je me suis mise pendant des mois dans la peau d’une sœur, une femme prête à épouser la cause des djihadistes, une femme prête à partir en “terres d’islam”, dans la zone irako-syrienne. Ou pire, à tuer des Français, ici. Pourquoi moi? Parce que je suis une petite blanche qui n’y connaît rien à la religion. C’est un raccourci très rapide. Mais pas si faux. De plus en plus de jeunes femmes se font endoctriner sur les réseaux sociaux après s’être converties.

J’ai d’abord rencontré Marina Ladous et Etienne Huver du collectif SlugNews, les producteurs et réalisateurs. Au téléphone, la discussion avait été brève: “Nous avons un sujet à te proposer, on en parle en vrai”. Très bien: j’imagine les mafias, la drogue, la corruption, les affaires… Mais non, le sujet, ce sont les sœurs, ces femmes cachées du djihad.

Début juillet. Tout commence par une formation avec l’expert en sécurité informatique de l’équipe. Mes interlocuteurs sur la toile ne doivent jamais faire le lien entre mon profil de convertie et ma véritable identité. Ordinateur vide, aucun compte personnel, j’utilise un logiciel qui empêche ma localisation et crée des mots de passe compliqués, qu’une machine mettra un temps infini à craquer.

Ces mesures sont nécessaires car l’organisation État islamique (EI) possède des hackers compétents.

Quelques semaines plus tard, au cours de mon enquête, les terroristes de Daech posteront eux-mêmes sur les réseaux sociaux nombre de ces règles pour permettre à leurs cellules en Europe de contourner la surveillance des services de renseignements.

Mon profil est forgé avec les membres de l’équipe. Une identité, une histoire. Ça y est, maintenant, il faut se lancer. Je flippe.

Samedi 10 juillet. Je suis devant mon ordinateur. Des mots plus ou moins connus défilent sur mon écran. Ramadan, je vois. La Shahâda, je suis déjà larguée. Après quelques recherches, j’apprends qu’il s’agit de la profession de foi dans l’islam. Je retiens toutes ces nouvelles infos mais j’ai quelques doutes sur mes capacités à pénétrer cet univers.

Les trois réalisateurs me rassurent, eux connaissent les règles, les bases et c’est mon œil novice qu’ils souhaitent utiliser. Je dois faire de ce handicap un atout, cette ignorance façonne mon profil. Au pays de Daech, je serai Candide: une jeune femme fraîchement convertie, un peu paumée et qui ne croit pas ce que disent les médias.

Je crée un avatar, un pseudonyme sur Facebook. À la recherche d’une photo de profil, je tape simplement “islam” dans Google Images. De nombreuses photos de Coran ou de mosquées apparaissent. Parmi le flot d’illustrations se trouvent, déjà, des photographies d’hommes décapités ou de femmes lapidées.

Finalement, je choisis une image que je trouve jolie et neutre. Je fais surtout attention de respecter la consigne que l’on m’a donné: pas d’incitation. Je suis jeune et novice, pour les décapitations, on verra plus tard.

Pour cette première journée, je me concentre sur des infos basiques afin de devenir une “Oum” crédible. “Oum”, la mère en arabe. La plupart des sœurs utilisent ce mot dans leur pseudonyme. Dans l’univers que je commence à découvrir, personne n’apparaît sous sa réelle identité.

En tant que nouvelle “Oum”, je vais donc à la recherche de pages à “liker”. Elles symboliseront mes centres d’intérêts: “Islam”, “Allah” ou encore “Chaque jour un verset du Coran”. Je visite les profils d’autres “Oum”, je me demande si elles y croient vraiment à tout ça. Et dans la vraie vie, à quoi ressemblent-elles?

Mardi 12 juillet. Les trois réalisateurs sont en tournage, je suis seule derrière mon clavier. C’était prévu. Un temps pour que je m’adapte, que je lise, que j’appréhende cet univers tranquillement. De profil en profil, je trouve mes premiers amis Facebook. Toutes les “Oum” sont voilées, en niqab ou en burqa. Je regarde les profils, ne débute aucune conversation. Certaines “sœurs” mettent en image de couverture de leur mur un panneau sens interdit avec ce message: “Ne parle pas aux hommes”. J’obéis. Ici il y a une règle: obéir est essentiel.

Oubliez les fleurs, le flirt, les premiers rendez-vous. Ici, on recherche un mari fissa, pas un prince charmant

Mercredi 13 juillet. Désormais, ce sont les “Oum” qui viennent vers moi. L’un de mes contacts, “Annonce entre sœurs filah”, répertorie anonymement des propositions de mariage. Parmi elles, je lis ce message d’une prétendante: “Alors voilà j’ai 19 (ans) Inch ’Allah et je veux me fiancer avec un homme de 20 ans minimum Inch ‘Allah cela fait déjà plusieurs mois que je pense au mariage pour ne pas être dans le haram plus tard je préfère me marier jeune comme nous a conseillé le Prophète, Paix sur lui”. D’autres sœurs commentent. Je ne saurai rien de l’heureux élu car leur discussion se poursuit en messagerie privée.

Je me sens un peu paumée et encore très loin du monde des djihadistes. Si ça se trouve, il n’y a pas de djihadosphère? Mon rôle n’est pas de la trouver à tout prix, mon rôle c’est de faire le chemin pour comprendre. Je me le répète. Nous ne voulons pas fausser la réalité.

Jeudi 14 juillet. Je comprends quelques codes nouveaux de l’univers des sœurs. Aujourd’hui, je peux me lancer et entamer des discussions. Ça tombe bien, une Oum vient me parler. Je l’appellerai Oum 1. Ca commence par des banalités: “Salam Aleykoum, tu es d’où?”

Je lui fais part de mes doutes: je me sens perdue dans la religion et ne sais pas comment être une bonne musulmane. Ses conseils sont rassurants. Il faut, dit-elle, y aller pas à pas, ne pas me brusquer sur le port du voile, ou du niqab, ou encore laisser le temps à mes parents d’accepter ma conversion.

Cette sœur semble protectrice et son message est clair: l’islam ne s’apprend pas sur Facebook. Tout à coup, mon téléphone sonne, c’est l’un des réalisateurs qui m’appelle. A Nice, un attentat, le mode opératoire rappelle les propagandes de Daech! J’allume ma télé, je suis abasourdie. Tout de suite, une question me vient: comment les “Oum” vont-elles réagir demain matin sur la toile?

Vendredi 15 juillet. Toute la nuit, le nombre de victimes a augmenté. Le bilan final sera de 86 morts et 434 blessés. Les Oums aussi réagissent sur la toile à l’attaque d’hier. “Je me désavoue de ces égarés, qu’Allah nous en préserve!”, écrit l’une en désignant les terroristes. Une autre publie: “hommage aux personnes décédées suite à l’attentat de Nice de ce jeudi 14 juillet 2016”.

Une photo circule aussi sur de nombreux profils, avec le message: “L’islam et les salafis (salafistes) contre le terrorisme! Nous sommes contre Daech, Al-Nosra, Boko-Haram et Al-Qaida…et contre tous les groupes de cette secte”.

D’autres appellent à ne pas se justifier. Ils disent qu’ils n’ont rien fait, à part croire en Allah. D’autres réactions sont surprenantes: certains de mes amis virtuels propagent une théorie du complot. Le terroriste ne serait pas mort, il serait même retourné en Tunisie depuis l’attentat.

Les Daechiens, eux, ne commentent pas.

11 septembre. 13 novembre. Sur leur profil Facebook, les dates des attentats renseignent les jours d’anniversaire. Pas la peine d’être une experte pour comprendre. Ces profils où l’anniversaire est une “dédicace-attentat” s’affichent souvent avec des photos de lions et de lionnes, des symboles de Daech.

Au fil de l’enquête, j’apprends à discerner ces détails, pour reconnaître les vrais candidats au djihad. Les plus discrets partagent quelques rappels sur la religion, des images de leurs frères et sœurs en religion massacrés à travers le monde, ou d’actions humanitaires pour sauver les syriens.

L’humanitaire, c’est l’argument que les recruteurs de la toile ont utilisé pour tenter d’embrigader Oum 1, ma nouvelle amie rencontrée hier. Selon elle, ils ont tenté de lui retourner le cerveau après les attentats de Charlie Hebdo et de l’HyperCacher en janvier 2015.

Les Syriens qui souffrent, les musulmans qu’on persécute. Ils lui promettaient qu’elle serait plus utile “là-bas”. Oum 1 m’adresse une réelle mise en garde contre Daech. Je m’interroge: “qui est Oum 1 dans la vraie vie?” Elle ne me répond pas. Les morts et les blessés de Nice, elle n’en parle pas non plus…

Lundi 18 juillet. Je suis attirée par les commentaires d’une femme qui utilise l’un des mots favoris de la djihadosphère: kouffar. J’engage la conversation et elle m’explique rapidement qu’elle ne travaille pas parce qu’elle ne veut pas exercer dans un “pays de kouffars”. Un kouffar, c’est un mécréant en Français. Cette sœur disparaitra quelques jours plus tard des réseaux.

Jeudi 21 juillet. Un de mes nouveaux “amis” virtuels partage les images où l’on se félicite de l’attentat de Nice. Je me dis qu’il faut en passer par là. Mon profil, mon avatar doit regarder.

Je décrypte d’abord le Facebook de ce nouvel “ami” dont j’ignore s’il s’agit d’un homme, d’une femme ou d’un collectif. Le mur est exclusivement composé de vidéos de propagande de Daech. Je clique.

Deux hommes en combinaison orange sont à genoux devant deux terroristes, couteaux à la main. L’un a la barbe drue et les yeux soulignés de khôl. Il fait son discours. Je résume: ne vous plaignez pas les Français, vous avez commencé en nous bombardant. J’écoute, la boule au ventre.

Il nous dit de bien regarder, et commence à trancher, avec son collègue, la gorge de “son otage”. Le premier. Un pauvre homme agenouillé, sans défense. Atroce.

Pourquoi n’ont-ils pas essayé de s’échapper? Sont-ils drogués? J’enchaîne les suppositions.

Je ne réalise pas encore que l’un des bourreaux s’appelle Rachid Kassim. Celui qui animera à partir d’août une chaîne sur les réseaux sociaux appelant à passer à l’action en France. Celui qui me suggèrera, à moi aussi, de faire un attentat.

Je savais que des vidéos de Daech existaient. Des journalistes, des otages, des policiers, des militaires, des institutionnels, des femmes, des hommes, des syriens, des irakiens sont exécutés face caméra mais je ne les avais jamais regardées. Face à cette horreur mise en scène savamment, je suis tétanisée.

À mon sens, ces vidéos ne devraient qu’éloigner les aspirants, faire fuir les «Oum» mais ce n’est pas la réalité. Dans cette sphère, comme je l’apprendrais plus tard, les vidéos de décapitation s’échangent sans cesse.

Je ne réalise pas encore que l’un des bourreaux s’appelle Rachid Kassim. Celui qui animera à partir d’août une chaîne sur les réseaux sociaux appelant à passer à l’action en France. Celui à qui je parlerai seul à seul, par message vocal. Celui qui me suggèrera, à moi aussi, de faire un attentat.

J’ai besoin d’évacuer. J’appelle Marina, l’un des réalisateurs et la coproductrice. Il faut que j’en parle à quelqu’un. Marina me rassure. Je sors, je prends un vélo et je téléphone à une amie pour parler de tout, sauf de ça.

Je regarde les gens autour de moi. L’air est chaud, certains boivent un verre en terrasse, d’autres rentrent du travail. Ils me paraissent si normaux alors que Daech se propage sur la toile. Cette situation me parait absurde. Mais ici, on vit.

Une “Oum” m’a taguée dans un post avec 18 autres jeunes sœurs. Nous sommes invitées à rejoindre un groupe Telegram.

2. Un premier pas – L’invitation sur Telegram

Mardi 26 juillet. Après plusieurs jours d’absence, je me connecte et découvre des messages privés, des demandes en ami, et des notifications en pagaille. Visiblement, j’ai la cote.

Le profil d’une jeune convertie paumée est-il réellement attirant pour les recruteurs et les recruteuses de l’Etat Islamique? Pour certains, oui. Une “Oum” m’a taguée dans un post avec 18 autres jeunes sœurs. Nous sommes invitées à rejoindre un groupe Telegram.

Je ne connais pas cette messagerie dans la vraie vie. Dans l’enquête, je sais que c’est un pas en avant. Telegram est une messagerie russe, cryptée, à l’abri des services de renseignement, c’est la messagerie sur laquelle il faut être pour intégrer les groupes jihadistes. J’en informe l’équipe, coup de fil à notre expert en sécurité informatique, qui va nous donner quelques tuyaux.

Un rapide coup d’œil sur son mur d’actualités met fin à la mignonnerie: “encore un peu de patience, la loi d’Allah est bientôt de retour” ; “celui qui meurt sans avoir combattu et sans avoir eu l’intention de combattre meurt sur une branche de l’hypocrisie” ; “Et tuez-les, où que vous les rencontriez (…) Telle est la rétribution des mécréants”. Je lui parle.

Au troisième message, elle me demande “t de la dwala islamiya?” (Tu es de l’EI ?). Je lui réponds que je ne sais pas encore. Zora rétorque sans hésitation qu’elle a déjà essayé de partir et que ses frères musulmans se font tuer tous les jours. Son devoir, c’est de les aider.

Ok. En fait, il y a carrément des femmes qui disent sur les réseaux “Bonjour je suis jihadiste!?”. Et qui ne s’en cache pas. Sans compter que, lorsque j’évoque l’attentat de Nice, en disant que, quand même, des musulmans aussi sont morts… j’ai pour réponse: “en même temps, le 14 juillet n’est pas une fête pour les musulmans, et puis les femmes marchaient sur le même trottoir que les hommes, elles n’ont pas à faire ça.”

Je me méfie. Zora, c’est presque trop. D’habitude, les sœurs savent tenir leur langue sur les réseaux sociaux. Employer “jihad” ou “Dawla” me paraît très imprudent. Dernière hallucination avec Zora, un détail que j’aurais dû voir au premier coup d’oeil, elle affiche 3 504 amis Facebook.

C’est la première fois que je ressens quelque chose de pas normal. Elles ne louvoient pas, elles ont de la technique pour s’interroger entre elles.

Jeudi 28 juillet. Le groupe Telegram évoqué deux jours plus tôt n’est pas encore lancé. Je crains la fausse piste. Je continue mes discussions avec Zora, soudain énigmatique. Elle m’envoie une simple image de lions: “Entourez vous de ceux qui ont la même mission que vous”. Je ne récolterai pas plus d’informations ce soir.

La journée passe et je suis frustrée… Ils passent leur temps à jouer au chat et à la souris… J’apprends au fur et à mesure à appréhender ces changements de comportements, symbole de leur méfiance. Mais c’est usant.

Le soir arrive. Toujours pas de nouvelle des sœurs Telegram.

Vendredi 29 juillet. Aujourd’hui encore, Zora est évasive. Se dit-elle qu’elle s’est trop confiée à moi?

Je lâche Facebook parce que les sœurs Telegram apparaissent subitement.

Nous sommes huit membres sur le groupe “Cuisine entre sœurs”. Le nom m’intrigue. De la bouffe ok, mais pourquoi en messagerie cryptée?

J’obéis, je suis le fil. On commence par le petit rituel de présentation: prénom, âge, ville. Très formel et sans doute totalement faux pour nous toutes.

Très vite, on parle de hijra et de mariage religieux. Les sœurs partagent des leçons pour réviser le Coran et les bases de l’islam. Puis, l’une d’elle parle de “partir en vacances”. Comprenez rejoindre les rangs de l’Etat islamique. Voyager, partir en vacances, cuisine.

Elles prennent des précautions, même sur une messagerie cryptée.

C’est la première fois que je ressens quelque chose de pas normal. Elles ne louvoient pas, elles ont de la technique pour s’interroger entre elles, on est loin des premières “Oum” qui, quelques jours plus tôt, me prévenaient des dangers de Daech.

Je me demande encore si ce groupe a un réel but ou si c’est juste une conversation entre copines, version Daech

Samedi 30 juillet. Pas de recette sur le groupe Telegram “Cuisine entre sœurs”. Mes nouvelles amies semblent déterminées, ou a minima très informées. L’une dit avoir une interdiction de sortie de territoire sur le dos. Elle fait un cours sur les différents groupes de combattants de la zone irako-syrienne. Elle est pointue.

Je me demande encore si ce groupe a un réel but ou si c’est juste une conversation entre copines, version Daech.

3. Le monde des sœurs – Entre mariage et menaces

Lundi 1er août. 150 messages non lus. Les femmes de Cuisine entre sœurs ne s’arrêtent jamais de poster. Nous abordons la question des dates pour un départ au Cham.

Personne n’a l’air vraiment décidé à partir dans la minute. Le but de ce groupe ne serait donc pas d’organiser notre “voyage”?

Les sœurs ne répondent pas à cette question…

Sur Facebook, Zora ne sait pas encore quand elle va repartir. Mais elle va repartir, elle est déterminée, obsessionnelle même. Elle me demande d’étudier un itinéraire discret et facile pour rejoindre la Syrie. L’idée que nous pourrions partir ensemble germe dans sa tête. Pour elle nous sommes “sœurs”. C’est étrange, je ne connais même pas son vrai prénom, son âge, sa ville…

Mardi 2 août. Proposition de mariage en vue sur Telegram! Quelques jours plutôt, les sœurs m’ont interrogée sur ma position face au mariage: car le mariage c’est indispensable pour rejoindre le Cham. Une “Oum” du groupe me propose un frère. Elle ne me dit rien de lui. Pas de description physique. Est-il beau? Non. Elle précise un détail: il a une petite fille d’un an. Est-il veuf ou divorcé? Pas d’info non plus.

Je demande si ce frère veut partir au Cham avec sa fille ? La sœur me répond par un message vocal. Sa voix est dynamique, même amusée: “bah oui, il va pas la laisser ici hein”. C’est ahurissant! Pour mes sœurs Telegram, c’est moi la dingue qui ne comprend pas que oui, on se marie et on part avec un bébé sous le bras rejoindre une zone de guerre. J’annonce vouloir réfléchir. Avec l’équipe nous décidons de couper les échanges sur ce mariage afin de ne pas encourager les espoirs de ce “frère”…

Les sœurs Telegram sont baignées dans l’idéologie. Rien ne les choque, ni ne les perturbe. On m’avait dit qu’elles existaient, je sais que là, derrière leurs claviers, elles sont sérieuses.

Mercredi 3 août. Zora a un plan pour partir. Elle me donne son numéro de portable pour qu’on se téléphone. A chaque appel, je tomberai sur sa messagerie. Je n’aurai plus de nouvelles pendant plusieurs jours. Mais à quoi joue-t-elle?


Sur Telegram, on stagne. Sont-elles déçues que je refuse de me marier avec ce frère? Je leur demande si elles lisent les magazines de l’EI. Erreur. Une sœur répond: “Les sœurs j’ai créé ce forum pour un objectif à la base”.

Le ton est froid. L’objectif, je ne le connais pas, je ne le comprends pas. Pas possible d’en savoir plus, car les sœurs quittent ce groupe. Tout ça pour une simple question?

4 août. Je réussis à parler en privé à l’une des sœurs Telegram sur un autre compte: appelons-là Sophie. Elle me dit du tac au tac que je suis nouvelle dans la religion, et que je ne peux pas comprendre pourquoi ce groupe a été créé à la base!

Elle coupe la communication. J’ai posé trop de questions? Je me suis comportée comme une journaliste? Tout tourne dans ma tête. Je dois apprendre à trouver le juste milieu entre ne rien dire et en demander trop, sans pour autant être proactive.

A chaque erreur, mon profil peut être démasqué. Si une sœur a un doute sur moi, elle peut me balancer sur les réseaux sociaux. Il me reste un lien, Amina, l’une des sœurs Telegram. Elle accepte de me parler en mode copine de tout et de rien, surtout pas de l’objectif. Je ne pose plus de questions.

Samedi 6 août. Je parle brièvement avec Sophie sur Telegram. Très vite, elle me demande une photo. C’est un monde tellement virtuel, que j’avais oublié qu’il fallait apporter certaines garanties. J’esquive en lui répondant que je ne veux pas poster, même en message privé à une sœur, ma photo. Que c’est trop dangereux si les services de renseignements arrivent à accéder à nos conversations.

Elle accepte mon argument. Elle aussi refuse de m’envoyer sa photo…

Lundi 8 août. Décidément les relations virtuelles qui s’instaurent entre les sœurs sont très difficiles à comprendre. Amina, entre 2 banalités, me demande si je peux être le témoin du mariage d’une sœur.

Elle m’explique qu’il s’agit d’un mariage religieux, qu’il suffit donc d’un coup de téléphone très rapide par Skype ou autre. Mais le temps de me connecter, la sœur est déjà mariée. Cela n’a pas pris plus de quelques heures.

Amina a une voix fluette mais elle est enjouée tout en évoquant des attentats, la mort…

À la mi-journée, nous apprenons qu’une jeune fille a été interpellée en région parisienne. Elle est soupçonnée d’avoir fait du prosélytisme sur Internet et de préparer une action en France. Nous décidons d’interroger les sœurs sur son cas. Zora m’assure ne pas avoir entendu parler de cette histoire.

Amina est plus cash. Elle m’annonce qu’elle connaît la sœur arrêtée. Elle était, selon Amina, ultra-sérieuse. Amina m’ordonne d’être discrète sur les réseaux sociaux.

Et d’un coup, elle me lâche qu’elle n’a pas peur de mourir. Amina veut entendre ma voix, sans doute pour être sûre que je ne suis pas un flic, un journaliste.

Plus tard dans la soirée, Amina a confiance, elle me dit qu’elle est prête à mourir encore une fois, ici en France. Elle m’envoie des nasheed, ces poèmes religieux chantés que les djihadistes détournent pour en faire des chants de propagande et des appels aux attentats. Amina a une voix fluette mais elle est enjouée tout en évoquant des attentats, la mort…

Après cette conversation, elle disparaît des réseaux sociaux.

4. Et vint Sabre de lumière – Quand Daech vous parle

Mardi 9 août. Sabre de lumière. Ces trois mots vont devenir mon quotidien. Je découvre cette chaîne sur Telegram par l’intermédiaire d’une sœur. Un homme poste des messages en français, des messages vocaux et partage toutes sortes de photos et autres vidéos exclusivement et totalement “Daechiennes”. Nous ne pouvons pas interagir directement avec lui.

La chaîne existe depuis hier. Elle réunit déjà 86 membres. Les messages vocaux du “frère” sont tellement dingues, irréalistes qu’ils me font presque sourire au début. Est-ce juste un fou qui s’amuse de chez lui ou est-il à prendre au sérieux?

Il appelle à attaquer la France en ciblant des lieux précis. Mon sourire s’efface, je préviens l’équipe. Oui, il est à prendre au sérieux.

Quelques jours s’écoulent avant qu’il ne se présente lui-même: je suis Rachid Kassim. C’est le bourreau de la vidéo de décapitation visionnée le 21 juillet. On le soupçonne d’avoir téléguidé Magnanville, où un couple de policiers a été exécuté le 13 juin, par Larossi Abballa. Kassim serait aussi l’instigateur de l’attaque de Saint-Etienne-du-Rouvray, où un prêtre a été égorgé 15 jours plus tôt.

Mercredi 10 août. Sur sa chaîne Sabre de lumière, Kassim appelle au meurtre tous les jours. Aujourd’hui, il poste une infographie qui explique comment procéder à “une attaque de masse” ou “une attaque ciblée” pour les “lions solitaires”. Il liste les armes, et donne carrément le mode d’emploi pour un attentat avec une voiture remplie de bonbonnes de gaz. Je n’y connais rien mais son mode opératoire me paraît absurde.

Pourtant, début septembre, plusieurs femmes seront interpelées en lien avec une tentative d’attaque à la voiture piégée près de Notre-Dame-de-Paris. Certaines d’entre elles auraient été en contact avec Rachid Kassim.

Vendredi 12 août. Sabre de lumière a mis en place un système de questions-réponses. Des frères et sœurs lui posent des questions en privé, et il répond sur sa chaîne, pour tous, sous forme de message vocal. Preuve qu’on peut aller lui parler seul à seul.

Aujourd’hui, il répond notamment à la question: “les sœurs peuvent-elles attaquer en terre de kouffars?”

Rachid Kassim

© Slug News Tv Press

Réponse de Rachid Kassim: le djihad est permis aux femmes. Les écoles de pensée divergent sur certains points. Mais personne ne peut dire à une femme qu’il est haram (illicite) de combattre.

Ce message est important pour nous, qui travaillons spécifiquement sur les femmes. Nous devons en apprendre plus sur les positions de cet homme, et celles de l’Etat islamique concernant le rôle des femmes, y compris en ce qui concerne des attaques.

Mardi 16 août. Nous décidons de contacter Rachid Kassim en privé. Je le salue, et lui écris que j’ai 20 ans, je suis convertie depuis six mois et je veux savoir si je dois faire la hijra?

Trois minutes plus tard, l’icône «message lu» apparaît et la réponse arrive en 30 secondes chrono: un message vocal, comme il en utilise largement sur sa chaine Sabre de lumière.

Sa voix est posée, prévenante même. Il m’assure que pour tout musulman la hijra est obligatoire. Nous discutons un peu. Il me demande si quelqu’un peut bien attester que je suis du côté de Daech.

Je lui dis que je ne connais personne et que je suis aussi venue lui demander conseils pour cela.

Il doit être flatté, il ne me demande aucune autre garantie. Il me demande si je veux me marier. Je réponds que oui, mais que je ne sais pas exactement ce que je dois faire pour la Dawla. Il veut me rassurer et m’explique que je dois continuer à prier et être patiente.

Etre patiente ? Mais lui appelle à des actions immédiates. S’il pouvait tuer tous les Français, il le ferait.

Je n’ai pas l’impression de correspondre avec l’homme qui coupe des têtes sur les vidéos et qui exhorte les frères à passer à l’action en France. Sa voix est la même. Mais en message privée, Kassim est posé. Il joue au grand frère avec moi. Je suis décontenancée.

Nous sommes le 16 août. En moins de six semaines, moi, une fraîche convertie, une néophyte, je me retrouve à discuter avec l’une des voix de Daech, un homme que l’on soupçonne de se trouver en terres irako-syriennes. Il me parlera longuement en privé, pour me guider, disait-il.

Pour lire la 2e partie, cliquez ici.

Une enquête de Slug-News TV Presse avec la rédaction d’Envoyé spécial et France 24.

Cet article a été originellement publié sur Slate.fr.

Première publication : 03/02/2017

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En vue d’une introduction en Bourse très attendue Snap, la start-up à l’origine du réseau social Snapchat, a remis, jeudi, ses documents financiers à la SEC. Une avalanche de données financières, mais aussi de détails insolites.

Snap – le nom de la maison mère du réseau social Snapchat – espère réaliser la troisième plus importante introduction en Bourse de l’histoire d’une société tech américaine. Dans son document préliminaire à son arrivée sur les marchés financiers, remis jeudi 2 février au gendarme américain de la Bourse (SEC), la start-up assure vouloir lever trois milliards de dollars lors de l’opération. Seuls Facebook (16 milliards de dollars en 2012) et Agere System (4,1 milliards de dollars en 2001) ont fait mieux.

Un objectif ambitieux qui ne surprend guère. En cinq ans d’existence, le réseau social éphémère (les messages disparaissent rapidement après leur publication) est devenu la star des jeunes (l’âge moyen est compris entre 18 et 24 ans), revendique 158 millions d’utilisateurs quotidiens qui passent environ trente minutes par jour sur l’application.

Cette introduction en Bourse à New York est donc la plus attendue depuis celle du géant chinois Alibaba, en 2014. Les documents financiers que Snap a remis à la SEC, largement commentés dans la presse, constituent une mine d’or pour les éventuels investisseurs. Mais ils permettent aussi de lever le voile sur quelques petits secrets de cuisine d’un réseau social devenu incontournable pour les “millenials”, ceux qui ont atteint la majorité au début des années 2000, idoles des publicitaires.

• Snap et la peur du Brexit

Parmi les dangers qui pèsent sur l’avenir économique de Snap, il faut compter avec la sortie de l’Union européenne du Royaume-Uni, assurent les responsables du réseau social. Ils mettent cet événement sur le même plan que des risques plus convenus pour une société tech, telles que la concurrence de Facebook ou de Google, les pirates informatiques ou la censure en Chine.

Mais Snap s’imagine un avenir britannique et voit d’un mauvais œil la tournure que prennent les négociations autour du Brexit. Le réseau social compte, en effet, établir le quartier général de ses activités non américaines à Londres, et envisage d’y localiser une structure pour gérer les revenus de ses licences. L’incertitude autour du cadre législatif au Royaume-Uni après le Brexit risque d’entraîner des coûts qui pourraient être “très élevés” pour Snap.

• Snap et l’éviction à 158 millions de dollars

Au début de l’aventure Snapchat, ils étaient trois. Cinq ans plus tard, ils ne sont plus que deux, Evan Spiegel et Bobby Murphy. Le troisième, Reggie Brown, a été remercié, non sans peine : ses deux anciens compères lui ont versé 157,5 millions de dollars.

La bataille judiciaire autour du rôle de Reggie Brown avait fait les choux gras de la presse spécialisée en 2013, laissant les médias sur leur faim puisque l’accord conclu entre les trois ex-amis de fac avait été tenu secret… jusqu’à présent.

• Snap et la Food and Drug Administration

Cette autorité n’intervient pas souvent dans le quotidien d’un géant du Web. La Food and Drug Administration (FDA) contrôle tout ce qui a trait à l’industrie alimentaire ou pharmaceutique. Mais Snap précise que cette dernière a aussi son mot à dire sur la commercialisation de “Spectacles”, les lunettes connectées commercialisées par Snap, considérées comme du matériel médical.

Le réseau social ajoute que l’importance du contrôle de la FDA pourrait aller croissant, suggérant une commercialisation d’autres objets connectés dans le même registre.

• Snap et les profits

L’entreprise perd actuellement de l’argent (514 millions de dollars en 2016). Rien d’étonnant dans le monde des start-up, dont la devise est généralement : les utilisateurs d’abord, les profits ensuite. Mais le réseau social va encore plus loin, puisqu’il prévient, en toute sérénité, qu’il pourrait ne jamais faire de profit. Pas le genre de précision qu’un investisseur hésitant risque d’apprécier.

• Snap et l’altruisme

Snap a créé une fondation caritative… deux jours avant de remettre ses documents financiers. Les deux cofondateurs s’engagent à y placer 13 millions d’actions Snap sur les quinze à vngt prochaines années afin de soutenir les “arts, l’éducation et la jeunesse”. Un beau geste ? Certes, mais c’est aussi une manière de lier les moyens d’action de la fondation à la performance boursière de Snap. Avis à ceux qui voudraient à l’avenir parier en Bourse contre le réseau social.

• Snap et les vieux

Snap, ce n’est pas qu’une appli pour les jeunes. Enfin presque. Les “vieux” d’un pays européen résistent encore et toujours à ce jeunisme : la Norvège. Plus de 45 % des utilisateurs du réseau social dans ce pays ont plus de 35 ans. Snap ne donne pas d’explication sur le particularisme norvégien, mais précise bien que le cas est unique.

Première publication : 03/02/2017

Des policiers se sont rendus au Sénat pour se faire remettre des documents concernant les enfants aînés de François Fillon, qui ont tous deux été rémunérés par leur père entre 2005 et 2007 lorsqu’il était sénateur de la Sarthe.

Des policiers se sont rendus au Sénat, vendredi 3 février, pour se faire remettre des documents concernant les enfants aînés de François Fillon, a appris Reuters de source parlementaire.

Dans un communiqué, la présidence du Sénat a confirmé que Gérard Larcher avait autorisé ce vendredi “la communication des documents dont les services du Sénat disposent”. “Cette communication sera assurée par le Secrétaire général de la Questure dans les plus brefs délais”, ajoute le texte.

>> À lire : Quand François Fillon était contre la loi sur la transparence de la vie publique

Le parquet national financier (PNF) a demandé aux policiers chargés d’enquêter sur les emplois présumés fictifs de Penelope Fillon d’étendre leurs investigations aux activités de Marie et Charles, qui ont tous deux été rémunérés par leur père au Sénat,

comme François Fillon l’a lui-même révélé sur TF1.

Pas de convocation pour les enfants Fillon

La révélation de leur emploi par leur père au Sénat pour des “missions précises”, avait suscité la polémique, François Fillon expliquant les avoir embauchés car ils étaient avocats, alors qu’ils n’avaient pas encore prêté serment à l’époque.

Le Canard Enchaîné accuse la candidat de la droite d’avoir surpayé Marie et Charles quand il était sénateur de la Sarthe entre 2005 et 2007. D’octobre 2005 à décembre 2006, la fille aînée des Fillon a touché 57 084 euros brut, soit environ 3 800 euros brut par mois pendant 15 mois. Son fils Charles a, lui, perçu 26 651 euros brut de janvier à juin 2007, soit 4 846 euros brut par mois. Le “salaire moyen” d’un assistant parlementaire se situe entre 2 200 et 2 600 euros net, d’après les syndicats.

>> À lire : Pour son avocat, “l’existence d’un travail effectif” de Penelope Fillon a été prouvée

Le procureur financier, Eliane Houlette, a transmis, jeudi, à Gérard Larcher une demande d’information concernant les emplois occupés par Marie et Charles Fillon auprès de François Fillon d’octobre 2005 à juin 2007, ainsi que “la réglementation

relative au statut, aux modalités d’emploi, de gestion et de rémunération de collaborateurs de sénateurs”, précise la présidence du Sénat dans un communiqué.

Aucun des deux enfants Fillon n’a toutefois été convoqué par les enquêteurs à ce stade, assurait jeudi à Reuters Me Antonin Lévy, qui défend le candidat de la droite pour la présidentielle.

Toute perquisition au Sénat ou à l’Assemblée nationale doit être autorisée par le président de la chambre concernée. Mardi, des perquisitions ont été menées dans le bureau de l’ancien Premier ministre à l’Assemblée nationale.

Avec AFP et Reuters

Première publication : 03/02/2017