Archive for February 14th, 2017

Lors d’une interview à la télévision algérienne, le candidat à la présidentielle Emmanuel Macron a qualifié la colonisation française de “crime contre l’humanité”. Des élus Les Républicains et Front national s’offusquent.

Plusieurs responsables de droite et du Front national (FN) ont fait part, mercredi 15 février, de leur émoi après que le candidat à la présidentielle Emmanuel Macron a qualifié la colonisation française de “crime contre l’humanité” à la télévision algérienne.

Dans une interview donnée à la chaîne privée Echourouk News lors de son voyage en Algérie en début de semaine mais mise en ligne mardi, l’ancien ministre de l’Économie avait déclaré : “La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes.” Tout en affirmant ne pas vouloir “balayer tout ce passé”.

Emmanuel Macron en #Algérie : « La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime contre l’humanité » pic.twitter.com/5P7nDuY8Uh

— Romain Caillet (@RomainCaillet) 15 février 2017

“Honte”

Plusieurs responsables politiques Les Républicains (LR) mais surtout du FN ont vivement réagi au lendemain de la mise en ligne de cette interview. “Honte à Emmanuel Macron qui insulte la France à l’étranger : ‘la colonisation de la France était un crime contre l’humanité’”, a tweeté le député LR Gérald Darmanin, un proche de l’ancien président Nicolas Sarkozy.

Honte à @EmmanuelMacron qui insulte la France à l’étranger : “la colonisation de la France était un crime contre l’humanité”

— Gérald DARMANIN (@GDarmanin) 15 février 2017

>> À lire : En Algérie, Emmanuel Macron veut en finir avec les “querelles fratricides”

“Opposer les Français, ressortir ces histoires pour diviser, pour remobiliser, je vois bien les soucis électoraux qu’il y a derrière tout ça. Ce n’est pas digne d’un chef d’État d’aller agiter des cicatrices qui sont encore très douloureuses”, a lancé Jean-Pierre Raffarin sur BFMTV. “Macron, le candidat des élites, des banques, des médias et… de la repentance”, a fustigé la députée FN Marion Maréchal-Le Pen.

#Macron, le candidat des élites, des banques, des médias et… de la repentance ! https://t.co/Z2WXxOrmGQ

— Marion Le Pen (@Marion_M_Le_Pen) 15 février 2017

En octobre, Emmanuel Macron avait suscité la controverse en déclarant au Point : “Alors oui, en Algérie il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un État, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie.”

Avec AFP

Première publication : 15/02/2017

Face au discours sécuritaire de la droite, les positions des candidats de la gauche à l’Élysée sur les rapports entre police et population dans les quartiers populaires ne sont pas toujours audibles. Hamon et Mélenchon ont pourtant des propositions.

Les candidats n’avaient pas forcément prévu de faire des banlieues un sujet majeur de leur campagne mais l’actualité les a rattrapés. Avec l’affaire Théo, du nom de ce jeune homme gravement blessé et victime d’un viol présumé lors d’une interpellation à Aulnay-sous-Bois, impossible de ne pas évoquer les banlieues, impossible de ne pas se positionner sur les rapports entre la police et leurs habitants.

Si à droite, sans surprise, les candidats à l’élection présidentielle profitent des débordements, des voitures brûlées et des images de violences pour condamner l’action du gouvernement et mettre en avant leurs propositions sur la sécurité, les candidats de gauche, parfois moins audibles sur les sujets sécuritaires, préfèrent souligner le sentiment d’injustice ressenti dans les quartiers populaires. Pour eux, ce sont les rapports entre forces de l’ordre et population qui sont à revoir.

“J’ai vu des parents qui sont aujourd’hui inquiets que leurs enfants, parce qu’ils sont noirs, puissent être pris à partie dans un contrôle d’identité qui dégénère. Quand cette peur existe, la pire des choses, ce serait d’être dans le déni et de dire que ça n’existe pas. On ne peut pas, en République, avoir peur de la police”, a affirmé Benoît Hamon, mardi 14 février, dans l’émission C à vous sur France 5.

>> À lire : À Bobigny, les manifestants contre les violences policières entre colère et résignation

“Regardons la réalité en face : ce qui est en train de monter, c’est un sentiment d’humiliation et quand l’humiliation de dizaines de milliers de nos compatriotes ressurgit et pointe, ça se transforme en colère, a-t-il ajouté, pointant également du doigt les propos d’un syndicaliste policier qui “a osé dire que ‘bamboula’ pouvait être une insulte convenable”.

Je suis favorable au récépissé de contrôle d’identité afin d’apaiser les tensions entre habitants et forces de l’ordre #Cà Vouspic.twitter.com/vEfobgpLQ5

— Benoît Hamon (@benoithamon) 14 février 2017

De son côté, Jean-Luc Mélenchon a appelé, dimanche 12 février, à “purger dès maintenant les éléments malsains” de la police. “Comme elles ont tendance à se multiplier et qu’elles semblent venir souvent de ce qu’on appelle les brigades spécialisées de terrain, eh bien pour ma part, je pense qu’il faut les dissoudre, a-t-il poursuivi. Ceux qui se comportent de cette manière le font par idéologie. Ils le font parce que dans leur esprit, il est nécessaire d’humilier une partie de la population de notre pays.”

Refonder le code de déontologie de la police

Côté propositions, Benoît Hamon veut mettre en œuvre l’une des promesses non tenues de François Hollande : le récépissé du contrôle d’identité. Le candidat socialiste s’est ainsi dit favorable à une expérimentation dans trois départements “afin de mettre fin aux contrôles au faciès qui nourrissent la rancœur et la méfiance mutuelle entre la police et la population”. Il souhaite également doter “chaque patrouille d’une caméra portative garantissant les bonnes conditions des interventions” des forces de l’ordre.

>> À lire : François Hollande se rend à Aubervilliers pour calmer le jeu

Benoît Hamon veut enfin créer 1 000 postes par an dans la police et la gendarmerie et “instaurer une prime pour les forces de l’ordre présentes en zone très difficile” en s’inspirant de ce que fait l’Éducation nationale dans les réseaux d’éducation prioritaires (REP) et les REP+.

Jean-Luc Mélenchon va, lui, beaucoup plus loin en proposant de s’attaquer à ce qu’il considère être les racines du problème. Le candidat de la France insoumise estime notamment qu’il faut refonder le code de déontologie des policiers en réintégrant “la mission de ‘défense des Libertés et de la République'”. Il propose aussi “le renforcement de la formation initiale des agents tournée notamment vers l’éthique et la relation avec les concitoyens” et “l’évaluation des missions de services publics de police par des questionnaires adressés à la population”.

Nous avons besoin d’une vraie police de proximité. Elle est la solution. #AffaireTheo#BFMPolitique

— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) 12 février 2017

Autre proposition emblématique de la gauche, Jean-Luc Mélenchon souhaite restaurer la police de proximité créée par le gouvernement Jospin à la fin des années 1990. “Déployer les mêmes policiers sur les mêmes quartiers inscrit leurs actions dans la durée, écrit-il dans son livret sur la sécurité publié en novembre 2016. Fidélisés sur un territoire à taille humaine, ils peuvent engager un dialogue avec la population. Une police de proximité se doit d’être acceptée et reconnue comme telle par la population par le traitement quotidien des petits délits. Ces unités seront amenées à co-animer des Conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) rénovés.”

“Il y a un risque d’embrasement parce que ça fait des années et des années qu’on ne traite pas la question des quartiers populaires” et “que s’accroît la ghettoïsation”, a estimé pour sa part Yannick Jadot, le candidat d’Europe Écologie-Les Verts à la présidentielle, qui a qualifié d'”incroyable stupidité” l’arrêt de la police de proximité en 2003 et propose également la mise en place du récépissé pour éviter les contrôles au faciès.

“Il y a une rancœur énorme contre le gouvernement et la police”

Pour les associations, en revanche, le compte n’y est pas. “On a le sentiment qu’il faut une catastrophe pour qu’il y ait un semblant de dialogue entre les pouvoirs publics et les associations”, déplore Pierre Tartakowsky, président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), interrogé par l’AFP.

>> À voir : Les violences dans les banlieues s’invitent dans la présidentielle française

Chacun garde à l’esprit l’embrasement des banlieues en octobre 2005, après la mort de deux adolescents à Clichy-sous-bois, qui avait entraîné trois semaines de violences dans toute la France – les plus graves dans l’histoire de ces quartiers où vit une population défavorisée et souvent issue de l’immigration.

Le pays avait alors découvert l’accumulation de difficultés économiques et sociales concentrée dans ces banlieues, où le chômage des jeunes dépasse les 40 %. Et les millions dépensés par la politique de la Ville n’ont pas empêché la création d’un “apartheid territorial, social et ethnique”, selon la formule polémique employée par Manuel Valls après les attentats de janvier 2015.

“Il y a une rancœur énorme contre le gouvernement et la police, un désenchantement très puissant, qu’on lit dans l’abstention, et qu’on entend dès qu’on se promène en banlieue”, conclut Pierre Tartakowsy.

Première publication : 15/02/2017

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Face au protectionnisme de Donald Trump, les pays d’Amérique latine montrent leur solidarité. L’hostilité économique américaine pourrait mener à un rapprochement historique entre les pays de l’Alliance du Pacifique et du Mercosur.

L’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis a mis en branle un mouvement de fond en Amérique latine. Alors que le nouveau président américain mène une politique agressive à l’égard du Mexique en matière d’immigration et de commerce, les pays de la zone se serrent les coudes et ont multiplié les signes de solidarité avec le président mexicain, Enrique Peña Nieto.

Mardi 14 février, celui-ci a d’ailleurs publiquement remercié les gouvernements latino-américains pour leur soutien contre le nouveau président Trump. Dès le 25 janvier, Rafael Correa, le dirigeant équatorien, avait déclaré que “les solutions pour stopper l’immigration ne sauraient être les murs ou les frontières”, dans une allusion au projet de Donald Trump de construire un grand mur à la frontière sud des États-Unis.

Le 6 février, ce sont les présidents argentins et brésiliens, Mauricio Macri et Michel Temer, qui avaient montré leur solidarité en invitant le Mexique à se rapprocher du Mercosur, la zone de libre-échange rassemblant plusieurs pays d’Amérique du Sud. Selon le quotidien colombien El Espectador, des signaux similaires sont également venus d’Uruguay, de Bolivie et du Chili.

Un rapprochement des libre-échanges

Une unité derrière le camarade malmené qui pourrait se traduire concrètement par un rapprochement entre les organisations régionales. Actuellement, les pays d’Amérique latine sont partagés entre le Mercosur et l’Alliance du Pacifique, deux organisations régionales. D’un côté, le Mercosur créé en 1991 comprend l’Argentine, Brésil, le Paraguay, l’Uruguay et le Venezuela (actuellement suspendu) ainsi que cinq membres associés. De l’autre, l’alliance du Pacifique contient quatre pays : le Chili, la Colombie, le Mexique et le Pérou.

Historiquement, ces deux organisations sont pourtant rivales. Comme le rappelle Olivia Ronsain, spécialiste de relations internationales et d’économie, dans une note sur Diploweb, les deux organisations se sont bâties sur des modèles aux logiques différentes : “On constate que l’Alliance du Pacifique est destinée à devenir à court terme une zone de libre-échange, puisqu’elle a éliminé 92 % des barrières douanières et devrait y mettre un terme dans les années à venir, explique la chercheuse. L’Alliance tend également à évoluer en un marché commun. […] Contrairement au Mercosur, cette alliance n’a pas pour vocation d’être une union douanière puisqu’elle ne mettra pas en place un TEC, Tarif extérieur commun.”

En face, le Mercosur s’est formé depuis les années années 1990 sous l’impulsion des gouvernements résolument progressistes du Brésil, de l’Argentine et du Venezuela. Au-delà de la logique d’intégration économique et douanière, le Mercosur possède une vocation plus politique. À sa modeste échelle, on peut rapprocher cette construction de celle de l’Union européenne.

Cependant, ces dernières années, la donne a changé dans la région : 2015 a vu la fin du kirchnerisme en Argentine et le début de la présidence de Mauricio Macri. Au Brésil, Dilma Rousseff a été destituée en 2016 et Michel Temer a accédé au pouvoir. Deux hommes beaucoup plus ouverts au libéralisme et au libre-échange que ne l’étaient leurs prédécesseurs et donc beaucoup plus compatibles avec la logique pragmatique de l’Alliance du Pacifique.

>> À lire aussi : 2016 dans le rétro, fin de cycle en Amérique latine

Un premier pas en ce sens a été fait l’an dernier. Mauricio Macri a assisté à la rencontre annuelle des pays de l’alliance du Pacifique en tant qu’observateur. Un signal clair en faveur du renforcement des liens.

Face à Trump, l’union économique

Les dirigeants de l’Argentine et du Chili, Mauricio Macri et Michelle Bachelet, sont actuellement les présidents temporaires respectifs du Mercosur et de l’Alliance du Pacifique et ils sont bien déterminés à mettre cette occasion à profit pour opérer un rapprochement entre les deux organisations qui pourrait mener à terme à une fusion.

L’élection de Donald Trump pourrait bien accéler le rapprochement. En effet, le 12 février, les ministres des Affaires étrangères argentin et chilien ont annoncé une grande réunion des ministres des deux organisations en avril “pour faire face aux pressions protectionnistes” des États-Unis. “Nous voulons donner un signal sur notre volonté d’aller vers davantage d’ouverture, d’intégration et d’investissements”, a déclaré Heraldo Muñoz, le ministre des Affaires étrangères chilien.

Comme le rappelle le quotidien espagnol El Pais, la fusion est cependant loin d’être actée. Les prochains mois seront décisifs pour le rapprochement et celui-ci pourrait très bien ne pas aller à son terme, tant les logiques du Mercosur et de l’Alliance du Pacique sont différentes. Ainsi, le Chili, de l’Alliance du Pacifique, a déjà signé près de 180 accords bilatéraux de libre-échange : comment rendre compatibles ces traités existants avec des économies plus fermées comme celles du Brésil ou de l’Argentine appartenant au Mercosur ?

Sauver l’accord de partenariat transpacifique

Autre conséquence du protectionnisme de Trump : l’accord de partenariat transpacifique, pourtant impulsé par les États-Unis, est sérieusement mis à mal. Ce traité multilatéral de libre-échange visait à supprimer les barrières douanières entre les pays du Pacifique et rassemblait l’Australie, le Brunei, le Canada, le Chili, les États-Unis, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour et le Vietnam. Mais le 26 février, le nouveau président américain a annoncé la sortie unilatérale de son pays de l’accord, fidèle à l’une de ses promesses de campagne.

Ce retrait pourrait marquer la fin de l’expérience mais le Chili, en tant que président de l’Alliance du Pacifique, veut assurer un avenir à ce traité. Il a convoqué une réunion extraordinaire des 12 membres les 14 et 15 mars à laquelle sont conviés la Chine et la Corée du Sud, deux pays qui auraient eu beaucoup à perdre si le traité était entré en vigueur.

Objectif : assurer de nouveaux débouchés aux produits latino-américains. Selon le quotidien péruvien La Prensa, la logique est simple : devant la fermeture du marché états-unien aux exportations latino-américaines, les pays de l’Alliance du Pacifique et du Mercosur veulent désormais regarder dans d’autres directions : la vieille Europe et l’émergente Asie.

Première publication : 15/02/2017

Dans un entretien sur Franceinfo datant du mois de septembre, François Fillon se montrait critique des médias qui ne s’intéressaient pas suffisamment selon lui aux affaires illustrant un “abaissement du niveau d’éthique dans la vie politique”.

François Fillon manquerait-il de cohérence ? Très critique vis-à-vis des médias depuis les révélations du Canard enchaîné au sujet des emplois présumés fictifs de sa femme et de ses enfants, l’ancien Premier ministre tenait pourtant un discours bien différent il y a encore cinq mois.

>> À lire : “La fronde parlementaire anti-Fillon fait ‘pshitt’ !”

Dans une interview sur Franceinfo datant du 2 septembre et exhumée par Brut, celui qui n’était alors qu’un candidat à la primaire de la droite regrettait ainsi que les médias ne couvrent pas plus assidûment les affaires qui symbolisent un “abaissement du niveau d’éthique dans la vie politique”, faisant notamment référence à l’affaire Bygmalion visant Nicolas Sarkozy ou aux impôts impayés par l’éphémère secrétaire d’État Thomas Thévenoud.

“Ce que je mets sur le même plan, c’est la manière dont le système politico-médiatique passe sur toutes ces affaires. Tout ça, ça fait la Une pendant trois jours, et puis ensuite c’est fini, on n’en parle plus. Et moi, sur le terrain, je rencontre tous les jours des gens qui me disent : ‘Moi, quand je passe devant le radar, je paie'”.

Avant, François Fillon regrettait que la presse passe trop peu de temps sur les affaires “d’éthique dans la vie politique”. pic.twitter.com/fkFgnBUlht

— Brut (@brutofficiel) February 14, 2017

Première publication : 15/02/2017

Vendredi dernier, les riverains et les collectifs d’aide aux migrants ont eu la surprise de découvrir que des rochers avaient été installés à l’endroit où les migrants s’abritaient en attendant d’être reçus par le centre de la Chapelle.

Depuis vendredi 10 février, de grosses pierres ont été installées sous un pont du boulevard Ney, dans le 18e arrondissement de Paris, à une dizaine de mètres du centre humanitaire de La Chapelle.

C’est à cet endroit que les migrants, dans l’attente d’être reçus par le centre qui compte 400 places d’hébergement et fonctionne à flux tendu depuis son ouverture en octobre 2016, passaient leur nuit pour se protéger de la pluie et du froid.

Les rochers acheminées par des engins municipaux occupent désormais quasiment toute la surface du lieu, empêchant les migrants de s’abriter. “Les pierres ont été installées de telle manière que plus personne ne puisse s’allonger. Résultat : quand je suis passée lundi, certains n’avaient pas dormi depuis vendredi ou se sont reposés à 20 mètres de là en plein vent et sans protection”, explique à France 24 une riveraine, membre du Comité Solidarité migrants Wilson, qui distribue tous les jours depuis trois mois des petits déjeuners à la centaine de migrants présents dans le 18e.

>> À lire : Migrants : le centre humanitaire de Paris sous le feu des critiques

L’impression que les migrants “doivent être invisibles”

Un procédé qui choque les bénévoles œuvrant chaque jour aux côtés des migrants. Sur les réseaux sociaux, nombreux sont les internautes qui se disent scandalisés par la pose de ces grosses pierres.

À Paris (Porte de la Chapelle), la mairie fait poser des pierres pour empêcher les SDF et les migrants de dormir. Ce monde me dégoûte. pic.twitter.com/3VdpKrOtUc

— Salem (@Ibn_Sayyid) 13 février 2017

Les collectifs d’aide aux migrants dénoncent également la pression qu’ils subissent quotidiennement : des amendes de 135 euros pour stationnement gênant alors qu’ils déchargent leurs véhicules pour offrir des petits déjeuners ou encore des tirs de gaz lacrymogènes envoyés par la police pour les déloger.

“Nous avons l’impression que les migrants et les personnes qui leur viennent en aide doivent être invisibles”, s’indigne cette bénévole du Comité Solidarité migrants Wilson qui raconte avoir été “gazée” dernièrement par la police alors qu’elle était avec sa fille. Pour preuve, lors de la distribution de nourriture lundi 13 février, la police a pour la première fois délogé les bénévoles et leur a demandé de se déplacer à 200 mètres, devant la déchetterie.

“Le symbole est quand même choquant”, note la riveraine. Cette “citoyenne ordinaire”, comme elle se décrit, constate que depuis quelque temps, la situation s’est tendue même “si la pression est bien là depuis le premier jour”.

>> À lire : Paris : MSF dénonce les confiscations de couvertures de migrants en plein hiver

La mairie de Paris regrette de son côté que le dispositif soit mal interprété et justifie l’installation de pierres par l’extension des travaux du tramway et de la petite ceinture qui auront lieu à ce niveau. De plus, le pont où s’abritaient les migrants doit être détruit par la SNCF pour en construire un plus solide.

“Ces rochers étaient installés sur un trottoir du boulevard Ney, en bordure du chantier de la prolongation du tramway. Nous les avons déplacés pour permettre l’extension prochaine du chantier. Les 143 personnes qui dormaient dans ce secteur ont été prises en charge par les services de l’État et les associations et ont été mises à l’abri”, indique-t-on à la mairie.

Éviter la formation de nouveaux campements

La municipalité se défend ainsi de mener une politique anti-migrants, comme le dénonce les collectifs. “Quand on ouvre un centre de 400 places, il n’est pas possible de nous reprocher d’avoir une politique anti-migrants”, soulignent les services d’Anne Hidalgo. “D’autant que depuis début décembre, nous avons étendu le nombre d’entretiens avec les migrants dans le centre de la Chapelle, passant de 50 à 80 par jour. Et nous avons aussi mis en place un système de rendez-vous sous 24, 48 ou 72 heures pour éviter les problèmes de files d’attente interminables à l’extérieur”, assure-t-on à la mairie.

>> À lire : Migrants : des mini-campements se reforment près du centre humanitaire de Paris

La municipalité précise également que des gymnases ont été ouverts pour les migrants dont le rendez-vous avec le centre de la Chapelle n’a lieu que 72 heures plus tard. “Anne Hidalgo a assuré qu’elle ne délogerait pas ceux qui vivent dans la rue tant qu’on n’aura pas trouvé de solutions alternatives, mais il est vrai qu’on veut éviter qu’un campement de rue ne se reconstitue”, déclare un membre de la mairie de Paris.

Pour les collectifs, cette politique de non-campement et de non-regroupement précarise les migrants et les isole un peu plus. Emmaüs Solidarité, qui gère le centre de la Chapelle, assure de pas avoir été mis au courant de la pose de ces pierres et se garde de faire tout commentaire.

Première publication : 15/02/2017