Mercosur, Alliance du Pacifique : comment Trump fait bouger les lignes en Amérique latine

Mercosur, Alliance du Pacifique : comment Trump fait bouger les lignes en Amérique latine
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Face au protectionnisme de Donald Trump, les pays d’Amérique latine montrent leur solidarité. L’hostilité économique américaine pourrait mener à un rapprochement historique entre les pays de l’Alliance du Pacifique et du Mercosur.

L’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis a mis en branle un mouvement de fond en Amérique latine. Alors que le nouveau président américain mène une politique agressive à l’égard du Mexique en matière d’immigration et de commerce, les pays de la zone se serrent les coudes et ont multiplié les signes de solidarité avec le président mexicain, Enrique Peña Nieto.

Mardi 14 février, celui-ci a d’ailleurs publiquement remercié les gouvernements latino-américains pour leur soutien contre le nouveau président Trump. Dès le 25 janvier, Rafael Correa, le dirigeant équatorien, avait déclaré que “les solutions pour stopper l’immigration ne sauraient être les murs ou les frontières”, dans une allusion au projet de Donald Trump de construire un grand mur à la frontière sud des États-Unis.

Le 6 février, ce sont les présidents argentins et brésiliens, Mauricio Macri et Michel Temer, qui avaient montré leur solidarité en invitant le Mexique à se rapprocher du Mercosur, la zone de libre-échange rassemblant plusieurs pays d’Amérique du Sud. Selon le quotidien colombien El Espectador, des signaux similaires sont également venus d’Uruguay, de Bolivie et du Chili.

Un rapprochement des libre-échanges

Une unité derrière le camarade malmené qui pourrait se traduire concrètement par un rapprochement entre les organisations régionales. Actuellement, les pays d’Amérique latine sont partagés entre le Mercosur et l’Alliance du Pacifique, deux organisations régionales. D’un côté, le Mercosur créé en 1991 comprend l’Argentine, Brésil, le Paraguay, l’Uruguay et le Venezuela (actuellement suspendu) ainsi que cinq membres associés. De l’autre, l’alliance du Pacifique contient quatre pays : le Chili, la Colombie, le Mexique et le Pérou.

Historiquement, ces deux organisations sont pourtant rivales. Comme le rappelle Olivia Ronsain, spécialiste de relations internationales et d’économie, dans une note sur Diploweb, les deux organisations se sont bâties sur des modèles aux logiques différentes : “On constate que l’Alliance du Pacifique est destinée à devenir à court terme une zone de libre-échange, puisqu’elle a éliminé 92 % des barrières douanières et devrait y mettre un terme dans les années à venir, explique la chercheuse. L’Alliance tend également à évoluer en un marché commun. […] Contrairement au Mercosur, cette alliance n’a pas pour vocation d’être une union douanière puisqu’elle ne mettra pas en place un TEC, Tarif extérieur commun.”

En face, le Mercosur s’est formé depuis les années années 1990 sous l’impulsion des gouvernements résolument progressistes du Brésil, de l’Argentine et du Venezuela. Au-delà de la logique d’intégration économique et douanière, le Mercosur possède une vocation plus politique. À sa modeste échelle, on peut rapprocher cette construction de celle de l’Union européenne.

Cependant, ces dernières années, la donne a changé dans la région : 2015 a vu la fin du kirchnerisme en Argentine et le début de la présidence de Mauricio Macri. Au Brésil, Dilma Rousseff a été destituée en 2016 et Michel Temer a accédé au pouvoir. Deux hommes beaucoup plus ouverts au libéralisme et au libre-échange que ne l’étaient leurs prédécesseurs et donc beaucoup plus compatibles avec la logique pragmatique de l’Alliance du Pacifique.

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Un premier pas en ce sens a été fait l’an dernier. Mauricio Macri a assisté à la rencontre annuelle des pays de l’alliance du Pacifique en tant qu’observateur. Un signal clair en faveur du renforcement des liens.

Face à Trump, l’union économique

Les dirigeants de l’Argentine et du Chili, Mauricio Macri et Michelle Bachelet, sont actuellement les présidents temporaires respectifs du Mercosur et de l’Alliance du Pacifique et ils sont bien déterminés à mettre cette occasion à profit pour opérer un rapprochement entre les deux organisations qui pourrait mener à terme à une fusion.

L’élection de Donald Trump pourrait bien accéler le rapprochement. En effet, le 12 février, les ministres des Affaires étrangères argentin et chilien ont annoncé une grande réunion des ministres des deux organisations en avril “pour faire face aux pressions protectionnistes” des États-Unis. “Nous voulons donner un signal sur notre volonté d’aller vers davantage d’ouverture, d’intégration et d’investissements”, a déclaré Heraldo Muñoz, le ministre des Affaires étrangères chilien.

Comme le rappelle le quotidien espagnol El Pais, la fusion est cependant loin d’être actée. Les prochains mois seront décisifs pour le rapprochement et celui-ci pourrait très bien ne pas aller à son terme, tant les logiques du Mercosur et de l’Alliance du Pacique sont différentes. Ainsi, le Chili, de l’Alliance du Pacifique, a déjà signé près de 180 accords bilatéraux de libre-échange : comment rendre compatibles ces traités existants avec des économies plus fermées comme celles du Brésil ou de l’Argentine appartenant au Mercosur ?

Sauver l’accord de partenariat transpacifique

Autre conséquence du protectionnisme de Trump : l’accord de partenariat transpacifique, pourtant impulsé par les États-Unis, est sérieusement mis à mal. Ce traité multilatéral de libre-échange visait à supprimer les barrières douanières entre les pays du Pacifique et rassemblait l’Australie, le Brunei, le Canada, le Chili, les États-Unis, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour et le Vietnam. Mais le 26 février, le nouveau président américain a annoncé la sortie unilatérale de son pays de l’accord, fidèle à l’une de ses promesses de campagne.

Ce retrait pourrait marquer la fin de l’expérience mais le Chili, en tant que président de l’Alliance du Pacifique, veut assurer un avenir à ce traité. Il a convoqué une réunion extraordinaire des 12 membres les 14 et 15 mars à laquelle sont conviés la Chine et la Corée du Sud, deux pays qui auraient eu beaucoup à perdre si le traité était entré en vigueur.

Objectif : assurer de nouveaux débouchés aux produits latino-américains. Selon le quotidien péruvien La Prensa, la logique est simple : devant la fermeture du marché états-unien aux exportations latino-américaines, les pays de l’Alliance du Pacifique et du Mercosur veulent désormais regarder dans d’autres directions : la vieille Europe et l’émergente Asie.

Première publication : 15/02/2017

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