Archive for February 15th, 2017

L’influence prêtée aux médias russes sur la campagne présidentielle française suscite inquiétude et spéculations. France 24 fait le point sur la réalité de la menace.

Le Kremlin s’est fendu d’un démenti. “Nous n’avons pas, et nous n’avons jamais eu l’intention de gêner les affaires intérieures d’un pays, encore moins son processus électoral. (…) Dire que nos médias essayent quelque part d’influencer l’opinion publique, c’est complètement absurde”, a affirmé mardi 14 février Dmitri Peskov, porte-parole de Vladimir Poutine. Une réponse à la tribune de Richard Ferrand, secrétaire général d’En Marche !, le mouvement du candidat à la présidentielle française Emmanuel Macron, parue le jour même dans Le Monde. Il y dénonçait “l’ingérence” de la Russie dans la présidentielle française. “Depuis plusieurs semaines maintenant, Russia Today et SputnikNews s’acharnent à répandre sur Emmanuel Macron les rumeurs les plus diffamatoires”, dénonçait-il.

Macron”attaqué” par les Russes ? La tribune de @RichardFerrandhttps://t.co/uXeRlVArbSpic.twitter.com/lun3BLWnqz

— La Matinale du Monde (@LaMatinale_M) 14 février 2017

Moscou à la manœuvre, via “ses” médias, pour “déstabiliser” un candidat à la présidentielle française ? Et ce tandis que, selon Richard Ferrand, “Mme Le Pen et M. Fillon sont mystérieusement épargnés” ? La thèse semble tout droit sortie d’un film d’espionnage conspirationiste datant de la Guerre froide… Qu’en est-il réellement ?

Les deux médias RT (auparavant Russia Today) et Sputnik ont fait leur apparition en 2015 dans le paysage médiatique français sous la forme, comme dans plusieurs autres pays, de sites multimédia. Si RT et Sputnik sont des entités distinctes, les deux organes sont financés par le Kremlin, ont la même direction en chef à Moscou et font tous deux partie de l’agence gouvernementale russe : Rossia Segodnia (“Russie d’aujourd’hui”.) “Le Kremlin y attache une grande importance diplomatique et stratégique au même titre que les entreprises de l’armement ou de l’énergie”, explique Julien Nocetti, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (Ifri) et spécialiste de la Russie. “Le contrôle y est assez vertical”,poursuit-il. Une verticalité qui s’exercerait jusque dans les antennes en France ? Difficile à évaluer : “Il y a une grande méfiance. Ce sont des acteurs qui parlent peu à l’extérieur, et surtout pas de leur métier ni de leur relation avec le Kremlin. Il est d’ailleurs plus facile de les voir à Moscou qu’à Paris”, souligne le chercheur. Dans une interview récemment accordée à France 24, Ivan Ehrel, porte-parole de Sputnik France, affirmait : “On a une vision alternative de l’information, mais absolument libre de toute directive du Kremlin ou d’ailleurs”.

“Fournisseur d’informations alternatives”

Sur la page de présentation de son site en français, Sputnik se décrit comme “un fournisseur d’informations alternatives [soucieux de montrer] la voie d’un monde multipolaire”. RT, de son côté, dit vouloir proposer “un point de vue alternatif sur tous les grands événements du monde [et offrir] au public étranger un aperçu de la position russe”. Une rhétorique polissée… qui l’est un peu moins dans le descriptif du poste de rédacteur en chef adjoint chez RT France, basé à Paris, qui circulait récemment par réseau et auquel France 24 a eu accès. “La particularité de ce recrutement est le media lui-même : il s’agit d’un media qui fait polémique et qui continuera à faire polémique dans les prochains mois. (…) Il faut donc trouver un profil qui ne craindra pas la pression et qui sera capable d’endosser une politique éditoriale controversée. Néanmoins, le projet promet d’être passionnant”, stipulait la fiche.

Extrait de la foche de poste diffusée par RT

“Lorsque j’ai lu le descriptif du poste, plusieurs points m’ont tout de suite fait tiquer”, raconte Mathilde (le prenom a été changé), une pigiste de 32 ans contactée par France 24 ayant demandé à RT plus d’information sur le poste. “Ils disaient chercher un profil junior, mais le salaire était conséquent : 45-55 K euros annuels”, relève la journaliste indépendante. Quand elle clique sur l’adresse du site relayée dans l’annonce, c’est la déconvenue : “J’ai vu un article pro-Trump, un article homophobe et un article pro extrême-droite. Je me suis dit que ce n’était pas un média fiable”, explique-t-elle. La journaliste a fini par répondre à RT ne pas vouloir postuler “pour des raisons éthiques”. “Par rapport aux tabloïds, c’est un palier supplémentaire : celui de la propagande”, estime-t-elle.

Pour l’internaute non averti, pourtant, RT a tout du site d’informations classique : sous la bannière “RT en français” – qui n’affiche donc pas explicitement qu’il s’agit d’une déclinaison francophone de Russia Today – les onglets “France”, “International”, “économie”, “opinions”, “entretiens”… ressemblent à ceux de tous les portails de news classiques. Les adaptations de dépêches AFP côtoient les “articles maison”, jamais signés cependant. Pour un média se présentant comme “alternatif”, la forme semble, au final, singulièrement standardisée.”Il faut garder à l’esprit que la meilleure propagande est celle qui va diluer, au milieu d’une masse d’informations consensuelles, ses messages pervers. D’où l’intérêt pour les médias russes de se donner autant que possible l’apparence de médias normaux”, relève le journaliste Nicolas Hénin, auteur de “La France russe” (éditions Fayard, mai 2016), joint par France 24.

Une vision anxiogène du monde

On ne trouve pas de “fake news” (de fausses infos) grossiers sur les sites de RT et Sputnik. En revanche, comme dans les articles dénoncés par les équipes d’Emmanuel Macron, les deux médias relaient des rumeurs que des sources douteuses font déjà circuler sur le Net. Remonter le fil des articles de RT sur plusieurs semaines dans la rubrique France laisse, par ailleurs, l’impression d’un surtraitement des violences en banlieue à la suite de l’affaire Théo et de tous les sujets touchant à l’insécurité en général. Beaucoup de place semble aussi donnée à la campagne du FN.

#Argenteuil : des émeutiers poursuivent des policiers, des affrontements seraient toujours en cours https://t.co/8qcOXAx1p7pic.twitter.com/AWlh6pITpy

— RT France (@RTenfrancais) 15 février 2017

“Les médias russes propagent une vision du monde qui est anxiogène. L’idée est de faire la part belle au chaos. D’une part parce que cela renforce les souverainistes, d’autre part parce que dans la grande confusion, on est invité à tout relativiser et à considérer finalement que le modèle de société russe, très autoritaire, liberticide, n’est finalement pas si mauvais”, analyse Nicolas Hénin. “Il y a une charte, une terminologie, des mots à placer. On fait de la place aux thématiques chères au Kremlin : les critiques de la mondialisation, de l’Union européenne et du multicularisme, l’accent sur les valeurs conservatrices”, relève, pour sa part, Julien Nocetti.

Des relais pro-russes aux profils éclectiques

Le site RT dispose de plusieurs soutiens parmi les intellectuels et politiques français : l’économiste Jacques Sapir, ancien soutien de Jean-Luc Mélenchon etdésormais partisan d’un front commun anti-euro avec le FN, fait partie des auteurs réguliers du site. Le député LR Thierry Mariani qui copréside l’association Dialogue franco-russe est également régulièrement cité ou interviewé. Comme l’académicienne spécialiste du monde russe, Hélène Carrère d’Encausse, tous deux font partie du comité d’éthique de la future chaîne RT France qui, d’ici à la fin de l’année 2017, viendra s’ajouter aux versions anglaise, espagnole et arabe. Budget : 18 millions d’euros par an (une paille dans le budget mondial 2017 de RT, de 300 millions d’euros). “Il y a une volonté de trouver des relais au discours officiel à travers des personnalités qui ont de la visibilité”, souligne Julien Nocetti, le chercheur de l’Ifri.

Si Nicolas Hénin confirme l’éclectisme des profils pro-russes en France – “de la gauche comme de la droite, du jeune comme du vieux, du haut de gamme comme du trash” –, il réfute l’existence d’un “lobby russe” en France : “je préfère parler de ‘réseaux’, qui se complètent, interagissent parfois, peuvent aussi être en compétition, mais qu’il ne faudrait surtout pas prendre comme des marionnettes sous commandement du Kremlin”, a-t-il expliqué à France 24.

Des manœuvres d’ingérence, mais pas de complot

Les sites RT et Sputnik cherchent-ils à influencer l’opinion publiquefrançaise et à disqualifier tel candidat à la présidentielle pour faire élire tel ou tel autre ? “Ce qui transparaît dans les doctrines officielles russes, c’est une volonté de reformater l’ordre mondial et de perturber la capacité des grandes puissances à prendre des décisions de manière indépendante”, analyse Julien Nocetti. De ce point de vue, les dysfonctionnements de la nouvelle administration américaine suscpetibles d’engendrer un affaiblissement des États-Unis profiteraient indirectement au Kremlin.

Or, comme les États-Unis de l’ère Obama, la France et l’Allemagne constituent des points de résistance à l’influence globale russe, et le Kremlin verrait d’un bon œil l’arrivée au pouvoir, dans ces pays, de profils semblables à celui de Donald Trump. “Le Kremlin aimerait faire sauter ces pivots en Europe occidentale… Mais il ne faut pas confondre manœuvres d’ingérence et complot sur une manipulation d’un scrutin – une idée qui surestimerait la capacité d’action de la Russie”, estime Nicolas Hénin. “Vladimir Poutine a une capacité à réagir de façon habile à une situation, mais ce n’est pas forcément très stratégique, contrairement à la perception que l’on en a”, confirme Julien Nocetti.

Du reste, selon Nicolas Hénin, “il y a des candidats dans cette élection qui plairaient à Vladimir Poutine : Marine Le Pen ou François Fillon – même si ce serait une grave erreur de considérer ce dernier comme un vassal du Kremlin –, mais aussi Jean-Luc Mélenchon, pour son aspect anti-américain, anti-européen et anti-libéral, autant de thèmes qui résonnent avec le discours du Kremlin”. Et Emmanuel Macron ? “Il est le candidat qui présente le plus de résistances à ce discours. Les médias russes (mais pas seulement eux) le matraquent donc en utilisant leurs armes habituelles : ils le présentent comme le candidat du ‘système’, ils lancent de lourdes insinuations sur son orientation sexuelle, etc. .”

Le 4 février, un article de l’édition anglophone de Sputnik donnait ainsi la parole au député LR pro-Poutine, Nicolas Dhuicq, qui s’exprimait au sujet du leader d’En Marche ! et insinuait : “Concernant sa vie privée, ça commence à se savoir à l’heure où nous parlons” avant de laisser entendre que le candidat pouvait être “un agent américain au service des banques”.

Ex-French Economy Minister @EmmanuelMacron could be ‘US agent’ lobbying banks’ interests https://t.co/0KZVX1bycfpic.twitter.com/ScCOztlXUr

— Sputnik (@SputnikInt) 5 février 2017

Ces attaques suscitent beaucoup de fantasmes, en partie entretenus par les équipes du candidat Emmanuel Macron, mais pour le journaliste Nicolas Hénin, il convient de les relativiser : “À trop crier au loup sur ces interférences russes qui restent d’un degré modeste, on finira par ne plus prendre au sérieux les alertes, lorsque notre système démocratique sera sérieusement attaqué, par la Russie ou par tout autre puissance”. Le journaliste conclut : “Il faut renforcer notre vigilance, pas l’émousser”.

Première publication : 16/02/2017

Les propos d’Emmanuel Macron sur la colonisation, qu’il a qualifiée de “crime contre l’humanité”, suscitent de nombreuses réactions. Interview de l’historien Pascal Blanchard sur un sujet qui enflamme le débat sans jamais sortir des polémiques.

Dans une interview accordée à la chaîne privée algérienne Echourouk News, mercredi 15 février, lors d’un déplacement en Algérie, l’ancien ministre et candidat à la présidentielle Emmanuel Macron a qualifié la colonisation de “crime contre l’humanité”, tout en affirmant ne pas vouloir “balayer tout ce passé”. Ses propos ont déclenché une cascade de vives réactions au sein de la classe politique française et au-delà.

>> Macron et la colonisation : la dernière d’une longue série de polémiques

Pascal Blanchard, historien, chercheur au CNRS au Laboratoire communication et politique, spécialiste du “fait colonial” et des immigrations en France revient sur un sujet qui enflamme le débat politique sans jamais parvenir à sortir des polémiques.

Emmanuel Macron : “”

France 24 : La colonisation peut-elle être considérée comme un crime contre l’humanité ?

Pascal Blanchard : La définition de crime contre l’humanité doit d’abord être une définition à caractère juridique. Le problème est que la colonisation est un sujet très complexe, qui n’est pas aussi facilement qualifiable que l’esclavage, considéré comme un crime contre l’humanité en France depuis la loi Taubira de 2001. Il y a eu des guerres coloniales, des colonisations en termes d’administration, des guerres de conquête, mais aussi des exactions au moment des conflits coloniaux. Globaliser la colonisation comme un tout pour la qualifier de ‘crime contre l’humanité ‘ est complexe, juridiquement et historiquement. En revanche, en ce qui concerne certains éléments historiques de la colonisation, comme la conquête de l’Algérie, les conflits comme le Cameroun dans les années 1950, les guerres d’indépendance, le massacre de Madagascar en 1947, on peut se poser la question de les qualifier, juridiquement et historiquement, comme tel.

Pourquoi la France a-t-elle tant de mal à parler de son histoire coloniale ?

Pour trois raisons. Parler de la colonisation, c’est interroger la République sur ses pratiques, sur l’idée qu’elle a pu un moment considérer que les hommes n’étaient pas égaux au sein même de l’édifice républicain. Ensuite, nous sommes dans un pays où il y a encore des millions de personnes issues de cette histoire, d’un côté les pieds noirs, de l’autre les harkis, mais aussi les enfants issus de l’immigration postcoloniale algérienne, sénégalaise… Il nous reste aussi des ‘confettis’ que l’on appelle les vieilles colonies, la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion. Enfin, nous sommes dans un pays, le pays des musées, où nous n’avons pas un musée dédié à l’histoire coloniale pour enseigner, parler, transmettre une histoire pacifiée et des mémoires apaisées. Conclusion : soixante ans après les indépendances, nous sommes encore dans quelque chose de l’ordre du tectonique, du violent et du politique. Il suffit de voir les réactions du Front national et de la droite depuis 48 heures.

Le débat sur le passé colonial de la France resurgit régulièrement dans le débat politique français depuis 2005, toujours au travers de polémiques, pourquoi ?

Parce que cela reste un terreau électoral. En 2007, Nicolas Sarkozy débute sa campagne avec un discours sur la repentance. Il fait appel à travers cela au potentiel électoral des rapatriés qui, plutôt que de voter FN, pourraient voter pour la droite. D’une certaine manière, il oublie les années gaullistes en reprenant les thèses du Front national. Deuxièmement, nous sommes dans un pays où beaucoup de gens font encore le lien entre le passé colonial et le présent migratoire. Enfin, il ne faut pas oublier une chose, nous avons affaire à une gauche, socialiste, extrêmement mal à l’aise sur cette question. Pourquoi ? Parce que la gauche socialiste a été l’un des grands acteurs de la colonisation avec Jules Ferry [connu pour ses prises de position en faveur de l’expansion coloniale, NDLR], personnage tutélaire sur lequel François Hollande a placé son quinquennat, François Mitterrand, grand ministre des Colonies de la IVe République, Guy Mollet.

Nous avons une gauche qui n’ose pas parler de cette question, c’est pour cela qu’Emmanuel Macron vient de faire une révolution tectonique. À travers sa réflexion, il enterre les années Mitterrand et Guy Mollet, il tourne une page pour une partie de la gauche. La droite, de son côté, reste à camper sur une vieille vision de nostalgie coloniale, de grandeurs impériales. Pour certains, attaquer la colonisation ce serait attaquer la grandeur coloniale de la France. Cette question reste donc encore dans la violence des mémoires qui s’opposent, elle n’arrive pas à pénétrer le champ de l’histoire comme en Allemagne. Personne n’a relevé qu’il y a moins d’un an et demie, Angela Merkel avait reconnu les fautes de l’empire colonial allemand en Namibie et s’est excusée. Et c’est une femme de droite. C’est aujourd’hui devenu un débat d’historiens en Allemagne et non un débat de politique. Tant qu’il y aura des politiques capables de voter des lois comme celle de 2005, dont les deux articles 1 et 4 demandaient aux enseignants d’enseigner positivement la colonisation, nous ne sortirons pas des conflits de mémoire. Les politiques sont les premiers à les stimuler, à jouer avec et à manipuler ces mémoires du passé.



“La fracture coloniale” dont vous parliez dans un ouvrage de 2005 est donc plus que jamais d’actualité ?

On est en plein dedans. Emmanuel Macron est le premier homme politique à clairement traverser ce miroir des non-dits entre la droite et la gauche. Il ne faut pas retenir que sa première phrase sur le crime contre l’humanité, il parle aussi de la nécessité d’un regard apaisé sur ce passé. Nous ne sommes pas du tout responsables de ce que nos aînés ont fait, ceux qui sont issus de cette histoire ne sont pas non plus les descendants des indigènes. Si on continue à ne pas faire d’histoire sur cette question, certains ultras, aussi bien les radicaux jihadistes ou les amis de Dieudonné ou de Soral, continueront de manipuler l’histoire, et les gamins dans les quartiers populaires penseront que la France est une éternelle histoire d’humiliation. Il est temps de réfléchir ensemble sur cette question, que l’on sache enfin ouvrir un musée. Tant que l’Histoire n’entrera pas au musée, elle restera conflictuelle.

Première publication : 16/02/2017

Le candidat Emmanuel Macron a provoqué l’indignation d’une partie de la classe politique française, en qualifiant la colonisation de “crime contre l’humanité”. Cette polémique à propos de l’histoire coloniale n’est pas la première.

L’histoire coloniale française est source de crispations pour la classe politique. Dernière en date : l’indignation, à droite et à l’extrême droite, provoquée par les propos d’Emmanuel Macron, candidat à l’élection présidentielle, qui a assimilé la colonisation à un “crime contre l’humanité”. Retour une série de polémiques.

  • Jacques Chirac : le “rôle positif”


Le président Jacques Chirac inaugure le musée du Quai Branly, le 20 juin 2006. © François Mori, AFP

En février 2005, la promulgation en France d’une loi dont un article évoque le “rôle positif” de la colonisation suscite une très vive polémique et tend les relations entre Paris et Alger. Le président Bouteflika reproche à Paris une “cécité mentale confinant au négationnisme et au révisionnisme”.

Le 25 janvier 2006, au nom de la “concorde”, le président français Jacques Chirac demande la “suppression” de l’alinéa controversé qui stipule notamment que “les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord”. Il est abrogé le mois suivant.

  • Nicolas Sarkozy : pas de “repentance”


Nicolas Sarkozy avec son homologue algérien Abdelaziz Bouteflika, lors de sa visite à Alger le 10 juillet 2007. © Patrick Kovarik, AFP

Le 3 décembre 2007, le président Nicolas Sarkozy en visite à Alger reconnaît que “le système colonial a été profondément injuste, contraire aux trois mots fondateurs de notre République: liberté, égalité, fraternité”, mais dit son refus de toute idée de “repentance”.

“À l’intérieur de ce système, il y avait beaucoup d’hommes et de femmes qui ont aimé l’Algérie avant de devoir la quitter”, déclare Nicolas Sarkozy. “C’est toutes les victimes que je veux honorer”, ajoute-t-il en évoquant les “crimes terribles commis tout au long de la guerre d’indépendance”.

  • François Fillon : le “partage de culture”


Le candidat LR à l’élection présidentielle, François Fillon, lors de son passage sur l’île de la Réunion, le 11 février 2017. © Richard Bouhet, AFP

Le 28 août 2016, François Fillon, alors candidat à la primaire de la droite et du centre, déclare lors d’un discours à Sablé-sur-Sarthe que “la France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord” et qu’elle “n’a pas inventé l’esclavage”.

Selon le député de Martinique, Serge Letchimy (PS), “avec ces harangues populistes”, le candidat Les Républicains “offense des millions de personnes victimes de traite, d’esclavages, de génocides”.

Fin octobre 2016, François Fillon répète son refus d’une “repentance”, tout en reconnaissant que “bien sûr que la colonisation aujourd’hui, avec les critères qui sont les nôtres, est un crime”.

Réagissant à la déclaration d’Emmanuel Macron, François Fillon a repris les mots du président dont il a été le Premier ministre en regrettant, mercredi, 15 février, “cette détestation de notre histoire, cette repentance permanente” qu’il a jugée “indigne d’un candidat à la présidence de la République”.

Le Lab relève qu’il se contredit quelque peu, puisqu’il avait déclaré, quatre jours plus tôt dans une interview au Quotidien de la Réunion : “L’esclavage, la colonisation, la traite des êtres humains, étaient des abominations”, tout en estimant qu’il n’était “pas juste que la France d’aujourd’hui porte des crimes commis il y a plus d’un siècle et demi”.

  • Emmanuel Macron : le “crime contre l’humanité”


Le candidat à l’élection présidentielle Emmanuel Macron, lors d’une visite de deux jours en Algérie, le 13 février 2017. © AFP

En octobre 2016, Emmanuel Macron suscite la controverse en déclarant au Point : “Alors oui, en Algérie, il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un État, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie”.

Puis, en février 2017, dans une interview accordée à la chaîne privée algérienne Echourouk News, lors d’un voyage en Algérie, l’ancien ministre de l’Économie qualifie la colonisation de “crime contre l’humanité” et de “vraie barbarie”. Des propos qu’il confirme dans une vidéo publiée sur Facebook le 16 février, en dépit des critiques : “La colonisation a entraîné une négation du peuple algérien […], une guerre qui n’était pas digne de la France, parce que des actes inhumains, de la barbarie, de la torture ont été commis.”



Première publication : 16/02/2017

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Alors que des contacts entre l’équipe de campagne du président américain et les renseignements russes ont été révélés, des médias ultra-conservateurs comme Breitbart ou Fox News crient au complot visant à renverser Donald Trump.

C’est Donald Trump lui-même qui a sonné la charge. “Pourquoi tant d’informations fuitent à Washington ? C’est ça, le vrai scandale”, s’est emporté le président des États-Unis, mardi 14 février, au lendemain de la démission de son conseiller à la Sécurité nationale Michael Flynn. Une attaque à peine déguisée contre le FBI soupçonné par la Maison Blanche d’avoir susurré à l’oreille des journalistes, que le président était au courant du détail des appels passés par Michael Flynn avec des officiels russes.

Message reçu cinq sur cinq par les médias pro-Trump qui développent jusqu’à plus soif, depuis deux jours, un double argumentaire : la faute de celui qui est à l’origine de la fuite est au moins sinon plus grave que celle de Michael Flynn, et elle révèle une collusion entre les services de renseignement et les médias “libéraux” pour empêcher la nouvelle administration de travailler correctement.

De “gorge profonde” à la théorie du complot

La riposte de la “trumposphère” a débuté par une attaque en règle contre la “gorge profonde”. Dans sa dernière interview en tant que conseiller à la Sécurité nationale, accordé mardi 14 février au très droitier site Daily Caller, Michael Flynn qualifie de “criminelle” la fuite d’informations. La très influente chaîne conservatrice Fox News a repris la même terminologie à son compte suggérant qu’un procureur devrait ouvrir une enquête sur “ce crime”. Cette insistance sur la gravité prêtée à la “faute” du lanceur d’alerte permet de relativiser celle de Michael Flynn qui n’a encore reçu aucune qualification pénale.


L’écrasante majorité des articles sur le site de Fox News défendent une thèse principale : il y a une hystérie médiatique nourrie par les services de renseignement contre l’administration Trump © Capture d’écran

Il est très vite apparu que l’avalanche de révélations risquait d’éclabousser aussi Donald Trump. D’une chasse à la taupe, les médias “amis” sont alors passés à la théorie du complot. “La Maison Blanche craint une opération de sabotage du complexe de l’industrie du renseignement”, rapporte mercredi 15 février Infowars, un site fondé par l’animateur de radio conservateur et amateur de théories du complot Alex Jones. Pour Breitbart – le site d’extrême droite dirigé jusqu’en août 2016 par Steven Bannon, désormais chef de la stratégie à la Maison Blanche – tout est de la faute du “deepstate”, une construction chère à cette publication qui désigne un supposé État dans l’État, aux mains d’espions, de journalistes et d’à peu près tous les ennemis désignés de Breitbart à Washington. Le Daily Caller publie même un article “exclusif”, tout en conditionnel et en sources anonymes, pour révéler les efforts des “espions pour ‘flinguer’ Mike Flynn’” avant de chercher à “renverser le président élu”.

Sus aux “fake news” ?

Fox News fait encore plus fort : sur une vingtaine d’articles accessibles, jeudi 16 février, sur la page d’accueil de leur site, seuls quatre ne traitent pas d’une manière ou d’une autre du complot. La chaîne multiplie les angles – analyses, interviews, éditoriaux, reportages – pour alimenter en continu et en nouveaux contenus leur cheval de bataille : dénoncer le “jeu d’espions” qui nourrit “l’hystérie médiatique”.


Illustration de la théorie du complot en vogue dans la “trumposphère” : Infowars, un site animé par le féru de théorie du complot Alex Jones, assure que “la communauté du renseignement veut mettre Trump en prison”.

Cette dénonciation du complot permet à ces médias, à l’image d’Infowars, d’assurer qu’il y a une campagne de “fake news” (fausses informations) menée par des services de renseignements. Toute ressemblance avec les accusations portées contre la Russie lors de l’élection américaine (campagne de propagande pro-Trump fondée sur des fausses informations) par le camp démocrate n’est pas fortuite : le camp pro-Trump tente de suggérer qu’un ennemi aussi dangereux que l’espion russe agit de l’intérieur. Donald Trump a l’intention, d’après le New York Times, de nommer un milliardaire ami (le patron de hedge funds Stephen Feinberg) pour superviser les services américains du renseignement.

Première publication : 16/02/2017

En écartant, jeudi, un classement sans suite de l’affaire Fillon, le Parquet national financier maintient les soupçons qui entourent le candidat à l’élection présidentielle. Les difficultés à faire campagne sur le terrain devraient se poursuivre.

Le tumulte de la campagne de François Fillon va donc se poursuivre. En annonçant, jeudi 16 février, sa décision de ne pas classer sans suite l’affaire des emplois présumés fictifs de l’épouse et des enfants de François Fillon et, donc, de poursuivre les investigations, le Parquet national financier (PNF) maintient l’épée de Damoclès placée depuis le 25 janvier – et les premières révélations du Canard enchainé – au-dessus du candidat à la présidentielle.

François Fillon espérait un classement sans suite de l’affaire qui l’empoisonne depuis trois semaines. Il avait d’ailleurs demandé à ses troupes, mercredi 1er février, de tenir bon quinze jours, assurant qu’il avait fourni à la justice tous les éléments permettant de prouver que sa femme et ses enfants n’avaient pas occupé d’emplois fictifs. Non seulement la décision du PNF de poursuivre l’enquête le contredit, mais elle annonce de fait surtout de nouveaux remous dans cette campagne décidément peu ordinaire.

>> À lire sur France 24 : “Le Parquet national financier n’envisage pas de classement sans suite ‘en l’état’ “

La première conséquence est tout sauf anodine : les soupçons à l’encontre de François Fillon vont demeurer dans l’esprit des Français, voire se renforcer. Alors que l’ancien Premier ministre a commencé à donner une nouvelle impulsion à sa campagne en tenant un discours musclé, mercredi 15 février à Compiègne, sur la sécurité, proposant notamment d’abaisser la majorité pénale à 16 ans, son action devrait continuer à être parasitée par cette affaire d’emplois fictifs.

Une campagne encore plus difficile sur le terrain

Deuxième conséquence, qui découle de la première : sur le terrain, les parlementaires LR et les militants seront encore confrontés à des Français remontés et peu enclins à se laisser convaincre de voter Fillon. Plusieurs députés avaient d’ailleurs interpellé le vainqueur de la primaire de la droite à ce sujet, mardi 14 février, lors de la réunion de leur groupe à l’Assemblée nationale.

>> À voir et à lire sur France 24 : “Quand François Fillon reprochait aux médias de ne pas assez couvrir les ‘affaires’ “

Parmi eux, le député du Rhône Georges Fenech avait été à l’initiative d’une lettre ouverte à François Fillon dans laquelle il constatait que le “délai” de quinze jours demandé par le candidat “expir[ait]” et qu'”aucune clarification n’[était] à ce jour intervenue”.

“On va tout droit dans le mur”, a-t-il affirmé au lendemain de la réunion du groupe, mercredi 15 février, à l’antenne de Radio classique. “C’est impossible pour moi. Ce n’est pas contre François Fillon. Nous avons aujourd’hui notre candidat qui doit à la fois assurer sa défense et à la fois mener un projet présidentiel. Ce télescopage (…) nous rend totalement inaudibles sur le terrain.”

La candidature Fillon suspendue au calendrier de la justice

Du reste, François Fillon, les ténors du parti Les Républicains ainsi qu’une grande majorité des parlementaires LR s’accordent pour constater, alors que la date limite du dépôt des candidatures est fixée au 17 mars, qu’il n’y a pas de plan B envisageable. La campagne doit donc se poursuivre avec des doutes désormais renforcés sur l’avenir du candidat LR.

François Fillon s’est en effet engagé à plusieurs reprises à se retirer de la course à l’Élysée en cas de mise en examen. Or, s’il jugeait cette possibilité improbable jusqu’ici, la décision du PNF l’oblige à ne plus l’écarter catégoriquement.

Deux options restent offertes au ministère public : citer directement des protagonistes devant un tribunal correctionnel, ou ouvrir une information judiciaire en confiant la poursuite des investigations à des juges d’instruction, seuls habilités à placer un acteur du dossier sous le statut intermédiaire de témoin assisté ou à prononcer d’éventuelles mises en examen. Le calendrier, lui, demeure l’inconnue de l’une des équations de la présidentielle.

Première publication : 16/02/2017

Le parquet national financier, chargé de l’enquête ouverte sur des soupçons d’emplois fictifs de l’épouse de François Fillon, a annoncé jeudi qu’il n’envisageait pas, “en l’état”, de classer l’affaire sans suite.

Le rapport de la police concernant l’enquête sur les soupçons d’emplois fictifs de Penelope Fillon a été remis mercredi au parquet national financier (PNF), qui n’envisage pas “en l’état” de classement sans suite, a annoncé jeudi 16 février le parquet.

>> À lire sur France 24 : “Les avocats de François Fillon demandent au parquet national financier de se dessaisir”

“Les nombreux éléments déjà recueillis ne permettent pas d’envisager, en l’état, un classement sans suite de la procédure”, a indiqué le parquet dans un communiqué, ajoutant que “les investigations vont se poursuivre”.

Deux options restent donc offertes au ministère public : citer directement des protagonistes devant un tribunal correctionnel ou ouvrir une information judiciaire en confiant la poursuite des investigations à des juges d’instruction, seuls habilités à placer un acteur du dossier sous le statut intermédiaire de témoin assisté ou à prononcer d’éventuelles mises en examen.

François Hollande entre dans le débat

François Fillon a réagi à l’annonce du PNF jeudi, déplorant auprès du Figaro qu’il n’y ait “rien de nouveau, ni poursuite ni mise en examen [dans l’annonce du PNF], mais plutôt un “acte de communication qui nourrit le feuilleton médiatique”. L’ancien Premier ministre, dont la campagne est plombée par cette enquête, s’est engagé à se retirer de la course à la présidentielle en cas de mise en examen.

Sur BFMTV, le député LR Bernard Debré a demandé au PNF de “suspendre” son enquête le temps de la campagne. Un autre soutien de François Fillon, le député Damien Abad, considère de son côté que cette décision n’est pas une “information nouvelle” et réclame “le respect du temps de la campagne”, rapporte Le Figaro.

Le président de la République a également fait une sortie remarquée, s’exprimant jeudi après-midi pour la première fois sur le sujet. “L’exemplarité, ça vaut pour tout et si, au sommet de l’État, il n’y a pas cette exemplarité, comment donner confiance, comment appeler à l’effort, comment donner des perspectives à notre pays ?”, s’est interrogé François Hollande lors d’un discours sur la politique de la Ville à Rennes.

Enquête pour détournements de fonds publics et abus de biens sociaux

Le PNF a ouvert le 25 janvier une enquête préliminaire pour détournements de fonds publics et abus de biens sociaux à la suite de soupçons d’emplois fictifs de l’épouse de François Fillon, le candidat de la droite à la présidentielle.

Les avocats du couple Fillon ont réaffirmé jeudi que le parquet national financier n’était pas compétent et violait le principe de la séparation des pouvoirs. “Nous maintenons que l’enquête se déroule en violation des règles de compétence du parquet national financier et, plus grave encore, du principe de la séparation des pouvoirs”, écrivent Me Antonin Levy et Me Pierre Cornut-Gentille dans un communiqué, estimant que le parquet n’a “pas d’éléments suffisants pour requérir des poursuites”.

La réponse des avocats de François Fillon après l’annonce du PNF #FillonGatepic.twitter.com/9FNPAaLAUK

— Romain Brunet (@romain2dc) February 16, 2017

Avec AFP

Première publication : 16/02/2017