Comment François Fillon a révisé son projet de réforme de la santé

Comment François Fillon a révisé son projet de réforme de la santé

Après une centaine d’auditions des professionnels de la santé en janvier et février, François Fillon présente, mardi, une nouvelle version de son projet de réforme de la santé, qui met notamment l’accent sur de meilleurs remboursements.

Attaqué sur son projet santé début décembre, François Fillon a revu sa copie. Il en dévoilera les changements, mardi 21 février, à l’occasion de l’événement “Place de la santé” organisé par la Mutualité française, qui regroupe les acteurs de la complémentaire santé et prévoyance, au palais Brongniart, dans le IIe arrondissement de Paris. Durant toute la matinée, plusieurs candidats à l’élection présidentielle se succéderont pour présenter leur programme en matière de santé. François Fillon sera le dernier à être auditionné après Emmanuel Macron, Nicolas Dupont-Aignan, Benoît Hamon et Yannick Jadot.

L’objectif du vainqueur de la primaire de la droite et du centre est clair : mettre pour de bon derrière lui la polémique créée début décembre qui portait sur sa volonté de “focaliser” l’assurance-maladie sur des affections graves ou de longue durée, tout en laissant le remboursement des “petits risques” à l’assurance privée. C’est donc un projet de réforme remanié et intitulé “Mieux soigner, Mieux rembourser” que présentera le candidat Les Républicains à la présidentielle. Une manière de faire comprendre dès le départ que cette nouvelle version n’entend plus demander des sacrifices aux Français et aux personnels de santé, mais, au contraire, proposer “un système avec plus de solidarité et plus de qualité”, selon la formule du député LR des Alpes-Maritimes Jean Leonetti, contacté par France 24.

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Exit, donc, les propositions telles que le remboursement des seules affections graves et la franchise médicale universelle calculée en fonction des revenus du patient. À la place, François Fillon entend mettre l’accent sur “l’efficience” du système de santé français, nouvel élément de langage qui devrait être répété en boucle par le candidat et son équipe dans les prochains jours.

Concrètement, cette “efficience” passera par la prévention, notamment à l’école mais aussi au travail et chez le médecin traitant, l’autonomie des hôpitaux, une labellisation de la qualité des soins qui sera attribuée par la Haute Autorité de santé et qui visera à supprimer les services peu performants, la télémédecine, et un meilleur remboursement des soins.

Remboursement des lunettes à 100 % pour les enfants

Sur ce dernier point, François Fillon doit en particulier annoncer le remboursement des lunettes à 100 % par l’assurance-maladie pour les enfants et un meilleur accès pour les retraités aux mutuelles. Ces dernières devront également viser pour les adultes le “reste à charge à zéro” dans l’optique, le dentaire et l’auditif d’ici la fin du quinquennat.

“Alors que la première version du projet de réforme avait pour objectif de faire des économies et cherchait ensuite comment les réaliser, on a inversé la démarche dans cette nouvelle mouture, explique l’ancien juppéiste Jean Leonetti, directement impliqué dans l’élaboration du projet. C’était peut-être plus compliqué à faire, mais là, c’est grâce à la modernité et à une meilleure organisation de notre système de santé que nous allons pouvoir dégager des marges de manœuvre et trouver un équilibre financier. Ce n’est pas négligeable.”

Le député d’Eure-et-Loir Philippe Vigier, patron du groupe UDI à l’Assemblée nationale, concède que la polémique du mois de décembre a finalement été un mal pour un bien. “Je me suis personnellement impliqué et ce nouveau projet me convient, a-t-il affirmé à France 24. Il y a un énorme travail de concertation qui a été fait avec au final un document de synthèse très bien ficelé et équilibré, qui correspond aux grands enjeux sans éluder les questions importantes”.

Une appréciation qui en dit long sur la façon dont la méthode de réécriture des propositions sur la santé a pu convaincre, tant les centristes de l’UDI avaient exprimé leurs réserves, fin 2016, sur le projet de François Fillon. “Cela montre que notre accord politique porte sur un certain nombre de champs et que nous avons la capacité de peser”, ajoute Philippe Vigier.

Plus d’une centaine d’auditions des professionnels de la santé

Pour obtenir un tel résultat, François Fillon, qui avait pourtant juré qu’il ne toucherait pas à son projet qui avait reçu une large adhésion lors de la primaire de la droite et du centre, a fini par accepter “de reprendre les choses à la base”, selon Jean Leonetti. Le député LR de l’Oise Éric Woerth a ainsi mené une série de consultations des professionnels du monde de la santé, au côté de plusieurs autres parlementaires, dont Jean Leonetti, Philippe Vigier, le député LR de Paris Bernard Debré ou encore le député LR de Savoie Hervé Gaymard, mais aussi de personnalités du monde médical impliquées dans la campagne du candidat Fillon comme la généticienne Dominique Stoppa-Lyonnet.

@FrancoisFillon annoncera demain un projet complet sur la santé” “nous avons fait plus d’une centaine d’auditions” @RTLFrance#RTLMatin

— Eric Woerth (@ericwoerth) 20 février 2017

“Le point positif, souligne Jean Leonetti, c’est qu’il y avait une attente partagée du monde médical. Alors qu’une quarantaine d’auditions était prévue à la base, nous sommes rapidement passés à 60, puis 80 et finalement nous en avons fait plus d’une centaine.”

Ce sont ainsi l’ensemble des représentants du système de santé français – médecins généralistes, spécialistes, directeurs d’hôpitaux, directeurs de services, laboratoires pharmaceutiques, pharmaciens, infirmiers, etc. – qui ont été auditionnés et qui ont pu apporter leur expertise.

“On a vu que tous les participants portaient le même diagnostic sur les forces et les faiblesses de notre système et partageaient la même volonté de le faire évoluer. Or, le seul fait de partager ce constat est très important”, souligne Dominique Stoppa-Lyonnet, chef du service génétique oncologique à l’Institut Curie mais aussi suppléante de François Fillon à l’Assemblée nationale, contactée par France 24.

Reste désormais à convaincre ces mêmes professionnels de la santé, et surtout les Français, du bien-fondé des solutions proposées. L’audition de François Fillon au palais Brongniart sera une première étape décisive.

Première publication : 20/02/2017

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