Le mariage Peugeot-Opel : l’espoir français face au pessimisme allemand

Le mariage Peugeot-Opel : l’espoir français face au pessimisme allemand
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D’ici le 26 février, le groupe automobile Peugeot pourrait officialiser un accord de rachat de l’Allemand Opel. Une perspective perçue comme une bonne nouvelle en France alors qu’elle ne suscite guère l’enthousiasme outre-Rhin.

Semaine cruciale pour l’avenir de Peugeot et d’Opel. L’annonce d’un éventuel mariage entre les deux constructeurs pourrait être faite jeudi 23 février, lors de la présentation des résultats financiers de PSA (Peugeot-Citroën), d’après la chaîne économique Bloomberg et le quotidien français Les Échos.

La volonté de Peugeot de racheter la marque allemande détenue par l’Américain General Motors avait été rendue publique avec bruit et fracas médiatique mercredi 15 février. “Une annonce inattendue qui a fait l’effet d’une onde de choc en Europe”, écrivait alors Le Figaro.

Lumière au bout du tunnel

Surprenant car Peugeot était, il y a encore quelques années, à l’agonie financière. Le soutien de l’État actionnaire, l’arrivée du chinois Dongfeng au capital du constructeur automobile français et un changement à la tête du groupe ont été nécessaires, depuis 2013, pour remettre un peu d’huile dans le moteur de la marque au lion. Étonnant, aussi, parce que PSA et General Motor ont déjà essayé de travailler ensemble, sans succès. Une “grande alliance industrielle”, instituée en 2012, a fait pschitt en à peine un an, lorsque le géant de Detroit décide de se retirer du capital du groupe français.

Dans ce contexte, le nouvel intérêt de PSA pour Opel est perçu en France comme une lumière au bout du tunnel. Carlos Tavares, patron de PSA depuis 2014, a réussi à redresser les comptes du constructeur avec deux ans d’avance sur ses objectifs et souhaite maintenant se lancer à l’assaut de l’Europe : telle est l’explication qui prédomine dans les médias français. Pour Les Échos, le “lion est fort” et il a l’”appétit pour devenir le numéro 1”, en référence à la concurrence qui oppose PSA à Renault.

“Avec Opel, PSA entend créer un champion européen”, titre Le Figaro. Le quotidien conservateur souligne que le rapprochement paraît logique tant les deux marques se positionnent sur un créneau similaire – celui des petites voitures – et qu’il permettra à Peugeot de mettre une roue sur le lucratif marché allemand et aussi britannique (siège de la marque Vauxhall que GM vendrait aussi à PSA). Ce mariage emballerait même les Allemands, suggère Les Échos. À l’appui de sa thèse, le quotidien économique cite le journal Suddeutsche Zeitung qui évoque la possibilité “d’un miracle” de la coopération franco-allemande.

Coût social trop élevé ?

Mais c’est une lecture très orientée voire partielle des médias allemands, qui ont plutôt adopté un ton pessimiste à l’égard de l’éventuel rachat d’Opel par PSA. Si la Suddeutsche Zeitung fait référence à un miracle, c’est pour préciser quelques lignes plus bas que le rachat n’est pas souhaitable. “Peugeot et Opel ne sont pas complémentaires, ils ont les mêmes problèmes”, souligne le quotidien de centre-gauche. Il rappelle que General Motors n’a jamais réussi à rendre sa marque européenne profitable et préfère retenir le côté obscure de la situation de PSA : Renault a ravi, en décembre 2016, la deuxième place à PSA en termes d’immatriculations de voitures en Europe. “Ce n’est pas en regroupant deux malades qu’on va créer un géant sain”, conclut Die Welt.

Les médias allemands craignent avant tout pour les 15 000 employés d’Opel en Allemagne. Ainsi la Frankfurter Allgemeine, quotidien de référence pour le milieu allemand des affaires, se demande si dans cette affaire, l’Allemagne ne serait pas le dindon de la farce : General Motors se débarrasse d’une filiale encombrante tandis que PSA récupère une entité qui permettra à Carlos Tavares de faire, avant tout, des économies en mutualisant les tâches.

Les craintes outre-Rhin sont remontées jusqu’au sommet de l’État et des représentants du gouvernement allemand ont fait part de leur inquiétude à des responsables de PSA lors d’une réunion à la chancellerie en fin de semaine dernière, d’après le supplément dominical du tabloïd Bild. Le constructeur français a, en retour, assuré qu’il n’y aurait pas de plan social avant 2018 et que les investissements votés jusqu’en 2020 seront maintenus. L’intervention de Berlin prouve, pour le quotidien Die Welt, qu’outre les défis industriels, ce dossier est aussi un terrain politique miné.

Une réalité qui n’est pas ignorée en France, où il est question d’un “difficile ballet diplomatique” à venir pour les dirigeants de Peugeot-Citroën. De manière générale, les médias français ne font pas l’impasse sur le volet social ni sur le risque financier que ferait peser Opel sur les comptes de PSA. Mais, pour eux, c’est un pari à relever, car Peugeot n’a pas le choix s’il veut être plus fort à l’international. Pour les Allemands, le coût social est trop élevé et Peugeot ferait mieux d’investir davantage dans l’innovation – notamment les voitures électriques – s’il ne veut pas être trop à la traîne sur ses concurrents. Un retard technologique que PSA partage avec Opel, souligne les médias allemands.

Première publication : 20/02/2017

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