Archive for June 26th, 2018

Un service national universel d’un mois obligatoire autour de l’âge de 16 ans sera lancé à l’été 2019. Le dispositif, qui reste à préciser, a été présenté mercredi en conseil des ministres. Il est loin des promesses de campagne d’Emmanuel Macron.

Promesse à moitié tenue ? C’était un engagement de campagne d’Emmanuel Macron, mais l’exécutif n’ira finalement pas aussi loin qu’annoncé. Le service national universel (SNU), dont les grandes lignes ont été présentées mercredi 27 juin en conseil des ministres, ne durera qu’un mois et n’aura rien d’un service militaire. Il suscite réserves et scepticisme dans les rangs de l’opposition qui pointe des contours flous et évoque un “gadget” tenant du “bricolage”.

De quoi s’agit-il ?

Vingt-et-un ans après l’abandon du service militaire obligatoire décidé par Jacques Chirac, les jeunes français des deux sexes devront se rendre disponibles pendant un mois minimum. Le SNU concernera à terme 750000 jeunes chaque année, qui auront la possibilité s’ils le souhaitent de s’engager jusqu’à 12mois, conformément aux préconisations du groupe de travail présidé par le général Daniel Ménaouine.

La première phase d’un mois, potentiellement pendant les vacances scolaires, concernera les jeunes autour de l’âge de 16ans, “avec 15jours d’intégration avec un brassage social et un hébergement collectif”, et 15jours “plus personnalisés par groupe de 15”, a précisé aux journalistes le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, à l’issue du conseil des ministres. Ils suivront notamment des séances d’éducation civique, de formation aux premiers secours et d’information sur l’armée.

La deuxième phase, facultative, s’adressera aux jeunes entre 16 et 25ans qui souhaitent “s’engager davantage encore pour trois, six ou douze mois” dans la culture, la défense, l’environnement, l’aide à la personne ou le tutorat.

Une consultation citoyenne, en ligne et sur le terrain, va être lancée jusqu’au 31octobre sous l’égide du groupe de travail Ménaouine afin de trancher certaines questions, avant des arbitrages de l’exécutif prévues à la fin de l’année.

Le SNU sera mis en place progressivement à partir de l’été 2019.

Qu’avait promis Emmanuel Macron ?

C’est lors de la présentation de sa future “politique de défense”, le 18 mars 2017, qu’Emmanuel Macron avait fait cette proposition d’un “service national de durée courte, obligatoire et universel”, “encadré par les armées et la gendarmerie nationale” pour les “jeunes femmes et hommes aptes de toute une classe d’âge”. En mai 2017, le futur président avait évoqué une durée de trois à sixmois.

Objectif : renforcer le lien entre l’armée et les citoyens. “La situation stratégique, les menaces qui pèsent sur notre pays nous commandent de renforcer le lien armées-nation”, avait ainsi estimé le futur président, devant quelque 200 représentants du monde de la Défense, à Paris.

Dans une France secouée par une série d’attentats jihadistes, il y voyait “un projet de société majeur, un véritable projet républicain, qui doit permettre à notre démocratie d’être plus unie et d’accroître la résilience de notre société”.

Pourquoi l’objectif de départ va être revu à la baisse ?

Face aux réticences de l’armée, le gouvernement a revu ses ambitions à la baisse. Très mobilisée sur le front des opérations, celle-ci redoutait d’être fortement mise à contribution dans l’encadrement de ce service national universel. Ce ne sera pas le cas: on ne sait pas encore qui se chargera de l’encadrement, mais d’après Le Monde, “pour l’Élysée, cette fonction doit devenir un‘métier à part entière’“. Le rapport Ménaouine suggère de le confier en partie à des engagés volontaires de la phase II du SNU, à des jeunes en service civique ou encore aux élèves des écoles de fonctionnaires.

Le gouvernement refuse pour l’heure de chiffrer ce projet en attendant que soient rendus les derniers arbitrages, à l’issue de la consultation des jeunes. Le groupe de travail a estimé le coût annuel d’une phase obligatoire d’un mois à 1,6milliard d’euros “en rythme de croisière”, hors investissements en infrastructure (1,7milliard sur septans). Soulagement pour les militaires, le budget du SNU ne sera comme prévu pas inclus dans la loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025.

Sur quoi portent les critiques ?

Le projet continue de susciter méfiance et perplexité en raison de son coût potentiel, du casse-tête posé par l’hébergement et l’encadrement de centaines de milliers de jeunes par an ou encore de son caractère obligatoire.

Les principales organisations lycéennes, étudiantes et de jeunesse ont fustigé dans une tribune les “incohérences” et le caractère “contraignant”, ainsi que sa logique “démagogique”, déplorant “le cadre obligatoire, rigide et contraignant que le projet semble faire émerger” et affirmaient que “la mixité sociale ne se décrète pas”.

“En réalité, aujourd’hui, cette idée n’est pas réalisable sauf à mettre beaucoup d’argent sur la table”, a estimé Daniel Fasquelle, député Les Républicains, jugeant qu’un SNU qui aurait “du sens” devrait durer sixmois.

Pour Sébastien Chenu, député Rassemblement national (RN, ex FN), le SNU proposé “est une sorte de colonie de vacances améliorée” qu’il compare à un “gadget”.

Même sentiment de “bricolage” dans les rangs de La France insoumise, dont le député Adrien Quatennens a rappelé sur Sud Radio la proposition de son parti: un “service citoyen” de neuf mois, entre 18 à 25ans, rémunéré “au smic qui permettrait de faire un bilan en français, en maths, de passer le permis de conduire pourquoi pas et également des examens médicaux, et si possible avec une partie sur le maniement des armes mais avec un droit à l’objection de conscience”.

Avec AFP et Reuters

Première publication : 27/06/2018

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Le site parodique Trumphotels.org présente les centres d’accueil de migrants comme des hôtels de l’empire Trump. Il a été créé par un militant républicain qui veut démontrer que les démocrates n’ont pas le monopole de l’indignation.

C’est un conservateur américain en colère contre son président. Le militant républicain Loren Collins a révélé, mardi 26 juin, être le créateur de Trumphotels.org, un site parodique qui avait tout d’une initiative démocrate. Si Trumphotels.com pointe vers la vitrine en ligne des hôtels de l’empire Trump, le .org, quant à lui, dirige l’internaute vers un site critiquant la politique migratoire du président américain. Mis en ligne le 21 juin, il présente les très décriés centres d’accueil des migrants à la frontière américano-mexicaine comme les nouveaux hôtels du président-milliardaire.

Au lieu des images des paysages paradisiaques et de chambres tout confort, l’internaute est accueilli sur Trumphotels.org par des photos de migrants derrière des barreaux et des vidéos sur les conditions de vie dans ces centres. Les slogans publicitaires sur la douceur de vivre au rythme des activités d’un hôtel cinq étoiles ont été remplacés par “les pensées de notre directeur”. Il s’agit d’une sélection des déclarations les plus incendiaires de Donald Trump sur les migrants, comme celles où il qualifie les Mexicains de “tueurs et violeurs”.

Huit dollars pour un nom de domaine

Une dénonciation de la politique migratoire de l’administration Trump, chère à la gauche américaine. Le sénateur démocrate de Virginie, Tim Kaine, fait le même parallèle sur Twitter, le 18 juin, en postant des images d’enfants dans les centres d’accueil sous le titre “les vrais hôtels de Trump”.

The real Trump Hotel. pic.twitter.com/PP6nIbzNQR

Tim Kaine (@timkaine) 18 juin 2018

Mais Loren Collins veut démontrer que les démocrates n’ont pas le monopole de l’indignation. Ce juriste de 40 ans a décidé de créer son site parodique après avoir repéré le hashtag #trumphotels, utilisé pour dénoncer la politique de “tolérance zéro” de l’administration de l’actuel président à l’égard des migrants.

Après une rapide recherche sur Internet, il a découvert que l’extension .org pour le nom de domaine trumphotels était disponible. Une erreur de débutant pour une marque telle que Trump inc. et une opportunité pour Loren Collins. Il a acquis l’extension pour huit dollars, et en a dépensé huit de plus pour une option lui permettant de cacher son identité. Une précaution justifiée, d’après lui, par la propension de l’administration Trump à s’en prendre nommément à ses détracteurs.

Mais il a finalement décidé de sortir de l’anonymat pour dénoncer un président “ignorant, pathologiquement malhonnête” dont la politique “salit les républicains et le conservatisme américain”, a-t-il expliqué à l’Atlanta Magazine.

Témoignages de migrants

La polémique autour de la pratique de séparer les enfants de leurs parents à la frontière entre les États-Unis et le Mexique serait, à ses yeux, symptomatique d’un président qui confond valeurs conservatrices et théories du complot. L’écho positif auprès de sa base électorale de ses sorties sur la vague de “criminels” mexicains prêts à envahir le pays aurait poussé Donald Trump à pratiquer la politique de la “tolérance zéro” à la frontière.

“Je n’arrive même plus à m’identifier comme républicain depuis que Donald Trump est arrivé au pouvoir”, reconnaît, sur le site Gizmodo, Loren Collins, simple militant qui était allé jusqu’à se présenter sous la bannière des républicains à une élection locale en Georgie en 2015.

Pour continuer d’alimenter trumphotels.org, il compte recueillir des témoignages de migrants passés par les camps à la frontière et les afficher sur son site comme des avis de clients. Mais Loren Collins ne sait pas s’il aura le temps de le faire : il s’attend à recevoir, d’un jour à l’autre, une réclamation de l’organisation Trump lui demandant de leur remettre les clefs du nom de domaine. Même s’il est convaincu d’être dans son bon droit, il n’est pas sûr d’être prêt à engager une bataille juridique avec la multinationale du président des États-Unis pour conserver son site. Mais il serait prêt à transiger en contrepartie d’une autre revendication de longue date des démocrates : les déclarations fiscales de Donald Trump pour les dix dernières années.

Première publication : 27/06/2018