Désignée par 32 000 citoyens pour représenter la société civile, cette Rennaise de 42 ans veut sortir du système des partis.

Une Française “comme tout le monde” candidate à l’élection présidentielle ? C’est l’aventure improbable dans laquelle s’est lancée Charlotte Marchandise, une consultante-formatrice dans le domaine de la santé.

La Rennaise de 42 ans n’est pas sans légitimité : elle a remporté le 31 décembre 2016 Laprimaire.org, les premières élections citoyennes en ligne. Le but de l’initiative inédite, lancée par un avocat et un ingénieur informatique ? Désigner un candidat issu de la société civile pour la présidentielle de 2017. Charlotte Marchandise a remporté le second tour avec 50,76 % des 32 000 voix. Une participation sans comparaison avec celles aux primaires de la droite et de la gauche mais plus importante que celle de la primaire écologiste et ses 17 077 votants.

Félicitations à @MarCharlott ! Arrivée 1ère avec mention “Très Bien” attribuée par plus d’1 votant/2 https://t.co/8JZLHqYrM7

— LaPrimaire.org (@democratech) 31 décembre 2016

Le déclic de sa candidature ? L’appel “Changeons de voie, changeons de vie” d’Edgar Morin en septembre 2016. Le sociologue et philosophe invitait à une réappropriation citoyenne de la sphère politique.

“Réinventer le système politique pour laisser une place aux citoyens” est justement au cœur de la démarche de Charlotte Marchandise. “Il y a un dégoût massif de la politique chez beaucoup de Français : 99% des jeunes pensent que les politiques sont corrompus, selon une récente étude du Cevipof ! Or je sais que ce n’est pas vrai et qu’il y a beaucoup d’initiatives démocratiques au niveau local”, a-t-elle expliqué à France 24.

Se responsabiliser en tant que citoyen c’est aussi arrêter de se plaindre et de commenter et se mettre à agir ! #FaireSaPart#VoieCitoyenne

— Charlotte Marchandis (@MarCharlott) 15 février 2017

“La France est prête !”

Élue locale depuis 2014, Charlotte Marchandise est adjointe déléguée à la Santé à la ville de Rennes. “Mais je n’ai jamais fait partie d’un parti politique : je ne trouve pas le fonctionnement d’appareil inspirant”, précise-t-elle. Aux élections municipales de Rennes, elle figurait – en tant que membre de la société civile – sur la liste “Changez la Ville” (portée par EELV, le Front de Gauche, et des citoyens sans étiquette comme elle).

“Je ne fais pas campagne contre les partis mais je les invite à se remettre en question : les Français ne se reconnaissent plus en eux”, explique-t-elle en soulignant que le clivage idéologique droite-gauche compte moins quand il s’agit d’améliorer la vie des gens.

Dans son programme, la candidate propose notamment un revenu universel de base, ainsi que la fin de la Ve République pour passer à un régime parlementaire.

Mais à un mois de la date limite de dépôt des 500 signatures d’élus nécessaires, Charlotte Marchandise risque de ne pas être sur la ligne de départ du premier tour de la présidentielle. La candidate citoyenne dit avoir 42 promesses officielles de parrainage et 200 élus “intéressés”. “Le discours passe bien mais j’ai peur qu’il nous manque deux semaines”, reconnaît-elle.

En fait, Charlotte Marchandise voit au-delà de la présidentielle : “Je compte mettre à profit ma petite notoriété pour soutenir les 577 candidatures citoyennes aux législatives”. Son rêve ? Atteindre le seuil de 15 députés élus pour créer un groupe citoyen à l’Assemblée nationale. “La France est prête !”, veut croire Charlotte Marchandise.

Ensemble nous construisions un #ArchipelCitoyen pr les législatives. Partout en #France les citoyens se mettent en action, Rejoignez-nous ! pic.twitter.com/p0cXvFu5XS

— Charlotte Marchandis (@MarCharlott) 14 février 2017

Première publication : 19/02/2017

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La Rennaise de 42 ans n’est pas sans légitimité : elle a remporté le 31 décembre 2016 Laprimaire.org, les premières élections citoyennes en ligne. Le but de l’initiative inédite, lancée par un avocat et un ingénieur informatique ? Désigner un candidat issu de la société civile pour la présidentielle de 2017. Charlotte Marchandise a remporté le second tour avec 50,76 % des 32 000 voix. Une participation sans comparaison avec celles aux primaires de la droite et de la gauche mais plus importante que celle de la primaire écologiste et ses 17 077 votants.

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Le déclic de sa candidature ? L’appel “Changeons de voie, changeons de vie” d’Edgar Morin en septembre 2016. Le sociologue et philosophe invitait à une réappropriation citoyenne de la sphère politique.

“Réinventer le système politique pour laisser une place aux citoyens” est justement au cœur de la démarche de Charlotte Marchandise. “Il y a un dégoût massif de la politique chez beaucoup de Français : 99% des jeunes pensent que les politiques sont corrompus, selon une récente étude du Cevipof ! Or je sais que ce n’est pas vrai et qu’il y a beaucoup d’initiatives démocratiques au niveau local”, a-t-elle expliqué à France 24.

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“La France est prête !”

Élue locale depuis 2014, Charlotte Marchandise est adjointe déléguée à la Santé à la ville de Rennes. “Mais je n’ai jamais fait partie d’un parti politique : je ne trouve pas le fonctionnement d’appareil inspirant”, précise-t-elle. Aux élections municipales de Rennes, elle figurait – en tant que membre de la société civile – sur la liste “Changez la Ville” (portée par EELV, le Front de Gauche, et des citoyens sans étiquette comme elle).

“Je ne fais pas campagne contre les partis mais je les invite à se remettre en question : les Français ne se reconnaissent plus en eux”, explique-t-elle en soulignant que le clivage idéologique droite-gauche compte moins quand il s’agit d’améliorer la vie des gens.

Dans son programme, la candidate propose notamment un revenu universel de base, ainsi que la fin de la Ve République pour passer à un régime parlementaire.

Mais à un mois de la date limite de dépôt des 500 signatures d’élus nécessaires, Charlotte Marchandise risque de ne pas être sur la ligne de départ du premier tour de la présidentielle. La candidate citoyenne dit avoir 42 promesses officielles de parrainage et 200 élus “intéressés”. “Le discours passe bien mais j’ai peur qu’il nous manque deux semaines”, reconnaît-elle.

En fait, Charlotte Marchandise voit au-delà de la présidentielle : “Je compte mettre à profit ma petite notoriété pour soutenir les 577 candidatures citoyennes aux législatives”. Son rêve ? Atteindre le seuil de 15 députés élus pour créer un groupe citoyen à l’Assemblée nationale. “La France est prête !”, veut croire Charlotte Marchandise.

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Première publication : 19/02/2017

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La Rennaise de 42 ans n’est pas sans légitimité : elle a remporté le 31 décembre 2016 Laprimaire.org, les premières élections citoyennes en ligne. Le but de l’initiative inédite, lancée par un avocat et un ingénieur informatique ? Désigner un candidat issu de la société civile pour la présidentielle de 2017. Charlotte Marchandise a remporté le second tour avec 50,76 % des 32 000 voix. Une participation sans comparaison avec celles aux primaires de la droite et de la gauche mais plus importante que celle de la primaire écologiste et ses 17 077 votants.

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“Réinventer le système politique pour laisser une place aux citoyens” est justement au cœur de la démarche de Charlotte Marchandise. “Il y a un dégoût massif de la politique chez beaucoup de Français : 99% des jeunes pensent que les politiques sont corrompus, selon une récente étude du Cevipof ! Or je sais que ce n’est pas vrai et qu’il y a beaucoup d’initiatives démocratiques au niveau local”, a-t-elle expliqué à France 24.

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“La France est prête !”

Élue locale depuis 2014, Charlotte Marchandise est adjointe déléguée à la Santé à la ville de Rennes. “Mais je n’ai jamais fait partie d’un parti politique : je ne trouve pas le fonctionnement d’appareil inspirant”, précise-t-elle. Aux élections municipales de Rennes, elle figurait – en tant que membre de la société civile – sur la liste “Changez la Ville” (portée par EELV, le Front de Gauche, et des citoyens sans étiquette comme elle).

“Je ne fais pas campagne contre les partis mais je les invite à se remettre en question : les Français ne se reconnaissent plus en eux”, explique-t-elle en soulignant que le clivage idéologique droite-gauche compte moins quand il s’agit d’améliorer la vie des gens.

Dans son programme, la candidate propose notamment un revenu universel de base, ainsi que la fin de la Ve République pour passer à un régime parlementaire.

Mais à un mois de la date limite de dépôt des 500 signatures d’élus nécessaires, Charlotte Marchandise risque de ne pas être sur la ligne de départ du premier tour de la présidentielle. La candidate citoyenne dit avoir 42 promesses officielles de parrainage et 200 élus “intéressés”. “Le discours passe bien mais j’ai peur qu’il nous manque deux semaines”, reconnaît-elle.

En fait, Charlotte Marchandise voit au-delà de la présidentielle : “Je compte mettre à profit ma petite notoriété pour soutenir les 577 candidatures citoyennes aux législatives”. Son rêve ? Atteindre le seuil de 15 députés élus pour créer un groupe citoyen à l’Assemblée nationale. “La France est prête !”, veut croire Charlotte Marchandise.

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Première publication : 19/02/2017

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Le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a estimé que les cyberattaques que la Russie est soupçonnée de mener en France dans le cadre de la campagne présidentielle sont “une forme d’ingérence inacceptable”.

Depuis plusieurs semaines, le mouvement En Marche se plaint d’attaques informatiques répétées visant à nuire au bon déroulé de leur campagne pour la présidentielle. Pour les partisans d’Emmanuel Macron, l’origine de ces attaques ne fait pas de doute : elles viennent de Russie. Dimanche 19 février, dans une interview au Journal du Dimanche, le ministre des Affaires étrangères français Jean-Marc Ayrault a également dénoncé “une forme d’ingérence inacceptable”.

Le chef de la diplomatie française a déclaré : “Il suffit de regarder pour quels candidats, à savoir Marine Le Pen ou François Fillon, la Russie exprime des préférences, dans la campagne électorale française, alors qu’Emmanuel Macron, qui développe un discours très européen, subit des cyberattaques. Cette forme d’ingérence dans la vie démocratique française est inacceptable et je la dénonce”.

“La Russie est la première à rappeler que la non-ingérence dans les affaires intérieures est un principe cardinal de la vie internationale. Et je la comprends. Et bien la France n’acceptera pas, les Français n’accepteront pas qu’on leur dicte leurs choix”, a ajouté le ministre.

Déjà mercredi, à la tribune de l’Assemblée, Jean-Marc Ayrault avait averti que Paris “n’acceptera aucune ingérence que ce soit dans son processus électoral”, sous forme de cyberattaques ou de diffusion de fausses informations, venant notamment de Russie. “Il en va de notre démocratie, de notre souveraineté, de notre indépendance nationale”.

>> Lire aussi : Sputnik, Russia Today : l’ombre de Moscou plane sur la présidentielle française

Des scrutins importants sont prévus en Europe en 2017, notamment en Allemagne et en France, et de nombreux experts, responsables de services de renseignement et responsables politiques, accusent Moscou de vouloir, via des cyberattaques sophistiquées et des campagnes de désinformation, en influencer les résultats.

Une séance exceptionnelle du Conseil de défense, sous l’égide du président François Hollande, est prévu la semaine prochaine pour renforcer les mesures de protection contre ce genre de menace.

Avec AFP

Première publication : 19/02/2017

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Lors d’un meeting perturbé samedi à Toulon, Emmanuel Macron a essayé de clore la polémique sur ses propos sur la colonisation et l’Algérie. Au lieu de parler de “crime contre l’humanité”, il a dénoncé un “crime contre l’humain”.

Habitué à des salles pleines à craquer, Emmanuel Macron a eu le droit à une ambiance nettement moins enflammée que d’habitude, samedi 18 février, au Zénith de Toulon dans le Var. Devant environ 1 200 personnes – alors que les organisateurs en espéraient 2 000 –, le candidat d’En Marche a tenté de clore la polémique déclenchée par ses propos sur la colonisation, qu’il avait qualifiée de “crime contre l’humanité”.

>> Voir aussi : Macron sur la colonisation, la dernière d’une longue série de polémiques

À la tribune, le candidat a accusé “le parti Front national” d’avoir “empêché des centaines” de personnes d’accéder au meeting, du fait de la manifestation houleuse qui a contraint la police à fermer une grille d’accès, à une centaine de mètres de la salle toulonnaise. Aux cris de “Macron trahison !” et sous des drapeaux français floqués de pieds noirs, environ 150 personnes s’étaient rassemblées pour protester contre les propos du leader d’En Marche.

“Je vous ai compris”

À la fin de son discours, au terme d’une longue tirade de justification où il a été plusieurs fois acclamé, Emmanuel Macron a paraphrasé le général de Gaulle à Alger en 1958 pour s’adresser aux pieds-noirs et aux anciens combattants : “Je le dis aujourd’hui, à chacun et chacune dans vos conditions, dans vos histoires, dans vos traumatismes, parce que je veux être président, je vous ai compris et je vous aime”.

Emmanuel Macron a de nouveau refusé de “revenir” sur ses propos ou de s'”excuser”, mais il s’est dit “désolé” d’avoir “blessé” certains. Cependant, sa sémantique a évolué. Au lieu de “crime contre l’humanité”, il a cette fois parlé de “crime contre l’humain”. “On doit le regarder en face ce passé colonial, et oui c’est un passé dans lequel il y a des crimes contre l’humain”, a-t-il affirmé.

Selon un sondage Ifop publié samedi, les Français sont très partagés sur sa déclaration sur la colonisation “crime contre l’humanité” : 51 % l’approuvent et 49 % ne sont pas d’accord.

Avec AFP

Première publication : 19/02/2017

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Pour protester contre les violences policières, plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi dans plusieurs villes de France. Quelques incidents ont eu lieu à l’issue du rassemblement parisien.

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi après-midi dans plusieurs villes de France à l’appel notamment d’associations antiracistes et de syndicats, pour protester contre les violences policières, donnant lieu à Paris à quelques incidents à l’issue du rassemblement.

À Paris, 2 300 personnes selon la police, 4 000 à 5 000 selon les organisateurs, se sont rassemblées sur la place de la République, plus de deux semaines après l’agression de Théo, ce jeune homme noir de 22 ans victime d’un viol présumé lors de son interpellation.

Plusieurs élus, notamment le député écologiste Noël Mamère, ont pris part au rassemblement, ainsi que le candidat à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon ou encore l’ex-footballeur Lilian Thuram.

Quelques incidents ont eu lieu après la fin du rassemblement, qui avait été déclaré auprès de la préfecture de police par les organisateurs, des associations antiracistes (SOS Racisme, Cran, Ligue des droits de l’Homme, Mrap, Egam…), des syndicats (CFDT, CGT, FSU), des organisations lycéennes et étudiantes (Fidl, Unef, UNL, Fage, La Fabrique), auxquels s’est associé le Syndicat de la Magistrature.

À l’issue du rassemblement, un groupe de quelques centaines de personnes a “testé les barrages des forces de l’ordre”, a indiqué une source policière. Puis, après avoir essuyé des jets de divers projectiles (bâtons de bois, canettes, pavés), les forces de l’ordre ont riposté avec charges et tirs de gaz lacrymogènes.

Treize personnes ont été interpellées selon la préfecture de police, et deux policiers légèrement blessés.

“Problème structurel de violences policières”

D’autres manifestations ont réuni environ 350 personnes à Rennes – où 4 manifestants ont été interpellés selon un journaliste de l’AFP – 250 à Nice, 230 au Mans, 200 à Poitiers, 150 à Montpellier, 150 à Dijon où des incidents ont également eu lieu. Ils étaient également 150 à Nantes et Angers, une centaine à La Rochelle, 80 à Avignon.

“L’affaire Théo n’est pas qu’un fait divers, c’est un problème structurel de violences policières que la France doit avoir la maturité de traiter”, a déclaré à l’AFP le président de SOS Racisme, Dominique Sopo.

Théo a quitté l’hôpital jeudi, deux semaines après son viol présumé lors d’une interpellation brutale le 2 février à Aulnay-Sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Quatre policiers ont été mis en examen, dont un pour viol, dans cette affaire devenue hautement politique.

Cette violente interpellation a déclenché de nombreux mouvements de protestation en France et dans les banlieues de région parisienne. Certains ont dégénéré, comme samedi dernier à Bobigny où du mobilier urbain avait été saccagé et des voitures brûlées.

Avec AFP

Première publication : 18/02/2017

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Visée, à l’instar de François Fillon, par des accusations d’emplois fictifs, Marine Le Pen ne semble pas pâtir de cette affaire. Adepte de la victimisation, la candidate du Front national pourrait même en tirer profit.

Il y a des casseroles plus pesantes que d’autres. Alors que la popularité de François Fillon peine à se remettre des accusations de népotisme pesant sur lui à la suite de l’éclatement du “Penelopegate”, celle de Marine Le Pen semble demeurer hors d’atteinte malgré les soupçons d’emplois fictifs pour deux personnes déclarées comme ses assistants au Parlement européen.

Contrairement à son adversaire du parti Les Républicains (LR, droite), la candidate du Front national (FN) n’a encore enregistré aucune baisse significative dans les sondages, ni affronté de mouvement d’humeur lors de ses déplacements sur le terrain. En d’autres termes : les affaires concernant la leader du parti d’extrême droite “n’impriment pas dans l’opinion publique”, comme le dit l’expression désormais consacrée.

Marine Le Pen elle-même le sait qui, vendredi 17 février, a profité de son passage sur l’antenne de France Bleu Besançon pour s’ériger, comme elle en a l’habitude, en “candidate de la France du peuple” face à “la droite du fric et à la gauche du fric”. C’est pourtant bien de gros sous dont il s’agit dans l’affaire des assistants parlementaires la concernant.

• L’enquête

Depuis mars 2015, l’Office européen de la lutte contre la fraude (Olaf) suspecte le FN d’utiliser une partie des fonds que lui alloue le Parlement européen pour rémunérer des assistants travaillant davantage au sein du parti qu’à Bruxelles. Une vingtaine d’assistants européens – sur la soixantaine employée par le FN – seraient concernés par ces indemnités détournées. “Si les allégations étaient confirmées, écrit Le Monde, il s’agirait donc d’emplois fictifs financés par le contribuable européen – pour un préjudice évalué à 7,5 millions d’euros, étalé sur plusieurs années (2010-2016)”. Un montant qui va bien au-delà des sommes révélées dans le cadre de l’affaire Fillon (environ un million d’euros).

Comment expliquer dès lors qu’au sein de l’opinion publique les emplois présumés fictifs du FN ne suscitent pas autant d’émoi que ceux de l’entourage de l’ancien Premier ministre ?

• Argent de l’État français contre argent de l’UE

Bien qu’il s’agisse dans les deux cas de détournements de fonds publics (français pour le cas Fillon, européens pour le cas Le Pen), on peut se demander si, dans l’esprit des électeurs, il n’y aurait pas de l’argent plus ou moins public. Il est possible que le citoyen français se sente davantage floué lorsqu’un responsable politique se sert dans les caisses de l’État, qu’il a directement contribué à remplir, plutôt que dans celles de l’Union européenne, dont il sait peu de choses sur les circuits de financement.

Les malversations présumées de François Fillon sont d’autant plus choquantes qu’elles sont le fait d’un candidat à la présidentielle prônant l’austérité dans la gestion des dépenses publiques. Au contraire, les agissements du FN à Bruxelles entrent, eux, dans la ligne clairement anti-européenne défendue par le parti d’extrême droite.

“Pour les électeurs frontistes, l’Europe est moins importante que la France ; il est donc presque logique que ses fonds soient utilisés à des fins nationales”, explique à France 24 le politologue Erwan Lecœur, auteur de plusieurs ouvrages sur le FN. “Pour Marine Le Pen, il s’agit presque d’un acte de bravoure : en désobéissant, voire en trichant, elle ne fait que rétablir l’ordre des choses puisque, dans le discours du Front national, l’Europe vole les prérogatives et l’argent de la France.”

• Pas d’enrichissement personnel

Contrairement à François Fillon dont les révélations du Canard enchaîné ont sérieusement écorné l’image d’homme honnête, Marine Le Pen n’est pas accusée d’avoir utilisé de l’argent public à ses propres fins mais pour celles du parti qu’elle dirige. “Dans le cas de Fillon, il y a un soupçon d’enrichissement familial. Dans le cas du FN, c’est un détournement d’argent public pour faire fonctionner la machine politique. Le Parlement européen interdit cette pratique alors qu’elle est reconnue et acceptée dans le système français”, affirme dans Le Point Jérôme Fourquet, spécialiste de l’opinion à l’Ifop.

“En France, les gens se sont habitués à ce que la politique se fasse en famille. Et le Front national ne fait pas exception, commente pour sa part Erwan Lecœur. Louis Alliot, le compagnon de Marine Le Pen, elle-même fille du fondateur du FN, est payé par le parti. Le FN, c’est aussi une famille.”

• L’épée de Damoclès de la mise en examen

Si le parquet financier s’intéresse à l’affaire Fillon et le parquet de Paris aux assistants européens de Marine Le Pen, ni l’un ni l’autre n’ont été pour l’heure mis en examen. Après avoir dit qu’il se retirait de la course à l’Élysée s’il venait à l’être, François Fillon a fait finalement savoir que son avenir judiciaire ne le ferait pas renoncer à sa candidature. Mais le mal est fait. En plaçant lui-même une épée de Damoclès au-dessus de sa tête, le candidat Fillon a affaibli sa position. Si, en cas de mise en examen, il venait à persister, ses adversaires ne manqueront pas, en effet, de lui rappeler son engagement de départ, risquant de le faire passer, le cas échéant, pour un homme politique n’ayant pas de parole.

Plus prudente, Marine Le Pen a toujours pris soin de ne jamais mettre sa candidature dans la balance judiciaire. Dès la révélation de ses affaires européennes, la cheffe frontiste a exclu de renoncer en cas de mise en examen. “Est-ce que vous vous rendez compte dans quel gouvernement des juges nous vivrions ? Un juge pourrait décider qui est candidat et qui n’est pas candidat, c’est la fin de la démocratie”, a-t-elle déclaré début février au quotidien Le Monde.

• La vraie victime

Alors que le “Penelopegate” pourrait affaiblir les chances de François Fillon de se qualifier pour le second tour de la présidentielle, certains estiment qu’à l’inverse, le conflit opposant Marine Le Pen à l’Office européen de la lutte anti-fraude ne fait que renforcer sa candidature. Adeptes de la victimisation, les cadres du parti n’ont pas hésité à sauter sur l’occasion pour se présenter une nouvelle fois comme la cible du système. “L’Olaf, donc l’UE, veut notre peau car nous voulons la peau de l’UE. Ça, je crois que tout le monde l’a compris”, a ainsi commenté, vendredi, Florian Philippot, numéro deux du FN.

“Marine Le Pen dit ne pas vouloir rembourser le Parlement européen du fait qu’il s’agit d’une mesure administrative et non judiciaire. Or cela s’applique à tous les députés européens, mais elle politise le sujet en faisant croire que c’est une mesure de rétorsion spécifique pour le FN”, indique àOlivier Faye, journaliste du Monde qui suit l’actualité judiciaire du parti, France 24.

Reste que les soupçons d’emplois fictifs au sein du Parlement européen ne sont pas la première affaire qui touche la formation d’extrême droite. Depuis l’arrivée de Marine Le Pen à sa tête, le parti est accusé d’avoir financé toutes ses campagnes électorales (cantonales 2011, présidentielle et législatives 2012, municipales, européennes et sénatoriales 2014, départementales et régionales 2015). À quoi s’ajoute la déclaration de patrimoine de députés européens que Marine Le Pen et son père Jean-Marie auraient sous-évaluée.

“Le Front national a construit une partie de son succès en disant qu’il était le parti ‘mains propres, tête haute’, selon le slogan qu’utilisait Jean-Marie Le Pen, mais cela devient difficile de se présenter comme un parti différent. Son avantage cependant, c’est qu’il n’a pas exercé le pouvoir et peut donc continuer à se différencier des partis politiques traditionnels”, analyse Olivier Faye.

“Les scandales qui jalonnent la vie politique française renforcent le discours du ‘tous pourris’ tenus par le FN. Ses propres affaires devraient donc l’anéantir”, estime pour sa part Erwan Lecœur. “Mais Marine Le Pen réussit à renverser la perspective en disant : ‘Les autres font pareil, voire pire, et depuis longtemps. Moi, on m’embête seulement pour des broutilles’.”

Première publication : 18/02/2017

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En déplacement deux jours au Portugal, Benoît Hamon doit rencontrer les leaders des partis de gauche au pouvoir dans ce pays. Le candidat socialiste à l’élection présidentielle espère pouvoir reproduire en France ce modèle d’alliance des gauches.

Suffit-il d’un modèle pour que l’alliance de la gauche devienne réalité ? C’est ce que semble penser Benoît Hamon, qui prévoit de rencontrer, lors de son déplacement au Portugal, vendredi 17 et samedi 18 février, les représentants des différents partis de gauche de ce pays.

Nommé Premier ministre du Portugal en novembre 2015, Antonio Costa, secrétaire général du Parti socialiste portugais, a pu se hisser au pouvoir grâce au soutien de la gauche radicale et des communistes. Fin négociateur, l’ancien maire de Lisbonne a en même temps réussi à rassurer la Commission européenne sur son engagement à juguler les déficits, le tout sans s’aliéner ses nouveaux alliés.

En visite 2 jours au #Portugal pour parler de l’#Europe mais aussi de la coalition des #gauches qui a permis de mettre fin à l’austérité. pic.twitter.com/EKGqbeSzRp

— Benoît Hamon (@benoithamon) February 17, 2017

Pourtant, l’alliance du PS, du PC et du Bloc de gauche, surnommée par la classe politique portugaise le “geringonça” – “machin bringuebalant” en français – n’avait rien d’évident. “Le Parti socialiste portugais a longtemps été situé au centre-gauche, tandis que la gauche radicale a toujours été en opposition face à lui. Jusqu’à la fin 2015, il n’était d’ailleurs pas imaginable d’avoir un PS qui se rapproche du PC”, souligne Catherine Moury, politologue maître de conférences à l’Université Nova de Lisbonne, interrogée par France 24.

Le vainqueur de la primaire de la gauche française est aujourd’hui confronté à un problème similaire. Avec les candidatures de Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) et de Yannick Jadot (Europe Écologie Les Verts) en plus de la sienne, il sait que l’accession au second tour de l’élection présidentielle est compromise. Tous les sondages le confirment : en l’état actuel, sans candidature unique de ces trois formations, Benoît Hamon ne parviendrait qu’en quatrième position du scrutin derrière Marine Le Pen, Emmanuel Macron et François Fillon.

>> À lire : Benoît Hamon face au casse-tête du rassemblement

Les discussions sont bien engagées avec Europe Écologie Les Verts et pourraient aboutir la semaine prochaine, mais elles ne font que commencer avec le candidat de La France insoumise et promettent d’être beaucoup plus délicates. “Ce ne sera pas facile, il le sait comme moi”, a d’ailleurs affirmé Benoît Hamon, vendredi 17 février, sur France Info, à propos des discussions avec Jean-Luc Mélenchon.

“Les socialistes ont senti le vent tourner”

Le candidat socialiste à l’élection présidentielle trouvera-t-il la formule magique au Portugal ? “Le contexte politique et économique a été très important pour que le rapprochement historique des gauches portugaises prenne forme, note Catherine Moury. Le pays sortait de quatre années d’un gouvernement particulièrement marqué à droite. Entre les politiques libérales et les politiques d’austérité budgétaires, il y avait une envie de gauche dans la population et les socialistes ont senti le vent tourner. Ils se sont dit qu’il fallait un leader plus à gauche.”

L’alliance s’est faite sur une base claire : le Parti socialiste gouverne seul avec l’appui au Parlement du Parti communiste et du Bloc de gauche. Le programme, lui, est un compromis trouvé entre les trois formations avec comme objectifs communs l’augmentation du pouvoir d’achat, le soutien aux petites et moyennes entreprises et la lutte contre le chômage. En revanche, sur l’Europe, sujet de divergence majeur entre les trois formations – le PC et le Bloc de gauche étant eurosceptiques, contrairement au PS –, la gauche radicale a accepté de mettre de l’eau dans son vin en respectant notamment les traités européens.

Pour le député socialiste français des Hauts-de-Seine Jean-Marc Germain, codirecteur de campagne de Benoît Hamon, l’exemple portugais est celui “d’une gauche plurielle qui fonctionne, avec un Premier ministre reconnu sur la scène internationale”, dont il faut s’inspirer.

Plusieurs points de convergence entre Hamon et Mélenchon

Le vainqueur de la primaire de la gauche tente donc de trouver des points de convergence avec Jean-Luc Mélenchon. Benoît Hamon a cité, vendredi matin, sur France Info “l’aspiration à une VIe République, la volonté d’engager la conversion écologique de notre économie” ou encore “la volonté de partager le travail pour créer des emplois”. “Ce qui nous sépare sans doute, c’est la conception de la construction européenne”, a-t-il ajouté.

À Strasbourg, j’ai proposé à Benoît Hamon un rendez vous la semaine prochaine… https://t.co/SzOimGzhMU

— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) February 17, 2017

L’application de la méthode portugaise risque toutefois de montrer ses limites. Contrairement au Portugal qui possède un régime parlementaire, la France est pourvue d’un régime présidentiel, qui pousse les leaders politiques des différents partis à être candidat à l’élection suprême. Un parti n’est visible et n’existe que s’il a un candidat à la présidentielle, entend-on souvent. Or, aucun observateur n’imagine Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon se désister à la faveur de l’un ou de l’autre.

>> À lire : Mélenchon se dédouble entre Lyon et Paris et s’adresse à Hamon

“Par ailleurs le contexte au sein du Parti socialiste n’est pas le même, rappelle Catherine Moury. Hormis quelques voix discordantes, une majorité des responsables du Parti socialiste portugais était favorable à un rapprochement avec le Parti communiste.” En France, Benoît Hamon doit, lui, composer avec une majorité de parlementaires socialistes opposés à sa ligne économique et à un quelconque rapprochement avec Jean-Luc Mélenchon.

Première publication : 17/02/2017

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François Fillon a décidé qu’il ne renoncerait pas à la présidentielle, y compris s’il était mis en examen, a-t-il confié jeudi, selon plusieurs médias. Son porte-parole a confirmé vendredi matin que le candidat LR irait “jusqu’au bout”.

Un revirement de plus pour François Fillon. Alors qu’il avait déclaré, jeudi 26 janvier sur TF1, qu’il retirerait sa candidature en cas de mise en examen, le voici qui rétropédale. “François Fillon est candidat et il ira jusqu’au bout de cette élection”, a déclaré sur LCI, vendredi 17 février, Thierry Solère, porte-parole du candidat LR et député des Hauts-de-Seine, confirmant une information rapportée par plusieurs médias.

>> À lire sur France 24 : “L’épée de Damoclès maintenue sur la candidature Fillon”

“C’est trop tard maintenant. Mon retrait poserait un problème démocratique majeur. La locomotive est lancée, rien ne peut l’arrêter, j’irai jusqu’au bout”, a en effet confié François Fillon, la veille, en petit comité, selon l’AFP. “Le parquet national financier n’a aucune compétence en la matière, avec une enquête exclusivement à charge. Je ne renoncerai donc pas. Hors de question d’abandonner”, a-t-il ajouté, selon Le Parisien.

Il n y a rien de nouveau, ni poursuite, ni mise en examen. Je m’en remets donc désormais au seul jugement du suffrage universel. pic.twitter.com/oEZg3uZC9g

— François Fillon (@FrancoisFillon) February 16, 2017

Des propos qui vont dans le même sens que ceux tenus au Figaro, jeudi matin, puis sur Twitter, après l’annonce du Parquet national financier (PNF). “Cette annonce n’est qu’un acte de communication qui nourrit le feuilleton médiatique. Cela n’entame en rien ma détermination. Je m’en remets donc désormais au seul jugement du suffrage universel”, avait-il déclaré.

Le Parquet national financier mis en cause

François Fillon justifie son revirement en mettant en cause le PNF, qu’il juge incompétent pour traiter cette affaire. Son avocat, Me Antonin Lévy, explique que le candidat à l’Élysée s’était engagé à se retirer à condition d’avoir en face de lui “des gens de bonne foi, et ce n’est pas le cas”, rapporte RTL.

>> À voir sur France 24 : “Quand François Fillon reprochait aux médias de ne pas assez couvrir les ‘affaires'”

“Il y a un temps judiciaire et il y a un temps politique”, a estimé vendredi matin Thierry Solère, assurant que la droite est à présent “rassemblée” pour faire campagne derrière François Fillon.

“L’ensemble des candidats à la primaire, de Nicolas Sarkozy à Alain Juppé, Bruno Lemaire et Nathalie Kosciusko-Morizet, l’ensemble des grands responsables de notre famille politique sont aujourd’hui mobilisés, parce qu’il nous reste 67 jours pour convaincre de la pertinence du projet de François Fillon”, a-t-il assuré.

Avec AFP

Première publication : 17/02/2017

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L’influence prêtée aux médias russes sur la campagne présidentielle française suscite inquiétude et spéculations. France 24 fait le point sur la réalité de la menace.

Le Kremlin s’est fendu d’un démenti. “Nous n’avons pas, et nous n’avons jamais eu l’intention de gêner les affaires intérieures d’un pays, encore moins son processus électoral. (…) Dire que nos médias essayent quelque part d’influencer l’opinion publique, c’est complètement absurde”, a affirmé mardi 14 février Dmitri Peskov, porte-parole de Vladimir Poutine. Une réponse à la tribune de Richard Ferrand, secrétaire général d’En Marche !, le mouvement du candidat à la présidentielle française Emmanuel Macron, parue le jour même dans Le Monde. Il y dénonçait “l’ingérence” de la Russie dans la présidentielle française. “Depuis plusieurs semaines maintenant, Russia Today et SputnikNews s’acharnent à répandre sur Emmanuel Macron les rumeurs les plus diffamatoires”, dénonçait-il.

Macron”attaqué” par les Russes ? La tribune de @RichardFerrandhttps://t.co/uXeRlVArbSpic.twitter.com/lun3BLWnqz

— La Matinale du Monde (@LaMatinale_M) 14 février 2017

Moscou à la manœuvre, via “ses” médias, pour “déstabiliser” un candidat à la présidentielle française ? Et ce tandis que, selon Richard Ferrand, “Mme Le Pen et M. Fillon sont mystérieusement épargnés” ? La thèse semble tout droit sortie d’un film d’espionnage conspirationiste datant de la Guerre froide… Qu’en est-il réellement ?

Les deux médias RT (auparavant Russia Today) et Sputnik ont fait leur apparition en 2015 dans le paysage médiatique français sous la forme, comme dans plusieurs autres pays, de sites multimédia. Si RT et Sputnik sont des entités distinctes, les deux organes sont financés par le Kremlin, ont la même direction en chef à Moscou et font tous deux partie de l’agence gouvernementale russe : Rossia Segodnia (“Russie d’aujourd’hui”.) “Le Kremlin y attache une grande importance diplomatique et stratégique au même titre que les entreprises de l’armement ou de l’énergie”, explique Julien Nocetti, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (Ifri) et spécialiste de la Russie. “Le contrôle y est assez vertical”,poursuit-il. Une verticalité qui s’exercerait jusque dans les antennes en France ? Difficile à évaluer : “Il y a une grande méfiance. Ce sont des acteurs qui parlent peu à l’extérieur, et surtout pas de leur métier ni de leur relation avec le Kremlin. Il est d’ailleurs plus facile de les voir à Moscou qu’à Paris”, souligne le chercheur. Dans une interview récemment accordée à France 24, Ivan Ehrel, porte-parole de Sputnik France, affirmait : “On a une vision alternative de l’information, mais absolument libre de toute directive du Kremlin ou d’ailleurs”.

“Fournisseur d’informations alternatives”

Sur la page de présentation de son site en français, Sputnik se décrit comme “un fournisseur d’informations alternatives [soucieux de montrer] la voie d’un monde multipolaire”. RT, de son côté, dit vouloir proposer “un point de vue alternatif sur tous les grands événements du monde [et offrir] au public étranger un aperçu de la position russe”. Une rhétorique polissée… qui l’est un peu moins dans le descriptif du poste de rédacteur en chef adjoint chez RT France, basé à Paris, qui circulait récemment par réseau et auquel France 24 a eu accès. “La particularité de ce recrutement est le media lui-même : il s’agit d’un media qui fait polémique et qui continuera à faire polémique dans les prochains mois. (…) Il faut donc trouver un profil qui ne craindra pas la pression et qui sera capable d’endosser une politique éditoriale controversée. Néanmoins, le projet promet d’être passionnant”, stipulait la fiche.

Extrait de la foche de poste diffusée par RT

“Lorsque j’ai lu le descriptif du poste, plusieurs points m’ont tout de suite fait tiquer”, raconte Mathilde (le prenom a été changé), une pigiste de 32 ans contactée par France 24 ayant demandé à RT plus d’information sur le poste. “Ils disaient chercher un profil junior, mais le salaire était conséquent : 45-55 K euros annuels”, relève la journaliste indépendante. Quand elle clique sur l’adresse du site relayée dans l’annonce, c’est la déconvenue : “J’ai vu un article pro-Trump, un article homophobe et un article pro extrême-droite. Je me suis dit que ce n’était pas un média fiable”, explique-t-elle. La journaliste a fini par répondre à RT ne pas vouloir postuler “pour des raisons éthiques”. “Par rapport aux tabloïds, c’est un palier supplémentaire : celui de la propagande”, estime-t-elle.

Pour l’internaute non averti, pourtant, RT a tout du site d’informations classique : sous la bannière “RT en français” – qui n’affiche donc pas explicitement qu’il s’agit d’une déclinaison francophone de Russia Today – les onglets “France”, “International”, “économie”, “opinions”, “entretiens”… ressemblent à ceux de tous les portails de news classiques. Les adaptations de dépêches AFP côtoient les “articles maison”, jamais signés cependant. Pour un média se présentant comme “alternatif”, la forme semble, au final, singulièrement standardisée.”Il faut garder à l’esprit que la meilleure propagande est celle qui va diluer, au milieu d’une masse d’informations consensuelles, ses messages pervers. D’où l’intérêt pour les médias russes de se donner autant que possible l’apparence de médias normaux”, relève le journaliste Nicolas Hénin, auteur de “La France russe” (éditions Fayard, mai 2016), joint par France 24.

Une vision anxiogène du monde

On ne trouve pas de “fake news” (de fausses infos) grossiers sur les sites de RT et Sputnik. En revanche, comme dans les articles dénoncés par les équipes d’Emmanuel Macron, les deux médias relaient des rumeurs que des sources douteuses font déjà circuler sur le Net. Remonter le fil des articles de RT sur plusieurs semaines dans la rubrique France laisse, par ailleurs, l’impression d’un surtraitement des violences en banlieue à la suite de l’affaire Théo et de tous les sujets touchant à l’insécurité en général. Beaucoup de place semble aussi donnée à la campagne du FN.

#Argenteuil : des émeutiers poursuivent des policiers, des affrontements seraient toujours en cours https://t.co/8qcOXAx1p7pic.twitter.com/AWlh6pITpy

— RT France (@RTenfrancais) 15 février 2017

“Les médias russes propagent une vision du monde qui est anxiogène. L’idée est de faire la part belle au chaos. D’une part parce que cela renforce les souverainistes, d’autre part parce que dans la grande confusion, on est invité à tout relativiser et à considérer finalement que le modèle de société russe, très autoritaire, liberticide, n’est finalement pas si mauvais”, analyse Nicolas Hénin. “Il y a une charte, une terminologie, des mots à placer. On fait de la place aux thématiques chères au Kremlin : les critiques de la mondialisation, de l’Union européenne et du multicularisme, l’accent sur les valeurs conservatrices”, relève, pour sa part, Julien Nocetti.

Des relais pro-russes aux profils éclectiques

Le site RT dispose de plusieurs soutiens parmi les intellectuels et politiques français : l’économiste Jacques Sapir, ancien soutien de Jean-Luc Mélenchon etdésormais partisan d’un front commun anti-euro avec le FN, fait partie des auteurs réguliers du site. Le député LR Thierry Mariani qui copréside l’association Dialogue franco-russe est également régulièrement cité ou interviewé. Comme l’académicienne spécialiste du monde russe, Hélène Carrère d’Encausse, tous deux font partie du comité d’éthique de la future chaîne RT France qui, d’ici à la fin de l’année 2017, viendra s’ajouter aux versions anglaise, espagnole et arabe. Budget : 18 millions d’euros par an (une paille dans le budget mondial 2017 de RT, de 300 millions d’euros). “Il y a une volonté de trouver des relais au discours officiel à travers des personnalités qui ont de la visibilité”, souligne Julien Nocetti, le chercheur de l’Ifri.

Si Nicolas Hénin confirme l’éclectisme des profils pro-russes en France – “de la gauche comme de la droite, du jeune comme du vieux, du haut de gamme comme du trash” –, il réfute l’existence d’un “lobby russe” en France : “je préfère parler de ‘réseaux’, qui se complètent, interagissent parfois, peuvent aussi être en compétition, mais qu’il ne faudrait surtout pas prendre comme des marionnettes sous commandement du Kremlin”, a-t-il expliqué à France 24.

Des manœuvres d’ingérence, mais pas de complot

Les sites RT et Sputnik cherchent-ils à influencer l’opinion publiquefrançaise et à disqualifier tel candidat à la présidentielle pour faire élire tel ou tel autre ? “Ce qui transparaît dans les doctrines officielles russes, c’est une volonté de reformater l’ordre mondial et de perturber la capacité des grandes puissances à prendre des décisions de manière indépendante”, analyse Julien Nocetti. De ce point de vue, les dysfonctionnements de la nouvelle administration américaine suscpetibles d’engendrer un affaiblissement des États-Unis profiteraient indirectement au Kremlin.

Or, comme les États-Unis de l’ère Obama, la France et l’Allemagne constituent des points de résistance à l’influence globale russe, et le Kremlin verrait d’un bon œil l’arrivée au pouvoir, dans ces pays, de profils semblables à celui de Donald Trump. “Le Kremlin aimerait faire sauter ces pivots en Europe occidentale… Mais il ne faut pas confondre manœuvres d’ingérence et complot sur une manipulation d’un scrutin – une idée qui surestimerait la capacité d’action de la Russie”, estime Nicolas Hénin. “Vladimir Poutine a une capacité à réagir de façon habile à une situation, mais ce n’est pas forcément très stratégique, contrairement à la perception que l’on en a”, confirme Julien Nocetti.

Du reste, selon Nicolas Hénin, “il y a des candidats dans cette élection qui plairaient à Vladimir Poutine : Marine Le Pen ou François Fillon – même si ce serait une grave erreur de considérer ce dernier comme un vassal du Kremlin –, mais aussi Jean-Luc Mélenchon, pour son aspect anti-américain, anti-européen et anti-libéral, autant de thèmes qui résonnent avec le discours du Kremlin”. Et Emmanuel Macron ? “Il est le candidat qui présente le plus de résistances à ce discours. Les médias russes (mais pas seulement eux) le matraquent donc en utilisant leurs armes habituelles : ils le présentent comme le candidat du ‘système’, ils lancent de lourdes insinuations sur son orientation sexuelle, etc. .”

Le 4 février, un article de l’édition anglophone de Sputnik donnait ainsi la parole au député LR pro-Poutine, Nicolas Dhuicq, qui s’exprimait au sujet du leader d’En Marche ! et insinuait : “Concernant sa vie privée, ça commence à se savoir à l’heure où nous parlons” avant de laisser entendre que le candidat pouvait être “un agent américain au service des banques”.

Ex-French Economy Minister @EmmanuelMacron could be ‘US agent’ lobbying banks’ interests https://t.co/0KZVX1bycfpic.twitter.com/ScCOztlXUr

— Sputnik (@SputnikInt) 5 février 2017

Ces attaques suscitent beaucoup de fantasmes, en partie entretenus par les équipes du candidat Emmanuel Macron, mais pour le journaliste Nicolas Hénin, il convient de les relativiser : “À trop crier au loup sur ces interférences russes qui restent d’un degré modeste, on finira par ne plus prendre au sérieux les alertes, lorsque notre système démocratique sera sérieusement attaqué, par la Russie ou par tout autre puissance”. Le journaliste conclut : “Il faut renforcer notre vigilance, pas l’émousser”.

Première publication : 16/02/2017

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